lundi 28 février 2011

Tout ce que j' ignore

Hier soir dans un échange amical à propos de neige, une des mes charmantes amies sur FaceBook me pose en quizz qui est l’auteur du recueil de poèmes « Il neige dans la nuit » …que j’ai été bien incapable d’identifier… !!! Une autre amie tout aussi charmante a fait « culture Google » et a trouvé la référence de l’auteur. Une fois de plus, je me suis dis, je suis inculte, alors qu’au même instant Claude nous écrivait : « Je n’ai pas votre culture !!! » Culture, tu parles !…

Bien sûr, je dis bien haut : « Tant de choses que je ne sais pas et n’ai nul besoin de savoir…. » mais parfois , agacée de voir sur la liste de critique de films des noms des réalisateurs totalement inconnus , ou sur les plateaux de télé défiler des visages sans nom, ou quand je parcours en grappillant de ci de là l’espace librairie de L… , des présentoirs entiers de livres et d’auteurs qui ne me disent rien, alors, comme quand j’étais enfant, je suis accablée par tout ce que j’ignore et aimerais peut-être connaître…

Petit Pantagruel frappé de vertige au bord du puits de science ouvert à ses pieds…

Pour réagir, je me demande alors : « Culture, culture, c’est quoi la culture ? »
« Définissez la Culture » ou « Peut-on parler de la culture ou des cultures ? » Peut-on dire comme M. Machinchose (encore un inconnu !!!, que chaque individu possède sa propre culture ? » que de bons sujets de philo pour le bac  …

Pour ma part, j’ai déjà écrit un jour en contributions à cette épineuse question, que ma culture était une espèce de jardin de curé, une autre fois qu’elle se constituait comme le réseau fragile d’une toile d’araignée, de fils jetés au vent qui s’accrochent à leur support puis s’attachent entre eux pour des entrelacs délicats….

Aujourd’hui, je pense à ces chemins de forêt dont Michel m’a un jour parlé d’après Heidegger, ces «holzweg » que les forestiers défrichent pour exploiter leur bois puis abandonnent. Pour moi ces sentiers forestiers ne sont pas vraiment « des chemins qui ne mènent nulle part » car chemin faisant, vous rencontrez les bifurcations de nouveaux chemins qui donnent envie de les suivre…Vous les suivez quelque temps , mais d’autres, tout à coup, offrent une croisée qui vous tente, et voilà que vous bifurquez vers un autre sentier ouvert par le hasard, ou pour une autre coupe de bois, qui vous semble Un  bon chemin, car Le Bon chemin n’existe pas, vous le savez….

Et j’ai bien l’impression aujourd’hui que les rencontres orientent la plupart des découvertes artistiques/esthétiques de ma vie, et que de chemin en sentier, je longe, je bifurque, je croise, et parfois reviens sur mes pas et parfois continue jusqu’à une nouvelle tournée..

Depuis que Neige et C… ont orienté mon intérêt vers Nazim Hikmet, j’ai fouillé sur mon étagère de poésie et retrouvé une anthologie…c’est ma grande sœur qui me l’avait offerte, et je lis au hasard des titres , des pages, je lis et je me redis certains passages….Depuis que Cl. m'a parlé de Jules Renard à propos de coquelicots je me rappelle le plaisir d’un texte à propos de poules, je crois, le cherche dans mon exemplaire retrouvé, un peu écorné pour raison de feuilletage excessif. Je cherche , cherche, et chemin faisant rencontre d’autres textes qui me détournent de mon but premier…

Le hasard de la programmation du festival de Trentels, le choix d’A.M, nous a donné à connaître Pascal Contet, dont les disques nous paraissaient jusque là « difficiles » Sa présence et l’existence qu'il donne à la musique lorsqu’il l’interprète ou l’improvise, ont déclenché un nouvel intérêt pour ce qu’il propose, nous ont conduit à B.Cavanna,ses chemins « chaotiques » où s’ouvrent de lumineuses clairières, une entre autres où jouaient Bruno Maurice et Schubert. Et un retour délicieux aux goûts de toujours, Schubert…Comme un jour R. Galliano nous a ramené à Bach et Pascal Contet et Motion Trio à Chopin. Jean –Marc Luisada de Chopin à Granados

Parlerais-je une fois de plus des chemins vagabonds de l’accordéon qui nous conduisent de Piazzola à Cobra Verde, de Chango Spaziuk à Tuur Florizone et aux racines populaires d’un instrument qui ne chante jamais ni tout à fait le même ni tout à fait un autre…

Raconterais-je comment le nom de R.Galliano nous a fait acheter Europeana « Jazzphony n°1 » by Michael Gibbs…Richard doit y jouer quelque secondes, avant d’être relayé par Joachim Khün , mais ce disque, arrangements libres et peut-être « jazzy » de thèmes populaires d’Europe est une heureuse découverte …Il faut dire que l'auteur se déclarant chercher une musique « for people with open ears and open minds », on n’est pas peu fiers être du nombre….

Une sorte d’Odyssée européenne après le périple méditerranéen de Renaud Garcia Fons de A Filletta et Paolo Fresu

Parfois comme la petite flûte magique du joueur de Hamelin , c’est le son de trompettes , ou de violoncelles qui nous attirent vers de musique en musique, la trompette de Markus Stockhausen, qui nous enchante, ou celle Devil music !!! de Paolo Fresu. Le violoncelle de Jean Charles Capon m’entraîne de Blues sur Seine à Blue Rondo à la turk, qui se souvient de Claude Nougaro. On y croise Chick Coréa, jadis très écouté. Au passage je retrouve Laura et Astor, rare, et que j’aime tant.

Et voilà que Charlotte, parce qu’elle chante, s’intéresse aux voix, demande à aller au Capitole écouter de l’opéra, et Rossini va me ramener à Beaumarchais…



C’est un vrai chemin buissonnier que ma culture…un chemin semblable à ceux des forêts de mon pays, sablonneux entre les pins, jamais sombre ni réellement humide, frayé entre genêts et bruyères, chênes verts et chênes lièges, avec des flaques de lumière et des jeux d’ombre et de soleil, un chemin paresseux qui ne mène pas à Rome, et ne risque guère de faire le tour du monde , mais en somme , un agréable petit chemin parfois partagé…

 
 
 
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dimanche 27 février 2011

La France n'a jamais été un pays musicien ???

« La France n’a jamais été un pays musicien[…]Après tout, que représente la musique dans le paysage culturel français ? si peu.… [….] En France , enseigner la musique est un véritable cauchemar »


Ainsi s’ouvre l’article de Télérama n°3186, intitulé La cacophonie, enquête sur la Musique à l’école…de Xavier Lacavalerie

Comme souvent, et comme l’école fut longtemps mon horizon, j’essaie d’apprécier l’affirmation à l’aune de ma petite expérience…

Je m’interroge donc sur la représentation que j’avais en tant que prof d’une discipline dite fondamentale, de l’enseignement de la musique, sur l’importance que j’accordais au rôle de mes collègues qui l’enseignaient, la place qu’ils tenaient à mes yeux dans l’équipe d’enseignants …et mon propre comportement à leur égard ?
Je reconnais à l’évidence que les notes qu’ils attribuaient aux élèves ne signifiaient pas grand chose pour moi et comptaient assez peu dans les décisions cruciales d’orientation des élèves, que j’ai eu à prendre en tant que prof principal.
Je l’intéressais davantage à leur appréciation du comportement des élèves, de l’intérêt ou non manifesté pour la musique et leur enseignement, voire des dispositions et des goûts manifestés…
Bref il est certain que pour moi leur discipline était de l’ordre de l’art (je ne dirais pas comme Télérama ...d’agrément) du goût, du plaisir…
C’est sans doute ce qui explique que  quand j’ai fait équipe avec mes "collègues de Musique", c’était pour la réalisation de projets pluridisciplinaires qui débouchaient souvent sur une production plutôt que sur un savoir culturel.
Et si je me rappelle deux merveilleux projets de marionnettes, dont nos élèves communs composèrent les chansons que l’un d’eux en particulier chanta en solo d’une voix si pure et claire, qu’il me semble en ressentir encore le plaisir et l’émotion, et plus tard, un Ulysse 98, ou un conte librement adapté du chant de l’oiseleur, une histoire-rêverie avec musique et percus….il me faut bien reconnaître que ces projets furent moins nombreux que mes collaborations avec les profs de dessin ou d’expression corporelle, qui étaient plus fréquentes, prenaient la forme de projets et de réalisations plus modestes, mais qui manifestaient une plus réelle communauté d’objectifs, de réflexion, de visée culturelle .
Au fond , peut-être plus que dans tout autre discipline , ce fut une question d’affinité personnelle, culturelle et pédagogique avec les collègues de musique. Je n’aimais pas toujours ce qu’ils enseignaient de la musique, ou même la musique qu’ils enseignaient.
Bien sûr pas question dans notre Education Nationale,avare d’heures et de moyens, d’enseigner la pratique d’un instrument Mais certains collègues faisaient chanter les enfants et parfois remarquablement, et cela me plaisait…d’autres leur faisaient "entendre la musique" .
Mais parfois on passait plus de temps à reconnaître des instruments, ou à illustrer par de pauvres échantillons musicaux des notions techniques (que je ne possède pas), qu’ à écouter de longs passages de vraie œuvres musicales. Ecouter pour écouter, ou pour en exprimer un sentiment, un jugement personnel, ce que j’aurais souhaité...Car c’est ainsi en dehors d’autres pratiques pédagogiques plus scolaires certes, mais incontournables sans doute, que je souhaitais enseigner la littérature, et faire lire des œuvres….

Au fond je trouvais qu’on n’écoutait pas assez de musique…
A l’école !!!
Car pourtant nos enfants, de la musique, de leur musique , regardez-les, casques aux oreilles, clés MP3, Smartphones bientôt, ils en écoutent !!!!

Peut être que nous n’avons pas eu l’audace de simplement leur faire écouter la nôtre, ou de leur faire découvrir l’histoire de la musique
J’avoue, fille de 68, n’avoir pas beaucoup cherché à imposer la mienne à ma fille, soucieuse plutôt d’écouter la sienne, pensant qu’elle se déterminerait elle-même et la découvrirait.
Alors qu’en littérature, grâce à la caution des programmes, à l’autorité de l’école et de l’université, j’ai eu pour devoir, bonheur, et tâche, de transmettre une sorte de tradition….

Alors, c’est la faute à l’école, si la France n’est pas un pays musicien, parce que nous n’avons pas su enseigner la musique à nos enfants ?…Et alors les musiciens, ce seront toujours les enfants de musiciens, ceux qui ont grandi dans la musique, sur qui leur famille a mis la pression pour qu’ils jouent de l’accordéon au lieu d’aller courir les filles à vélo, pendant que nous on nous mettait la pression pour faire les devoirs au lieu d’aller jouer dans la rue, ou qu’on ne nous mettait pas de pression du tout ???

La faute à l’école mais pas que…

Il faut bien dire aussi que parfois, lorsque nous allons au concert, ou écouter un petit groupe que nous connaissons, ou dont nous avons entendu parler, nous sommes affectés de constater l’absence de public, ou pire le défaut d’écoute, l’indifférence ou le manque de chaleur. Ou les chers petits qui courent et s’agitent sur le plancher devant la scène…
Nous pensons alors : difficile, la vie d’artiste, pleine d’aléas et d’obstination à se faire entendre. Parfois, nous doutons de notre goût, nous disons : pourtant, c’était beau ce passage, non ? c’est intéressant, cette composition instrumentale, étonnant ce tuba, je découvre..La contrebasse avait un son….le troisième morceau était mélodique et émouvant….?
Parfois aussi, c’est du bruit, (pour nous !!!)sale sale sale( pour nous) , de la sono plein les oreilles …et là c’est nous qui n’y arrivons pas…

Mais pour savoir faut y aller , faut essayer, faut comparer, faut écouter….Et là il ya les chapelles , les ostracismes, les purismes, qui empêchent d’aller entendre de l’autre côté du mur de notre pré carré une musique inaccoutumée…qui risquerait nous déplaire..

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samedi 26 février 2011

Sacrée Orthographe ou Orthographe sacrée ?


Mai 68 s’en fichait, « les murs avaient la parole » sans faute, mais les années 80 furent les années de Guerre de Religion de l’orthographe et l’on vit de dignes académiciens et de distingués linguistes s’empoigner, verbalement s’entend, je dirais violemment parfois, et dans une langue peu châtiée, sur la querelle de la Réforme !!! …de l’orthographe française …

L’orthographe française n’ayant, aux dires de Baudelot et Establet , jamais été conçue pour servir de base à un enseignement démocratique, mais au contraire selon le dictionnaire de l’Académie du XVIIème siècle « pour distinguer l’honnête homme des ignorants et des simples femmes », elle se révèle être moins un instrument de culture que le produit hautement élaboré d’une culture savante qui est en même temps une culture de classe…(1)

Il n’est donc pas étonnant que de généreux linguistes, et des pédagogues engagés dans la démocratisation des savoirs se soient donc fixé pour but de la réformer… pas étonnant non plus que des intellectuels distingués se soient acharnés à défendre ce bien culturel qu’ils détenaient et avaient acquis chèrement…

L’école elle-même qui y consacre tant de son temps et de son énergie se trouva partagée entre Réformateurs, et Défenseurs de l’accent circonflexe, qui comme Proust « tremblaient de ne plus voir le paon faire sa roue s’il perdait son o »…

En France, il me semble tout finit (ou commence) en légiférant. Même sur la langue. On prend des mesures contre l’intrusion du « franglais ». Tout en se bourrant de pizzas et de paellas…

Un pragmatisme simple aurait consisté, ou consisterait, dans le domaine de l’orthographe, à laisser aller un peu les choses , à laisser évoluer l’écriture de la langue en même temps que la langue orale…à ne pas s’acharner à écrire un accord de participe passé que nos chers orateurs, aussi bien politiques que « téléviseurs » ont laissé choir avec désinvolture ! Bref plutôt qu’une Réforme, logique, systématique et scientifique de l’orthographe, une politique de Tolérance de cette évolution au quotidien, qu’on « entérinerait » légalement par la suite, aurait porté peut-être plus de fruits que la Dictée de Bernard Pivot….d’ailleurs avec l’esprit de contradiction qui caractérise ce domaine , alors qu’il en existe des tolérances légales, on ne les applique pas … !!!

Et pendant ce temps…. elle court l’orthographe, elle court…

Si on lit les commentaires sur internet, on est frappé de l’orthographe, « lamentable, Madame, lamentable !!! » de certains d’entre eux…

« Et pourtant Ils écrivent !!! »…. Ils écrivent et même se font comprendre, comme en témoignent les acerbes réactions qu’ils suscitent souvent….



Nous reste donc à enseigner l’orthographe, non comme une discipline dévoreuse d’énergie, mais comme partie intégrante de notre écriture, qui certes véhicule une tradition culturelle, mais qui peut et doit évoluer sans que se perde pour autant, notre culture, que dis-je, …notre Identité Nationale…



Pour d’autres réflexions sur cet enseignement, rendez-vous à la boutique à côté sur ortografikement vôtre, dont j’ai bien du mal à écrire le titre sans faire de fautes… !!!

A suivre...

(1)Christian Baudelot- Roger Establet: Le niveau monte. ed Seuil , l'épreuve des faits 1989

mercredi 23 février 2011

mardi 22 février 2011

Sur la dictée...

Une petite recette pédagogique à ma façon, une dictée sans stress et pour apprendre l'orthographe...
http://rebinguet.blogspot.com/2011/02/la-dictee-cette-ringarde.htm




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lundi 21 février 2011

Un petit nouveau...

Nouvelle divagation, je cède à l'envie d'apporter parfois en ce lieu mon petit grain de sel aux réflexions sur l'école, l'apprentissage de la langue, et les tribulations de l'orthographe...
Si jamais vous tombez sur ce texte, soyez patients ...
La retraite m'a appris la lenteur et à remettre à plus tard...
Bien à vous!!!
A bientôt à cette adresse:
http://rebinguet.blogspot.com/2011/02/ortografikement-votre-mes-chers.html






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La littérature « ordinaire » selon CH.Baudelot.

Du rôle de la littérature dans la vie ou Les héros de ma culture "ordinaire"

En songeant à tous les polars que je lis , -prof de littérature déchue- !!!, à toutes les séries que je regarde à la télé, je médite souvent sur la distinction entre lecture ordinaire et lecture savante, telle que l’établissait C.Baudelot(1) : la première à l’instar de la culture populaire, trouve son ancrage dans l’ espace de vie du lecteur, ce qu’il vit ou a vécu, les questions qu’il se pose , ses doutes, ses angoisses, ses joies ; elle lui renvoie un écho de sa propre vie ou même lui donne un sens. Elle est pour ainsi dire impliquée.
La deuxième a une visée esthétique, s’inscrit dans le contexte du champ artistique, s’opère au travers du prisme de la culture littéraire ou des valeurs esthétiques .Elle suppose une forte prise de distance par rapport à l’œuvre et une connaissance objective du champ dans lequel elle s’inscrit…Elle est distanciée.

Et je me disais que les polars nous donnent de la vie à penser, des angoisses à surmonter, des joies à espérer, indépendamment parfois de leur composition esthétique. J’y voyais l’exemple même d’objets de culture « ordinaire ».
Mais c’était en somme un contresens, ce ne sont pas les œuvres qui sont ordinaires, je me refuse d’ailleurs à admettre qu’il y ait des œuvres ordinaires…

C’est l’usage qu’on en fait qui l’est, au sens le plus laudatif du mot ordinaire, au sens de quotidien, nécessaire, évident, courant, inhérent à la vie.

En fait on peut donc faire aussi une lecture vitale, et en ce sens ordinaire, des œuvres réputées littéraires.

Ainsi dans les œuvres que j’ai « étudiées », certaines ont été pour moi objet esthétique et d’autres, et pas des moindres, ont eu pour moi fonction vitale, qu’elles m’aient consolée, rassurée, enseignée, ou rendue tout simplement heureuse…

On peut ainsi aimer, mettre « à son ordinaire », Molière et Simenon , Valéry et Prévert, Bach et les Tarentelles , Satie et les tangos, Les Platters et Th.Monk, la grammaire et les polars, Agatha Christie et Fred Vargas, sans être frappé d’ostracisme par les gardiens de la culture.
La distinction ne tient pas à la qualité de l’œuvre mais à la fonction vitale qu’elle a pour nous.
 
Rencontres fondamentales, héros de ma culture « ordinaire »…

Selon le poète,
« Il y a des mots qui font vivre …
"Le mot enfant et le mot gentillesse
« Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
« Et certains noms de pays de villages
« Et certains noms de femmes et d’amis
« Ajoutons-y …. »

Ajoutons-y les héros de ma culture ordinaire...

Ajoutons y Molière : quand j’enrage de l’égoïsme monstrueux du notre vieil aïeul, tu agites, bateleur génial, ton Harpagon ou le vieux Géronte… jusqu’à ce que j’en rie…
Quand je ne parviens pas à faire comprendre à mes stagiaires ou mes élèves, l’utilité qu’on trouve à démonter le système grammatical, « puisqu’ après tout on apprend à parler sans cela » disent-ils, je leur raconte Monsieur Jourdain, je leur parle plaisir, jubilation, folie, pas utilité, pas nécessité, pas « faut qu’on »…

Quand le monde me paraît fou, retors, pourri, quand je tourne vieux con, Cacambo me dit de ne pas perdre espoir, qu’une rivière mène toujours quelque part, Candide me renvoie à mes fleurs que j’aurais pu négliger…
Ajoutons-y Voltaire

Quand je me lamente de l’accession d’un médiocre au pouvoir, ou un peu dépitée, du succès à l’édition d’un cuistre de mes connaissances, Figaro me dit « Il y fallait un calculateur ce fut un danseur qui l’obtint !!!» et il sème ma route "d’autant de fleurs que sa gaîté native le lui a permis…"
Ajoutons-y Beaumarchais
 
Quand je fus angoissée de ma vue qui baissait et de mes yeux à opérer, Cadfaël me parla des simples qui soignent, des fleurs qui apaisent, des rivières, et même, mécréante que je suis, de la sagesse de Dieu…
Ajoutons-y Ellis Peter

Il y a des auteurs qui font vivre parce qu’ils donnent à penser sa propre vie. Ce ne sont pas forcément ceux que l’on qualifie de grands auteurs, mais ce sont parfois eux aussi, tous ceux qui à certains moments de notre vie nous aident avoir l’énergie, la confiance.

Parce que sa musique est vitale, qu’elle restitue à chacun un peu de sa vitalité naturelle,
Parce qu’il incarne pour moi une certaine idée de l’art qui puise aux racines populaires mais jette un pont entre toutes les musiques .
Parce que le son de son accordéon est beau, plein, clair, joyeux mais subtil,
Ajoutons-y Galliano !







 1.Ch. Baudelot, M.Chartier, CH.Detrez : Et pourtant ils lisent....Seuil 1999

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Spécial conjugal, Bides et Musiques

Michel vient de publier un texte que je trouve réjouissant sur la nécessité de préserver le patrimoine musical en ne laissant pas tomber dans l'oubli les bides que nous aimons ou que d'autres ont aimés...Nécessité qu'assume précisément le site "Bide et musique", dont il donne référence...

Depuis une grande question me tracasse : Ne devrais-je pas verser au patrimoine littéraire nombre de livres que je lis...et chéris????
Une autre question va faire le centre de nos débats : "Est-il juste de dire comme il le suggère que l'accordéon est le plus  grand pourvoyeur de bides musicaux ???"
Positive attitude ou optimisme désespéré, je soutiens moi qu'au pays des bides, l'accordéon n'est pas forcément roi...

Lien :
http://autrebistrotaccordion.blogspot.com/2011/02/lundi-21-fevrier.html

De l'énergie de la Musique

Dans une interview de Richard Galliano pour la Tribune d’ Orléans (3/2/2011)…j’ai noté cette remarque intéressante à plusieurs égards…
"Le contact avec la ville, c’est le contact avec les spectateurs. Et je me recharge en énergie grâce au public. Je lui en donne aussi. "

Intéressante, d’abord pour ce qu’elle révèle de la centration quasi exclusive sur la musique…la ville ce sont les spectateurs…
Ensuite pour ce qu'elle exprime de la relation au public, l’énergie donnée et reçue …

De l’énergie, oui c’est exactement un des effets magiques que sa musique a sur moi…Souvent je compare certaines de ses œuvres où il me semble déceler l’influence de Piazzolla , par exemple le « Tango pour Claude » ou un court morceau que j’affectionne particulièrement « Laura et Astor », et je me dis que s’il y résonne quelque chose de la pulsation tragique du maître, chez R.Galliano, cette gravité lancinante est toujours entraînée par une sorte d’élan d’énergie , entre violence et vitalité , « Vie violence… »

Une force positive ?
Je me rappelle un souvenir, à mes tous débuts de prof stagiaire , subissant un discours de l’inspecteur général, genre préconisations et bonne parole : « Ce qu’il convient d’offrir aux jeunes, ce sont des œuvres positives… »
A l’époque (années 67-69 !!!) nous ricanions un peu, le jugeant frileux et ringard…

J’ai souvent pensé par la suite à ce terme et j’ai quelque peu mis la notion à ma sauce.
« Positif », cela ne veut peut-être pas dire à l’eau de rose…
Quoique je l’avoue, j’ai une préférence absolue pour les histoires qui finissent bien, fût-ce au prix de dénouements invraisemblables à la Molière (ou à la Maigret, ou à l’Agatha Christie)…Signe d’un optimisme désespéré ou résurgence d’enfance nourrie de romans d’aventures et de littérature rose ?
C’est peut-être une des raisons (mais pas la seule !!!) qui de tous les Zolas me fait préférer « Au bonheur des Dames »…

"La Peste" ne finit pas particulièrement bien mais c’est pour moi une œuvre positive.. à l’inverse de "La Nausée", des "Chants de Maldoror" ou de "La Métamorphose"…Les poèmes d’Eluard souvent hantés de la mort célèbrent le Phénix renaissant de ses cendres et le printemps sur les flaques d’eau de la plage . Gainsbourg n’est pas fort bien pensant , mais il insuffle une force de réaction libératrice. La noirceur de Zola se fait quelquefois positive quand Maupassant me paraît toujours d’une noirceur délétère... La musique de Daniel Mille est empreinte d’une mélancolie fondamentale mais d’une mélancolie qui fait vivre. Il en est ainsi de l‘ engagement de Barboza , de de la révolte de Chango Spaziuk, et de la colère bienfaisante, BastaYa !!! d’Atahualpa Yupanqui, du chant tragique mais puissant de A Filetta, de la déchirante trompette de Paolo Fresu, de la contrebasse nostalgique et chaude de Renaud Garcia Fons, de la déconstruction pompière et militante de Bernard Cavanna, du "Cri de Lame" de Bruno Maurice et de tant d’autres musiques… que j’ignore encore mais que peut-être je vais découvrir…

Une œuvre positive ce serait pour moi une œuvre qui donne de l’énergie à vivre…Une œuvre qui concerne notre vie ?
Et je retrouve à ce sujet un texte écrit au temps où j’entamais mon blog, et jamais publié…

A suivre…



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mardi 15 février 2011

Cultures-cuisine

J’avoue être exaspérée actuellement par l’omniprésence culino- gustative sur toutes les chaînes de télévision…

Il fait dire que « faire à manger » tient dans la vie une place que je trouverais excessive si je ne le faisais avec un certain goût, le goût de manger moi-même des choses faites à ma guise, et le goût de faire plaisir aux autres, d’entendre « Ca sent bon , qu’est-ce qu’on mange ??? dès la porte franchie…

Mais quand même, quand « faire à manger » est précédé de la prévision, de l’approvisionnement, et suivi du nettoyage de la cuisine, oh! la plaque de cuisson, oh !! le carrelage, oh !!! l’évier…c’est beaucoup, si ce n’est pas trop !!!

Alors, justement programmés à l’heure du avant ou du après, « Un diner presque parfait » , « Master chief » ou « Top chef »( c’est déjà mieux !) « Fourchette et sac à dos » (au moins on voit du pays et une bien jolie fille devant son sac à dos)…ou…ou… M’AGACENT je l’avoue, par leur côté glose (=cause toujours !!!) pendant que moi je FAIS
Il n’est pas jusqu’à ARTE , « C’est dans l’air » , ou « C’est à vous », qui ne nous mettent le couvert ….
 Je n’aime pas la sophistication des plats proposés (un dîner presque parfait), le souci non de marier des saveurs qui aillent ensemble, mais plutôt de surprendre par des assemblages étonnants, qui d’ailleurs étonnent les autres convives qui ne se privent pas de le dire…Même si finalement ils attribuent, je ne comprends pas pourquoi, une bonne note aux plats concernés…
Et voilà bien encore un sujet d’agacement. Moi qui ai rêvé d’une école sans note et sans « compét » , où faire les choses sinon par plaisir, du moins par intérêt, ou souci d’apprentissage…la cuisine en challenge , en compétition, en comparaison permanente me semble contraire au principe de convivialité qui s’associe pour moi aux repas partagés…Il est vrai que pour la convivialité, allons allons , on a… l’Animation !!! Qui pèse d’un bon poids sur la note attribuée,… et le Décor de table… !.
Pour être honnête, la cuisine de "C’est à Vous" est plus simple, semble réalisable, et se déguste dans une vraie convivialité dont on peut simplement regretter que les convives aient du mal à la goûter avec la bouche pleine de mots, sous l’œil goguenard de la caméra…
Et ce que j’y apprécie réellement c’est que le chargé ou la chargée de cuisine y soient vus en train de cuisiner, se tenant à ses cuissons, remuant ses plats, surveillant…
Et cela me rappelle ma Mérotte …Je la revois, ayant mis en train quelque cuisson, s’échappant pour annoter un cours, ou corriger une copie sur le coin de la table de la salle à manger, ou pour aller grignoter une pomme au jardin… revenant pour découvrir le désastre de sa poêle prise , jetant avec colère le tout à la poubelle sans chercher à rien récupérer…et s’écriant : « La cuisine, il faut s’y tenir, on ne peut rien faire d’autre! il faut s’y tenir… !»
Comme même chose m’arrive fréquemment, je souris de dire à peu près les mêmes mots, je pense à ma mère, et je me dis qu’il y a une sorte de « culture » de la cuisine, acquise dans l’enfance puis construite au long des années…

Il y a les plats appris bien sûr, la piperade de Grand mère, la crêpe aux pommes de ma mère, le foie gras.. (d’oie, surtout !!! ma fille,) la sancquette de poulet cuite à la poêle noire ; les plats rituels, le gigot de mouton (pas d’agneau !) avec ses haricots à la Saint Sylvestre, et les crêpes de la Chandeleur, la daube et le confit des Fêtes de Dax…
Il y a aussi des manières de concevoir les repas .

« On prend toujours les repas à table » !!
Ma grand mère même âgée dressait toujours un couvert soigné : « Pas de casserole sur la table, le fromage dans son papier !!!!Non ! »
« Il faut quelque chose de chaud pour toucher l’estomac »…
« Ta sœur n’aime pas cela, je ferai un peu de… pour elle …Il faut tenir compte du goût de chacun »
Et des légumes bien sûr, des légumes !
Ce n’est pas que mes parents n’aimaient pas la viande. Ma grand mère ne l’aimait que blanche, de porc ou de poulet, ou en sauce. En réaction, pour ma mère et mes parents, après des années de petit budget, puis les privations de la guerre , la viande, rouge en particulier, ou les confits, et le poisson, représentaient le luxe «sur lequel on ne lésine pas » .
Mais les légumes, c’était leur passion, ceux du pays de mon père charentais, mongettes, et cardons , ceux du pays maternel, tomates découvertes à Béziers, piments doux ou pas du pays basque, salades cultivées au jardin dont certaines me fascinaient, la chicorée amère (dite améliorée, mais pas tellement) qu’il fallait tailler en fines lamelles et bien assaisonner pour pallier son amertume, et la « reine des glaces », une laitue craquante, hivernale et fraîche comme gel, les blettes de pays, les asperges qui poussaient dans les allées du jardin, et bien d’autres légumes aujourd’hui banals…

Une façon aussi de cuisiner..Ma mère avait un énorme livre rouge, qui laissait s’échapper quand on voulait l’ouvrir nombre de petits papiers écrits de sa main où elle avait noté d’autres recettes. Ou plus souvent des améliorations de la recette imprimée.
Car elle ne faisait jamais la moindre recette sans l’adapter, « je m’arrange » disait-elle. Elle goûtait pour évaluer et rectifier sauces et assaisonnements, comme mon grand père reniflait la soupe pour savoir si elle était convenablement salée. D’elle j’ai hérité cette manière « d’adapter », et avec le temps je vois que ma Nadja qui en riait souvent, en prend à son tour le pli…

Et bien sûr nous avons hérité d’eux le goût des repas pris en famille, à table, du bordeaux, des légumes frais, de saison, bien sûr !!!
Nous avons pris quelques licences , un repas sauté de temps en temps pour aller au concert ou à la plage, un bon sandwich ou un grignotage à sa guise devant la télé…mais dès qu’on est ensemble, avec amis ou enfants, passer à table, humer en prélude l’odeur de la cuisine qui s’apprête, font partie du rituel..…


Tous à table !




Peut-être est-on un peu laxiste pour les desserts. D’abord je suis petite pâtissière (il faut peser, on ne peut pas faire au feeling et réajuster en goûtant…), je ne raffole pas des sucreries, bref, c’est le point faible. Encore que les autres y suppléent en achetant ou préparant selon leur inspiration douceurs diverses…



C'est la fête à Dax
 














Telle est donc notre manière de traiter du cuit et du cru et si l’on peut dire de cultiver notre cuisine…
Peut-on caractériser les cultures à l’aune des « manières de cuisiner » ?
En ce cas, avec notre culture des légumes à éplucher et des repas simples mais qui prennent du temps , où l’on trouve bien les goûts des produits , souvent juteux, mais un peu dépourvus de sauces élaborées, égarés que nous sommes entre les raffinements des « Diners presque parfaits « et l’exotisme « rapid’ » de Messieurs MacDo et Pizzaiolos….je nous sens un peu Hurons ….au pays des Gastronomes…


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samedi 12 février 2011

Pour Annie Christine...

Annie Christine n’est plus…

Elle fut dans ma classe une petite élève-institutrice douée, sérieuse, et déterminée…

Puis une jeune débutante, convaincue, malgré les difficultés inhérentes à tout début de carrière, que l’apprentissage de la lecture devait permettre à tous d’accéder à une vraie lecture riche et complexe, et s’obstinant à leur en donner les moyens…

Elle fut une jeune professeure d’école épanouie, possédant la maîtrise de son métier, exigeante, mais attentive et douce aux enfants …

Elle fut enfin une collègue de formation remarquable, riche d’énergie et de ses convictions, une collaboratrice fidèle, et toujours présente à mes côtés…

Elle fut une voix merveilleuse, pure, lisse et ronde, qui nous enchantait, et un sourire lumineux…

Elle fut une amie…

La dernière fois que je l’ai vue, elle faisait chanter le chœur de la chorale qu’elle dirigeait, petit chef de chœur que la maladie avait amaigri et fragilisé..mais dont le visage gardait un teint lumineux, éclairé par la lumière de son sourire et la vivacité de ses yeux verts …


Je voudrais garder en mon cœur à jamais le souvenir de cette lumineuse rencontre…



dimanche 6 février 2011

Hyacinthe et Rose, François Morel, petite variation sur La Rose et le Réséda

Hyacinte et Rose , François MOREL , Martin JARRIE ed Thierry Magnier

Petite variation sur La rose et le réséda, « celle qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas… »

Pour Edith , lectrice amicale et fidèle de mon blog, qui m’a signalé ce livre…

J’ai donc cherché et acheté Hyacinthe et Rose. Au rayon littérature de jeunesse, je ne l’ai pas trouvé, on m’a indiqué qu’il se trouvait rangé au rayon livres d’art, la responsable du secteur jeunesse m’a dit : « je regrette un peu…mais on a hésité …. »

C’est bien un point de vue d’enfant que choisit François Morel pour son récit. Hyacinthe et Rose, ce sont ses grands parents, l’une était catho, l’ autre était coco. Ils ne s’entendaient en rien et se disputaient en tout. Un seul chapitre les unissaient, l’amour des fleurs …

Enorme format pour ce beau livre , dessins de fleurs pleine page de gauche..Peinture de fleurs , hyper précise sans être hyper réaliste car la pâte épaisse de la peinture, la taille de l’image et le grossissement de l’objet qui en résulte, donne une impression d’irréalité , en dépit du réalisme minutieux des formes et des détails…


Une vision comme faussée par un regard pseudo naïf…

Les textes de F.Morel ont la saveur d’une tendre dérision, ses énumérations un charme presque rabelaisien…
Grands parents que tout divise, hors les fleurs, parents dont la représentation de leur jeunesse lui cause un vague malaise , curé à la faconde enthousiaste et débordante, Tata Noé dérangeante et moderne, aux pratiques culturelles- et pire, culinaires -inédites… Ses personnages habitent le texte d’une vraie quoique fantaisiste présence.

De la multiplicité de fleurs rares aux noms savants que décrit Le livre, ( Hippolyte Langlois, Le Nouveau jardinier fleuriste) et que leur amour fait pousser dans le jardin, céanothe, hyspope, tulipes fritillaires, garrya elliptica, rosage arboreum… Hyacinthe et Rose tirent la Poésie « les coquelicots et puis les roses… » de la vision du cosmos en fleur la Philosophie du monde, et de fleur en fleur voyagent autour de leur jardin à travers les pays qui les produisirent…,
Robes de grand mère en nylon, c’est le progrès, fleuries, c’est évident, bleues, ça va avec tout, mauves, ça change...
Roses rouges du grand père pieusement cultivées pour les funérailles de ses compagnons cocos…qui loupent la circonstance faute d’ être fleuries on time..
Bouquet de digitales triomphalement cueillies et offertes par l’enfant, heureusement jetées en toute hâte par Mémère affolée…Ses « désespoirs de peintre » petites fleurs minuscules si légères et frissonnantes, qu’on ne peut les peindre …
Episodes enfantins, la leçon de conduite , le souvenir des fleurs poussées dans un vieux pneu dans la cour de la ferme voisine, la jonchée de pétales pour la fête Dieu, les « embuscades » de Hyacinthe , « pièges alcoolisés », partagés au café des Sports avec les copains , ou plutôt les camarades, …Morts partagées de Rose et de Hyacinthe…autant d’épisodes malicieux ou mélancoliques qui nous parlent de notre enfance …

Mon grand-père s’appelait Alexis pour Julie, ma grand –mère. Pour nous, c’était Lexou, ce qu’elle ne manquait jamais de relever comme irrespectueux. Elle était catho, il était coco, cégéto, chemino à la Compagnie (du Midi !). Dégradé après avoir fait les grèves de 1936, ce dont il n’était pas peu fier. Elle, d’une foi fidèle, me fit partager ses messes de minuit, ses Rameaux de Pâques, ses visites d’églises de Semaine Sainte. Dixième enfant d’une famille basque, cousette d’espadrilles, apprentie tardive de la langue française, elle restait attachée à son pays de Mauléon mais adora émigrer en ville, et voyager autant qu’elle le put. Citadine prosélyte, elle n’aimait que peu les fleurs et pas du tout la campagne. Si Lexou n’aimait pas les fleurs non plus, il demeura toute sa vie le terrien qu’il n’avait pu rester, fils cadet d’une métairie qui ne pouvait nourrir deux enfants. Il aimait cultiver, bêcher, soigner les légumes, planter les pommes de terre dans les massifs à fleurs de ma mère, et ce talent nous rendit bien service dans toutes les années d’après guerre. Ma grand mère Julie, outre la ville, aimait la vie « moderne », les postes de radio, les appareils électriques, le couvert raffiné, et aller dans les marchés urbains de sa ville de prédilection, Bordeaux…Pour assouvir leurs différences ils se séparaient souvent. Ma grand mère allait visiter ses sœurs de Ch’Nord, mon grand père venait cultiver notre jardin ou celui des « cousins de Bonnut ». On se retrouvait tous à Bordeaux, ou chez nous, à la maison, et ces retrouvailles étaient douces à l’enfant que j’étais…Après la mort de Lexou, elle épousa sa foi dans le parti et la lecture de l’Huma, comme pour une ultime fidélité …sans cesser pour autant d’aller à la messe !




Comme la Maison de Claudine, ce beau livre n’est pas un livre pour enfant, c’est un livre sur l’enfance, un livre qui fait du bien aux adultes en mal d’enfance…




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