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lundi 28 février 2011

Tout ce que j' ignore

Hier soir dans un échange amical à propos de neige, une des mes charmantes amies sur FaceBook me pose en quizz qui est l’auteur du recueil de poèmes « Il neige dans la nuit » …que j’ai été bien incapable d’identifier… !!! Une autre amie tout aussi charmante a fait « culture Google » et a trouvé la référence de l’auteur. Une fois de plus, je me suis dis, je suis inculte, alors qu’au même instant Claude nous écrivait : « Je n’ai pas votre culture !!! » Culture, tu parles !…

Bien sûr, je dis bien haut : « Tant de choses que je ne sais pas et n’ai nul besoin de savoir…. » mais parfois , agacée de voir sur la liste de critique de films des noms des réalisateurs totalement inconnus , ou sur les plateaux de télé défiler des visages sans nom, ou quand je parcours en grappillant de ci de là l’espace librairie de L… , des présentoirs entiers de livres et d’auteurs qui ne me disent rien, alors, comme quand j’étais enfant, je suis accablée par tout ce que j’ignore et aimerais peut-être connaître…

Petit Pantagruel frappé de vertige au bord du puits de science ouvert à ses pieds…

Pour réagir, je me demande alors : « Culture, culture, c’est quoi la culture ? »
« Définissez la Culture » ou « Peut-on parler de la culture ou des cultures ? » Peut-on dire comme M. Machinchose (encore un inconnu !!!, que chaque individu possède sa propre culture ? » que de bons sujets de philo pour le bac  …

Pour ma part, j’ai déjà écrit un jour en contributions à cette épineuse question, que ma culture était une espèce de jardin de curé, une autre fois qu’elle se constituait comme le réseau fragile d’une toile d’araignée, de fils jetés au vent qui s’accrochent à leur support puis s’attachent entre eux pour des entrelacs délicats….

Aujourd’hui, je pense à ces chemins de forêt dont Michel m’a un jour parlé d’après Heidegger, ces «holzweg » que les forestiers défrichent pour exploiter leur bois puis abandonnent. Pour moi ces sentiers forestiers ne sont pas vraiment « des chemins qui ne mènent nulle part » car chemin faisant, vous rencontrez les bifurcations de nouveaux chemins qui donnent envie de les suivre…Vous les suivez quelque temps , mais d’autres, tout à coup, offrent une croisée qui vous tente, et voilà que vous bifurquez vers un autre sentier ouvert par le hasard, ou pour une autre coupe de bois, qui vous semble Un  bon chemin, car Le Bon chemin n’existe pas, vous le savez….

Et j’ai bien l’impression aujourd’hui que les rencontres orientent la plupart des découvertes artistiques/esthétiques de ma vie, et que de chemin en sentier, je longe, je bifurque, je croise, et parfois reviens sur mes pas et parfois continue jusqu’à une nouvelle tournée..

Depuis que Neige et C… ont orienté mon intérêt vers Nazim Hikmet, j’ai fouillé sur mon étagère de poésie et retrouvé une anthologie…c’est ma grande sœur qui me l’avait offerte, et je lis au hasard des titres , des pages, je lis et je me redis certains passages….Depuis que Cl. m'a parlé de Jules Renard à propos de coquelicots je me rappelle le plaisir d’un texte à propos de poules, je crois, le cherche dans mon exemplaire retrouvé, un peu écorné pour raison de feuilletage excessif. Je cherche , cherche, et chemin faisant rencontre d’autres textes qui me détournent de mon but premier…

Le hasard de la programmation du festival de Trentels, le choix d’A.M, nous a donné à connaître Pascal Contet, dont les disques nous paraissaient jusque là « difficiles » Sa présence et l’existence qu'il donne à la musique lorsqu’il l’interprète ou l’improvise, ont déclenché un nouvel intérêt pour ce qu’il propose, nous ont conduit à B.Cavanna,ses chemins « chaotiques » où s’ouvrent de lumineuses clairières, une entre autres où jouaient Bruno Maurice et Schubert. Et un retour délicieux aux goûts de toujours, Schubert…Comme un jour R. Galliano nous a ramené à Bach et Pascal Contet et Motion Trio à Chopin. Jean –Marc Luisada de Chopin à Granados

Parlerais-je une fois de plus des chemins vagabonds de l’accordéon qui nous conduisent de Piazzola à Cobra Verde, de Chango Spaziuk à Tuur Florizone et aux racines populaires d’un instrument qui ne chante jamais ni tout à fait le même ni tout à fait un autre…

Raconterais-je comment le nom de R.Galliano nous a fait acheter Europeana « Jazzphony n°1 » by Michael Gibbs…Richard doit y jouer quelque secondes, avant d’être relayé par Joachim Khün , mais ce disque, arrangements libres et peut-être « jazzy » de thèmes populaires d’Europe est une heureuse découverte …Il faut dire que l'auteur se déclarant chercher une musique « for people with open ears and open minds », on n’est pas peu fiers être du nombre….

Une sorte d’Odyssée européenne après le périple méditerranéen de Renaud Garcia Fons de A Filletta et Paolo Fresu

Parfois comme la petite flûte magique du joueur de Hamelin , c’est le son de trompettes , ou de violoncelles qui nous attirent vers de musique en musique, la trompette de Markus Stockhausen, qui nous enchante, ou celle Devil music !!! de Paolo Fresu. Le violoncelle de Jean Charles Capon m’entraîne de Blues sur Seine à Blue Rondo à la turk, qui se souvient de Claude Nougaro. On y croise Chick Coréa, jadis très écouté. Au passage je retrouve Laura et Astor, rare, et que j’aime tant.

Et voilà que Charlotte, parce qu’elle chante, s’intéresse aux voix, demande à aller au Capitole écouter de l’opéra, et Rossini va me ramener à Beaumarchais…



C’est un vrai chemin buissonnier que ma culture…un chemin semblable à ceux des forêts de mon pays, sablonneux entre les pins, jamais sombre ni réellement humide, frayé entre genêts et bruyères, chênes verts et chênes lièges, avec des flaques de lumière et des jeux d’ombre et de soleil, un chemin paresseux qui ne mène pas à Rome, et ne risque guère de faire le tour du monde , mais en somme , un agréable petit chemin parfois partagé…

 
 
 
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mardi 15 février 2011

Cultures-cuisine

J’avoue être exaspérée actuellement par l’omniprésence culino- gustative sur toutes les chaînes de télévision…

Il fait dire que « faire à manger » tient dans la vie une place que je trouverais excessive si je ne le faisais avec un certain goût, le goût de manger moi-même des choses faites à ma guise, et le goût de faire plaisir aux autres, d’entendre « Ca sent bon , qu’est-ce qu’on mange ??? dès la porte franchie…

Mais quand même, quand « faire à manger » est précédé de la prévision, de l’approvisionnement, et suivi du nettoyage de la cuisine, oh! la plaque de cuisson, oh !! le carrelage, oh !!! l’évier…c’est beaucoup, si ce n’est pas trop !!!

Alors, justement programmés à l’heure du avant ou du après, « Un diner presque parfait » , « Master chief » ou « Top chef »( c’est déjà mieux !) « Fourchette et sac à dos » (au moins on voit du pays et une bien jolie fille devant son sac à dos)…ou…ou… M’AGACENT je l’avoue, par leur côté glose (=cause toujours !!!) pendant que moi je FAIS
Il n’est pas jusqu’à ARTE , « C’est dans l’air » , ou « C’est à vous », qui ne nous mettent le couvert ….
 Je n’aime pas la sophistication des plats proposés (un dîner presque parfait), le souci non de marier des saveurs qui aillent ensemble, mais plutôt de surprendre par des assemblages étonnants, qui d’ailleurs étonnent les autres convives qui ne se privent pas de le dire…Même si finalement ils attribuent, je ne comprends pas pourquoi, une bonne note aux plats concernés…
Et voilà bien encore un sujet d’agacement. Moi qui ai rêvé d’une école sans note et sans « compét » , où faire les choses sinon par plaisir, du moins par intérêt, ou souci d’apprentissage…la cuisine en challenge , en compétition, en comparaison permanente me semble contraire au principe de convivialité qui s’associe pour moi aux repas partagés…Il est vrai que pour la convivialité, allons allons , on a… l’Animation !!! Qui pèse d’un bon poids sur la note attribuée,… et le Décor de table… !.
Pour être honnête, la cuisine de "C’est à Vous" est plus simple, semble réalisable, et se déguste dans une vraie convivialité dont on peut simplement regretter que les convives aient du mal à la goûter avec la bouche pleine de mots, sous l’œil goguenard de la caméra…
Et ce que j’y apprécie réellement c’est que le chargé ou la chargée de cuisine y soient vus en train de cuisiner, se tenant à ses cuissons, remuant ses plats, surveillant…
Et cela me rappelle ma Mérotte …Je la revois, ayant mis en train quelque cuisson, s’échappant pour annoter un cours, ou corriger une copie sur le coin de la table de la salle à manger, ou pour aller grignoter une pomme au jardin… revenant pour découvrir le désastre de sa poêle prise , jetant avec colère le tout à la poubelle sans chercher à rien récupérer…et s’écriant : « La cuisine, il faut s’y tenir, on ne peut rien faire d’autre! il faut s’y tenir… !»
Comme même chose m’arrive fréquemment, je souris de dire à peu près les mêmes mots, je pense à ma mère, et je me dis qu’il y a une sorte de « culture » de la cuisine, acquise dans l’enfance puis construite au long des années…

Il y a les plats appris bien sûr, la piperade de Grand mère, la crêpe aux pommes de ma mère, le foie gras.. (d’oie, surtout !!! ma fille,) la sancquette de poulet cuite à la poêle noire ; les plats rituels, le gigot de mouton (pas d’agneau !) avec ses haricots à la Saint Sylvestre, et les crêpes de la Chandeleur, la daube et le confit des Fêtes de Dax…
Il y a aussi des manières de concevoir les repas .

« On prend toujours les repas à table » !!
Ma grand mère même âgée dressait toujours un couvert soigné : « Pas de casserole sur la table, le fromage dans son papier !!!!Non ! »
« Il faut quelque chose de chaud pour toucher l’estomac »…
« Ta sœur n’aime pas cela, je ferai un peu de… pour elle …Il faut tenir compte du goût de chacun »
Et des légumes bien sûr, des légumes !
Ce n’est pas que mes parents n’aimaient pas la viande. Ma grand mère ne l’aimait que blanche, de porc ou de poulet, ou en sauce. En réaction, pour ma mère et mes parents, après des années de petit budget, puis les privations de la guerre , la viande, rouge en particulier, ou les confits, et le poisson, représentaient le luxe «sur lequel on ne lésine pas » .
Mais les légumes, c’était leur passion, ceux du pays de mon père charentais, mongettes, et cardons , ceux du pays maternel, tomates découvertes à Béziers, piments doux ou pas du pays basque, salades cultivées au jardin dont certaines me fascinaient, la chicorée amère (dite améliorée, mais pas tellement) qu’il fallait tailler en fines lamelles et bien assaisonner pour pallier son amertume, et la « reine des glaces », une laitue craquante, hivernale et fraîche comme gel, les blettes de pays, les asperges qui poussaient dans les allées du jardin, et bien d’autres légumes aujourd’hui banals…

Une façon aussi de cuisiner..Ma mère avait un énorme livre rouge, qui laissait s’échapper quand on voulait l’ouvrir nombre de petits papiers écrits de sa main où elle avait noté d’autres recettes. Ou plus souvent des améliorations de la recette imprimée.
Car elle ne faisait jamais la moindre recette sans l’adapter, « je m’arrange » disait-elle. Elle goûtait pour évaluer et rectifier sauces et assaisonnements, comme mon grand père reniflait la soupe pour savoir si elle était convenablement salée. D’elle j’ai hérité cette manière « d’adapter », et avec le temps je vois que ma Nadja qui en riait souvent, en prend à son tour le pli…

Et bien sûr nous avons hérité d’eux le goût des repas pris en famille, à table, du bordeaux, des légumes frais, de saison, bien sûr !!!
Nous avons pris quelques licences , un repas sauté de temps en temps pour aller au concert ou à la plage, un bon sandwich ou un grignotage à sa guise devant la télé…mais dès qu’on est ensemble, avec amis ou enfants, passer à table, humer en prélude l’odeur de la cuisine qui s’apprête, font partie du rituel..…


Tous à table !




Peut-être est-on un peu laxiste pour les desserts. D’abord je suis petite pâtissière (il faut peser, on ne peut pas faire au feeling et réajuster en goûtant…), je ne raffole pas des sucreries, bref, c’est le point faible. Encore que les autres y suppléent en achetant ou préparant selon leur inspiration douceurs diverses…



C'est la fête à Dax
 














Telle est donc notre manière de traiter du cuit et du cru et si l’on peut dire de cultiver notre cuisine…
Peut-on caractériser les cultures à l’aune des « manières de cuisiner » ?
En ce cas, avec notre culture des légumes à éplucher et des repas simples mais qui prennent du temps , où l’on trouve bien les goûts des produits , souvent juteux, mais un peu dépourvus de sauces élaborées, égarés que nous sommes entre les raffinements des « Diners presque parfaits « et l’exotisme « rapid’ » de Messieurs MacDo et Pizzaiolos….je nous sens un peu Hurons ….au pays des Gastronomes…


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jeudi 26 août 2010

Cultures de pays

Fêtes landaises à Dax, à St Vincent, à Hossegor



Jeux taurins sans mise à mort,…mais avec corde

 La vache (à ne pas confondre avec les « vachettes » d’interville) est une « coursière »… De la même race à l’origine que celle qui engendra les toros bravos de l’Espagne.
On ne la tue pas, on se livre avec elle à un jeu d’allure bon enfant : elle charge avec fougue, l’écarteur « l’écarte », les sauteurs sautent au- dessus de la bête en pleine charge en saut de l’ange ou en sauts périlleux doubles ou simple, ou pieds liés dans un béret. Spectaculaires et audacieux. J’aime particulièrement ces sauteurs, comme ma mère (qui détestait la corrida tueuse de toros).
 La « coursière » connaît la musique comme on dit. Elle combat tous les dimanches dans différentes arènes . Elle est maligne et avisée. Elle sait que l’homme est là, qui l’appelle et l’attend, derrière le mouchoir qui n’est qu’à peine un leurre. Pour discipliner sa course un cordier la réduit d’une longue corde qu’il tire après l’écart. Ce n’est pas une mince affaire, il y faut de la force, mais aussi de la décision et du coup d’œil.
Corde , cornes emboulées, le combat n’est pourtant pas sans danger pour l’écarteur : accrochages, chutes , tumades sérieuses, demeurent fréquentes et parfois tournent au tragique : ainsi est mort, blessé à Dax, le grand écarteur Rachou, le 22 août 2001…
  Je ne suis pas très connaisseuse, je me contente d’aller fréquemment applaudir ce petit monde landais où l’éleveur, les écarteurs , les sauteurs, les cordiers en équipe produisent leurs belles et malignes « coursayres » aux noms expressifs…
  Ce monde comporte moins de grandeur cruelle et sauvage que le monde de la corrida , son voisin proche, mais me charme par son caractère landais, entreprenant et bon enfant , et sa marche cazérienne…
Ses pratiquants sont pour beaucoup enfants de ce pays

et sa culture inspire d’autres cultures : ce soir de Juillet à St Vincent, à la pause, la section de gymnastique de Mugron, la chalossaise,nous offre un beau spectacle d’une trentaine de sauteurs de tous âges remarquablement entraînés…





Danses landaises sans gravité…





On y danse sans histoire et sans savoir, dans la bonne humeur…






Bros d’autrefois pour tour de fête aujourd’hui, on y pense à mon grand père et ses retours de bal au petit jour.



Et l’Espagne chez nous « pointe un peu sa corne ». La musique du Vino Griego soulève nos foulards d’ouverture, et celle d’un Agur basque nous réunit dans la mélancolie de la fermeture.
Les toros de six heures ne sont pas des « coursayres » mais des toros bravos…






Pelote basque avec paris
Un soir à Hossegor, la Cesta Punta affiche des noms basques et des noms landais et l’on y parie…pour un jambon ou un foie gras



Sur les bords de l’Adour où tout a commencé, Julia Augusta revient prendre les eaux (qui depuis le 1er siècle font vivre notre cité dacquoise). Il fait beau et froid en cette soirée et une odeur de brume , de menthe et d’herbe humide me donne à sentir les barthes de mon enfance .


C’est là qu’on tirera aussi le feu d’artifice final…. C’est là que nos petites pleureront sur la fête finie.



C’est mon pays, je l’aime, et j’appartiens pour toujours à ce pays que j’ai quitté




Accents du sud en Pau

Nous somme rentrés de notre pays d’Hossegor pour ce festival qui sent bon l’Occitanie
Il fait très chaud et beau sur le balcon du boulevard, la lumières rosée du soir découpe les montagnes et les rend toutes proches.
Il y a des « estanquets » sous leurs cassetas place royale ou au rond point du funiculaire…

Et on y mange on y mange…



Il y a des concerts de musique trad
Et on y danse on y danse
Danseurs militants et insistants, du rondo, de la scottish, du fandango, du paso….



Il y a des discours , des comptoirs de presse régionale et régionaliste, des vendeurs de livres en occitan ou en basque , une vendeuse qui nous sourit gentiment au passage(un ancienne élève sans doute)
Il y a la revendication de la langue occitane qui revient et qui revient en filigrane dans le texte de la fête…
Comme un parfum tenace ténu mais tenace de Calandretta…

Il y a de très beaux concerts, ouverts , c’est vrai sur « la linéa del sur » , le Béarn, les Landes mais aussi le Sud Est,l’Espagne, le Pays Basque , l’Italie, dont nous profitons sans réserve…



C’est mon pays d’accueil, je l’aime..
Mais ne lui appartiens pas vraiment…







Errobiko festibala, à Itxassou , en juillet.

Nul besoin de revendication : tout y est basque, la langue,les artistes, en majorité du pays
Il y a des collines verdoyantes et de beaux nuages, un soupçon de pluie…
Il y a des « taloas « au fromage et ventrèche et du Txakoli bien frais…
Il y a l’accueil chaleureux et enthousiaste de Benat Achary
Il y a deux très beaux concerts :
Du flamenco avec Pedro Soler et Concha Vargas…
Et surtout notre ami Philippe de Ezcurra, son fabuleux bandonéon, avec le quatuor Kairos, un très beau nom, pour de très bonnes interprètes, d’un très beau et très sombre Piazzola (Five tangos sensations)


J’aime ce pays qui n’est pas le mien…
Nous y sommes courtoisement invités, reçus avec hospitalité, et fêtés chaleureusement comme y est accueilli le Flamenco , son guitariste, son violoncelliste et sa danseuse…



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jeudi 6 mai 2010

Le Studium et le Punctum : la culture ou le plaisir ?



Comme je l’ai écrit dans une note ICI  ma culture, surtout ma culture musicale, ressemble à un jardin de curé, elle est presque totalement autodidacte…
Elle est le fruit d’un vagabondage culturel où le hasard de la RENCONTRE joue un rôle fondamental, ma mère, ma sœur, mon voisin M.D qui m’apporta La Pathétique et de fil en aiguille Tchaïkovski, concertos et opéras…et puis Michel , Le jazz, la pop, et finalement L’accordéon…

Mais la rencontre ne nous apporte que ce que nous cherchions déjà ou peut-être ne suivons –nous les chemins qu’elle nous trace que si le plaisir nous conduit…

Je pense donc suivant en cela une analyse de Michel que deux facteurs orientent nos choix ; il les nomme Studium et Punctum…

Au second, j’associe, plaisir ; émotion, goût, aimer, énergie vitale…

Au premier, savoir, travail, effort intellectuel, connaître et comprendre…



Notre expérience commune de la musique d’accordéon étant une découverte tardive, comme les apprentissages abordés tardivement, elle est l’objet de ma part d’une réflexion plus consciente : elle m’apparaît effectivement résulter de l’interaction de trois facteurs : RENCONTRES « hasardeuses » des hommes ou des œuvres, PLAISIR musical plus ou moins immédiat, ressenti comme une EVIDENCE, et désir de SAVOIR ET « DE COMPRENDRE ».

Les rencontres sont on peut le dire un effet du hasard, mais le facteur social et affectif y joue un rôle fondamental : les chansons de ma mère, le piano de ma sœur, le jazz de Michel, mais aussi Bruno, Philippe, d’autres moins proches, rencontrés furtivement, Tuur Florizone, Raul Barboza, David Venitucci… la sympathie immédiate et la fascination qu’exerce sur nous leur talent musical, incite à les écouter et à développer une sorte de familiarité avec leur œuvre, leur jeu, leur style.

Le plaisir musical, ressenti comme une évidence, par son évidence même, résiste à l’analyse ; mais il rend heureux, donne une sorte d’apaisement, ou d’énergie vitale. Il crée le besoin de se renouveler indéfiniment : on écoute ne boucle, ou on court au concert…

On se laisserait bien guider par le goût, on irait exclusivement vers ce qu’on aime et qui nous rend heureux si on n’était toujours incurablement animé de curiosité, du désir de connaître d’autres œuvres, ou de comprendre de quoi est faite l’alchimie du plaisir….

En ce qui me concerne, la compréhension technique me fait totalement défaut : je n’ai guère qu’une assez bonne mémoire des mélodies. Pour la qualité du jeu des musiciens, je me fie a ce  que j’en ressens, au style que je leur reconnais, au son qui me semble être leur, mais je ne peux m’empêcher de chercher à comprendre de manière autodidacte la composition des œuvres, la participation des divers instruments à l’économie de l’ensemble, et au fond la raison de la beauté de l’œuvre ou de l’interprétation.

Je ne peux m’empêcher d’essayer d’écouter autre chose, d’explorer d’autres sonorités, de tenter de m’y faire prendre…

Finalement, tout se passe comme s’il y avait actuellement pour moi des musiciens auxquels je m’attache pour un besoin quasi vital de leur musique dont la beauté relève de l’évidence , et d’autres que j’explore et tâche d’écouter parce que je ne veux pas être « idiote »….

Et je retrouve une idée chère concernant la littérature et le rôle de l’école :

Je ne pense pas qu’on lirait certaines œuvres si on ne nous y incitait, ou si l’on n’était animé par une sorte de recherche culturelle : qui lirait Zola ou Camus à la plage,ou le soir, ou pour oublier l’angoisse d’un diagnostic médical.

Il y faut la plupart du temps une sorte de nécessité voire de contrainte, parfois une structure d’échanges, de commentaires, de discussion.

Il n’est pas exclu qu’au bout du compte, le Bonheur des dames ou la Peste ne joue pas un rôle aussi vital, ne concerne pas aussi bien notre vie, qu’un roman plus directement réaliste …

Il n’est pas exclu non plus que le plaisir du texte en soit finalement absent. Car il y a de la satisfaction intellectuelle à comprendre l’agencement d’une structure ou la composition d’un personnage. Ou le rythme d’un phrasé. Ou la chanson de la grammaire d’un auteur…(comme n’est pas exclu pour tout le monde le plaisir de comprendre le fonctionnement grammatical ; même si cette compréhension n’est en aucune façon nécessaire à la maîtrise d’une structure qu’on possède parfaitement par intuition)

Mais il faut admettre aussi que ce plaisir ne fonctionne par pour chacun et pour toutes les œuvres…et dans ce cas là seule joue la satisfaction culturelle de savoir que cette œuvre existe et peut fonctionner.

Et je pense pour ma part que c’est là le rôle culturel de l’école : donner à lire et à pratiquer des œuvres dont l’évidence esthétique n’est pas immédiate…permettre d’un parler, d’en juger, d’en discuter…

Mais accepter qu’elles ne paraissent pas au bout du compte, « vitales » à nos élèves et jeter un coup d’œil nous-mêmes sur ce qui leur semble « vital » !!!

Et c’est vrai au Lycée, au collège, mais aussi à l’école élémentaire : j’ai bien noté que nos propres enfants (malgré l’incitation familiale) ne vont pas toujours spontanément aux merveilleux livres de littérature enfantine, ils vont aux histoires qu’ils peuvent et désirent lire tout seuls, qui leur semblent d’emblée par leur réalisme concerner leur vie ou peut-être à des Harry Potter, qui la concernent aussi..

Comme dit Camille : j’aime bien qu’il y ait des enfants, … où sa sœur proteste : j’aime bien qu’il y ait des adultes, amoureux !!!…

Les derniers géants de F.Place, Le Royaume de Kensuké, de M.Morpurgo, Toi grand moi petit de Solotareff, s’ils ne sont pas lus à l’école risquent fort de ne jamais exister pour nos enfants.

A mon avis, c’est bien dommage car il s’agit bien là à mes yeux de littérature. C’est à l’école qu’il faut les lire, comme un projet culturel, pour en dire ce qu’on y trouve (ou qu’on n’y trouve pas !!!) et le sens qu’on leur donne…

Il y faut des PASSEURS, des passeurs de littérature, et c’est à l’école d’ être le passeur privilégié !!!



J’ai eu un ou deux bons passeurs de peinture …










Il me manque au fond des PASSEURS DE MUSIQUE…



















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mardi 9 juin 2009

Une culture de « jardin de curé »

Quand il parle de notre jardin, Michel dit souvent « le jardin de curé de Françou", ce qui me plaît tout à fait. Je ne sais pas ce qu’on entend généralement par ce terme[1], et je me demande ce que l’expression signifie pour moi.
Comme il est d’usage de définir par opposition, je dirais d’abord que c’est le contraire d’un jardin de paysagiste, construit sur plans comme un ensemble préétabli…
Mon jardin s’est construit petit à petit, « pour l’enclore », pour faire de l’ombre à la terrasse ou la border d’un haie odorante, pour planter l’olivier que m’offrirent mes élèves, pour essayer d’avoir une glycine, parce que j’en rêvais, et des iris violets, parce que ce sont les vrais, et du lilas , parce que « la rose et le lilas », et des lauriers roses comme dans le jardin Albert 1er à Nice quand j’étais enfant…et des bégonias tubéreux parce qu’ils aiment l’ombre et que le roi de notre jardin c’est l’étrange prunier sauvage au tronc énorme fait de plusieurs troncs entrelacés, qui abrite la maison et la couvre de fleurs, de fruits , et d’ombre. Toute fleur qui pousse dans notre jardin doit pactiser avec ce géant protecteur.
C’est ensuite un jardin de patience et d’attente. Attente que la glycine « vienne » enfin, et que les iris et la pivoine finissent par « donner ». Attente que fleurissent les violettes , venues seules dans l’herbe, le prunier, les crocus qui se multiplient , les primevères qui viennent et reviennent, les deux lilas, les hortensias . Le rhododendron, les azalées, le chèvrefeuille et le jasmin. C’est une lutte odorante à qui couvrira le parfum de l‘autre : l’odeur de la violette est recouverte par celles des fleurs du prunier, le chèvrefeuille et le jasmin se disputent les soirées chaudes de juin. Les jacinthes, les pivoines, les roses, les abélias de la haie s’expriment par fugitives bouffées.
C’est un jardin d’essais : où se plaira l’ellébore dite « rose de noël ». ? Car les fleurs voyez-vous, pour pousser, il faut qu’elles se plaisent. Qui est-ce qui voudra pousser au pied du mur où il ne pleut que rarement ? Ce petit feuillage léger, attendons, on ne va pas l’arracher, essayons, qui est-il, on ne l’a pas planté, c’est du bleuet….
Pour le curé je suppose que son jardin chante le credo de la création divine, affirme une pleine confiance en ses dons , le bleuet ou l’ortie , Dieu dispose, mais pour moi c’est l’attente païenne, confiante, et encline à s’émerveiller, de ce que produira l’élan vital végétal .
Ce n’est pas non plus tout à fait un jardin d’autodidactes encore moins un jardin naturel : enfouie en nous par l’enfance, il y a une culture implicite : j’ai grandi dans des jardins, avec un grand père fils de paysan, un père qui « jardinait », une mère qui aimait les fleurs et lisait Colette…
On arrache peu, parce que voyez vous, c’est vivant ! On repousse un peu les oignons défleuris du bout du plantoir pour ajouter un pied muguet ou d’impatiens ou autres radicelles…
Et de ce désordre, naissent des ensembles attendus et inattendus, éphémères et récurrents, souvent aussi beaux que fugitifs.

Et je me dis que ma culture est aussi de « jardin de curé » :
Ma culture littéraire pas entièrement : l’école , le lycée, la fac, mes apprentissages puis mes expériences professionnels y ont construit des jardins à la française, et à l’antique, où purent se greffer solidement des foisonnements romantiques, des folies XVIIIe, des surréalismes et des cubismes .Hors des allées tracées je fis de délicieuses rencontres divagatrices, Simone, la lingère, notre voisine, qui lisait Nous Deux et Intimité, je m’asseyais à ses pieds sur son petit banquet de couturière et lisais, lisais ; Gabrielle, la petite cousine de mon père, sourde et chevrière de son état, qui possédait des piles énormes de Lisez-moi bleu, je les dévorais tard le soir dans la chambrette qui sentait la bique ; .Dumas que mon père adorait ; Pearl Buck et les sœurs Brontë et Jane Eyre qui vivaient familièrement avec ma mère . Des piles d’Historia étayaient les rangées de romans de la bibliothèque pourpre. Je vécus des délices de grippes et de bronchites où mon père pour apaiser l’agitation de la fièvre me lisait des heures durant Les lettres de mon moulin, Tartarin, et mon préféré entre tous Madame Thérèse. Il y eut aussi plus tard, à l'heure ingrate des vaisselles, Zazie dans le métro que me feuilletonnait Michel, pour adoucir l'ennui de la tâche fastidieuse. Toutes ces rencontres ont peuplé mon esprit et mon cœur d’un entrelacs culturel de jardin de curé !
Mais c’est en musique que j’ai vraiment une culture de jardin de curé :ni l’école, ni mes parents ne m’ont transmis de solides fondations à la le Nôtre . Mon père chantait faux et vouait une admiration amoureuse à ma mère qui chantait bien l’opérette, puis l’opéra et le temps des cerises, et les chansons de Rina Ketty.
Ma soeur alternait au piano les valses de Chopin et la complainte de la Butte. Et tentait de parer à leurs difficultés par un ressassement obstiné : on riait « montera, montera pas les escaliers de la butte » !!! Elle écoutait en boucle les symphonies de Mozart sur son Teppaz. On me mit au piano : élève médiocre et peu appliquée, j’y pris le goût toutefois des longues improvisations solitaires qui ne charmaient que moi, des exercices de Czerny qui me paraissaient admirables, mais aussi des inventions de Bach et des Sauvages de Rameau .Je n’ai jamais cessé de les aimer…
Le jazz vint avec Michel, puis le rock, puis la Pop.
Un temps, je hantai avec ma fille le grand théâtre de Bordeaux et le Capitole, « accros » D’Offenbach, de Rossini, de Verdi, de Madame Butterfly…
Et enfin comme deux vieux fans Michel et moi rencontrâmes l’accordéon, instrument de toutes les rencontres culturelles, tous les métissages musicaux.
Ma culture musicale c’est vraiment un jardin de curé !

Je pense souvent qu’ « entre les murs » de l’école, puisque finalement c’est le sens que l’on donne communément à l’expression jardin de curé
[2] ce serait bien que les enseignants sèment aussi, en supplément des solides « classiques » du programme dont je ne ferais certes pas fi, les graines de culture diverse dont ils disposent eux-mêmes, (selon ma phrase favorite lorsque j’étais formateur), « pour essayer !!! ». Parce que dans ce désordre, chacun reconnaîtra son bien, en fera peut–être son bonheur, et l’harmonie de son jardin secret …


[1] Robert : « se dit d’un jardin enclos de murs »
[2] « Se dit d’un jardin clos de mur » Robert