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dimanche 16 décembre 2012

Mammuth et tes impôts … ?




Mammuth : photo Benoît Delépine, Gérard Depardieu, Gustave Kervern, Yolande Moreau


Je dois l’avouer, j’aime (dois-je dire j’aimais ???)  Gérard Depardieu…son talent à incarner de façon multiple et  créative les personnages les plus divers. Ses outrances , sa force , sa puissance physique et vitale. Son pouvoir à donner des interprétations peu normées et mais aussi convaincantes que  surprenantes des Monte Christo, des Cyrano, et des Jean Valjean
Je dois l’avouer, j’ai ressenti comme bien d’autres je crois,  sa décision comme une désertion…pas comme une  « européenne attitude  », mais  comme un geste de classe, la classe de ceux qui ne se sentent pas embarqués dans le navire du pays qui est le leur,  de ceux qui n’ont pas le désir –ni d’ailleurs la possibilité financière !!!-  de fuir ...ma classe!!!
L’évocation du prolo de Mammuth, du syndicaliste de Potiche, de l’émouvant illettré de La tête en friche, du comédien résistant du Dernier Métro me laissent maintenant un petit arrière- goût d’amertume….
Et pourtant y a –t-il la moindre raison à cela ? il est évident  ces personnages attachants sont de remarquables créations plus vraies que le vrai, ne sont pas Depardieu qui reconnaissons-le ne joue pas Depardieu , mais des compositions qui donnent  l’illusion du réel, grâce à un grand talent professionnel…
Quand j’étais étudiante puis prof de littérature j’ai aimé lire et « remâcher » les œuvres de Denis Diderot …
Un texte m’a toujours intriguée, dérangée, puis fascinée, le Paradoxe sur le comédien.
J’ai été longue à accepter l’idée développée par Diderot que le comédien joue d’autant mieux ses personnages qu’il n’en  ressent pas personnellement les sentiments , mais qu’il en maîtrise pour les avoir observées, notées  et travaillées avec discernement les manifestations comportementales :
 Il avait le masque de ces différents visages. Ce n’était pas naturellement, car Nature ne lui avait donné que le sien ; il tenait donc les autres de l’art.
Est-ce qu’il y a une sensibilité artificielle ? Mais soit factice, soit innée, la sensibilité n’a pas lieu dans tous les rôles. Quelle est donc la qualité acquise ou naturelle qui constitue le grand acteur dans l’Avare, le Joueur, le Flatteur, le Grondeur, le Médecin malgré lui, l’être le moins sensible et le plus immoral que la poésie ait encore imaginé, le Bourgeois Gentilhomme, le Malade et le Cocu imaginaires ; dans Néron, Mithridate, Atrée, Phocas, Sertorius, et tant d’autres caractères tragiques ou comiques, où la sensibilité est diamétralement opposée à l’esprit du rôle ? La facilité de connaître et de copier toutes les natures
L’idée que le comédien et ses personnages sont si différents « qu’on a peine à les reconnaître »…
Réfléchissez un moment sur ce qu’on appelle au théâtre être vrai. Est-ce y montrer les choses comme elles sont en nature ? Aucunement. Le vrai en ce sens ne serait que le commun. Qu’est-ce donc que le vrai de la scène ? C’est la conformité des actions, des discours, de la figure, de la voix, du mouvement, du geste, avec un modèle idéal imaginé par le poète, et souvent exagéré par le comédien. Voilà le merveilleux. Ce modèle n’influe pas seulement sur le ton ; il modifie jusqu’à la démarche, jusqu’au maintien. De là vient que le comédien dans la rue ou sur la scène sont deux personnages si différents, qu’on a peine à les reconnaître.
Doit-on pour autant adhérer à l’idée qu’il n’a pas non plus la même sensibilité que certains d’entre nous aux affections qui nous émeuvent ? et lui attribuer un détachement et un recul  qui confine à la  froideur ?
Un comédien n’a-t-il pas un père, une mère, une femme, des enfants, des frères, des sœurs, des connaissances, des amis, une maîtresse ? S’il était doué de cette exquise sensibilité, qu’on regarde comme la qualité principale de son état, poursuivi comme nous et atteint d’une infinité de peines qui se succèdent, et qui tantôt flétrissent nos âmes, et tantôt les déchirent, combien lui resterait-il de jours à donner à notre amusement ? Très-peu.  
Je n’oserais aller jusqu’à ce point...

Je me contenterai seulement de continuer à me sentir émue par Mammuth en évitant de  penser à  Gérard…

Mammuth : photo Benoît Delépine, Gérard Depardieu, Gustave Kervern, Isabelle Adjani


Comme  j’éviterai de consulter ses idées politiques . .. D’ailleurs  je  déplore  souvent qu’on interroge l’opinion des acteurs ou des artistes, comme si leur notoriété  et de manière générale leur qualités professionnelles  nous garantissaient  sagacité et sagesse politiques ou intégrité morale !!!!