Affichage des articles dont le libellé est paul valéry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est paul valéry. Afficher tous les articles

samedi 10 août 2013

Écumes d’Océan



Il a plu des jours et des jours
Il a fait froid encore et encore
L’herbe du jardin giclait d’eau sous nos pieds

Les jours ont allongé, mais ce ne fut pas le printemps encore moins l’été…
On disait couramment, parce que tout le monde parlait de ce temps déprimant dont l’humidité collait à la peau , parce qu’on avait des douleurs de vieillard à force de s’humidifier…On disait : « Avec toute l’humidité de la terre …avec l’eau des rivières en crue, avec la mer qui ne s’est pas réchauffée…on aura un été pourri !!! »
Et de rappeler les étés de notre jeunesse, pourris,  avec un trop plein d’anecdotes de pluies …

Et puis en Juillet, ce fut l’été.
Triomphant, chaud, lumineux.
 Un été à dormir fenêtres grandes ouvertes, à tirer les volets le jour, à se lever de bonne heure pour arroser les plantes..Bref un bel été du moins pour l’instant…
L’Océan a commencé à se réchauffer, plat comme une méditerranée, juste délicieux. Et puis il s’est mis avec l’augmentation des coefficients des marées,   à lever de grandes vagues mousseuses.





 Le vent d’Est les creuse d’une transparence vert d’eau, superbe. ! Et soulève sur leur crête de grandes chevelures d’eau.
 J’aime ces vagues …
Parfois leur taille me permet encore de me laisser glisser sur elles jusqu’à la frange au bord du  sable, les bras tendus et la tête entre les bras.
C’est Camille qui m’a appris…le geste des bras !
Parfois elles ne sont qu’un rouleau de bord sous lequel on plonge et dont l’écume frise la plante des pieds…
C’est Nadja qui m’a appris !
Quand on est placé assez loin, derrière la cassure, on s’y laisse soulever, délicieux manège… C’est Charlotte qui aime le plus en partager le toboggan avec moi….
Mais parfois elles sont si grosses, elles cassent si fort à grand bruit en faisant jaillir des gerbes d’écume, mousseuses, et presque tièdes, que je me contente de les attendre de loin et de « prendre les écumes » avec Camille. Sensation délicieuse que de se laisser emporter dans cette chantilly caressante et salée, le nez dans les bras tendus, jusqu’à ce que le sable nous frotte le ventre…


Mais en fait ces petits délices  ne sont que les manifestations sensibles  de la magie puissante de l’Océan …
Il y a en effet des matins de grisaille pour l’esprit, des matins où tout coûte à entreprendre , des matins embrumés d’humeur chagrine , des sortes de matins de fin d’interminable hiver, d’été hésitant balayés de noroît, des matins de boule à l’estomac et d’envie de pleurer…
Indolente,  je dépose ma serviette sur le sable, je regarde la mer , je redoute le froid du premier contact, je trouve trop forte la vague,  trop de gravier au sable qu’elle charrie …
Et c’est avec effort que j’y vais…
« Le vent se lève…il faut tenter de vivre ! »

 Comme disait( ou presque ) notre ami Georges Brassens,
« Référence gardée envers Paul Valéry
Moi très humble bloggeuse
Moi très humble nageuse
Sur lui je renchéris… » :
.
« L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies! »


Et réellement aussi magique que les musiques que j’aime, le bain d’écumes  me redonne l’énergie et le goût de vivre comme un bain de musique

« Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme... Ô puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant! »
Paul Valéry

PS : Parfois, les écumes ne suffisent pas….


mardi 7 août 2012

Mes amis des books aiment les bains de mer




Paul Valéry ( Le cimetière marin )
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . O puissance salée! 
Courons à l'onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée, 
De mille et mille idoles du soleil, 
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue, 
Qui te remords l'étincelante queue 
Dans un tumulte au silence pareil …


Albert Camus (La Peste)
Savez-vous ce que nous devrions faire pour l’amitié ?
-Ce que vous voulez, dit Rieux.
-Prendre un bain de mer. Même pour un futur saint, c’est un plaisir digne. »
Rieux souriait .
« Avec nos laissez-passer, nous pouvons aller sur la jetée. A la fin, c’est trop bête de ne vivre que dans la peste. Bien entendu, un homme doit se battre pour les victimes. Mais s’il cesse de rien aimer par ailleurs, à quoi sert qu’il se batte ?
-Oui dit Rieux , allons-y. »
Un moment après, l’auto s’arrêtait près des grilles du port. La lune s’était levée. Un ciel laiteux projetait partout des ombres pales [….] ils prirent la direction de la jetée. Peu avant d’y arriver, l’odeur de l’iode et des algues leur annonça la mer. Puis, ils l’entendirent.
Elle sifflait doucement au pied des grands blocs de la jetée et, comme ils les gravissaient, elle leur apparut, épaisse comme du velours, souple et lisse comme une bête. Ils s'installèrent sur les rochers tournés vers le large. Les eaux se gonflaient et redescendaient lentement. Cette respiration calme de la mer faisait naître et disparaître des reflets huileux à la surface des eaux. Devant eux, la nuit était sans limites. Rieux, qui sentait sous ses doigts le visage grêlé des rochers, était plein d'un étrange bonheur. Tourné vers Tarrou, il devina, sur le visage calme et grave de son ami, ce même bonheur qui n'oubliait rien, pas même l'assassinat.

    Ils se déshabillèrent. Rieux plongea le premier. Froides d'abord, les eaux lui parurent tièdes quand il remonta. Au bout de quelques brasses, il savait que la mer, ce soir-là, était tiède, de la tiédeur des mers d'automne qui reprennent à la terre la chaleur emmagasinée pendant de longs mois. Il nageait régulièrement. Le battement des ses pieds laissait derrière lui un bouillonnement d'écume, l'eau fuyait le long de ses bras pour se collet à ses jambes. Un lourd clapotement lui apprit que Tarrou avait plongé. Rieux se mit sur le dos et se tint immobile, face au ciel renversé, plein de lune et d'étoiles. Il respira longuement. Puis il perçut de plus en plus distinctement un bruit d'eau battue, étrangement clair dans le silence et la solitude de la nuit. tarrou se rapprochait, on entendit bientôt sa respiration. Rieux se retourna, se mit au niveau de son ami, et nagea dans le même rythme. Tarrou avançait avec plus de puissance que lui et il dut précipiter son allure. Pendant quelques minutes, ils avancèrent avec la même cadence et la même vigueur, solitaires, loin du monde, libérés enfin de la ville et de la peste. Rieux s'arrêta le premier et ils revinrent lentement, sauf à un moment où ils entrèrent dans un courant glacé. Sans rien dire, ils précipitèrent tous deux leur mouvement, fouettés par cette surprise de la mer.
    Habillés de nouveau, ils repartirent sans avoir prononcé un mot. Mais ils avaient le même coeur et le souvenir de cette nuit leur était doux. Quand ils aperçurent de loin la sentinelle de la peste, Rieux savait que Tarrou se disait, comme lui, que la maladie venait de les oublier, que cela était bien, et qu'il fallait maintenant recommencer.


L’autre jour au soir d’une rude journée : difficiles papiers à remplir pour régler la succession de mon beau père, visites multiples et vaines à ma belle-mère dont l’état physique est préoccupant mais encore moins angoissant que sa confusion mentale alliée à une animosité généralisée envers tous  ses proches... avec une sorte d’énergie désespérée nous nous arrachons à ce terrible contexte, pour nous précipiter à Hossegor où nous attendent les enfants et …la mer.
C’était  la marée haute , l’eau avait  tiédi depuis notre départ, j'ai couru me baigner et, en nageant, tout à coup, le souvenir de ces textes me sont  revenus…
Jai fouillé dans mes livres de poche, et pour retrouver le passage de La Peste j’ai emporté le livre ce soir sur la plage .Il faisait doux et délicieux, la plage se vidait petit à petit et dans le bruit régulier et complexe de la mer, je me suis laissée entraîner une fois de plus par cette prose précise et sensuelle qui nous  parle de nous... …


jeudi 13 janvier 2011

Divagations sur un poème de Paul Valéry LES PAS…

Poème d’amour ? Ou d’insomnie !!!
En feuilletant mon recueil de Charmes à la recherche d’un autre poème, j’ai redécouvert ce petit poème –ci :

Les Pas
Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés

Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !...tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
A l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas
Car j’ai vécu de vous attendre
Et mon cœur n’était que vos pas.

S’autorisant de la conception poétique revendiquée par l’auteur : « Mes vers ont le sens qu’on leur prête », je me rappelle que certains commentateurs voyaient là une subtile métaphore de L’INSPIRATION !!!

La jugeant trop intellectuelle et un peu réductrice, et profitant de la liberté d’interprétation consentie par maître Paul à ses lecteurs, je m’étais toujours contentée de le ressentir comme un tendre et intimiste poème d’amour, dont j’aimais le rythme de pas retenus, « rythme aux pieds nus » disait Alain…J’en aimais aussi la préciosité étymologique de certains mots qui, se souvenant du latin, font procéder les pas au lieu de les faire marcher et rendent vigilante la veille de l’insomnie...
Mais cette fois en le relisant mon interprétation se fait divagatrice.
Est-ce l’influence contextuelle du beau concert de Daniel Mille dont j’ai déjà dit tout le bien que j’en pensais, « L’ATTENTE » ? Est-ce ce mois de Nouvel An placé sous le signe de l'attente de la remontée du soleil dans le ciel et de la sève dans les arbres ? Cette fois j’ai été plutôt sensible à l’expression de ces états de transition, délicieux et un peu douloureux à la fois, états d’attente, états d’ « Avent »…
« Douceur d’être et de n’être pas »
Je me suis alors rappelé une demande de mon Payou. Il vivait seul après la mort de ma mère et nous allions le voir souvent, et parfois par surprise, quand l’occasion se présentait…Loin de faire fi de ces surprises, il me dit un jour :
« C’est bien aussi quand tu m’annonces bien en avance que tu vas venir…En plus de vous voir, j’ai aussi tout le plaisir de vous attendre… »
Comme, enfants, nous avions le plaisir de l’attente de Noël, et plus tard le bonheur des jours précédant les vacances…
J’ajouterai, dans le contexte actuel de ces derniers jours, où l’insomnie est assez souvent au rendez-vous de mes nuits, et où parfois au lieu de compter des moutons ou des nuages, j’essaie d’attraper le sommeil en me disant –mentalement, je vous rassure !!!!- des poèmes appris dans mon enfance ou mes années d’enseignement, des poèmes bien aimés….
J’ajouterai donc une plus triviale interprétation : ce poème pourrait bien avoir pour thème et pour titre
INSOMNIE, INSOMNIE CHERIE…



Free Hit Counter