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lundi 14 novembre 2016

Les sirènes de la modernité : une cuisine !


Mon philosophe familier m’a dit : « c’est normal, il faut vieillir ! Et pourquoi ça ne serait pas d’un coup !!!! »
Malgré toute ma confiance en sa sagesse «  philosophique », je ne peux m ‘empêcher , ma sagesse « politique de l’autruche »aidant, de refuser cette évidence …
Partant de l’idée que nous partageons, que s’adapter au contexte du temps est source de jouvence, de nous adapter nous tentons…
Il faut bien dire que jusque-là certaines adaptations  ont  représenté plus d’agréments que de désagréments …
Ces derniers temps toutefois, la noirceur du monde nous est apparue comme un démenti à la foi que nous avions en le Progrès, ou moins grave,  le retour d’idées que nous avions défendues qui s’étaient ensuite abîmées dans le remous de la Réaction, nous a inclinés à nous dire, en résistant de toutes nos forces à l’idée que le monde empirait , que parfois il stagnait dans l’immobilisme , ou du moins dans une oscillation  pendulaire …
Tout cela ne nous empêchait pas grâce à nos enfants, grâce à nos découvertes musicales, à de précieuses rencontres au hasard de la vie, et du moins en ce qui me concerne grâce à mon ravissement candide devant la beauté du monde, des primevères  à l’infini de la mer en passant par les arbres d’automne, de vivre de précieux moments partagés de bonheur , même si sa précarité ne nous échappe pas .
Même si, néanmoins, souvent,  les raffinements électroniques des machines nous apparaissent vains et inutiles, sans que nous osions l’avouer de peur de paraitre « vieux cons »…
Alors, quand mon vieux four est tombé en ruine, non qu’il soit si archaïque que ça, mais trop de rôtis, de gratins, de pyrolyses, ont eu raison de ses parois …quand l’évier d’émail a eu trop d’éclats , quand le plateau en carrelages s’est manifestement ébréché en maints endroits ….
Nous avons cédé !
 « On va pas changer le four en conservant son contexte vintage »
ET nous avons cédé aux sirènes de la modernité !!!!
Faut changer tout ! faut faire du neuf, de l’ « actuel » !

Moi qui ne jette rien s’il n’est hors d’usage…nous avons fait repeindre , refaire les prises électriques , changer le lave linge « qui marchait » mais sans vigueur , et le lave vaisselle qui marchait parfaitement , mais ne « s’intégrait » pas !
Nous avons pieusement conservé au garage le petit frigidaire qui n’avait pas démérité, les anciens meubles qui pouvaient encore servir…
Et de rangements  en dérangements, nous nous sommes « adaptés », de deux semaines à cinq nous nous sommes adaptés, de notices lues et relues une à une, nous avons domestiqué un peu péniblement, nos nouveaux esclaves électroniques …aménagé les placards nouveau-nés ….et demandé aux anciens du garage de se charger du trop plein !!!
Ce furent sept semaine à jouer « Cuisine et Dépendance !!! »
Mais nous avons refusé, refusé , et refusé encore, de jeter aux orties l’ancienne suspension électrique que d’aucuns qualifiaient  de vintage, et que nous aimions , et continuons d’aimer , et la merveilleuse table de cèdre rapportée du Maroc , ordinaire, mais d’un bois  parfumé et  si  joliment doré …
A quoi servirait de jurer quoiqu’un peu tard qu’on ne nous y prendrait plus !!!!
 J’aï compté, dans notre passé, sans avoir fait une  carrière internationale de célébrités , nous avons déménagé sept fois !
De ces  déménagements, Il y en eut de faciles, il en a eu de plus durs, mais j’ai peur que ce déménagement de cuisine soit celui qui nous ait le plus coûté en fatigue ….Je ne sais pourquoi ?
 Eh bien faut se l’avouer !  peut-être ,  avons-nous vieilli ????


mercredi 19 mars 2014

L’illusion de l’éternel retour


Tout un chacun depuis quelques jours,  après de la pluie, de la pluie, de la pluie !   se réjouit du moindre éclat de lumière sur les  fleurs , superbes en ces prémices de printemps .On se dit « finalement les fleurs aiment donc la pluie ! » Elles ont patiemment puisé leur sève et leur énergie dans ses trombes d’eau, qui dégageaient les cailloux, ravinaient les fossés, transformaient les pelouses en rizières, et avec obstination, sérénité , l’air de rien ...comme glissant leur floraison dans la moindre éclaircie, la plus fugitive embellie… et elles surgissent  un peu partout… !
« Mars qui rit, malgré les averses ,
Prépare en secret le printemps »
Théophile Gautier

Joint à la beauté foisonnante de l’explosion végétale,  l’  éternel retour des saisons nous rassure et nous grise Depuis l’enfance,nous avons été bercés de sa poésie …
Parce que,  depuis l’enfance de notre langue, les poètes l’ont chanté :



L’ancêtre Charles (d’Orléans) :
« Le temps a laissé son manteau,
De vent , de froidure et de pluie, et s’est vêtu de broderies,
De soleil riant, clair et beau…. »*

Ils ont puisé dans le retour de la lumière un symbole pour conjurer le malheur, espérer dans le recommencement…

L’ami  Paul (Eluard)

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
 Que  le pâle soleil recule…

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
 Et  tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison

Evidemment il y a toujours eu parmi eux de ces esprits  pessimistes  ou bassement réalistes pour ne pas s’en laisser conter et pour en tout cas ne pas nous en conter .
Pour nous chanter les roses qui fanent ,
« Et Rose elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin… » (Malherbe)

Ou nous rappeler que le temps cyclique végétal n’est pas le nôtre !
 Notre merveilleuse Colette:« Tout s’élance et je demeure… »

Mais , pour moi, j’avoue me laisser  prendre toujours à cette promesse de fleurs et de soleil , comme si tout devait recommencer , en un temps cyclique de l’éternel retour…



Pour peu que les premiers soleils m’entraînent à retrouver la mer, calmée après la folie des tempêtes d’equinoxe , le sable dévasté par le vent se dorant sous les rayons  moins obliques  du presque printemps …



Je ne demande qu’à  m’y laisser prendre, au mirage du recommencement …des projets à venir, des joies à partager….
C’est le printemps viens t’en Pâquette
Te promener au bois joli
Viens ma tendresse est la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans la forêt
Les grenouilles humides chantent 
....avec  Guillaume (Apollinaire)

 Des musiques à découvrir , des rencontres nouvelles ou renouvelées d’amis, des jeux avec nos enfants, des progrès sociaux….  
« Rien n’est passé la vie a des feuilles nouvelles
Les plus jeunes ruisseaux sortent dans l’herbe fraîche…. »

MAIS quoi, faut pas croire , si on continue à lire le poète, petit bémol, éclair de lucidité dans...
...la grande illusion poétique :


L'homme ne mûrit pas il vieillit ses enfants 
 Ont le temps de vieillir avant qu’il ne soit mort
 Et  les enfants de ses enfants il les fait rire »











ET VOILA QU’IL PLEUT.!!!!!!!!!!





mardi 4 décembre 2012

“VIEUX-CON” TO BE OR NOT TO BE ?




Vieillir….
Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.
Les Mémoires d’Outre-tombe, I, III  Chateaubriand

Non, , je n’aime pas le déclin du soleil…
Oui  je viens de fêter mon anniversaire et la tombée des ans…
Oui  le temps fuit, les heures se fanent et pas que…
Mais  y penser  et surtout en parler  sont choses que l’on s’interdit…
Elles y veillent les « petits soleils de nos vies » :
« Mamou chaque fois que tu diras que tu vieillis, que tu es moche ce matin, que tu ne pourras pas faire ci ou ça …..chaque fois, un gage, on n’a pas fixé encore lequel !!! »


Choses interdites :
Regarder par dessus son  épaule et se dire que c’était mieux avant…
Ne pas penser aux «  30 glorieuses », au boulot assuré , à condition de travailler …
A la morale de Travail et au  rêve du progrès social…
Je me souviens pourtant toujours et encore quand ce temps commença à se tirer, du sourire déchirant de ma mère regardant un mendiant assis sur le trottoir : « Je croyais que plus jamais on ne verrait ça, que  plus jamais, on ne mendierait son pain »
Ne pas penser au Charbon et Acier français, aux textiles du Nord et de l’ Est, qui faisaient notre fierté d’écoliers et le cauchemar de nos interros de géo, ne pas penser aux Tissages des Pyrénées , aux Toiles du Pays basque et du Béarn, innombrables petites fabriques que nous fréquentions dans les années 70 et dont il ne reste presque rien …
Penser que dans ce temps il y eut aussi la  guerre d’Algérie, la peur d’être mobilisé, les manifs avec la peur à l’estomac, la prohibition de la contraception, la pénalisation de l’avortement, les   idées conformes, jupes droites  et talons hauts….
Et la boulangère qui me faisait la gueule parce qu’on n’était pas mariés…

Oui mais mai 68, l’espoir d’un "penser autrement"….

Interdit de :
Regarder l’avenir  et douter des projets possibles , compter ses forces , compter le temps qui reste…
Ou  du moins refuser de le dire…

Ne plus se sentir capable de faire la révolution, n’y d’ailleurs y croire !

Renoncer à voir Rome…et Capri !
Se dire qu’on ne réussira pas à apprendre l’espagnol, ni quoique ce soit de nouveau  d’ailleurs ,  et qu’en plus pour quoi en faire , cela ne servira à rien…

Interdit de :
Regarder le présent et ne pas aimer les familles  qui se défont  et se refont ,les enfants qui ont deux familles, les hommes du showbiz et les hommes politiques qui changent leur vieille épouse pour une plus jeune compagne,   les travailleurs qui arrivent en retard, les auditeurs de concert qui n’écoutent pas, le foot à fric, et le rugby aussi maintenant, ma pov’dame ! les spectateurs qui n’attendent pas la fin du générique pour se lever ou qui quittent le concert sans attendre les rappels …les oufs !….
 Et surtout ne pas le dire !
« De mon temps…naninana !!! … »

Et l’interdit suprême, la précaution d’Or, ne pas être un vieux con :
Quand les enfants parlent de réformes pédagogiques , de réaménagement des programmes, d’accompagnement des élèves , d’aide aux plus en difficulté, s’interdire de dire : en 1990…on avait déjà (« déjà »surtout, à proscrire !!!)essayé un système de… Quand les petites parlent de leurs salles de classe ne pas penser qu’on avait réaménagé les tables pour permettre aux élèves  de « communiquer » et que ce fut une lutte parce  que la prof suivante me forçait à redéménager à la fin de chaque cours pour un aménagement plus traditionnel (=sérieux !!!)
Quand le ministre de l’éducation   parle de réfléchir aux rythmes scolaires, ne pas dire il y a 20 ans on avait essayé d’en tenir compte pour choisir les activités, et ...aussi  les classes cycles pour permettre aux enfants d’apprendre à des rythmes différents….

Quand on va voter ne pas dire déjà en 81 … et en… !!!
Quand on va a la manif, ne pas penser déjà….en 95 …en …en …et….


 Bref en avoir derrière, ne rien en dire, et surtout, surtout, toujours espérer "qu’on s’ gourre "!!!  et s’efforcer encore et encore, de croire que l’avenir , un avenir meilleur nous appartient, en tout cas appartient à nos enfants !!!
S’efforcer de ne pas l’être ….V… C…

VIEUX CON !!! NOT TO BE !

Après tout ,  Chateaubriand, il parle bien de ses « joies de l’automne » !!!!
LOL !!!

En revanche  je le laisse « entrer avec ravissement dans les mois des tempêtes »…
Je guette  le retour de la lumière du printemps…..


mercredi 31 octobre 2012

Vieillir : Sympas les Toulousains…métropolis ?



 Mardi dernier, ce fut une journée un peu folle …
Le projet du soir, c’était d’aller écouter nos amis Pulcinella …
Mais depuis la veille, notre Charlotte  était malade : le soir, à notre arrivée,  elle  nous avait accueillis, les yeux et le visage gonflés, le nez « patate » , la voix embarrassée …
Rien de grave sans doute, mais une méchante et incessante toux, qui l’empêchait de dormir !  bien sûr elle profita de notre présence pour rester un peu sommeiller entre deux quintes, traîner sur le canapé, regarder des "navets"  à la télé, se moucher ad libitum et bruyamment …et travailler ! pour rattraper les cours manqués…demandant pour ce faire  et pour une fois l’aide d’une présence grand-maternelle!!! Et même s'offrir une petite régression de jeu "comme avant" (avant d'être  une grande adolescente"), le jeu de la crèche des doudous...
Camille en revanche était  partie à l’école bien plus tôt que d’habitude  : c’était un grand jour de Sortie –Préhistoire, avec visite d’une grotte et d’ateliers ad hoc. Le car partait tôt le matin , elle aime être bien à l’heure(elle aussi) , son Papou Michel l’avait  accompagnée, bien à l’heure inutile de le préciser . On avait fait « la gamelle »  hum ! non !, les sandwiches tout frais vers 7 heures ! Elle devait rentrer à 5 heures et demie mais l’autobus était tombé en panne et dut rouler par petites étapes  …on se succéda à l’attendre…Michel avec une autre mère amie, et moi…
Car nous étions seuls pour cette journée à bord de la maison familiale .
Notre  Nadja envolée vers cinq heures du matin pour une journée de travail à Paris, son Sébastien parti vers 7 heures moins le quart  pour ses cours à Castelnaudary…
Seuls avec une gestion quelque peu improvisée des repas et des nombreux goûters, des courses minimales, des réconforts alimentaires ou affectueux…
Puis vers 19 heures , vers 19 heures parce que nous aussi nous aimons être à l’avance, surtout pour les concerts..Nous aimons marcher un peu pour y aller, prendre le métro quand c’est possible. Trouver un bistrot pour boire un porto ou manger des tapas , attendre le moment où se forme la file d’attente pour nous imprégner de lieux du contexte, rencontrer parfois les musiciens et nous offrir ainsi le luxe d’ un bref échange avec eux,  plus ou moins familier, mais toujours précieux..
Puis vers 19 heures  donc, repas du soir prêt, attendant au chaud au bord de la plaque de cuisson, les filles réunies à discuter devant la télé, je m’enfermais dans la salle de bain  pour me préparer à sortir …
Ô miroir dis-moi !
Ô miroir de Faust !!!
C’était un vrai désastre de cheveux aplatis, de cernes sous les yeux, de traits tirés, « de teint de papier mâché »…
Branle-bas de sèche-cheveux, de crèmes, de blush, de crayons khôls, de rouge à lèvres et à joues…
A la fin, à me regarder sans les lunettes, je ne me trouvais pas si mal… pour partir avec Michel d’un pas guilleret, vers le métro qui nous conduisait  à St Cyprien.
Heures de pointe, changement de ligne, chaleur humaine, lumière…
Et voilà qu’à peine on se glisse tous deux au plus épais de la foule, dans la première voiture de la rame, qu’un jeune homme, non plutôt un homme jeune, ou un homme plutôt jeune, et souriant, se lève vivement  pour me laisser sa place. Je proteste, je souris, mais je finis par accepter, gênée, la place offerte. A peine assise, bien  en face de moi, je vois le petit panneau  incitant les voyageurs à laisser leur place « aux handicapés, aux adultes accompagnant des enfants de moins de 4 ans et aux personnes âgées de …plus de 65 ans !!! » Nos regards se croisent, Michel vient de lire aussi le même panneau, nous sourions…
Mais…
En fait, on a beau le savoir, qu’on n’est pas jeune, on n’écoute pas toujours le miroir, on ne se sent pas spécialement différent dans son for intérieur, dans sa perception du monde et de la vie  de la jeune femme qu’on était … et puis surviennent, inattendus, comme un petit pincement au cœur,  pour nous rappeler  à la réalité, ces gestes courtois  et attentionnés ….
En riant, (mais ! )… nous  sommes partis d’un pas allègre et enthousiaste, vers notre concert, qui fut un très délicieux concert…après avoir bu un Martini, un apéritif que je n’avais pas bu depuis des décennies, choix vintage et spontané, au bar de Stade Toulousain, rempli de gens assez éclectiques, bruyants et chaleureux …
Oui ! un très délicieux concert !

Et  vous savez quoi, au retour, à peine entrai-je dans la première rame du métro, qu’un jeune homme, ou plutôt ……….etc…etc…  !!!!
C’était ma journée !!!
 Avec un « smiley » goguenard de Michel : « Sympas, les Toulousains, métropolis!"

PS : Confidence : le vendredi matin suivant, Nadja et moi,  nous nous sommes offert(ou plutôt Michel nous a offert en se chargeant du ramassage scolaire des enfants) une petite escapade de courses en ville….Eh bien ! Personne, personne,  ne m’a proposé de place assise !
Nadja, à son tour goguenarde, m’a dit :
 «  En fait, tu vois, c’est parce l’autre jour tu étais  avec Papounet ! »

T’as qu’à croire, ma Françou!


lundi 20 février 2012

Ô vieillesse ennemie !!!

Cernés ! nous sommes cernés !

Tous les jours, Sollicitude-mail ou Sollicitude-téléphone :
« Un bracelet Europe Assistance en cas de… » « Comparez nos contrats Prévoyance-Obsèques !!! » «Votre Mutuelle sera-t-elle aussi performante que vous le croyez en cas de sinistre ? Devis comparatifs gratuits !!! »
Quand je me laisse piéger, je réponds croyant m’en sortir…
-Vous faites erreur, je n’ai que 45 ans !!!
-Mais il faut y penser madame, c’est le bon âge pour y penser !!! »


Il y a les conversations avec les amis de notre âge, où reviennent sans cesse comme monstre du Lochness le devenir de nos parents vieillissants…

Il y a les jours fréquents, devenus trop fréquents, de visite à la maison de retraite dont Michel revient avec dix ans de plus sous les yeux…

Il y a le spectacle désolant de la lente dégradation de ses parents, chacun dans son style, l’une avec son acrimonie généralisée à l’encontre du monde entier, ou plutôt le petit monde qui l’entoure (non, l’enserre) devenu rétréci et étouffant…L’autre avec son angoisse et sa boulimie de gâteaux bonbons et chocolats, sa plainte qui saute à la gorge…

Que reste-t-il d’eux-mêmes dans ce qu’ils sont aujourd’hui, à peine le pire, même pas peut-être ?

Et je me dis : « Est-ce qu’autant nous en pend à l’oreille ??? »

Je pense à cette remarque terrible de ma grand –mère vieillissante, et d’ailleurs en apparence remarquablement lucide et bien portante, lors d’une de ces fréquentes disputes qui l’opposaient à ma mère :
« Je te souhaite de devenir très vieille, tu comprendras comme c’est terrible !!!

Je pense à mes parents et aux ultimes bienfaits qu’ils nous ont faits de ne pas avoir donné à connaître leur dégradation…
A ma mère, même malade, même diminuée parfois, toujours souriante et aimante, soucieuse de nous et de l’amour de sa vie, mon père …
A mon père, resté jusqu’ au dernier jour, valide, intelligent, affectueux …Sentant je crois sans le dire l’atteinte de la mort, mais heureux que nous soyons là …
J’ai terriblement regretté sa mort brutale, j’ai regretté avec déchirement celle prévisible de ma mère…Je les regretterai toujours…

Et penchée sur mon miroir, je me dis avec détermination, avec insistance, avec obstination, comme le disait ma maman:
Ô vieillesse, non tu n’es pas ennemie puisque « c’est ça ou…….. !!!! »