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mardi 11 juin 2013
Richard Galliano raconte…
Une interview
passionnante, comment avait-elle pu m'échapper ???des précisions techniques
précieuses pour moi, qui ne sait presque rien de la technique musicale, parce
que grâce à une expression simple et pertinente, elles éclairent
remarquablement le jeu de l'interprète et de ses musiciens , et me permettent
de progresser en écoute...l'explication de choix musicaux qui révèle un peu du
secret d'un style si personnel et reconnaissable, et pourtant soucieux de
respecter l'auteur...des choix photographiques qui m'enchantent ,
"instantané", géométrie des balcons et ...espace de la mer ...Merci à
l’interviewer et merci à Richard Galliano...
mardi 25 décembre 2012
Laurent Derache Trio , le pouvoir de la musique
Nous connaissions un peu Laurent
Derache pour avoir parfois croisé son nom sur des programmes de concert et
avoir été tentés d’aller l’écouter, et croisé des fragments de sa musique sur You
tube et Facebook…Même sa photographie nous était familière sur le calendrier de
Mathieu affiché dans notre bureau…Mais nous n’avions jamais rencontré
réellement sa musique…et voilà que l’occasion nous en a été donnée …comme Michel vous l’a raconté
Mais j’ai d’abord écouté cette
musique , je l’avoue, quand Michel
l’écoutait , -presque en boucle- avec un réel
désir de savoir, comme font
parfois nos élèves , attentive, mais
l’esprit ou surtout le cœur ailleurs …Sentant bien l’intérêt de la composition du trio(accordéon, basse, et batterie) , du son
de Laurent Derache , des lignes mélodiques …mais cela demeurait un plaisir
simplement intellectuel, comme le Jazz
parfois me donne …
Et puis l’autre jour , au soir
d’une des ces journées que j’aime à appeler « calamiteuse »,
peut-être en souvenir de l’étymologie du mot , qui me suggère des
« chaumes » mouillés et couchés par une pluie
insistante et lourde. De ces journées à cumul de petits soucis, à
petites déceptions en rafales, à horizon bouché de petites brumes…Ne trouvant pas
le calme du soir , j’ai cherché mon recours habituel , la musique d’un CD…
Et j’ai rencontré Laurent
Derache !
Et sa musique m’est tout d’un
coup apparue d’une présence et d’une évidence saisissantes .
Je pense que ce sont pour moi ses
mélodies qui captent l’attention grâce à la très belle sonorité de l’accordéon et le beau rythme
de la batterie en soutien, et le relief que donne le son de la basse.
La mélodie est comme un fil qui
varie , change de plan sonore, s’échappe, mais jamais ne se perd , et ses
variations sont surprises mais jamais déceptions …les reprises du thème en
final sont pleines d’une sorte d’allégresse en dépit d’un certaine tonalité
nostalgique…
J’aime”l’effet Butterfly”, “Underground”” Fall
time” et “Life on Venus”!
Mais en fait j’aime toutes les plages du disque…
..Et ce soir là , si ce ne fut pas le « Butterfly effect », ce fut un effet magique , l’effet une présence durable presque obsédante du chant dans ma mémoire …un grand plaisir de musique…
Et que les innombrables écoutes
suivantes n’ont pas démenti !!!
Fall Time...
lundi 29 octobre 2012
Johann Lefèvre à Ça va jazzer- Radio Campus Avignon le 22/10/ 2012
Un musicien bien sympathique que
ce Johann et une personnalité attachante…
J’aime bien sa trompette, que
j’ai ressentie justement telle qu’il l’a qualifiée en réponse à une question de Romain,
« non péchue » sans stridences, au son mélodieux, rond, moelleux…
Très joli Song que ce « Joh
Song »!
J’ai beaucoup aimé « Do the
Wolf », et aussi « Driss ».
De plus j’ai retrouvé dans les échanges nombre de choses auxquelles je suis toujours sensible :
Le souci d’enseigner pour
partager et transmettre certes des techniques, mais aussi une culture, une sensibilité
que l’on tâche de construire par
l’écoute d’ autres musiciens…
En filigrane, l’évocation
discrète de la vie de musicien , l’autoproduction, l’exigence à l’égard de son
travail, la recherche de l’écoute d’un public, énoncé des concerts à venir , voyage pour aller jouer sa musique de lieu en
lieu !
Car c’est important le Live pour
le jazz, la rencontre avec les publics… !
Et avec une fois de plus, au
passage, (ou est-ce moi qui y suis hypersensible ?une allusion à l’éloignement du Sud…
J’ajouterai donc à ces
connivences avec Johann Lefèvre :
Oui le direct, la rencontre avec
les musiciens c’est important, le live est irremplaçable et grisant, mais pas
seulement pour le Jazz, c’est ainsi pour toutes les musiques , enfin celles que
je connais… !
Et que le Sud, c’est loin, mais
que dire du Sud OUEST ? Même si on y trouve Marciac, Oloron, Orthez pour
le jazz…
Et pas si loin Toulouse la belle,
la diverse, pour les musiques du monde…ou certaines musiques classiques, l’opéra
en particulier.
Bien sûr ce serait un bonheur
d’écouter des Johann , des Sonia Rékis , des Johann Riche des Daniel Mille , des Tuur Florizoone ou des
Manu Comté…ou notre proche voisin Gorka Hermosa si proche, mais pourtant si
lointain , sans avoir à courir les routes et autoroutes …
Grâces soient rendues à nos amis
Philippe de Ezcurra , Bruno Maurice , Jean Luc Amestoy, André Minvielle, les
Pulcinella et les Troubl’amours d’être
un peu nos « pays » comme on dit chez nous, et de nous offrir leur super
musique « prochaine » …
Grâces soient rendues à nos idoles auxquelles leur notoriété permet de parcourir le monde,
et que leur bon vouloir amène à se risquer dans notre bout du monde pour partager
leur musique avec nous , Renaud Garcia –Fons , Paolo Fresu, Marcel Azzola, et bien sûr…Richard Galliano !!!
En tous cas, pour écouter Johann
Lefèvre, allez écouter la rediffusion de
Ça va jazzer
ou bien ouvrez le Myspace de Johann Lefèvre :
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mardi 29 mai 2012
Ivresse de Chèvrefeuille
Hier matin , au début d’une radieuse matinée ,
j’ai décidé d’y croire, au beau temps. Tant de fois il nous a bercé cette année
de ses mirages de soleil que j’étais tentée par le scepticisme et le laisser
aller . les terrasses étaient poisseuses et tachées par la trace des feuilles hachées par la pluie et des prunes
massacrées par le vent …
J’ai donc pris mon lave-pont pour
effacer les traces du gros temps mais, comme chacun sait, les lave-pont c’est pour
les jeunes moussaillons, et je m’y serais vite fatiguée si peu à peu l’odeur du
chèvrefeuille ne m’avait pris le nez et la tête …J’aime cette odeur à la fois
fine et entêtante , et ce printemps, profitant de mon laissez faire, les tiges ténues et obstinées du chèvrefeuille ont
progressé, envahi la haie, s’emmêlant, triomphantes, aux rosiers , à la vigne
vierge, et même au vigoureux jasmin…
Le parfum, c’est un peu comme la musique,
ou la mer ? …ou encore…les fleurs ? Ou….les mots…ou….
Et justement je suis tombée, il y
a quelques jours, sur un poème bien célèbre pourtant, mais que j’avais oublié, et
qui me parle …de chèvrefeuille ? Non !
Enivrez-vous
Il faut être toujours ivre. Tout
est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du
temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer
sans trêve.
Mais de quoi ? de vin, de
poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois , sur les
marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de
votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue,
demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge , à tout ce
qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui parle,
demandez quelle heure il est ; et le vent , la vague , l’étoile, l’oiseau,
l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de
s’enivrer ! Pour ne pas être les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie, ou de vertu
à votre guise. »
Petits poèmes en prose, Charles Baudelaire
« Ma guise » ajouterait
à coup sûr "de musique, de musique ! de chants et de parfums", au vin et à la poésie
…
Quant à la vertu ????
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lundi 16 avril 2012
A Réécouter : Tommy Luke à « Ça va jazzer »!!!
Pour qui n’est pas musicienne, mais simple amateur de musique, moi en l’occurrence , la batterie est un mystère de la musique . J’en perçois la présence , je dirais même une fondamentale présence dans les compositions que j’écoute…et la nécessité de pallier son absence le cas échéant par d’autres expressions rythmiques. Je saïs bien dire si je l’aime ou non, et même lui associer quelque connotation exprimant l’effet que j’en ressens : légèreté, voire délicatesse, vibration douce ou énervante , force, virtuosité, basse ou claire…
Mais je me pose souvent des questions sur la musique qu’elle est, simple rythme ou réellement « son »/ « sons » ???
Enfin je m’en posais…
Je n’ai pas écouté « Ça va jazzer » jeudi, pour raisons diverses, dont la moins avouée était peut-être qu’écouter un batteur ne m’intéressait pas vraiment. Mais Mathieu est mon ami, et j’ai grande confiance en ses choix musicaux et admire sa détermination à approfondir la question fondamentale: pour quoi l’on fait de la musique (de jazz en l’occurrence), ou même plus difficile, et pour moi plus pertinent, pour quoi on choisit d’aimer et d’écouter celle-ci ou celle-là ?
J’ai donc finalement écouté en podcast son interview de Tommy Luke et je ne regrette pas … !!!
Car si les extraits de musique choisis mettaient remarquablement bien en évidence divers aspects de l’instrument , ce qui m’a vivement intéressée, c’est que Tommy Luke , avec netteté et précision, y a exprimé sans détours, la manière personnelle dont il conçoit ce qu’est pour lui la musique (de jazz entre autres mais pas seulement ) et jouer de la batterie …
Et il a répondu à certaines questions que je me posais (et évidemment comme c’est toujours le cas, ce faisant en a soulevé d’autres !!!)
Je retiendrais dans ses propos ce qui m’a éclairée, sans doute parce qu’il s’exprime comme je le fais et le comprends par des images…
Que la batterie a un aspect mélodique et un aspect rythmique…
Que son travail, sa recherche, son cheminement avait été en particulier de faire sonner mélodiquement sa batterie, faire surgir des images …
Car pour lui faire de la musique, c’est produire des images…des images pour les autres…le rôle de la batterie dans ces images c’est de découper le temps et les différents éléments …Il cherche à apporter des « couleurs » mais en fidélité, en accord avec le contexte…et c’est là la difficulté !
Toujours aussi net et sans détours : qu’il aime le jazz qui l’emporte et lui donne des émotions.. Mais il lui faut un fil conducteur : il n’aime pas le free jazz…il lui faut une super mélodie à l’intérieur, après tout est possible !
Quant aux émotions , chacun les nourrit différemment : allant pour la même tristesse vers telle ou telle musique, telle ou telle mélodie ! Chacun a sa propre musique qui peut faire fi des étiquettes et classifications et se construire par des mélanges …
Pourquoi ai-je apprécié et aimé ces remarques : comme je le disais , elles donnaient réponse à ma question sur le son de la batterie. Et par ailleurs sur musique , images (que j’appelle souvent connotations) émotion, jazz or no jazz ! peu importe,elles correspondaient à ce que je ressens …
En outre elles n’étaient pas seulement remarques d’un musicien qui fait la musique mais exprimaient une sorte de décentration vers le point de vue de celui qui écoute.
Et l’ encourageant aussi au passage à communiquer avec les musiciens ( « hyperheureux de ces échanges, de partager avec ceux qui les ont écoutés… »)
Ceci me conforte, moi pour qui c’est un énorme effort d’aller à la rencontre des musiciens après le concert, surtout ceux qui m’impressionnent le plus, peur que ça leur pèse ou les dérange !
J’ose faire depuis quelque temps ce petit pas vers eux car très modestement bien sûr je me souviens dans mon travail avoir été tellement été heureuse des échanges avec ceux qui furent en quelque sorte mon public, et plus encore quand l’effort de la tâche avait été dur, heureuse qu’on me dise que oui c’était bien parce que….J’en ai tiré force et souvent enseignement, que ce geste soit venu de stagiaires adultes aguerris et impressionnants ou de petits gamins et gamines non moins sagaces!
J’ose le faire, et souvent je constate qu’ils en semblent heureux, si grands soient-ils à mes yeux profanes…
Pour terminer, bien aimé aussi quelque chose de direct dans sa personnalité !!! Qui, en un temps où il est de bon ton d’être voyageur tous azimuts, ne craint pas de dire qu’il ne bouge pas, qu’il vit très refermé en sa ville de Nantes…
Merci Mathieu de l'avoir invité!
dimanche 28 novembre 2010
Musique et cuisine pour notre temps ???
Aujourd’hui, tellement il fait sombre , tellement c’est l’hiver, tellement c’est mouillé… j’ai décidé de m’offrir un petit quart d’heure de réflexion de « vieillouque ».
Je choisis « vieillouque » parce que j’e m’aime trop, pour dire de « vieux C… » ce qui pourtant…
« Vieillouque » , c’est familial et amical : exemples :
-« Tu vas pas t’acheter cette robe de « vieillouque » ma maman ou ma mamou !!!!… »
-« Parle pas comme une vieillouque … »
= oui tu peux encore le faire…à ton âge, stresse pas…ou,
=ne moralise pas … prends pas ton air désapprobateur.
Donc aujourd’hui, je m’accorde quelques minutes pour avouer provisoirement , en bref, que je ne comprends pas parfois ce qu’ils aiment, les "d’jeunes » :
Musique or not musique ???
Café sombre, désert à l’heure du « concert », bondé de jeunes une heure plus tard, qui dansent, certains joliment d’autres pas, mais tous avec implication, qui mangent et boivent et ont l’air d’aimer cette fanfare…
Pour moi que des décibels !!! une batterie boum boum , un tambour qui résonne en cadence, un tuba qui est peut être intéressant ?, un chanteur stylé social club, une trompette très cuivrée, un sax un peu acide… peut-être bon ? , sans doute BONS ! tous ! mais moi je n’entends rien, tout se mêle dans un unisson où mon oreille agressée par le bruit, ou imparfaite, ne discerne aucun instrument …
Un de nos copains anime de temps en temps des soirées « troisième âge ».
Un soir où je lui demandais : Alors, ca a marché ?
Il me répondit : -Oui, bien, il ne faut pas jouer trop fort parce que beaucoup sont appareillés…
J’ai pensé à cette phrase, l’autre soir, ça ne m’a pas rassurée…
Cuisine or not cuisine ?
Ma cuisine je l’avoue, je la fais avec goût : j’essaie de tenir compte de ce qu’ils aiment , mes attablés , de choisir des produits simples mais aussi bons que possible, de faire en sorte qu’on trouve bien leur saveur et que l’un aille avec l’autre …et quand même de ne pas y passer du temps et du temps…
Mais vraiment depuis quelques temps, sur nos petits écrans, que de « chiefs », masters ou mineurs, de dîners presque parfaits, de fourchettes en voyage, …parfois à l’heure justement où on se la fait en vrai, la cuisine, et pour la deuxième fois de la journée !!!
Et je ratiocine devant leurs plats, leurs mélanges, leurs assiettes dressées, leurs raffinements multiples…. :
« C’est comme sous l’empire Romain ! Suétone , ou Tacite, ou ?...,,le disent bien : « c’est la décadence !!! »
Assez ! me direz-vous, ce quart d’heure n’a que trop duré, si le temps est chagrin, cela ne justifie pas que tu deviennes pisse-froid !!!
mercredi 31 mars 2010
Raul Barboza, l’embellie….
EMBELLIE...
Automne de l’âge, giboulées d’avril, notre vie va comme le temps :
« Belles éclaircies, entre averses et bourrasques, tendance dépressionnaire avec risque de coups de vent en rafales… »
Jeudi et vendredi à Toulouse ce fut L’Eclaircie..
Nous somme allés écouter Raul Barboza au Bijou ….
Nous aimons ses disques, nous étions allés l’écouter deux fois en concert, mais j’ai vraiment aimé ces deux concerts entre tous :
L’ambiance du Bijou, peut-être, chaude petite salle, un son très bon, un public chaleureux ?
La chance d’être là aussi, tout près, immergé dans la musique des deux musiciens, Raul Barboza et Nardo Gonzales ?
Et bien sûr, le son incomparable de l’accordéon de Raul B. tel que Michel le décrit ICI
Ce que j’ aime particulièrement dans son jeu, c’est le plaisir esthétique des contrastes, contrastes de rythmes, contrastes d’intensités, contrastes de registres… et j’aime le soutien que lui apporte la guitare de Nardo Gonzales, comme en filigrane, délicate, légère , régulière….
J’aime aussi que Raul raconte, se raconte, raconte l’histoire de chaque morceau, où il tâche « d’imiter , non justement pas, plutôt, pardon ,de représenter par la musique» les paysages, objets et êtres-clés de sa vie, le train cahotant de sa jeunesse, le chamamé, le cheval de la pampa, la forêt, le monstrueux barrage qui engloutit une région, Paris en hiver, trop froid, et le barrio latino, le petit chez soi de son balcon.
J’aime que son accordéon soit son langage, sa poésie, l’expression du sens de la vie , de la sienne,… de la nôtre…
Jeudi ce fut bien…mais peut-être que le vendredi alla à « a mas » (comme on dit en tauromachie)
Peut-être parce qu’il est délicieux de redoubler un concert, de retrouver ce que l’on vient d’ aimer, et dont l’attente et la prévision renforce le plaisir …
Peut-être parce qu’il m’a semblé que Raul apportait ce vendredi soir un surcroît d’émotion, celle de son dernier concert avec Nardo, avant que celui-ci ne reparte en Argentine, ce dont tous deux étaient visiblement touchés . Il me semblait plus présent encore, « se livrant » davantage dans sa musique jusqu’à son solo final , « Adios Nonino »…
Peut-être enfin parce que nous partagions ce moment avec notre Charlotte, que je trouvais si belle avec sa jolie coiffure, et que nous sentions entre nous, toute tendue d’écoute attentive…
Peut-être encore en raison du geste chaleureux de Raul Barboza, s’avançant au bord de la scène tendant les mains pour serrer les nôtres…
Ou plus encore, à cause de son cadeau à Charlotte, rosie d’émotion, du disque Invierno in Paris, où elle enfermera précieusement son billet signé et le souvenir « plus que super» de cette rencontre….
Le lendemain, temps dépressionnaire, avec une Camille maussade, frustrée de ne pas avoir été de la fête, après avoir, de surplus, loupé l’école buissonnière de Mamou : épargnée pour une fois par la bronchite et autres toux virales, il lui a fallu aller à l’Ecole , la vraie. Dur retour au principe de réalité… !
Cette petite dépression est toutefois suivie d’une nouvelle éclaircie : dans sa petite chambre redécorée de neuf, nous partageons avec un plaisir égal, une longue après- midi de jeu « à l’école d’autrefois… » :
Camille prend nom Marcel (Pagnol !!!), écrit à la plume, lit sa page à haute voix sous le regard sévère de maîtresse Mamou, jongle au tableau noir entre pluriel et singulier, et note soigneusement le travail à faire pour la semaine (pendant l’absence de Maîtresse Mamou):
« écrire chaque jour une phrase au singulier, puis au pluriel, et insidesuite jusqu’au retour de la maîtresse !!! »
Après cela, foin des rafales !!!, pourquoi parler de la pluie !!!!
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mardi 9 juin 2009
Une culture de « jardin de curé »
Comme il est d’usage de définir par opposition, je dirais d’abord que c’est le contraire d’un jardin de paysagiste, construit sur plans comme un ensemble préétabli…
Mon jardin s’est construit petit à petit, « pour l’enclore », pour faire de l’ombre à la terrasse ou la border d’un haie odorante, pour planter l’olivier que m’offrirent mes élèves, pour essayer d’avoir une glycine, parce que j’en rêvais, et des iris violets, parce que ce sont les vrais, et du lilas , parce que « la rose et le lilas », et des lauriers roses comme dans le jardin Albert 1er à Nice quand j’étais enfant…et des bégonias tubéreux parce qu’ils aiment l’ombre et que le roi de notre jardin c’est l’étrange prunier sauvage au tronc énorme fait de plusieurs troncs entrelacés, qui abrite la maison et la couvre de fleurs, de fruits , et d’ombre. Toute fleur qui pousse dans notre jardin doit pactiser avec ce géant protecteur.
C’est ensuite un jardin de patience et d’attente. Attente que la glycine « vienne » enfin, et que les iris et la pivoine finissent par « donner ». Attente que fleurissent les violettes , venues seules dans l’herbe, le prunier, les crocus qui se multiplient , les primevères qui viennent et reviennent, les deux lilas, les hortensias . Le rhododendron, les azalées, le chèvrefeuille et le jasmin. C’est une lutte odorante à qui couvrira le parfum de l‘autre : l’odeur de la violette est recouverte par celles des fleurs du prunier, le chèvrefeuille et le jasmin se disputent les soirées chaudes de juin. Les jacinthes, les pivoines, les roses, les abélias de la haie s’expriment par fugitives bouffées.
C’est un jardin d’essais : où se plaira l’ellébore dite « rose de noël ». ? Car les fleurs voyez-vous, pour pousser, il faut qu’elles se plaisent. Qui est-ce qui voudra pousser au pied du mur où il ne pleut que rarement ? Ce petit feuillage léger, attendons, on ne va pas l’arracher, essayons, qui est-il, on ne l’a pas planté, c’est du bleuet….
Pour le curé je suppose que son jardin chante le credo de la création divine, affirme une pleine confiance en ses dons , le bleuet ou l’ortie , Dieu dispose, mais pour moi c’est l’attente païenne, confiante, et encline à s’émerveiller, de ce que produira l’élan vital végétal .
Ce n’est pas non plus tout à fait un jardin d’autodidactes encore moins un jardin naturel : enfouie en nous par l’enfance, il y a une culture implicite : j’ai grandi dans des jardins, avec un grand père fils de paysan, un père qui « jardinait », une mère qui aimait les fleurs et lisait Colette…
On arrache peu, parce que voyez vous, c’est vivant ! On repousse un peu les oignons défleuris du bout du plantoir pour ajouter un pied muguet ou d’impatiens ou autres radicelles…
Et de ce désordre, naissent des ensembles attendus et inattendus, éphémères et récurrents, souvent aussi beaux que fugitifs.
Et je me dis que ma culture est aussi de « jardin de curé » :
Ma culture littéraire pas entièrement : l’école , le lycée, la fac, mes apprentissages puis mes expériences professionnels y ont construit des jardins à la française, et à l’antique, où purent se greffer solidement des foisonnements romantiques, des folies XVIIIe, des surréalismes et des cubismes .Hors des allées tracées je fis de délicieuses rencontres divagatrices, Simone, la lingère, notre voisine, qui lisait Nous Deux et Intimité, je m’asseyais à ses pieds sur son petit banquet de couturière et lisais, lisais ; Gabrielle, la petite cousine de mon père, sourde et chevrière de son état, qui possédait des piles énormes de Lisez-moi bleu, je les dévorais tard le soir dans la chambrette qui sentait la bique ; .Dumas que mon père adorait ; Pearl Buck et les sœurs Brontë et Jane Eyre qui vivaient familièrement avec ma mère . Des piles d’Historia étayaient les rangées de romans de la bibliothèque pourpre. Je vécus des délices de grippes et de bronchites où mon père pour apaiser l’agitation de la fièvre me lisait des heures durant Les lettres de mon moulin, Tartarin, et mon préféré entre tous Madame Thérèse. Il y eut aussi plus tard, à l'heure ingrate des vaisselles, Zazie dans le métro que me feuilletonnait Michel, pour adoucir l'ennui de la tâche fastidieuse. Toutes ces rencontres ont peuplé mon esprit et mon cœur d’un entrelacs culturel de jardin de curé !
Mais c’est en musique que j’ai vraiment une culture de jardin de curé :ni l’école, ni mes parents ne m’ont transmis de solides fondations à la le Nôtre . Mon père chantait faux et vouait une admiration amoureuse à ma mère qui chantait bien l’opérette, puis l’opéra et le temps des cerises, et les chansons de Rina Ketty.
Ma soeur alternait au piano les valses de Chopin et la complainte de la Butte. Et tentait de parer à leurs difficultés par un ressassement obstiné : on riait « montera, montera pas les escaliers de la butte » !!! Elle écoutait en boucle les symphonies de Mozart sur son Teppaz. On me mit au piano : élève médiocre et peu appliquée, j’y pris le goût toutefois des longues improvisations solitaires qui ne charmaient que moi, des exercices de Czerny qui me paraissaient admirables, mais aussi des inventions de Bach et des Sauvages de Rameau .Je n’ai jamais cessé de les aimer…
Le jazz vint avec Michel, puis le rock, puis la Pop.
Un temps, je hantai avec ma fille le grand théâtre de Bordeaux et le Capitole, « accros » D’Offenbach, de Rossini, de Verdi, de Madame Butterfly…
Et enfin comme deux vieux fans Michel et moi rencontrâmes l’accordéon, instrument de toutes les rencontres culturelles, tous les métissages musicaux.
Ma culture musicale c’est vraiment un jardin de curé !
Je pense souvent qu’ « entre les murs » de l’école, puisque finalement c’est le sens que l’on donne communément à l’expression jardin de curé[2] ce serait bien que les enseignants sèment aussi, en supplément des solides « classiques » du programme dont je ne ferais certes pas fi, les graines de culture diverse dont ils disposent eux-mêmes, (selon ma phrase favorite lorsque j’étais formateur), « pour essayer !!! ». Parce que dans ce désordre, chacun reconnaîtra son bien, en fera peut–être son bonheur, et l’harmonie de son jardin secret …
[1] Robert : « se dit d’un jardin enclos de murs »
[2] « Se dit d’un jardin clos de mur » Robert
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