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lundi 21 février 2011

De l'énergie de la Musique

Dans une interview de Richard Galliano pour la Tribune d’ Orléans (3/2/2011)…j’ai noté cette remarque intéressante à plusieurs égards…
"Le contact avec la ville, c’est le contact avec les spectateurs. Et je me recharge en énergie grâce au public. Je lui en donne aussi. "

Intéressante, d’abord pour ce qu’elle révèle de la centration quasi exclusive sur la musique…la ville ce sont les spectateurs…
Ensuite pour ce qu'elle exprime de la relation au public, l’énergie donnée et reçue …

De l’énergie, oui c’est exactement un des effets magiques que sa musique a sur moi…Souvent je compare certaines de ses œuvres où il me semble déceler l’influence de Piazzolla , par exemple le « Tango pour Claude » ou un court morceau que j’affectionne particulièrement « Laura et Astor », et je me dis que s’il y résonne quelque chose de la pulsation tragique du maître, chez R.Galliano, cette gravité lancinante est toujours entraînée par une sorte d’élan d’énergie , entre violence et vitalité , « Vie violence… »

Une force positive ?
Je me rappelle un souvenir, à mes tous débuts de prof stagiaire , subissant un discours de l’inspecteur général, genre préconisations et bonne parole : « Ce qu’il convient d’offrir aux jeunes, ce sont des œuvres positives… »
A l’époque (années 67-69 !!!) nous ricanions un peu, le jugeant frileux et ringard…

J’ai souvent pensé par la suite à ce terme et j’ai quelque peu mis la notion à ma sauce.
« Positif », cela ne veut peut-être pas dire à l’eau de rose…
Quoique je l’avoue, j’ai une préférence absolue pour les histoires qui finissent bien, fût-ce au prix de dénouements invraisemblables à la Molière (ou à la Maigret, ou à l’Agatha Christie)…Signe d’un optimisme désespéré ou résurgence d’enfance nourrie de romans d’aventures et de littérature rose ?
C’est peut-être une des raisons (mais pas la seule !!!) qui de tous les Zolas me fait préférer « Au bonheur des Dames »…

"La Peste" ne finit pas particulièrement bien mais c’est pour moi une œuvre positive.. à l’inverse de "La Nausée", des "Chants de Maldoror" ou de "La Métamorphose"…Les poèmes d’Eluard souvent hantés de la mort célèbrent le Phénix renaissant de ses cendres et le printemps sur les flaques d’eau de la plage . Gainsbourg n’est pas fort bien pensant , mais il insuffle une force de réaction libératrice. La noirceur de Zola se fait quelquefois positive quand Maupassant me paraît toujours d’une noirceur délétère... La musique de Daniel Mille est empreinte d’une mélancolie fondamentale mais d’une mélancolie qui fait vivre. Il en est ainsi de l‘ engagement de Barboza , de de la révolte de Chango Spaziuk, et de la colère bienfaisante, BastaYa !!! d’Atahualpa Yupanqui, du chant tragique mais puissant de A Filetta, de la déchirante trompette de Paolo Fresu, de la contrebasse nostalgique et chaude de Renaud Garcia Fons, de la déconstruction pompière et militante de Bernard Cavanna, du "Cri de Lame" de Bruno Maurice et de tant d’autres musiques… que j’ignore encore mais que peut-être je vais découvrir…

Une œuvre positive ce serait pour moi une œuvre qui donne de l’énergie à vivre…Une œuvre qui concerne notre vie ?
Et je retrouve à ce sujet un texte écrit au temps où j’entamais mon blog, et jamais publié…

A suivre…



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samedi 6 février 2010

"Le chant naturel de l'homme"...



Nous allons écouter parfois un ami qui joue de l’accordéon . Du « diatonique ». Il s’y est mis en vieillissant, car son « chromatique », qu’il aimait tant, est trop lourd maintenant et trop dur à tirer, cela fatigue son cœur…
Il recherche pour nous des airs qu’il se rappelle, les retravaille pour nous les jouer …Ce sont des danses d’ Occitanie, du Béarn ou de mes Landes, et quelques airs de chez lui, des chansons de marins que « son père qui n’avait jamais appris le solfège jouait si bien et si souvent » et qu’il essaie de retrouver.
En l’écoutant jouer des valses, des polkas, des scottish , ou « un petit fandango », je laisse divaguer mon esprit vers des pensées agréables : le plaisir de la musique , l’évocation de la danse, la mélancolie de l’âge, qui raidit les doigts sans affecter la vivacité de l’esprit, la prégnance nostalgique du souvenir de son père , du mien auquel il me fait penser …
Et l’autre jour, un texte de Chateaubriand m’est alors revenu en mémoire :
« J’écoutais ces chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste même lorsqu’il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs… »
(René)
Ce texte était dans notre « Lagardetmichard » d’enfance et de jeunesse…et nous en sourions alors, avec la belle insouciance de nos jeunes années, rythmées de slows et de rocks…je suis allée le rechercher pour le relire et effet de l’âge ? des circonstances ? du hasard objectif ?je l’ai ma foi (et cette fois) !!! aimé..

Il est vrai que ces musiques traditionnelles, même dans la balloche, véhiculent souvent une tristesse quasi obsédante .
Pour peu qu’à l’accordéon se joignent la cornemuse, ou la cabrette, dont le son éprouve les nerfs , ou un violon déchirant….
MAIS Il y a des artistes qui changent l’accablement qui grince en harmonie déchirante et subliment la désespérance en mélancolie mélodieuse :

Je pense à Didier Laloy et son Trio Trad (Trio trad, Alea, Wild Boar Music)
Je pense à Renaud Garcia Fons et à La linea Del Sur , à ce que j’en écrivais il y a un an
Mélodies en mineur, rythmes obsédants qui reviennent et disparaissent, bonheurs de jouer et de se jouer d’une silhouette, d’une valse, d’une barque …
La ligne de ce Sud est teintée de mélancolie et de déchirant bonheur.
Je pense à Daniel Mille et me permets de citer Michel Contat (Télérama 3121,7/11/09)
« Daniel Mille rappelle avec art que la mélancolie n'est pas ce sang noir qui accable : il y a un bonheur dans la tristesse, une joie du mode mineur. »

Je pense aux mélodies merveilleuses de Stéphane Délicq qui enlève ses valses dans des rythmes subtils à trois, à cinq , à huit temps et fait accompagner son accordéon diato d’improvisations raffinées à la clarinette, au violon alto, à la contrebasse…,
DOUCE, (l’autre distribution) avec C.Delaunay, F.Michaud, N.Malnoury ...
Et puis oserai-je encore en parler, je pense à des musiciens dont la musique dépasse la tristesse par l’extraordinaire vitalité qu’elle communique à ceux qui l’ aiment…

Je pense à Cri de lame de Bruno Maurice
Je pense à Laura et Astor de ….Richard Galliano !!!(Richard Galliano Septet, Piazzola for ever, Dreyfus )

Je dédie ce texte à Stéphane Délicq,
qui nous a quittés le 3 /2/10 ...