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lundi 3 novembre 2014

Richard GALLIANO et le Big Band 31 à Toulouse

A jazz sur son 31,Richard Galliano keeps on swinging...

C’était à Odyssud le 20 octobre dans le cadre du festival de jazz sur son 31.
C’était le Big Band 31 dirigé par Philippe Loégé, pianiste et directeur de surcroît du festival…
Et c’était Richard Galliano, l’Invité !
Et nous y étions, puisqu’il y était !
Peut-être ne vient-il plus aussi fréquemment pas trop loin de chez nous…
Peut-être n’avons-nous plus le courage d’aller aussi loin pour l’écouter, peut-être devenons-nous plus « exigeants », et dédaignons-nous - à regret malgré tout- les grands événements à grandes salles (le chapiteau de Marciac, l’auditorium de Saint pierre des Cuisines) pour des lieux moins prestigieux mais plus intimes, Conilhac, Foix, Limoux, Colomiers …et qu’ainsi nos rendez-vous se font relativement moins fréquents !!!

Si bien que pas question de manquer celui-ci, fût-il dans un lieu prestigieux, Odyssud, et d’une intimité relative, dans la foule d’une salle pleine jusqu’aux plafonds et d’un Big Band de 15 cuivres et  un piano sur scène !
Mais il faut dire, qu’en matière de cuivres,   Michel aime particulièrement le BJO , et s’était démené pour se procurer l’enregistrement du concert Ten Years Ago qu’il avait  donné avec Richard en 2008, et  que nous connaissions le Big Band 31 pour l’avoir entendu à Limoux ! avec Galliano !
..Et que nous avions aimé celui-ci,  j’allais dire bien sûr ! au cœur d’une brassée de cuivres, ou, comme l’avait écrit  Michel, « surfant sur une déferlante cuivrée »… j’allais presque dire bien que… !



Donc lundi soir  nous étions là !
Et nous avons beaucoup aimé cette nouvelle version !
Les conditions d’écoute d’Odyssud sont à l’évidence excellentes et font oublier la distance entre les musiciens et nous…
Nous avons aimé la remarquable organisation du Big Band, l’ordonnance «  classique » mais impeccable des chorus.
J’ai pour ma part particulièrement apprécié les « graves » , la rythmique du batteur et de la contrebasse, les saxos ténors, et surtout les trombones …On n’a pas me semble-t-il si souvent l’occasion de si bien les entendre, distingués des autres instruments. Il me semblait  que leur jeu offrait un relief saisissant à l’accordéon de Richard Galliano.
Nous avons apprécié  la maîtrise de Philippe Loégé comme chef, mais aussi comme pianiste : son duo avec R.Galliano  sur « Cécile ma fille » fut pour moi un grand moment d’émotion…
Car dans la puissance « pluri phonique » des cuivres,ni  l’émotion, ni la mélodie, ni la beauté du son ne manquèrent …
Sans doute grâce à Richard Galliano et sa remarquable présence . A sa remarquable sonorité, la continuité expressive de son accordéon, comme une rondeur mélodieuse et chaleureuse,  une énergie qui  transmet  vitalité et allégresse, et  une virtuosité si remarquable qu’elle ne s’avoue pas mais semble naturelle .On pense à Picasso : « La technique est importante à condition d’en avoir tellement qu’elle cesse complètement d’exister… »
…Grâce enfin au rythme qui anime sa musique et qu’il vit de tout son corps, que ce rythme soit jazz ou bien java… !
Richard Galliano toujours keeps on swinging !
…Grâce encore au choix des thèmes fait par Ph.Léogé et Galliano , très mélodiques, pour nous familiers , que nous aimons à  retrouver dans beaucoup de ses productions, New York tango, Viaggio, Blow Up ,  et sont en fait   pour moi associés à un Galliano « très jazzy » …Giselle, Coloriage, Ten years ago, Rue de Maubeuge, Poème(sur Le Pont Mirabeau) Michangelo 70, Tango pour Claude…
Mais outre Tango pour Claude, ce sont beaucoup d’autres morceaux de Nougaro qu’ils ont en outre  choisi d’adapter et d’orchestrer avec bonheur,  et c’est à maintes reprises dans le concert l’évocation émouvante de la présence tutélaire de Claude . Evocation émouvante, mais aussi brillante, par les arrangements qu’ils en ont faits, et l’interprétaton qu’ils en offrent…
 Bien sûr  le jazz et la java, emblématique ,



… pour ce festival de jazz, mais aussi pour Richard, qui rappelle à cette occasion  son attachement  au jazz, dont il a prouvé que l’accordéon pouvait être un instrument central et brillant , mais aussi au musette, où il puisé ses racines d’accordéoniste et de musicien…

…et le Tu verras tu verras…

Mais encore, au cours du concert, d’autres morceaux magiques, un « Garonne « hot », le très émouvant Cécile, et un Tango pour Claude époustouflant ! à en perdre haleine, à l’issue duquel Richard sort en coulisse pour revenir essoufflé, et dire :
« Je crois, je crois  bien, qu’il l’aurait aimé ce  tango pour Claude ! »

Merci à Claude !
 Merci à Richard,
 Merci à Philippe Léogé, aux trombones, au piano, au band tout entier !
Pour cette soirée d’enthousiasme et de bonheur musicaux !









dimanche 8 septembre 2013

Entre Verlaine et Jan Lundgren , un vol de mouette…




Jan Lundgren vient de publier un CD solo au poétique nom…Man in the fog fog…



Et écoutant le teaser, j’ai revécu l’impression forte d’une évocation de la mer ...






Impression que j’avais déjà éprouvée en  écoutant Jan Lundgren dans Mare Nostrum, et qui se mêle dans mon esprit  à la profondeur rêveuse de son jeu et de son regard bleu…
C’était Seagull ! La mouette…

Et cette mouette a frôlé dans ma mémoire une autre mouette, que j’aime et n’oublie pas parce que ses mots musiquent  en moi, celle Verlaine…

 Je ne sais pourquoi
                        Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
                        Tout ce qui m’est cher,
                        D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi
 ?

            Mouette à l’essor mélancolique,
            Elle suit la vague, ma pensée,
            À tous les vents du ciel balancée,
            Et biaisant quand la marée oblique,
            Mouette à l’essor mélancolique.

                        Ivre de soleil
                        Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
                        La brise d’été
                        Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.

            Parfois si tristement elle crie
            Qu’elle alarme au loin le pilote,
            Puis au gré du vent se livre et flotte
            Et plonge, et l’aile toute meurtrie
            Revole, et puis si tristement crie
 !

                        Je ne sais pourquoi
                        Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
                        Tout ce qui m’est cher,
                        D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi
 ?
 Verlaine , Sagesse,III, 7


Jan lundgren


 Verlaine:
          ... Mouette à l’essor mélancolique,
            Elle suit la vague, ma pensée,
            À tous les vents du ciel balancée,
            Et biaisant quand la marée oblique,
            Mouette à l’essor mélancolique.

                        Ivre de soleil
                        Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
                        La brise d’été
                        Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil....


Jan Lundgren, nous l’avions rencontré en suivant le fil magique de l’accordéon de Richard Galliano…
Et il y avait aussi avec eux , la trompette enchantée de Paolo Fresu…





Comme quoi un fil magique  conduit toujours , à condition qu'on le suive, à d’autres fils magiques…

mardi 11 juin 2013

Richard Galliano raconte…

Ce que dit Richard Galliano...  à Philippe Banel le 28 mars 2013 pour Tutti Magazine 


Une interview passionnante, comment avait-elle pu m'échapper ???des précisions techniques précieuses pour moi, qui ne sait presque rien de la technique musicale, parce que grâce à une expression simple et pertinente, elles éclairent remarquablement le jeu de l'interprète et de ses musiciens , et me permettent de progresser en écoute...l'explication de choix musicaux qui révèle un peu du secret d'un style si personnel et reconnaissable, et pourtant soucieux de respecter l'auteur...des choix photographiques qui m'enchantent , "instantané", géométrie des balcons et ...espace de la mer ...Merci à l’interviewer et merci à Richard Galliano...


http://www.tutti-magazine.fr/news/page/Richard-Galliano-Accordeon-Vivaldi-Quatre-Saisons-fr





vendredi 17 mai 2013

Galliano,Fresu, Lundgren : Mare Nostrum à La Halle aux grains




Dimanche soir, c’était à la Halle aux grains, belle salle, du monde, mais pas la foule serrée qu’on a pu y connaître pour Richard.
Une foule qui venait aussi célébrer Claude Nougaro, et soutenir une association d’accueil des handicapés.
Nous, nous venions écouter trois musiciens que nous adorons, Galliano et Paolo Fresu, et aussi Jan Lundgren, qu’en fait nous ne connaissons que dans cette formation, mais dont le son nous enchante, particulièrement quand, comme Goyone,  il chante la Mer, avec un accordéon, celui de Richard .
L’éclairage de scène était une  lumière parcimonieuse qui éclairait en clair obscur les trois interprètes  et évoquait  une atmosphère nocturne…
« Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir… » !!!!

Mare Nostrum, comme Love Day, et Parlez-moi d’amour,  appartient pour moi aux œuvres rêveuses de Galliano…
Contrairement à Luz Negra, où nonobstant le titre, la lumière l’emporte sur l’ombre , et l’alegria de vivre sur la méditation, dans ces trois opus  la mélodie se fait grave …
« Et leur chanson se mêle au clair de lune
« Au calme clair de lune triste et beau,
« Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
« Et sangloter d’extase les jets d’eau… »  
Nous retrouvons avec délices la trompette soyeuse de Paolo Fresu, tantôt voilée, tantôt éclatante, toujours mélodique et touchante, voire déchirante, ses postures remarquables, cherchant le son au plus profond de son  souffle.


L’accordéon au son unique de Richard, allègre, nuancé, se jouant de la multiplicité des plans et des registres sonores…
Avec lesquels le piano de Lundgren, qui connote pour moi le plan infini de la mer, se mêle en nappes sonores et « marines ».
Cette mer , particulièrement ce soir dans cette lumière en clair obscur, n’est pas celle, prosaïque , des plages d’été- « composée de feux » avec  bains joyeux, bruits de voix et de cris multiples, d’éclaboussures et de plongeons, ce n’est pas non plus la mer grondeuse et rauque des tempêtes, c’est une mer calme et rêveuse, presque mystérieuse,  un peu onirique, (Sonia’s Nightmare), qui ouvre l’esprit à la méditation (Open your mind). 

C’est la Méditerranée de Paolo Fresu, qui se souvient d’Ulysse et de la « nostalgie » du retour, (« Valzer del Ritorno » pour l’épouse qui attend), des voyages aventureux d’Enée, et de la Lyre d’Orphée…

C’est une mer à mouette (Seagull) qui…
 « Parfois si tristement …crie, qu’  elle alarme au lointain le pilote »…

C’est aussi la mer aux  confins brumeux des mers du pays de Jan.


C’est une mer à la Soulages aux nuances profondes de dégradés de bleus  foncés où surgissent parfois des notes lumineuses intenses.




 Telles les  notes argentines d’une superbe interprétation d’un morceau de Monteverdi dont je ne sais pas le nom.




Si parfois y circulent  des accents d’Amérique Latine à la Jobim (Eu Nao, Existo Sem Voce, Para Jobim…) ceux-ci sont voilés de mélancolie…
La puissante vitalité  de Richard Galliano, si elle s’y  manifeste avec le merveilleux et enlevé Chat Pitre, la tendresse de Principessa, (« Pour ma fille, car toutes les filles sont des princesses ! ») c’est comme retenue, en sourdine, avec seulement la perfection d’un rythme et d’un phrasé allègre et délié (Liberty Waltz).
Des échos du passé l’habitent, contes mélancoliques de l’enfance (Ma mère  l’Oye) amours perdues des musiciens disparus (Que reste-t-il de nos amours ?) et surtout l’ombre magnifiquement fêtée de l’ami et du maître disparu, Claude, ses chansons superbement  revisitées, (Cécile et Toulouse),  et la musique composée pour lui  « Tango pour Claude » qui chante la « Violence de la vie »…


Soirée magique, sorte de rêve dont on peine à s’éveiller.
Heureusement les copains sont là, à la sortie…On partage les impressions et l’envoûtement, on plaisante, du Victoria de Jean-Marc le même (LOL) que celui de Richard, du shetland de Michel le même(LOL)  que celui de Pascal Contet,   on projette de futures rencontres, et l’on se sépare sous l’emprise d’un souvenir prenant et durable…

On se hâte, c’est le dernier métro !

vendredi 12 avril 2013

Paolo Fresu DESERTICO







Comme je le dis souvent, l’accordéon est un des fils d’Ariane de notre curiosité musicale.  Parce que l’accordéon  est éclectique et voyageur, ce fil nous tire par des chemins divers autant que divergents, par monts et par concerts… . Et par disques…





Paolo Fresu tient à l’un  de ces  fils.

Découvert à Junas dans Mare Nostrum,





 nous l’avons suivi  sur les chemins méditerranéens de  A Filletta…





Et encore  à deux pas de chez nous en pays de Jazz à Marciac, avec Omar Sosa…



J’ entrevoyais les pouvoirs de son Devil Quartet, mais c’est Desertico qui m’a fascinée…

Que Michel Barbey ,(in le TEMPS, samedi 2/3/2013) me permette de citer ce qu’il en dit infiniment mieux que je n’en suis capable…
« Le Devil Quartet, c’est l’une des vies de Paolo Fresu, homme de partage autant que musicien partagé entre aventures esthétiques étanches. Pas tant que ça en fait, ou pas plus que son principal maître à jouer Miles Davis, autre homme aux vies multiples vécues successivement alors que Fresu passe, revient et navigue de l’une à l’autre dans une quasi-simultanéité. C’est le son, comme chez Miles et plus que jamais chez un Fresu en pleine maturité, qui assure une permanence forte entre univers autres »

« Le son »…
J’aime le son de sa trompette entre toutes les trompettes que je connais, ses solos longuement filés, ô les dernières notes, sa sonorité qui me paraît soyeuse, légèrement voilée, et toujours à la lisière du spleen…
Mais pour mieux la dire, je laisse encore la parole à d’autres plus compétents que moi , Michel Contat en l’occurrence:
Paolo Fresu, c'est surtout une sonorité, pleine, claire, tranquillement joyeuse, dont il émane une certaine lumière, directement inspirée de ses maîtres, Miles Davis et Chet Baker. Dans sa trompette coule la même sève qui a donné du prestige et du glamour à la nouvelle vague du jazz européen et une sonorité tendrement acidulée, avec ce quelque chose de tranchant dans le phrasé, elliptique et somptueusement délié, ces lignes nettes, précises, élégantes et simultanément une certaine langueur méditerranéenne, une sensualité ultra sophistiquée toute en nuance…
Dans Télérama n°3298

Quant à dire ce que j’aime dans Desertico, je dirai tout, mais encore et particulièrement
Ambre :
Pour son rythme, sa merveilleuse ligne mélodique déclinée successivement par la trompette de Paolo, puis par la  guitare, puis par la contrebasse …tout simplement …c’est magique !

Desertico

Pour moi le bien nommé, parce qu’il suggère par sa batterie et sa contrebasse obsédante l’indéfini d’un « soleil monotone », et par la montée en clarté un rien acide de la trompette, la vibration agressive de la lumière…

Young Forever
Plus diversement modulé, successivement joyeux , puis rêveur et tendre, puis nostalgique  jusqu’à la note finale filée longuement …

Inno alla vita, à la couleur de ballade nostalgique , encore une super mélodie
à la Paolo

Je ne peux pas dire avec Michel Contat que « Desertico  est sans nul doute l’un des évènements « Jazz » de cette rentrée 2013. »…
…car je ne connais pas grand-chose au jazz… !

Mais je peux dire que plus j’écoute Desertico, plus j’y découvre de quoi l’aimer, et que c’est donc pour moi un évènement « poétique » !!!








mercredi 1 juin 2011

Rêverie sur la musique D’Astor Piazzolla…

Philippe de Ezcurra et le Quatuor Kairos ont joué Piazzolla à Arthez de Béarn.


Lire Michel :
http://autrebistrotaccordion.blogspot.com/2011/05/dimanche-30-mai-philippe-de-ezcurra-et.html

J’ai aimé ce que Michel expliquait de sa perception du contexte, en particulier en le comparant avec le contexte vécu le jour suivant à Marciac, pour le concert de Richard Galliano et Wynton Marsalis Quintet.


En écoutant Philippe et le quatuor, j’étais sensible à la concentration passionnée que tous les cinq mettaient à transmettre leur « culture » Piazzolla. Au visage tendu et crispé par l’effort de Philippe, se détendant parfois dans le plaisir de la musique…à ses explications brèves, simples et lumineuses, du contexte bandonéon et Astor Piazzolla…
J’appréciais leur implication dans le projet, non moins passionné, de l’association de communes et de l’école de musique, pour offrir ce concert à un public pas forcément informé mais remarquablement disponible…

Et toute au plaisir d’un programme entièrement consacrée à Astor Piazzolla, je laissais ma pensée vagabonder au fil des impressions que soulève en moi cette musique…
Tempo, pulsation, scansion …caractéristiques, enlevés, jamais mécaniques quoique repris encore et encore, inimitables, puissants, vifs, mais aussi lancinants et comme tragiques à la fois…
Thèmes remarquables, mélodieux, harmonieux, de ceux qu’on ne peut s’empêcher de chanter dans sa tête, mais aussi déchirants, progressant en intensité comme la tension dramatique de la tragédie classique …

Et tout à coup, en pensant aux titres du programme, au Kairos du quatuor et au quatuor Chronos qui est leur référence, je les trouvais évocateurs, pas comme ceux d’une musique descriptive, plutôt comme symboliques , connotant en moi des impressions et des sentiments…
D’abord les Five tangos Sensations … Derniers tangos, ces presque dernières créations ont la coloration du climat sombre d’une fin de vie, d’un temps qui passe inéluctablement, comme le marque le retour répété du thème et de la pulsation : « Anxiété », « Peur »Même « Loving », « dans l’Amour », est marqué d’une grave mélancolie, comme de l’angoisse de la disparition de l’amour même…
Un peu plus tard , dans les saisons d’Astor, peu descriptives , plutôt évocatrices, connotatives d’un climat « Porteño », en hiver , en été, à l’automne, je me dis que l’été lui-même, après un moment franchement allègre, n’échappe pas à la prémonition de son déclin prochain…Finalement, dans les œuvres de ce concert, tout me semble placé sous le signe du temps : Kronos, le quatuor du dernier temps de sa vie, Kairos, le quatuor qui lui répond aujourd’hui, en un écho à la fois à la fois « a tempo » et en « un temps opportun » …
Les saisons, manifestations visibles du temps qui s’écoule, qui de surcroît portent chacune en elle des signes de leur fin prochaine. Oblivion , Adios Nonino, qui célèbrent le passé enfui. Michelangelo qui chante glorieusement la naissance du monde…et la Milonga del Angel, si belle, mais dont nous savons que quelque part lui succède la partition de la Muerte del Angel…

Je pense alors à Daniel Mille qui sait si bien célébrer tous ces moments transitoires où se perçoit sensiblement le passage du temps, l’attente, les crépuscules, entre chien et loup, après la pluie….

Seuls ce soir, Escualo, son souffle de grand large, le combat animé du pécheur et du squale, apporte une évasion presque joyeuse…et Libertango, un vent de libération, du rythme obsédant du Tango, en un rythme et des figures nouveaux…

Et nous nous quittons, enchantés de musique et des images et « Sensations » qu’elle a fait jaillir en nous…



Encore une fois, je reste intriguée par l’amitié de Galliano et de Piazzolla, car il ne s’agissait pas que d’admiration et de révérence, il s’agissait bien, Galliano le dit, d’une amitié entre les deux couples , Giselle et Richard et Laura et Astor…Ecoutez Laura et Astor...

 
Je suis frappée du fait que la musique de Piazzola ait si nettement inspiré certaines œuvres de Galliano (le tango pour Claude) ou certains aspects de sa musique (le projet de faire du NEW…, certains rythmes, la puissance mélodique….).et qu’à la fois la musique de R.G. si totalement différente, résultant d’une créativité si divergente et foisonnante et d’un style si remarquablement autre. Car si parfois elle fait chanter les graves , se fait méditative et comme recueillie, chante aussi le passage du temps dans les saisons de la vie, évoque le souvenir des amis disparus, célèbre les grands musiciens vénérés, dans sa musique, toujours l’emporte une sorte de force vitale, d’allégresse, de Joie, sinon de vivre, du moins de jouer . Grave ,elle peut l’être en certains moments, et pensive, mais elle est rarement nostalgique…

Et jamais tragique !!! Toujours emportée par la puissance mélodique d’une musique qui chante et par le souffle de la vie …et de l’accordéon…

lundi 21 février 2011

La littérature « ordinaire » selon CH.Baudelot.

Du rôle de la littérature dans la vie ou Les héros de ma culture "ordinaire"

En songeant à tous les polars que je lis , -prof de littérature déchue- !!!, à toutes les séries que je regarde à la télé, je médite souvent sur la distinction entre lecture ordinaire et lecture savante, telle que l’établissait C.Baudelot(1) : la première à l’instar de la culture populaire, trouve son ancrage dans l’ espace de vie du lecteur, ce qu’il vit ou a vécu, les questions qu’il se pose , ses doutes, ses angoisses, ses joies ; elle lui renvoie un écho de sa propre vie ou même lui donne un sens. Elle est pour ainsi dire impliquée.
La deuxième a une visée esthétique, s’inscrit dans le contexte du champ artistique, s’opère au travers du prisme de la culture littéraire ou des valeurs esthétiques .Elle suppose une forte prise de distance par rapport à l’œuvre et une connaissance objective du champ dans lequel elle s’inscrit…Elle est distanciée.

Et je me disais que les polars nous donnent de la vie à penser, des angoisses à surmonter, des joies à espérer, indépendamment parfois de leur composition esthétique. J’y voyais l’exemple même d’objets de culture « ordinaire ».
Mais c’était en somme un contresens, ce ne sont pas les œuvres qui sont ordinaires, je me refuse d’ailleurs à admettre qu’il y ait des œuvres ordinaires…

C’est l’usage qu’on en fait qui l’est, au sens le plus laudatif du mot ordinaire, au sens de quotidien, nécessaire, évident, courant, inhérent à la vie.

En fait on peut donc faire aussi une lecture vitale, et en ce sens ordinaire, des œuvres réputées littéraires.

Ainsi dans les œuvres que j’ai « étudiées », certaines ont été pour moi objet esthétique et d’autres, et pas des moindres, ont eu pour moi fonction vitale, qu’elles m’aient consolée, rassurée, enseignée, ou rendue tout simplement heureuse…

On peut ainsi aimer, mettre « à son ordinaire », Molière et Simenon , Valéry et Prévert, Bach et les Tarentelles , Satie et les tangos, Les Platters et Th.Monk, la grammaire et les polars, Agatha Christie et Fred Vargas, sans être frappé d’ostracisme par les gardiens de la culture.
La distinction ne tient pas à la qualité de l’œuvre mais à la fonction vitale qu’elle a pour nous.
 
Rencontres fondamentales, héros de ma culture « ordinaire »…

Selon le poète,
« Il y a des mots qui font vivre …
"Le mot enfant et le mot gentillesse
« Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
« Et certains noms de pays de villages
« Et certains noms de femmes et d’amis
« Ajoutons-y …. »

Ajoutons-y les héros de ma culture ordinaire...

Ajoutons y Molière : quand j’enrage de l’égoïsme monstrueux du notre vieil aïeul, tu agites, bateleur génial, ton Harpagon ou le vieux Géronte… jusqu’à ce que j’en rie…
Quand je ne parviens pas à faire comprendre à mes stagiaires ou mes élèves, l’utilité qu’on trouve à démonter le système grammatical, « puisqu’ après tout on apprend à parler sans cela » disent-ils, je leur raconte Monsieur Jourdain, je leur parle plaisir, jubilation, folie, pas utilité, pas nécessité, pas « faut qu’on »…

Quand le monde me paraît fou, retors, pourri, quand je tourne vieux con, Cacambo me dit de ne pas perdre espoir, qu’une rivière mène toujours quelque part, Candide me renvoie à mes fleurs que j’aurais pu négliger…
Ajoutons-y Voltaire

Quand je me lamente de l’accession d’un médiocre au pouvoir, ou un peu dépitée, du succès à l’édition d’un cuistre de mes connaissances, Figaro me dit « Il y fallait un calculateur ce fut un danseur qui l’obtint !!!» et il sème ma route "d’autant de fleurs que sa gaîté native le lui a permis…"
Ajoutons-y Beaumarchais
 
Quand je fus angoissée de ma vue qui baissait et de mes yeux à opérer, Cadfaël me parla des simples qui soignent, des fleurs qui apaisent, des rivières, et même, mécréante que je suis, de la sagesse de Dieu…
Ajoutons-y Ellis Peter

Il y a des auteurs qui font vivre parce qu’ils donnent à penser sa propre vie. Ce ne sont pas forcément ceux que l’on qualifie de grands auteurs, mais ce sont parfois eux aussi, tous ceux qui à certains moments de notre vie nous aident avoir l’énergie, la confiance.

Parce que sa musique est vitale, qu’elle restitue à chacun un peu de sa vitalité naturelle,
Parce qu’il incarne pour moi une certaine idée de l’art qui puise aux racines populaires mais jette un pont entre toutes les musiques .
Parce que le son de son accordéon est beau, plein, clair, joyeux mais subtil,
Ajoutons-y Galliano !







 1.Ch. Baudelot, M.Chartier, CH.Detrez : Et pourtant ils lisent....Seuil 1999

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De l'énergie de la Musique

Dans une interview de Richard Galliano pour la Tribune d’ Orléans (3/2/2011)…j’ai noté cette remarque intéressante à plusieurs égards…
"Le contact avec la ville, c’est le contact avec les spectateurs. Et je me recharge en énergie grâce au public. Je lui en donne aussi. "

Intéressante, d’abord pour ce qu’elle révèle de la centration quasi exclusive sur la musique…la ville ce sont les spectateurs…
Ensuite pour ce qu'elle exprime de la relation au public, l’énergie donnée et reçue …

De l’énergie, oui c’est exactement un des effets magiques que sa musique a sur moi…Souvent je compare certaines de ses œuvres où il me semble déceler l’influence de Piazzolla , par exemple le « Tango pour Claude » ou un court morceau que j’affectionne particulièrement « Laura et Astor », et je me dis que s’il y résonne quelque chose de la pulsation tragique du maître, chez R.Galliano, cette gravité lancinante est toujours entraînée par une sorte d’élan d’énergie , entre violence et vitalité , « Vie violence… »

Une force positive ?
Je me rappelle un souvenir, à mes tous débuts de prof stagiaire , subissant un discours de l’inspecteur général, genre préconisations et bonne parole : « Ce qu’il convient d’offrir aux jeunes, ce sont des œuvres positives… »
A l’époque (années 67-69 !!!) nous ricanions un peu, le jugeant frileux et ringard…

J’ai souvent pensé par la suite à ce terme et j’ai quelque peu mis la notion à ma sauce.
« Positif », cela ne veut peut-être pas dire à l’eau de rose…
Quoique je l’avoue, j’ai une préférence absolue pour les histoires qui finissent bien, fût-ce au prix de dénouements invraisemblables à la Molière (ou à la Maigret, ou à l’Agatha Christie)…Signe d’un optimisme désespéré ou résurgence d’enfance nourrie de romans d’aventures et de littérature rose ?
C’est peut-être une des raisons (mais pas la seule !!!) qui de tous les Zolas me fait préférer « Au bonheur des Dames »…

"La Peste" ne finit pas particulièrement bien mais c’est pour moi une œuvre positive.. à l’inverse de "La Nausée", des "Chants de Maldoror" ou de "La Métamorphose"…Les poèmes d’Eluard souvent hantés de la mort célèbrent le Phénix renaissant de ses cendres et le printemps sur les flaques d’eau de la plage . Gainsbourg n’est pas fort bien pensant , mais il insuffle une force de réaction libératrice. La noirceur de Zola se fait quelquefois positive quand Maupassant me paraît toujours d’une noirceur délétère... La musique de Daniel Mille est empreinte d’une mélancolie fondamentale mais d’une mélancolie qui fait vivre. Il en est ainsi de l‘ engagement de Barboza , de de la révolte de Chango Spaziuk, et de la colère bienfaisante, BastaYa !!! d’Atahualpa Yupanqui, du chant tragique mais puissant de A Filetta, de la déchirante trompette de Paolo Fresu, de la contrebasse nostalgique et chaude de Renaud Garcia Fons, de la déconstruction pompière et militante de Bernard Cavanna, du "Cri de Lame" de Bruno Maurice et de tant d’autres musiques… que j’ignore encore mais que peut-être je vais découvrir…

Une œuvre positive ce serait pour moi une œuvre qui donne de l’énergie à vivre…Une œuvre qui concerne notre vie ?
Et je retrouve à ce sujet un texte écrit au temps où j’entamais mon blog, et jamais publié…

A suivre…



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mercredi 4 mars 2009

Bonheurs volés


A la fin des Fourberies de Scapin, Scapin par ruse, pour éviter la punition , prétend être mourant. Mais à l’annonce du festin organisé en l’honneur des retrouvailles familiales, il s’écrie :
« Qu’on me porte au bout de la table en attendant que je meure !!! »
J’aime cette réplique : elle exprime pour moi ,toujours angoissée de maladie et de mort, mais toujours prête néanmoins à se laisser embarquer vers les plaisirs de la vie, ce qu’est la quête du bonheur.
C’est une sorte de Carpe diem. Mais je la préfère au Carpe diem, dans lequel, pour moi du moins, la notion de cueillette, implique quelque chose de déjà là, que l’on peut et doit saisir.
Je préfère la filouterie de Scapin, qui me semble suggérer qu’il faut de la ruse, une stratégie, un plan ourdi, le concours des autres, pour voler du bonheur à la vie qui en regorge mais enserre ses trésors dans des barbelés de soucis et d’angoisses…

Nous avons fait une fugue « musicale» à Perpignan samedi et dimanche qui me paraît la journée des bonheurs volés.
Ca commence comme un projet il y a presque six mois, un projet « Galliano » : Love Day vient de sortir…
A mon habitude, j’épluche, je surveille l’agenda des concerts de R.Galliano.
Déjà des soucis de santé pour mon beau père, déjà une demande d’aide qui s’installe, et que rien ne réussit à combler,ou apaiser, ni l’écoute,ni les diagnostics rassurants, ni les médecines de tous ordres, ni les séjours en clinique…
Quand s’ouvrent les locations de Love Day salle Gaveau, et à Montpellier, on inaugure un séjour en clinique dont on présage qu’il est à la fois incontournable et vain, qu’il ne donnera aucun résultat et nous devons renoncer…
J’écris à JMB (Ginga), qui avec la toute la courtoisie que je porte au crédit, parce que je l’admire, de l’équipe Galliano, m’indique Clermont Ferrand -impossible !!!- ou alors l’été, en juillet !!!(Que c’est loin, et que l’hiver sera long !!!)
Je trouve alors l’annonce de deux concerts à Narbonne et à Perpignan : Opale Concerto, un ensemble à cordes, Michel me parle des solistes de Toscane, oui cela doit être bien, réservons, réservons, à l’orchestre, il y déjà plusieurs rangs de retenus, mais le premier balcon, c’est peut-être bien….
L’hiver se passe, avec son cortège de bonheurs volés,

La découverte des joyeux Pulcinella, dans la salle surdimensionnée et glacée de Bagnères puis dans l’espace exigu et surchauffé du Mandala …
Le concert de Fanfare P4 sous la halle de Portet puis avec notre Charlotte au Mandala…
Un voyage en Bordelais,


Philippe de Ezcurra et la Pavane d’une impasse défunte dans la belle petite église romane de Brouqueyran




Les accordéons Daqui à Langon,



le trio Miyazaki et Bruno Maurice dans le lieu magique de Malagar…




Dans le jardin de Pau, un jour de neige…
Michel Macias à Bordeaux un soir froid de décembre tout illuminé des guirlandes des fêtes de fin année…


Noël et Nouvel An en famille, dans la maison d’Hossegor renaissante,






A notre table, un soir, une rencontre avec un musicien plein d’intérêt G.C …
Bruno jouant Piazzola dans le grand théâtre de Bordeaux …
Dans un appartement chaleureux, un repas partagé avec Bruno et Eléonore…



ET déboulant par surprise parmi ces bonheurs, la tempête, qui massacre notre chère forêt des Landes et nous fait craindre le pire pour notre maison bâtie entre les pins…



Et on se dit, c’est bientôt Richard !!!

Et voilà que la machine aux soucis se remet en marche, puis accélère, un jour sur trois, un jour sur deux, plusieurs fois par jour, et de plus en plus tôt le matin et de plus en plus tard le soir …

La veille du jour J, c’et le paroxysme,nous n’irons pas, trop risqué, trop inconscient, et comme deux enfants nous en pleurerions,en fait moi , j’en pleure …
Et je propose à l’auxiliaire de vie d’assurer deux gardes supplémentaires.
Et voilà qu’à l’aube Michel dit, c’est trop risqué, c’est inconscient, donc on y va : nous téléphonerons toutes les heures, nous reviendrons s’il faut, mais nous partons, si l’on commence à céder aux angoisses, nous ne serons jamais plus libres, jamais plus heureux…
Et il fait assez beau, la route s’en va sous un vent violent, vers ces vallonnements de cyprès et caillasses où les amandiers fleurissent.

Aux pieds des chevaliers Cathares,la mer, au bout du chemin Perpignan,l’espagnole, son théâtre rouge et doré , des places bien meilleures que l’écran d’ordi ne le disait, au premier rang et de face …



Et …au bout des 400km de chemin….

Un bonheur de concert, un enthousiasme heureux, deux bonheurs de rappels…
De quoi faire notre retour d’enfants prodigues avec le cœur plein de chaleur, et de quoi avoir la force de réentendre la plainte de l’angoisse et de la mort…
Entre temps, on goûte à la dérobée un petit musée plein de charmes …où un tableau d’un inconnu parle de mort et de printemps.



Entre temps on s’est arrêté faire un bisou aux grandes et petites merveilles de notre vie, les enfants…

Au retour, le prunier nous attend…


Je pense alors à une petite fille courageuse, qui joue les petits soldats mais pleure le matin pour aller à l’école. Pourtant elle aime le travail qu’on y fait, elle sait se faire plein de petits copains mais les journées sont trop longues , trop fatigantes, trop loin des siens, trop lourd le souci de tout réussir…
Et voilà qu’un projet Carnaval vient rompre pour elle le Carême de l’hiver, enchante les esprits, et lui redonne au moment de partir énergie et envie d’école...

Les projets de l'école, ce sont parfois des bonheurs "donnés"...


Pour un autre récit du concert, voir ICI

mercredi 25 février 2009

L'ethique à Françou

Ethique et esthétique ou « l’éthique à Françou »

Dans le Neveu de Rameau, Le Neveu et Diderot débattent des hommes de génie.
Positif à son habitude, Diderot juge que leur utilité pour l’humanité vaut bien qu’on leur pardonne leur singularité, voire d’être éventuellement « d’un commerce, dur, difficile, épineux, insupportable , voire méchant homme… »
Le Neveu « Rameau le petit ! »(bien que fasciné par son oncle, Rameau Le grand ! et douloureusement envieux de son talent) affirme que "des hommes de génie, il n’en faut point !!!"
« [Son oncle] ne pense qu’à lui ; le reste de l’univers lui est comme un clou à soufflet. Sa fille et sa femme n’ont qu’à mourir quand elles voudront, pourvu que les cloches de la paroisse qu’on sonnera pour elles continuent de résonner la douzième et le dix-septième, tout sera bien…
Les homme de génie ne sont bons qu’à une chose ; passé cela, rien ; ils ne savent pas ce que c’est d’ être citoyens , pères, mères , frères, parents, amis. ..
Il faudrait les étouffer au berceau !!!! »
(Le Neveu de Rameau, p.400 ed.Garnier)

Dialogue plein de savoureuses outrances, qui me donne aussi à penser…
Que le bon Denis Diderot, dont les biographes s’accordent à louer la gentillesse, veuille bien me le pardonner, je ne souscris ni à son indulgence à l’égard des génies ni à la solution radicale, plus paradoxale que sincère, du Neveu.
En fait je me rends compte que je suis incapable de dissocier le talent et la bonté, l’art et l’éthique, la beauté et la tendresse, l’intelligence et la sensibilité .
Nous avons la chance de connaître « en vrai » quelques musiciens que nous apprécions particulièrement : ils s’appellent Jacques, Philippe, Bruno, Florian, Annie Christine…
Tous me semblent posséder la forme la plus discrète, légère, et conviviale, de la bonté : la « gentillesse » : quand ils chantent, quand ils jouent, ils semblent désireux de nous faire plaisir, attendre avec une petite anxiété timide de savoir s’ils y ont réussi . Ils semblent touchés,( ou accepter gentiment)qu’on les aiment, qu’on les admirent et qu’on soit heureux en les écoutant.
Ils expriment souvent une conception « romantique » de la musique, « cri de lame », expression de la joie ou de la souffrance, ou don de Dieu à distribuer, ou plus simplement plaisir profane à communiquer aux autres.
Quand ils jouent avec leurs partenaires, ils les écoutent avec une bienveillante attention parfois même une grande émotion, en faisant place à leur musique…

Pour certains autres que nous aimons avec passion, trop célèbres, ou trop loin de nous, pour que nous ayons le privilège de les connaître « en vrai », nous devons nous satisfaire de fréquenter avec constance leurs albums, leurs concerts, leurs sites Internet, d’écouter encore et encore leur musique, de lire les présentations de leurs disques, de regarder leurs vidéos et leurs interviews: ils s’appellent Galliano bien sûr, mais aussi Amestoy, Raul Barboza, à un degré moindre IanLundgren…
Peut-être est-ce une illusion, mais ceux-là me paraissent faire preuve de la même générosité quand ils jouent, du même désir de partager le bonheur d’être musiciens, avec nous (« vers de terre amoureux d’une étoile !! »)et avec les autres musiciens .
Pour preuve, quelques souvenirs : le regard d’Amestoy , tourné vers les autres accordéonistes en train de jouer , Galliano se mettant en retrait pour écouter ou laisser la première place à M.Lubenov, puis soutenant sa musique de la sienne ;Galliano encore, saisi d’émotion jusqu’aux larmes en écoutant A .Cardenas chanter Historia de un amor, ou en interprétant une Gnossienne de Satie,et encore rappelant Nougaro et Barbara.
Je pense que ce mélange de « génie » (pour reprendre les termes de Diderot) et de sensibilité me les rendent plus « aimables », et augmentent ma joie de les écouter.

Et je crois en toute modestie avoir connu dans mon métier ce plaisir délicieux de partager joyeusement une émotion esthétique : moments forts et précieux dont le souvenir me donne toujours envie de pleurer : une lecture d’Eluard ou de Baudelaire dans une classe surchauffée et surchargée de Lycée, la réussite inspirée d’une création de marionnettes, où un enfant de douze ans aujourd’hui disparu, chante comme un ange une chanson qu’il a composée,une classe de CM2 pourtant instable et bruyante, discutant avec passion du dénouement de Comment Wang fô fut sauvé, ou la jubilation d’une petite fille de presque six ans découvrant qu’elle peut lire une phrase entière ; ou encore un gamin de cinquième, volontaire, après l’audition des stances du Cid par G.Philippe, pour en donner, de sa voix légèrement voilée d’adolescent, , une récitation personnelle, à mon sens d’une justesse et d’une délicatesse largement dignes de son modèle, toute la classe (40 élèves)l'écoutant,subjuguée ...; une élève dite en difficulté découvrant que ce qui est écrit, c’est quelque chose de la vie et demandant qu’on lui écrive encore et encore quelque chose !

mercredi 11 février 2009

Les rêveries d'une écolière divagatrice


Je divague et m’éloigne mais toujours je reviens, à l’Ecole, aux écoliers, aux maîtres d’école, à la pédagogie, à l’éducation, à la littérature…
Quand j’étais élève, puis enseignante, puis formatrice, toujours j’ai aimé appartenir à mon école, à ma classe, puis à l’équipe de mes collègues, puis au groupe de mes élèves en formation.
Ces groupes étaient pour moi chaleur, échanges, parfois conflits, travail partagé, projets, gaîté, soucis, la vie en somme…
En même temps je n’ai jamais aimé appartenir tout à fait à des groupes …
J’ai mené ou suivi des actions syndicales, mais mon adhésion était chaque année pensée, pesée, pas systématique… et élue au conseil d’administration, je me suis souvent pris les pieds dans les lacets du « qui je représente ? Les collègues qui m’ont élue ? « L’appareil » et les mots d’ordre du syndicat ? Moi- même (horreur aux yeux du Syndicat) ? Et ne pouvant me déprendre de mon individualité propre, j’ai mené ces missions de représentation tout de guingois
J’ai admiré et admire encore la sagacité de Célestin Freinet, mais peu les groupes pédagogiques de son église, tout en militant auprès de mes stagiaires pour sa conception pédagogique…, de guingois, toujours de guingois !!!
J’ai été formateur avec implication et la conviction que la formation des enseignants était chose fondamentale, mais sans me reconnaître vraiment dans les « professeurs d’iufm », bien que souffrant toutefois des reproches qu’on leur adresse, moi qui suis si peu didactitienne, si peu semblable à la plupart d’entre eux.

Maintenant que me voilà retraitée, je fuis les associations et les lieux qui me rappelleraient mon cher travail défunt mais voilà que mes pas me ramènent toujours à l’éducation, à l’apprentissage et à la littérature, au rôle de l’art dans notre vie, et peu de jours passent sans que je me dise : ne faudrait-il pas faire ça ou comme ça à l’école, en lecture, en écriture, à la maternelle …

Que diable vient faire Galliano dans cette galère ?

Je dois sa découverte à une divagation affectueusement consentie à mon compagnon qui s’est pris de passion à l’heure de la retraite pour l’accordéon, pour des raisons sans doute divagatrices lui aussi। Philosophe de « l’Esthétique », amateur de peinture et de photographie, il se passionne pour cet instrument atypique!!!


Et nous voilà partis un 2 janvier froid et « givré » (on ne peut mieux dire) vers Tulle, où justement ne se tient pour l’heure aucun concert, où bon nombre d’hôtels sont fermés, mais où se visite la manufacture Maugein, militante et attachante...



Je n’aimais que le piano, le violoncelle, la musique romantique et les opéras de Mozart, de Rossini et d’Offenbach, et je me promenais en dilettante dans la chaleur des musiques « latines », musique populaire italienne, chants de la guerre d’Espagne, musique d’Amérique du Sud, cueillant et grappillant des mélodies à enchantement variable…


Et me voilà partie avec Michel sur des chemins de traverse… « chemineaux » de l’accordéon …

Et voilà que je découvre ainsi Richard Galliano et que je trouve en lui un divagateur de génie, divaguant, son accordéon aux épaules, loin des sentiers tracés, mais connaissant tous les chemins d’accordéon, faisant du jazz sans être jazzy, du tango sans danser, du musette sans musette, et pourtant connaissant admirablement la musique et nous la renvoyant dans un son somptueux, sans autre forme d’histoire, en toute simplicité.


J’aime même son site sans histoire et ce poème touchant d’un gamin qu’il y affiche en toute simplicité…
J’aime ce que je comprends de sa conception de la musique, parce qu’elle rejoint me semble-t-il celle que j’ai de la littérature.
Et surtout j’aime sa musique que je qualifierais si je l’osais de « vitale »…



J’aime enfin son vagabondage qui m’a permis aussi avec et grâce à Michel, de nous balader pour le suivre de lieux de France en lieux de France un peu, beaucoup , un peu plus loin, une fois de plus, une fois encore…
Il a dit quelque part qu’il rêvait jadis de vivre de son accordéon et d’aller de ville en ville, son accordéon sur l’épaule, tel un baladin d’autrefois…de rencontre en rencontre। Je crois qu’il y a réussi…dans l’âge mûr…
Moi j’ai souvent rêvé d’aller main dans la main de ville en ville et d’y suivre ma rêverie Je n’ai pas les mêmes moyens esthétiques ni financiers que R.G (aujourd’hui) ni sans doute autant d’esprit d’aventure mais nos promenades musicales comblent un peu ce rêve de jeunesse, de courir avec un compagnon les villes et les champs …à la suite des joueurs d’accordéon !!!