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samedi 23 avril 2016

MARE NOSTRUM II: les Variations Galliano

Une deuxième rencontre  Paolo Fresu, Richard Galliano, Jan Lundgren…et c’est un enregistrement magnifique …
Méditatif , un peu mélancolique,  couleur de rêve...
Une rêverie sur la mer…
Mare Nostrum , certes ce n’est pas ma mer , malgré ma fascination pour la culture latine.
 Mare meum, c’est l’Océan…
Et ce n’est pas sans doute non plus celle de Jan Lungren, mais c’est la Mer, l’Idée poétique de la mer, celle qui les réunit , qui nous réunit…
« J’avais la mer en moi, la mer éternellement autour de moi.
Quelle mer ? Voilà ce que serais bien empêché de préciser »
Henri Michaux
Cité par Daniel Goyone en exergue de Haute Mer

Ce que j’aime avant tout dans ce disque, ce que je trouve remarquable, c’est de retrouver si reconnaissables,  si inimitables , si beaux,
Le son de la trompette de P.Fresu,
Le piano de Lundgren ,
L’accordéon  de Richard G….

Prodigieux tous les trois,
Tous trois d’une présence égale ,
 Et tous trois si remarquablement accordés.

Pour moi, connotation subjective , c’est le piano de Jan Lundgren, qui installe  puis perpétue tout du long la merveilleuse , continue , éternelle,  présence de la mer …
« La mer , ma mer toujours recommencée ! »
Et sur cette présence la trompette et l’accordéon, en chorus successifs, ou  quasi enlacés presque à l’unisson, déroulent les lignes mélodiques belles à en pleurer…
 Sur  les rivages de cette Mer qui les unit, tous trois font chanter leur propre terre et leur culture peet leur vie intimes …
Jan Lundgren : son  «  Blue silence » ,  évoque pour moi « Man in the Fog »,et  l’homme de la photo du boîtier, enveloppé de brume et de mer poétiques .
 « Kristallen den fine » certes un trad. Mais dans une appropriation  marquée par le style et le piano de Jan lundgren…
Paolo Fresu  qui célèbre  la variation  les nuits,   son ami, et ouvre le livre d’un père Sarde…
Richard Galliano qui reprend , avec son talent particulier à réinventer , les thèmes qui ont accompagné et accompagnent, ,« Sentimentalement », sa vie : la lumineuse «  Aurore » de Love Day, la « Gnossienne 1 »(«Ô récompense après une « Pensée »… », « Gisèle », la petite Muse, déjà célébrée dès le New Musette, «  Lili » , la Petite Fille, dont le thème, mélodieux,  qui monte clair et triomphant, est aussi un peu déchirant.
La variation réinvente : par exemple La Gnossienne, ouverte avec une mélancolie aigue  de la tompette ,la Gnossienne  « Swingue » ! pour nous surprendre délicieusement.
Il en est de même pour  le rythme de Leklat , beaucoup plus enlevé  que celui des autres morceaux ,t qui donne champ libre à leur triple virtuosité…
Et je ne sais pas si l’admirable sérénité du final de Monteverdi « Si dolce é el tormento » relève du thème original, ou de l’Aria de Galliano ?
Dans tous les cas, les « commentaires » des autres instruments développent les thèmes , avec  la splendeur de leurs sonorités  remarquables : la mélancolie un peu déchirante de la trompette de Fresu, la piano rêveur  et aérien de Lundgren,  la ligne  pure, pleine , lumineuse de l’accordéon, tout en atteignant une sorte d’unité non moins remarquable.
Unité qui atteint une sorte d’accomplissement lorsqu’ ils interprètent magnifiquement , parfois à l’unisson du piano et de l’accordéon, «Si dolce é il tormento »  de Monteverdi, entendu à Toulouse la première fois et que nous désirions  toujours  réécouter…
     C’est fait , et c’est grand bonheur… !

« Si dolce é el tormento »,quel  titre final conviendrait mieux d’ailleurs à cette œuvre, où  toujours,  la perfection de l’accord entre les musiciens , la perfection mélodique, demeurent comme voilées d’une ombre : inquiétude , mélancolie douce, sentiment de fragilité ?
Pour moi cette tonalité connote de manière forte et spontanée, justement, les rivages de la Méditerranée …
Comme un écho de la Tragédie,de  la force tragique du soleil,
« Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume
Et quelle paix semble se concevoir »…

…Mais aussi  l’Océan infini, et finalement  La « vaste Mer »,   toutes les Mers… !

…Comme «  La mer, la vaste mer…
MARE NOSTRUM  console nos labeurs »
…….« Fonction sublime de berceuse » !



vendredi 17 mai 2013

Galliano,Fresu, Lundgren : Mare Nostrum à La Halle aux grains




Dimanche soir, c’était à la Halle aux grains, belle salle, du monde, mais pas la foule serrée qu’on a pu y connaître pour Richard.
Une foule qui venait aussi célébrer Claude Nougaro, et soutenir une association d’accueil des handicapés.
Nous, nous venions écouter trois musiciens que nous adorons, Galliano et Paolo Fresu, et aussi Jan Lundgren, qu’en fait nous ne connaissons que dans cette formation, mais dont le son nous enchante, particulièrement quand, comme Goyone,  il chante la Mer, avec un accordéon, celui de Richard .
L’éclairage de scène était une  lumière parcimonieuse qui éclairait en clair obscur les trois interprètes  et évoquait  une atmosphère nocturne…
« Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir… » !!!!

Mare Nostrum, comme Love Day, et Parlez-moi d’amour,  appartient pour moi aux œuvres rêveuses de Galliano…
Contrairement à Luz Negra, où nonobstant le titre, la lumière l’emporte sur l’ombre , et l’alegria de vivre sur la méditation, dans ces trois opus  la mélodie se fait grave …
« Et leur chanson se mêle au clair de lune
« Au calme clair de lune triste et beau,
« Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
« Et sangloter d’extase les jets d’eau… »  
Nous retrouvons avec délices la trompette soyeuse de Paolo Fresu, tantôt voilée, tantôt éclatante, toujours mélodique et touchante, voire déchirante, ses postures remarquables, cherchant le son au plus profond de son  souffle.


L’accordéon au son unique de Richard, allègre, nuancé, se jouant de la multiplicité des plans et des registres sonores…
Avec lesquels le piano de Lundgren, qui connote pour moi le plan infini de la mer, se mêle en nappes sonores et « marines ».
Cette mer , particulièrement ce soir dans cette lumière en clair obscur, n’est pas celle, prosaïque , des plages d’été- « composée de feux » avec  bains joyeux, bruits de voix et de cris multiples, d’éclaboussures et de plongeons, ce n’est pas non plus la mer grondeuse et rauque des tempêtes, c’est une mer calme et rêveuse, presque mystérieuse,  un peu onirique, (Sonia’s Nightmare), qui ouvre l’esprit à la méditation (Open your mind). 

C’est la Méditerranée de Paolo Fresu, qui se souvient d’Ulysse et de la « nostalgie » du retour, (« Valzer del Ritorno » pour l’épouse qui attend), des voyages aventureux d’Enée, et de la Lyre d’Orphée…

C’est une mer à mouette (Seagull) qui…
 « Parfois si tristement …crie, qu’  elle alarme au lointain le pilote »…

C’est aussi la mer aux  confins brumeux des mers du pays de Jan.


C’est une mer à la Soulages aux nuances profondes de dégradés de bleus  foncés où surgissent parfois des notes lumineuses intenses.




 Telles les  notes argentines d’une superbe interprétation d’un morceau de Monteverdi dont je ne sais pas le nom.




Si parfois y circulent  des accents d’Amérique Latine à la Jobim (Eu Nao, Existo Sem Voce, Para Jobim…) ceux-ci sont voilés de mélancolie…
La puissante vitalité  de Richard Galliano, si elle s’y  manifeste avec le merveilleux et enlevé Chat Pitre, la tendresse de Principessa, (« Pour ma fille, car toutes les filles sont des princesses ! ») c’est comme retenue, en sourdine, avec seulement la perfection d’un rythme et d’un phrasé allègre et délié (Liberty Waltz).
Des échos du passé l’habitent, contes mélancoliques de l’enfance (Ma mère  l’Oye) amours perdues des musiciens disparus (Que reste-t-il de nos amours ?) et surtout l’ombre magnifiquement fêtée de l’ami et du maître disparu, Claude, ses chansons superbement  revisitées, (Cécile et Toulouse),  et la musique composée pour lui  « Tango pour Claude » qui chante la « Violence de la vie »…


Soirée magique, sorte de rêve dont on peine à s’éveiller.
Heureusement les copains sont là, à la sortie…On partage les impressions et l’envoûtement, on plaisante, du Victoria de Jean-Marc le même (LOL) que celui de Richard, du shetland de Michel le même(LOL)  que celui de Pascal Contet,   on projette de futures rencontres, et l’on se sépare sous l’emprise d’un souvenir prenant et durable…

On se hâte, c’est le dernier métro !

vendredi 12 avril 2013

Paolo Fresu DESERTICO







Comme je le dis souvent, l’accordéon est un des fils d’Ariane de notre curiosité musicale.  Parce que l’accordéon  est éclectique et voyageur, ce fil nous tire par des chemins divers autant que divergents, par monts et par concerts… . Et par disques…





Paolo Fresu tient à l’un  de ces  fils.

Découvert à Junas dans Mare Nostrum,





 nous l’avons suivi  sur les chemins méditerranéens de  A Filletta…





Et encore  à deux pas de chez nous en pays de Jazz à Marciac, avec Omar Sosa…



J’ entrevoyais les pouvoirs de son Devil Quartet, mais c’est Desertico qui m’a fascinée…

Que Michel Barbey ,(in le TEMPS, samedi 2/3/2013) me permette de citer ce qu’il en dit infiniment mieux que je n’en suis capable…
« Le Devil Quartet, c’est l’une des vies de Paolo Fresu, homme de partage autant que musicien partagé entre aventures esthétiques étanches. Pas tant que ça en fait, ou pas plus que son principal maître à jouer Miles Davis, autre homme aux vies multiples vécues successivement alors que Fresu passe, revient et navigue de l’une à l’autre dans une quasi-simultanéité. C’est le son, comme chez Miles et plus que jamais chez un Fresu en pleine maturité, qui assure une permanence forte entre univers autres »

« Le son »…
J’aime le son de sa trompette entre toutes les trompettes que je connais, ses solos longuement filés, ô les dernières notes, sa sonorité qui me paraît soyeuse, légèrement voilée, et toujours à la lisière du spleen…
Mais pour mieux la dire, je laisse encore la parole à d’autres plus compétents que moi , Michel Contat en l’occurrence:
Paolo Fresu, c'est surtout une sonorité, pleine, claire, tranquillement joyeuse, dont il émane une certaine lumière, directement inspirée de ses maîtres, Miles Davis et Chet Baker. Dans sa trompette coule la même sève qui a donné du prestige et du glamour à la nouvelle vague du jazz européen et une sonorité tendrement acidulée, avec ce quelque chose de tranchant dans le phrasé, elliptique et somptueusement délié, ces lignes nettes, précises, élégantes et simultanément une certaine langueur méditerranéenne, une sensualité ultra sophistiquée toute en nuance…
Dans Télérama n°3298

Quant à dire ce que j’aime dans Desertico, je dirai tout, mais encore et particulièrement
Ambre :
Pour son rythme, sa merveilleuse ligne mélodique déclinée successivement par la trompette de Paolo, puis par la  guitare, puis par la contrebasse …tout simplement …c’est magique !

Desertico

Pour moi le bien nommé, parce qu’il suggère par sa batterie et sa contrebasse obsédante l’indéfini d’un « soleil monotone », et par la montée en clarté un rien acide de la trompette, la vibration agressive de la lumière…

Young Forever
Plus diversement modulé, successivement joyeux , puis rêveur et tendre, puis nostalgique  jusqu’à la note finale filée longuement …

Inno alla vita, à la couleur de ballade nostalgique , encore une super mélodie
à la Paolo

Je ne peux pas dire avec Michel Contat que « Desertico  est sans nul doute l’un des évènements « Jazz » de cette rentrée 2013. »…
…car je ne connais pas grand-chose au jazz… !

Mais je peux dire que plus j’écoute Desertico, plus j’y découvre de quoi l’aimer, et que c’est donc pour moi un évènement « poétique » !!!