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mardi 14 avril 2015

Chango Spasiuk , un chamamé inspiré…



Nous l’avions l’avions découvert par son disque Pynandi

Nous avions rencontré sa musique en live à Trentels en 2010 et nous en étions restés fascinés

Et encore en 2011 à Tulle,prodigieux fil rouge , avec de prodigieux compagnons , Jean Luc  Amestoy, Lionel Suarez , Didier Ithurssary, Vincent Peirani.


Et quelque soit le plaisir d’écoute de tous ses disques, écoutés dans l’attente du concert,  le revoir  en direct, entendre sa voix et son chant , cette rencontre à elle seule, aurait mérité nos 600km de voiture jusqu’au festival de Bourg Saint Andéol …quelque remarquables qu’aient été les autres rencontres que ce festival nous a offertes!

 Je cite Michel :
  « Quitte à paraitre ridicule, on n'hésite pas à venir attendre l'ouverture des portes du concert une heure avant. Et quand il s'agit du Chango Spasiuk Quartet, forcément, pas question de déroger à nos habitudes. Chango Spasiuk, c'est le chamamé pur jus. Un alcool plutôt corsé. Tellement inscrit dans une tradition musicale qu'il nous en donne la quintessence.
Son quartet, c'est guitare et percussions, violon, guitare et voix, et bien sûr son accordéon-piano. Sans omettre de mentionner ce que l'on pourrait appeler une gueule qu'on n 'oublie pas. Il y a dans son comportement quelque chose du vates, le poète inspiré des Latins. Un intercesseur qui nous introduit dans un autre monde. Ailleurs !  Pendant une heure et demie…. »

« Yo soy de aqui ! » ainsi le proclamait-il en tête de son CD la Ponzona en 1995…
Et de sa terre on y entend le chamamé , sur sa terre comme des bruits de sabots, sur sa terre les pas des pieds nus des Pynandis, et  le vent, et le souffle des indiens guaranis, dans la respiration du soufflet…

Sa tierra colorada, rouge, vibre dans sa mélodie…son chant évoque son « infancia », « su pueblo, sa casa, sa soledad », sa musique chemine sur un camino a la fois  allègre et dansant parfois jusqu’à la transe, mais qui ne se départit jamais d’une sorte de mélancolie dans l’acidité en mineur de son accordéon et le son déchirant du violon…
 Mais s’il est inspiré de la couleur et des bruits de sa terre, de l’âme de ses Pynandis, et des cueilleurs d’herbe à maté, plus encore que les fois précédentes, nous sommes frappés et enchantés que s’affirme son style personnel. Les années lui ont  encore donné force,  une  présence remarquable …
Son quartet , la guitare et les percussions de Marcos Villalba, la voix profonde et la guitare de Diego Arolfo, et le violon superbe de Pablo Farhat offrent un nouveau relief saisissant à son jeu personnel, frénésie joyeuse  jusqu’à la transe , rythme « chamamé » toujours mais subtilement varié, effréné « terra colarada », dansant et allègre « Ivanco »,  ou chemin ralenti du « Camino » , ou scandé …

Et des  mélodies puisées à la tradition ou personnelles, des mélodies belles à pleurer, qui saisissent et enchantent
Et sous la transe et l’alegria une sauvage mélancolie… « La alegria que hace llorar »









Un style aussi personnel qu’inspiré !








Quand j’ai publié ses photos  Daniel Mille y a noté : j’ai joué avec lui  récemment !
Une rencontre à faire rêver : la soie de l’accordéon de Daniel et  la clarté un peu acide et déchirante de Chango, pour les deux la Mélodie souveraine , et pour tous deux la Nostalgie, qui toujours résonne dans le chant de « l’amour vainqueur et la vie opportune » !


lundi 23 février 2015

Daniel Mille, tête d’affiche d’Accordéon et Accordéonistes








Quand Daniel Mille se raconte …un peu !










     Est-ce le talent de Philippe Krümm, questions minimales et pertinentes, ou le talent de Daniel Mille, une sincérité sans  détour et le souci scrupuleux de s’exprimer , dont j’avais été frappée il y a assez longtemps lors d’une interview accordée à mon ami Mathieu Féryn pour Radio Campus Angers ?

Est-ce parce que nous apprécions tellement la musique de Daniel ainsi que  l’homme, entrevu  lors de quelques rencontres aussi chaleureuses que sans façon ?
Bref, l’article publié dans Accordéon et Accordéonistes(Fév. 2015) nous a beaucoup intéressés …
La question de Ph. Krümm » : « n’est-ce pas un disque de plus autour de l’œuvre d’Astor Piazzolla ? »
Daniel   la contourne, ou plutôt la prend à l’envers pour raconter comment il est arrivé à ce projet…
Un récit qui pourrait s’intituler « Piazzolla …en moi, depuis 25 ans !… ».
Il y évoque avec simplicité sa relation avec Piazzolla entre  fascination pour son œuvre et  réticences anxieuses à oser la jouer …
… Un premier disque , l’un de ses premiers 33 tours, Piazzolla avec Gerry Mulligan…
…La rencontre de Richard Galliano, au moment où celui-ci fréquente Astor P., présence fascinante en filigrane  dans les propos de Richard…
…Le désir de le jouer « un jour », la crainte  de ne pas être à la hauteur, et aussi d’ailleurs une sorte de conflit avec son ambition  de développer sa propre composition,  et sa hantise d’être prisonnier de cette « dangereuse » musique …

Et, au final de ce long temps entre anxiété et désir, cette manière de se jeter dans l’échéance : « Donc j’ai sorti mon Piazzolla du chapeau ! »
…Programmer un concert  Piazzolla , programmer un Cd Piazzolla, avant d’en avoir décidé et préparé le programme ! 
…Se mettre au pied du mur en somme, « n’avoir plus le choix »… !
…Dans le doute de tout ?
Du choix des œuvres, de sa capacité à faire les arrangements ….
…Mais avec des certitudes , le choix de quatre violoncelles , « c’est plus sombre qu’un quatuor normal , ça me plaisait beaucoup », même s’il ne  « dispose » au départ que de Grégoire Korniluk, l’idée d’ un contrebassiste pour quatrième…
..Des refus, ne pas faire un disque de tango..
…Des choix réfléchis, la place de l’accordéon dans l’orchestre, celle qu’il définit remarquablement, comme celle de « la chanteuse, celle qui est devant et qui a  la belle mélodie à jouer … »
Celle qui transmet la charge émotionnelle qu’on n’a pas avec un instrument…
…Dans l’humilité, qui lui fait accepter, en prenant  conscience qu’il ne réussit pas les arrangements, de suivre un conseil, et de faire appel  à Samuel Strouk…une référence !

Et de ce chemin raconté vers Piazzolla, de cette histoire, se détachent quelques aperçus attachants de sa       vie :
Son enfance…  d’enfant de la musique et de la danse, où un père musicien organise le choix des instruments pour ses enfants,  avec le souci qu’ils puissent en vivre ; l’accordéon pour Daniel et la trompette, un seul choix serait trop aléatoire, et  l’accordéon pour ce père d’ailleurs,  le simple frère mineur du « bandonéon,  « le vrai truc », le « summum » !
…Une enfance avec pour  musique ambiante les samedis « musette » et le dimanche «  typique » , et les goûts paternels pour le jazz,  Duke Ellington et Gershwin !
Puis pour Daniel  le vinyl d’Astor..

Des rencontres décisives,  Richard Galliano, qui l’a «  encouragé : « ce n’était pas rien d’être soutenu par lui, lorsqu’on arrivait comme moi de province , avec un C.A.P de menuisier tout en jouant un peu d’accordéon. »
Bien sûr ma sympathie pour l’un et l’autre savoure le soutien du premier, et le CAP du timide second !
Samuel Strouk …le récit de sa rencontre, de leur travail ensemble, de leur savoureuse prise de contact à la cafétéria du TGV le jour de Noël : «  On avait planté nos familles le jour de noël ! », leurs réajustements, d’arrangements, de programme… le travail en studio, tout inspire la sympathie , pour un certain non conformisme, pour un travail très soutenu, pour le plaisir des musiciens à jouer ensemble  …pour  le « désir de vigilance » de ne pas s’installer , de ne pas être « content de soi en jouant Piazzolla », y a qu’à écouter l’œuvre originale pour être remis à sa place…

Aperçus attachants de quelqu’un qui séduit et  qui intrique :
Qui séduit par une personnalité en contrastes,  une certaine façon de vivre sa création musicale, les désirs, les projets entrevus et longuement muris…Les atermoiements, les hésitations, le doute , l’humilité, le manque de confiance dans la capacité à y parvenir…
Et en même temps une détermination obstinée  et des certitudes affirmées : l’amour de Piazzolla, et le désir d’être différent, la représentation de l’orchestration et le goût de la mélodie, « la chanteuse de l’orchestre » …Ô Vuelvo el sûr ! comment rendre la charge émotionnelle ressentie quand chantent les chanteurs argentins ? « C’était mon obsession, je voulais atteindre cette densité-là »
Quelqu’un qui intrigue par les non dits qu’on devine entre ces aperçus dévoilés ,  ce qu’on aimerait savoir : L’accordéon , le choix,  l’abandon, le retour …Le talent à photographier qu’on découvre furtivement  par des photos publiées sur Facebook…LE Brésil…

Bref  un intéressant  récit de vie comme on aime à en lire…
Et comme on rêverait parfois d’en  écrire!

Pour finir, je me permettrai  d’esquisser deux instantanés d’une histoire « Daniel Mille et nous ! »
Où l’on verra toute notre timidité, fruit d’une grande admiration et sympathie à son égard !

 Le premier à Junas , en marge du festival où nous avions été l’écouter la veille, dans un très très joli hôtel à Sommières.
Petit déjeuner , ses musiciens sont là, avec eux nous échangeons quelques mots…Daniel  arrive et cherche sur le buffet dressé cuillères, boissons , etc…etc…et je les  lui indique avec sollicitude, mais rien, rien, je n’ose rien dire de plus sur son concert de la veille que nous avons tant aimé ….RIEN !
 Le deuxième à Toulouse salle Nougaro, pour être  bien placés et en espérant le croiser peut-être et lui dire notre goût pour sa musique, nous arrivons  des tonnes à l’avance !et Michel en attendant sort pour une éventuelle signature, nos disques de lui (tous  ses disques je crois ) et les pose sur un petite table du hall..
Il passe ! les voit ! et rit !  ému, stupéfait : «  Je ne pensais pas possible que quelqu’un puisse avoir tous mes disques !
Révélateur de l’admiration qu’on lui porte et la timidité subséquente…
Révélateur surtout  de sa grande modestie ainsi que de la spontanéité de sa gentillesse,

Que nous avons depuis pu apprécier en plusieurs occasions dans  des rencontres très délicieuses !



PS : J’ajouterai  une simple phrase de  notre Charlotte, elle qui dispose d’un si remarquable talent d’analyse littéraire et artistique, et de tant de mots tout aussi remarquables pour le dire : « J’étais là si bien, si bien, en l’écoutant, et je ne peux exprimer pourquoi.. » 

dimanche 30 novembre 2014

Daniel MILLE, Cierra tus ojos ...

Daniel MILLE, Cierra tus ojos....

…..Y escucha !!!


Il est donc sorti le Piazzolla de Daniel Mille
Y escuchamos… encore et encore…

Comme toujours, on est d’entrée pris au charme du son , des sons, du phrasé, du rythme, particuliers aux interprétations de Daniel Mille
Mais quand il s’agit de dire et d’écrire pourquoi on l’aime, on a du mal à trouver les mots .Peut-être ferait-on mieux de se laisser aller au fil du courant et de dire …

Parce que c’est Piazzolla !  parce que c’est Daniel Mille !
Parce que ce Piazzolla n’est «  ni tout à fait le même ni tout à fait un  autre » .
Parce que Daniel Mille est toujours Daniel Mille…

 Mais j’aime , nous aimons, les mots. Les mots sont notre musique à nous. Dire ce que la musique évoque pour nous , c’est la vivre à notre manière , une manière de l’accompagner, d’exprimer, par des correspondances ,  la résonnance qu’elle produit en nous….

Dans ce Piazzolla Cierra tus ojos, il y a d’abord la découverte .
Certains titres nous sont inconnus : l’éponyme du titre Cierra tus ojos, Milonga para tres, et même à première vue   los  Pajaros perdidos dont nous découvrons en l’écoutant combien la mélodie nous en est familière , surtout sur sa forme chantée par José Angel Trelles ou Milva.
Ou  la Melodia en la menor , que  je retrouve en recherchant d’autres interprétations de Piazzolla sur le Tango Live forever de Galliano…

Ces thèmes découverts me semblent d’emblée s’accorder remarquablement à l’image que j’ai de la musique de Daniel Mille et de sa sensibilité poétique :
Les oiseaux perdus par delà la mer …
A l’instar,d’ailleurs, de la nostalgie, du désir de retour au pays et aux amours perdues, de Vuelvo al Sur…
La douceur triste de la pluie sur Santiago,
L’atmosphère rêveuse et nocturne de Cierra tus ojos y escucha ,
La Melodia en mineur qui dès l’entrée annonce la couleur, et les milongas « alanguies » que « Mille préfère aux véhémences du tango » comme l’exprime Emmanuelle Honorin, dans sa remarquable et poétique  notice …
Contribue à cette tonalité , le choix pour l’orchestration du son grave des instruments, violoncelles et  contrebasse   .
Y contribue aussi le jeu de Daniel mille, « sa manière d’attarder le tempo » (Emmanuelle Honorin encore !)
« En chantant  sur le mode mineur », sa douce mais insistante mélancolie, Daniel Mille rencontre et croise pour moi le caractère tragique que j’ai toujours ressenti en écoutant Piazzolla : la tonalité de ses mélodies , la scansion particulière de ses phrases, la pulsation marquée de son tango, ont toujours évoqué pour moi l’image  de la force du destin …
La Milonga para tres est particulièrement remarquable de cette tonalité sombre , de cette atmosphère de clair obscur : au début la gravité des cordes comme en contrepoint, « comme de longs échos qui de loin se confondent dans une ténébreuse et profonde unité », sur lesquels Daniel Mille vient apporter une ligne pure et plus claire , reprise par contrebasse et violoncelles.
On a une impression très forte de relief , d’ombre et de lumière…

Quant aux autres morceaux dont nous connaissons si bien les thèmes,  ils nous apparaissent interprétés différemment …
Le début de Chiquilin de Bachin me frappe par le la ligne dépouillée jusqu’à l’épure sous les doigts de l’accordéoniste, puis  la montée progressive et comme retardée , le jeu d’écho des cordes , qui parviennent par imposer au final une pulsation marquée…qui retombe insensiblement…
Le Libertango , simplicité dépouillée, rythme classique (me semble-t-il), une énergie plus chaleureuse, une mélodie pure et alanguie  qui s’éteint traditionnellement…

L’orchestration de Samuel Strouk,arrangements, direction musicale et réalisation,  me semble remarquable par son raffinement et sa variété, qui intrigue et séduit.

Le CD lui-même est un bel objet, avec ses photos d’une apparente simplicité, toutes les nuances de noir et de gris, piqué des gros plans, ou flous de profondeurs de champ..  Et son livret, un texte aux mots  à la fois poétiques et simples, riches d’enseignements, trésor  inestimable pour des non-musiciens amateurs de musique…



Piazzolla ENCORE ! Daniel Mille ENFIN!

Piazzolla et Mille TOUJOURS







dimanche 23 novembre 2014

Richard Galliano et Vincent Peirani…Eloge de la pluralité des saveurs!


Michel Contat nous l’avait déjà fait, dans un article où il prédisait le renvoi  de Galliano aux oubliettes par l’avènement de Vincent l’inspiré !
« Quant à Vincent Peirani, il renvoie sans le vouloir la star de l’accordéon Richard Galliano aux oubliettes, car lui est un véritable novateur, comme le fut Astor Piazzola au bandonéon et à l’accordéon. »
Et ce soir du 21 octobre où nous venions d’entendre Vincent P et Emile P, après avoir  assisté au concert de Richard Galliano la veille  avec le jazz Band 31, c’est un de ces intrus charmants et encombrants que l’on rencontre quelquefois en concert , une intruse en l’occurrence, qui cherche à nous la faire aussi, en tentant de nous engager dans la pesée  des mérites respectifs de l’un et de l’autre…
Son enthousiasme pour le duo de Vincent et Emile déborde , ses mots se précipitent, se ramifient , se multiplient  pour peser, classer le talent de l’un, et le mérite de l’autre, établir que Vincent est plus novateur et Richard plus classique, finalement un peu décevant par rapport à « Vincent qui apporte tant à l’accordéon »….
MOI,  qui viens de saluer Vincent Peirani et Emile Parisien, je reste sous le charme prégnant de la soirée…comme la veille d’ailleurs, après le concert de Richard G !  mais sans la bise hélas , ni même l’échange bref et chaleureux dont parfois il nous fait la grâce !!!!
 Nous restons un peu abasourdis , et pas seulement parce que nous irions bien souper avec notre Charlotte en savourant l’euphorie de cet après concert…

Que lui dire à cette connaisseuse ?
Que Galliano reste pour nous le GRAND ?que le son de son accordéon est somptueux,   ses compositions magnifiquement architecturées,  subtilement réinventées  de fois en fois ? Et qu’à l’accordéon, il a apporté tant qu’il n’en a pas fini d’apporter…

Et que Vincent  joue avec  une virtuosité et une liberté époustouflantes , le swing à bras le corps, et nous « évade »dans l’improvisation » ?

Que ni le son , ni les mélodies, ni le rythme ne sont comparables mais bien Incomparables !

ET, nous dirions «  ET »…..

Que les classiques et  les innovants, les anciens  et  les modernes , ce n’est plus de saison, ce n’est que  vaine querelle !
Que nous n’aimions pas les classements même (ou surtout) à l’école !!!
Que l’essentiel est le plaisir des saveurs multiples, si elles sont exquises, et qu’on sache en goûter
les différences !
Que rien n’est plus merveilleux que d’avoir la chance d’  aller voir et écouter l’un  le lundi , l’autre le mardi, surtout  que vendredi, on savourera  la « soie » du son de  Daniel Mille !

Que le Swing keeps on !..dans le jazz ET l’accordéon, le jazz ET la java…

Avec Richard,  Vincent, Emile, Daniel ,…ET les autres !


mercredi 5 novembre 2014

Mensonge d’automne ?


 A l’occasion de la venue de Daniel Mille à Toulouse, j’ai recommencé à réécouter ses disques …
Ainsi les concerts nous sont souvent l’occasion de revisiter les CD que nous aimons , plus systématiquement , avec plus encore d’obstination qu'à l'habitude comme pour raviver les moments vécus en direct , à la recherche du Temps perdu, celui du concert éphémère .
En même temps on se reconstruit comme un parcours dans l’œuvre comme on le ferait entre les livres des auteurs qui nous sont chers…

Bref c’est ainsi que j’ai redécouvert Le Funambule et un extrait de La valse des adieux que Daniel Mille a composé pour accompagner la remarquable récitation par Jean Louis
Trintignant d’un extrait d’un texte D’Aragon.

Ce texte, que je ne connaissais pas, m’a touchée par son degré de désespoir, comme souvent ceux que choisit Jean Louis Trintignant. Une  phrase en particulier,  par sa musicalité, et parce qu’elle dit voir « le fond de l’abîme » :

« Je ne vous dis rien d’autre dans ces jours où la beauté de l’automne risque de nous faire croire au printemps…
« Je ne vous dis rien d’autre qu’il faut savoir regarder en face le malheur et ne pas le déguiser en son contraire… »





Il est vrai que cette année, l’automne de chez nous ressemblait à l’été, un été qui nous menait s’asseoir pour déjeuner au jardin, courir au bord de la mer, aller voir si la rose…



Un été qui semblait se superposer à l’été réel ,qui fut assez froid , plutôt gris et même parfois pluvieux….

Pour ma part j’aimé ce mirage d’été, angoissée malgré tout parce sans illusion…




Et il fait froid désormais, justement depuis Toussaint !  et somme toute, tout est rentré dans l’ordre, l’ordre de l’hiver qui vient !!!!





« Allez, c’est bien fini jusqu’à l’année prochaine
« Et tous les cors ont tonton ont fait Tontaine !




En sera-t-on pour autant plus « cool »?




dimanche 6 mai 2012

Concerts, le Temps et la Durée…



Nous sommes donc allés écouter Richard Galliano et le Big Band 31 à Limoux samedi soir…le concert était programmé en troisième  temps et nous avons dû attendre longtemps pour ce qui était le but de notre voyage.

Attente
Déjà  à 7 heures et demie, une petite attente dans la file déjà formée, puis trois quarts d’heure jusqu’au premier concert : annonce du concert… puis  Sale Steak Sextet… puis annonce du deuxième concert…Stéphane Guillaume  concert…puis entracte avec un soupçon de bulles de Limoux….puis le Big Band 31 !!!!23h !!! puis deux morceaux...puis  deux chansons de l’Invitée surprise …puis 23h 10 Richard !!!
Presque 4 heures d’attente, d’autant plus longues que dans le projet initial  s’étaient inscrites les petites, dont je craignais qu’elles ne s’impatientent et s’endorment comme c’est maintes fois arrivé dans le passé…



Le temps
Et je me disais que dans les concerts, (comme tous les projets d’ailleurs) intervenait une forte dimension temporelle, qui oriente  une perception du temps et de la durée…
« Temps et durée, comparez les deux notions… » Ô!  le souvenir des sujets de philo d’antan !
Les concerts,  sont d’abord des sortes de rendez-vous : repérage sur internet ou dans le courrier des amis , attente à l’ouverture des locations, repérage des lieux où se rendre, évaluation de la durée du trajet, repérage des dates,  des hôtels, tarifs , disponibilités, situation,  et... réservations….démarches! de réservation des places : coups de fil, courrier internet ….
Réécoute en boucle de ce qu’on va écouter, pour le plaisir de l’anticipation, à moins qu'on choisisse délibérément  les surprises du direct…

Le temps qui dure :
J’exagérerais de dire que ce temps d’attente DURE…même si c’est parfois le cas pour certaines de nos idoles dont la musique joue dans notre vie le rôle de sortes de pôles  d’émotions esthétiques  (allez ! encore un souvenir scolaire , un rôle de « Phare » ?)
Ainsi Richard Galliano, Marcel Azzola, Daniel Mille, Renaud Garcia Fons, Raul Barboza, David Venitucci, Paolo Fresu…
 D’ autres encore jalonnent notre calendrier,   dont le devenir musical nous intéresse parce que, d’entrée nous  avons pressenti une connivence profonde avec ce que nous aimons, ou un  talent qui pourrait s’épanouir et combler notre attente : Bruno Maurice, Philippe de Ezcurra, Jean-Luc Amestoy, Les Pulcinella, Tuur Florizoone, Manu Comté et les Soledad , le New Meeeting Quartet et Xavier Triviaux, Lionel Suarez, Vincent Peirani , Chango Spasiuk… Cette attente dure d’autant plus, que parfois leurs concerts se font rares, du moins près de chez nous…ou que leur chemin musical chemine plus ou moins facilement, plus ou mois régulièrement et parfois semble de perdre…
Mais bien sûr, il y a la vie qui distrait largement de l’attente!!! Il y a les autres projets , les autres affections, les autres musiques qui accrochent l’oreille ou le coeur, les univers culturels de Facebook et le flux de leurs échantillons alléchants…

Et puis il y a tous ces temps d’attente d’avant le concert :  faire la queue …s’efforcer d’être bien placés… s’asseoir… attendre encore … !

A Limoux ce « temps d’avant »  a offert nombre de délices ou d’enseignements :  les Rencontres..Nous aimons errer sur  les lieux où le concert se prépare : il y règne une atmosphère particulière,  mélange de tension et d’animation fiévreuse ou simplement active . Des phrases musicales s’y mêlent aux bruits des matériels que l’on installe , des voix qui s’organisent à mi-voix…
 A Limoux,  ce fut la rencontre avec R. Galliano, d’autant plus mirifique pour nous qu’on put lui présenter les Petites et qu’il nous présenta son petit fils Julien…puis la rencontre inattendue et amicale de Ferdinand Doumerc… son groupe endiablé et un  merveilleux premier morceau !
Puis, comme en contraste,  le jazz plein de légèreté du Stéphane Guillaume Quartet , demi -plaisir , demi-attention,  car notre esprit irrésistiblement demeurait dans l’ attente du concert suivant, celui avec lequel rendez-vous était pris… Je percevais  le poids du regard de Charlotte, qui comme nous sentait la présence   toute proche à l’entrée à notre droite  de Galliano, qui, ponctuel, dès l’heure prévue,  attendait lui aussi…Car d’ailleurs,  lui aussi, et les musiciens, attendent,  et attendent …avant de jouer …Et de quoi est faite pour eux cette attente ?...

Le temps qui file …

C’est le temps des « concerts  magiques ». Petit à petit, à mesure que se bâtit le concert pour nos yeux, nos oreilles et notre sensibilité,  pour nous le temps s’enfuit comme une eau qui coule entre les doigts. La richesse et la  variété même l’accélèrent : on attend la surprise mélodique du thème , et si la mélodie se disloque ou se noie dans les thèmes de chorus, on la cherche avec impatience, on savoure de la retrouver,  et tout à coup on craint que cela finisse…et puis  on sait que cela va finir. ..
Contribuent à ce temps emballé, le pouvoir d’entraînement des musiciens, la force de la mélodie qui crée attente et anticipation, et précipite le déroulement du récit. Y contribue aussi la composition des œuvres et du concert :  la variation dans les rythmes , les modalités , les mélodies,   multipliant  en quelque sorte les évènements sonores, accentue encore l’impression d’accélération du temps …

Le temps qui s'étire 
En revanche il y a des concerts, et plus généralement des musiques ,où le temps nous dure . Est-ce l’absence d’une mélodie qui ait puissance de récit, le manque  d’une sorte de tension dramatique , incitant  à désirer  la suite ?Est-ce le sentiment d’un simple jeu cérébral de virtuosités variables ? S’installe alors une sorte de mono-tonie au sens propre, l’impression d’une répétition à l’identique de « séquences » , qui finit par dénier le temps,  un retour en boucle sempiternel, l’attente dilatée  de quelque chose qui ne vient pas. Bref, on s’ennuie, on se dit : ça pourrait durer  encore et encore…
C’est le Rivage des Syrtes…
C’est bien connu, pour éviter l’angoisse de la fuite du temps ,  sachez créer l’Ennui !!!!…

Je crois que bien rares sont pour nous ces concerts-là. Tant nous n’allons que là où nous pousse notre papillonne passion. Quelques CD parfois, fruits insipides de notre curiosité musicale boulimique, ou quelques  expériences de concerts « Pour le Studium » (traduisez : Pour ne pas mourir idiots !)

Ce ne fut évidemment pas le cas ce samedi … !!!
On dirait presque hélas, vu l’espèce de vide vaguement cafardeux que laisse un « concert magique » qui finit...Un spleen passager que seul atténue l’espoir de se retrouver, qui ouvre nouveau projet et nouvelle attente…

Attentes
Je me rappelle une remarque de mon père, dans les années de se vie où il dut vivre seul…Quand nous nous quittions il venait souriant et triste,   nous accompagner  jusqu’au portail,  et disait : « On a bien passé ! » et après un temps, timidement :
« Quand nous  revoyons-nous ? »
Et comme un jour je lui disais : « Je ne sais pas trop, bientôt,  on verra ! » il me dit …avec un sourire plein de tendresse et de confusion à la fois :
« Dis le moi bien à l’avance, si tu peux, car ainsi j’ai plus de plaisir j’ai aussi tout le plaisir de l’attente … » Ce que j’essayai de faire dès lors…
 J’ai remarqué avec une grande émotion que nos petites posent la même question quand nous nous séparons, je constate aussi que cela aide bien à cette séparation !!!

Limoux c’est fini, mais il y bientôt Bruno avec Jacques Di Donato à Bordeaux, Daniel Mille , Vincent Peirani, Lionel Suarez, à Trentels… et…. Richard,  à Sanguinet le 21 juillet !!!…ouf !!!  Ainsi s’ouvrent des horizons d’attente qui nous distraient efficacement des ornières du chemin quotidien …

Je citerai librement, que Guillaume me le pardonne, Le Pont Mirabeau :
Le temps s’en va comme cette eau courante
Le temps s’en va
Comme la vie est Lente
Et comme l’espérance est violente...





lundi 26 septembre 2011

Les nacres de Tulle, une petite bulle irisée dans le ciel de l’automne…

Nous n’étions jamais venus nous balader dans les Nuits de Nacre. Cette année la programmation était trop tentante , Marcel Azzola et sa carte blanche, dont Lina Bossati et Daniel Mille , Chango Spasiuk fil rouge, Jean Luc Amestoy pourtant notre "pays" , mais si rare,.. tous si rares, trop rares…avec de surcroît Lionel Suarez, entendu avec Minvielle récemment, puis en quartet avec Minino Garay, mais qu’on aime toujours réentendre, tant il est inventif de nouvelles formations, et de surcroît D.Ithursarry, et Vincent Peirani jamais entendus en live , dont les disques nous sont chers…

Bref, nous sommes partis pour cette étrange petite ville toute en longueur qui encastre dans l’étroite vallée de la Corrèze d’immenses blocs des années 60, assez laids et kafkaïens, et étage sur l’escarpement de ses berges immeubles et quartiers, sans doute traces d’une prospérité disparue…

Le soleil et même la chaleur étaient au rendez-vous de sa métamorphose en cité de la musique, une musique vouée à l’instrument qui fit la gloire de ses fabriques, et qui balaie de son souffle depuis des décennies la bruyère de ses sous bois…

Et nous avons bien trouvé dans la tiédeur des soirées jusque tard dans la nuit les merveilles attendues…

Marcel Azzola dont le son léger et vibrant , souple et plein, inspire l’équilibre et le sérénité, Marcel qui défie le temps qui passe, célèbre avec ferveur l’accordéon en choisissant si bien ses interprètes, et chante avec fidélité le compagnonnage et l’amitié: j’ai aimé particulièrement découvrir Lina Bossati, son merveilleux piano si justement accordé au jeu de ses compagnons accordéonistes, ainsi que Sylvain Luc et Diego Imbert, et…j’étais ravie que soit présent au rendez-vous Daniel Mille ,
  



 Enchantement poétique total, accordéon, mélodie, voix…on aimerait que le temps suspende son vol !








  
Que dire de Spasiuk ?

Son abord passionné, chaleureux mais toujours distant, comme regardant ailleurs, tourné vers le monde de sa musique…

Que dire  ? Sinon qu’il m'apparut  plus que jamais comme le « vates » inspiré du Chamamé, tantôt égrenant ses mélodies avec douceur et tendresse, tantôt s’enflammant en frénésies qui transportent ses compagnons musiciens et les spectateurs. En duo confidentiel avec son chanteur guitariste Marcello Dellamea, ou cinquième élément meneur de jeu des quatre compères accordéonistes…






Que dire des quatre compères sinon qu’ils furent exceptionnels !



 
Tous différents de style et de sons tous beaux. Ils surent à l’instigation de Lionel Suarez s’accorder en des duos ou des solos où s’exprimait leur style propre et parfois, avec Chango en particulier, se fondre et de joindre dans des ensembles éblouissants. Je retiendrai de tous ces bonheurs les prodigieux Libertango et Indifférence à cinq. Le duo basque enlevé d’ Amestoy et d’Ithursarry, le duo Suarez Amestoy, mélodique et nuancé, la saisissante improvisation de Peirani.
Et les rappels ! Les rappels…

Impossible de se rappeler tout avec précision, tant le vécu esthétique et émotionnel fut intense.






Plaisir d’écouter en live la musique, qui semble se construire dans le temps du concert pour notre écoute et sous nos yeux… les échanges de regards et de signes, les postures, les changements de physionomie, en rendent visibles la texture. Et la combinatoire des interventions, sans doute prévue, donnent pourtant l’impression d’une création quand se rencontrent les instruments . L’improvisation de Vincent Peirani, pour moi excellente, nous mène de surprise en surprise, sans qu’il n’y ait rien d’hasardeux dans sa construction…



Plaisir accru parce qu’on connaît certains d’entre eux personnellement, l’impression qu’ils jouent pour nous…

Plaisir augmenté du plaisir d’être partagé avec nos amis de Toulouse et Trentels, qu’on vient de rencontrer de manière imprévue…







Bien sûr notre admiration pour Spasiuk est telle qu’on ne peut s’empêcher de regretter de ne pas l’avoir entendu, ainsi que Raul Barboza (pour qui nous éprouvons une égale admiration !) dans cet excellent lieu d’écoute qu’est le "théâtre des 7 collines". Car ce petit « Espace Galliano » outre son exigüité, ne rendait guère justice à la beauté de ses sonorités, parasitées par la « chanson » de la clim et les rafales des reflex…



Car bien sûr il y a quelques regrets…
Le Magic Mirror ne fut guère magique pour le son : portes ouvertes, ou battantes, bruits de caisses …de boissons, avec commentaires des bistrotiers, déambulation quasi permanente du public, en cours de morceau parfois !
Le chapiteau lui, est grandiose !!!, en tout cas grand,très grand : si large que les places latérales ne permettent pas de voir Daniel mille, si profond que le son de Sanseverino n’est pas bien perçu au fond…Nous avons finalement préféré les places latérales !!!!
Car pour une fois nous n’avons pas fait la queue une heure à l ‘avance pour être bien placés comme nous en avons l’habitude : nous voulions aussi écouter Chango et Marcello Dellamea…

Regret d’une programmation si riche qu’il fallait choisir…alors que l’après midi était un peu vide…

Regrets encore :
Trop de fantômes au pôle accordéon dont on comprend que s’il s’agit  de la plus belle collection d’accordéons de France, c’est une collection d’accordéons conservés, emballés, archivés , protégés, bref invisibles !!!
Trop de reflets sur les superbes photos de Rinaldi…à la Médiathèque très spectaculaire et réussie…

« Trop bien », en revanche le théâtre des 7 collines, qui nous parut parfait et dont on aurait aimé qu’ il abrite tous les spectacles que nous avons aimés …mais !!
Trop délicieuses, les rencontres de hasard avec nos accordéonistes de prédilection…
Trop agréables, la découverte imprévue d’accordéonistes inconnus : Sonia Rekys , nous vous écouterons certes et souvent !!!
...Une discussion à l'issue du concert "le cinquième élément" avec une spectatrice  inconnue, que nous ne nous décidions pas à interrompre tant nous avions plaisir  à partager nos enthousiasmes..

…Et très précieuse, une petite échappée, pause et  recueillement, dans le silence et le soleil du cloître…




Mais en tout cas, c’est certain, il y a un REGRET que nous n’avons pas, non !!!!

VRAIMENT !!! NOUS NE REGRETTONS PAS D’ETRE VENUS POUR CES NUITS DE NACRE…!!!!



Nous aurons du mal à rentrer dans notre quotidien d’automne !