vendredi 31 janvier 2014

Un petit radotage pédagogique à propos de TEXTES


et d’orthographe!

« Cela ne me regarde pas »
Enfin cela ne me regarde plus ….

De l’école , j’ai franchi le portail…

Mais quand même, collègues mes amis, laissez-moi encore une fois radoter un peu …
Il s’agit toujours de mon affaire de TEXTE…

Je me promène comme l’oisive que je suis devenue sur les « chat » de Facebook ou les commentaires, je ferme les yeux sur les erreurs d’orthographe des petits copains de mes petites , j’essaie de relever, juste  au passage et l’air de rien  (LOL !) les erreurs d’icelles …
D’ailleurs dans l’ensemble je peux  avouer comme jadis je le pensais, mais ne pouvais le dire qu’il y a erreurs et erreurs et que beaucoup n’altèrent pas réellement la lisibilité et le sens  du texte …
Mais quand même parfois certaines orthographes sont  orthographes d’analphabètes …

Alors je demande :
« Mais qu’ est-ce qu’elle dit sa mère ?
Et à l’école mais qu’est-ce il dit le maître ? »
On glisse alors vers la philosophie existentielle :
« -Beh ! RIEN ! »
Ou
« - Sa mère ? elle ne s’en occupe pas ! »
Je me retiens de faire préciser : « … de ses SMS et de l’orthographe , ou du gamin lui-même ? »

Mais quand même parfois
je donne un coup de main pour les devoirs…je sais bien qu’on ne me le demande que parce que ça fait chaud au cœur d’avoir une compagnie dans ce temps volé à la télé, ou à la « trot’ », à l’écriture d’un « roman », l’enregistrement d’une vidéo, ou la répétition d’une « choré »…
Bref que je me dois d’être discrète quoiqu’ « efficace » !

Mais quand même…
Quand je vois la liste des mots invariables à apprendre …en liste…régulièrement, obstinément …
Et pire, les « fichus »  homonymes  à distinguer !  à l’endroit et à l’envers ! le sentiment de l’Absurde prend des dimensions à la Ionesco
Quand je rapporte ce travail au  temps consacré à l’ « orthographe en action » dans les textes
que l’on donne à rédiger et à écrire, qu’on les baptise « rédactions » ou « productions d’écrit » ou « essais », je me souviens des temps anciens …et je râle !

Ce serait tellement simple, ce serait tellement fonctionnel, d’apprendre à écrire les mots au jour le jour, avec l’aide du maître qui est là pour ça, les mots dans des textes, des textes de tous les jours ou des textes plus beaux, mais des textes qui ont un sens pour celui qui les écrit celui qui les reçoit,  celui qui les envoie…en écrivant des textes  donc !!!
Il est vrai que les mots du français écrit restent par leur orthographe trop chargés de significations historiques,( ô châteaux , ô temps désuets)…
Mais n’est-ce pas encore plus difficile de les mémoriser hors des contextes qui manifestent leur sens …
C’est/ ses /s’est/ sait ! ces trop ! Comment les confondrait-on si on n’y était incité par de fins exercices répétés sur leur homonymie !!! où les contextes sont si minces qu’ils n’éclairent pas suffisamment le sens de ces mots...
Figurez-vous qu’il y a un Monsieur Frédéric François, vous connaissez ? eh non non non ! c’est un linguiste distingué qui ne chante pas, quoique ses propos m’enchantent, surtout quand il se réfère à Michael A.K.Halliday qui à ma connaissance ni ne chante ni n’a jamais chanté non plus , donc un docte et grave personnage, que j’aimais à citer autrefois parce qu’il me semblait pertinent et aussi je dois l’avouer parce que l’ homonymie justement de son nom  m’amusait et me procurait un facile succès …
[ Dans son apprentissage de la langue,]« l’enfant est confronté non pas à des grammaires ou
à des dictionnaires, ni même à des mots ou des phrases émis au hasard, …ce qu’il rencontre, ce sont des textes, du langage en action, c’est-à- dire des séquences qui s’organisent entre elles comme avec leurs situations de productions »
(Conduites linguistiques chez le jeune enfant, puf, le linguiste)

J’aime  cette expression, langage en action=textes et l’affirmation que pour apprendre le langage ,il fait être confronté à des textes, et je pense qu’il en est de même pour le langage écrit. Pour apprendre l’orthographe , il faut écrire encore et encore …Car l’orthographe est un système  et la chaîne des autres mots éclaire et détermine l’écriture de chaque mot…
Le problème suivant sera  de déterminer les conditions dans lesquelles on est amené à  produire ces textes afin  qu’elles soient favorables à l’apprentissage de l’écriture et de l’orthographe, en particulier à  la relation entre celui qui écrit et son  « maître », stress ou confiance , attente d’une sanction ou d’une aide ?

J’aime cette idée de « langage en action » , j’aime l’idée de « textes » « tissés », toiles d’araignée ou fils dAriane multiples tendus entre phrases et mots ET entre celui qui écrit et celui qui lit …
Sur le rapport avec celui qui lit ou lira, sur son écoute ou l’accueil à réserver au texte, qu’il soit écrit ou oral, il me faudra écrire un jour un nouveau radotage pédagogique, mais en attendant, pour apprendre l’orthographe …

 ECRIVEZ- VOUS ! écrivez- nous, d’amitié, de plaisanterie , d’histoires, de recettes, de joies , de peines, de drôleries à votre guise….


Mais écrivez ! et faites écrire, maîtres d’école, mes collègues ! 

samedi 18 janvier 2014

Vincent Peirani a aussi le talent des duos

…Avec Emile Parisien


J’ai déjà raconté comment, grâce à Vincent Peirani , j’avais découvert qu’on pouvait se risquer dans l’aventure de l’improvisation et y trouver du plaisir …Je crois que cela tient pour moi au fait qu’au fur et à mesure de l’écoute, quelle que soit la liberté prise dans l’invention sonore des phrases, je ressens un chemin divagateur certes, une harmonie en ruptures  mutiples certes, …mais  qui malgré tout se construisent avec sûreté  et retrouveront inéluctablement  la ligne  mélodique fondamentale…chemin à suspense rempli d’attentes et de surprises…
Et en vivant les deux délicieux concerts à la Salle bleue Croix Baragnon avec Emile Parisien
…outre un plaisir total , beauté des deux sonorités, subtilité du jeu en duo , parfois une sorte de frénésie  inspirée et magique, et toujours en filigrane l’émotion et l’humour…
….outre un fin programme qui croisent leurs créations et circule sans complexes et pour notre bonheur  entre amitiés musicales présentes , passé jazzy réinventé,  ou classique revisité…

Egyptian Fantasy d’après Sidney Bechet
Tentation Rag (id)
Schubert Toaster (E.Parisien)
3 temps pour Michel.P (Vincent Peirani)
Isthme
Place 75 (Vincent P)
Song of medina (encore Sidney Bechet)
Schuman: Five pieces (first)
Dancers in love (Duke Ellington)
Balkanski Cocek (Alexander Sisic)



…En les écoutant jouer si familièrement ensemble   l’idée me frappe que décidément Vincent Peirani a aussi le génie des duos !
Il y a deux mois Michel Portal, une fois, François Salque , et aujourd’hui Emile Parisien, compagnons exceptionnels par leur talent musical et leur style personnel…
Michel Portal , maintes fois écouté en CD avec Galliano, jamais entendu en direct, François Salque et Emile Parisien, inconnus de nous …à  chaque fois  découverte précieuse…
Désormais ils feront partie comme Paolo Fresu ou Jan Lundgren et Renaud Garcia Fons de ceux que nous iront écouter « même  s’ils ne jouent pas d’accordéon !!! »
Et que dire de Thomas Gubitsch, sinon que l’on en rêve aussi…de l’entendre « live » !

Car outre l’audace de choisir de si talentueux compagnons , Vincent a aussi le talent de construire avec eux des duos où ils se réalisent remarquablement, en dialoguant  avec son superbe accordéon !.
Qu’il s’exprime en chorus,  ou construise pour eux l’écrin d’une rythmique profonde et comme « ostinato » , aux voix entrecroisées avec virtuosité sur de multiples registres …

Et comme les clarinettes de Michel Portal , ou le fascinant violoncelle de François Salque , désormais le saxo d’Emile Parisien fait partie de nos aventures musicales d’exception …







Merci à eux, et Merci à Vincent Peirani !

mercredi 8 janvier 2014

Les divagations de deux coureurs de concerts

Depuis que nous avons cessé le boulot, restent  toujours à l’arrière plan de nos préoccupations, l’évolution  de l’école, notre  foi dans l’éducation, les problèmes d’apprentissage , le devenir de notre langue, de  son écriture , le tout bien sûr largement alimenté, par  les échanges animés entre les filles, (et parfois nous !!!) Au retour de l’école !
Bien sûr, je continue d’être hantée, comme d’autres par les chansons, par des pans entiers de textes que j’ai aimés, et peut-être surtout enseignés, comme si leur partage n’avait pas peu contribué à les faire vivre  dans ma tête..Mais mes curiosités actuelles se complaisent davantage à découvrir dans les textes d’autrefois ceux que je n’avais pas assez lus, à lire "dans les coins" les œuvres favorites, bref davantage, à redécouvrir qu’à trouver du nouveau dans ce qui paraît …Exception faite  (rassurez-vous, je ne veux pas vieillir ignare), des polars que j’explore consciencieusement et méthodiquement !
En fait ce qui excite ma papillonne curiosité, c’est un domaine pour moi relativement nouveau, et dont je partage l’exploration avec Michel, c’est la musique, une certaine musique où nous conduit notre humeur vagabonde !
J’ai  toujours écouté beaucoup  de musique,  comme un fond sonore omniprésent, qui se constituait au gré de rencontres aléatoires, mais actuellement ma curiosité s’aiguise,  de ce domaine nouveau. L’envie d’explorer, de connaître, de comprendre, et de sentir des œuvres nouvelles, de découvrir, de proche en proche, d’autres œuvres et d’autres auteurs, de les  rapprocher, de les comparer, jusqu’à reconnaître en eux l’incomparable, comme autrefois je le faisais des œuvres littéraires, avec peut-être l’ambition inavouée de mieux entendre leur son et de mieux goûter leur saveur. J’ai conscience de l’imperfection de mon oreille, mais je traque   la mélodie qui chante dans ma tête et l’impression émotionnelle, parfois le bouleversement , qu’elle produit en moi, je me livre à la poésie connotative qu’elle suscite . Pleine d’espoir, je cultive les transferts qui peuvent s’opérer entre l’œuvre musicale dont je ne connais guère les arcanes, et les œuvres de la littérature, voire de la peinture, dont je connaissais un peu mieux certains fonctionnements. Ce qui me passionne en particulier, c’est de comprendre ou de sentir la composition d’un morceau, la ligne d’une improvisation, comme je démêlais jadis les fils entrecroisés d’un poème ou  d’un récit, ressentais les systèmes de contrastes ou d’harmonie, de parallélismes ou de divergences, entre les thèmes d’une œuvre ou les personnages d’un roman…
 A cela s’ajoute le plaisir du partage, en  discuter avec Michel…


 Parfois même avons-nous la chance d’en parler avec certains musiciens, ou bien  notre approche des œuvres s’éclaire de ce que ils en écrivent ou en disent, avec simplicité et poésie ,  loin de toute glose mortelle pour leur  beauté (ô merveille de certains  petits livrets de CD !) . Je citerai Bruno Maurice dans le livret de Mitango,




...Jean-François Salques  et Vincent Peirani à propos du CD EST...



 Renaud Garcia Fons parlant de sa rencontre « coup de foudre », avec la contrebasse,

...Raul Barboza en concert racontant  ses morceaux...
...les phrases poétiques de Richard Galliano dans le petit encart du CD New York Tango, et les extraordinaires trailer où il présente son Bach, puis son Nino Rota, puis son Vivaldi…je dis bien "présente", car il ne s’agit certes pas de « concept » ni même d’explication, il s’agit, dans une langue lumineuse d’intelligence,d’évoquer  l’esprit de son projet .

 Car, comme Bruno Maurice, s’il donne au passage quelques indications techniques, c’est toujours au service de l’expression, de l’émotion donnée à partager…comme  encore  François Salques et Vincent Peirani, explicitant leur idée du lien entre leur création et la musique traditionnelle dans laquelle elle s’est inscrite pour la recréer.


Mais  le plus important de tout, le plus « fun » comme diraient nos petites filles, cette quête curieuse des œuvres ET des musiciens, nous a fait découvrir le LIVE, le PARTAGE par excellence, la présence puissante d’une œuvre qui  créent  pour nous, dans l’instant,  des musiciens d’élection,  et que nous partageons  en direct, c’est ce live qu’on poursuit encore et encore …

Voilà ce qui nous pousse sur les routes, sur les chemins des concerts de ceux que nous aimons.
 Et, comme notre ville ne nous offre que rarement ce que nous aimons, c’est ce désir qui nous pousse  aussi loin et aussi souvent que nos forces, nos ressources,  et nos obligations personnelles, nous le permettent.
Quelquefois ce sont chemins de soleil, quelquefois de pluie ou de froidure

…exceptionnellement,  même d’une tempête …

Notre métier jadis nous avait  souvent mis sur les routes  d’écoles de villes ou de villages perdus de notre région, mais je me plais à penser que nos chemins d’aujourd’hui s’apparentent plutôt à la manière de vivre  des musiciens eux-mêmes dont les tournées s’inscrivent dans la tradition des troubadours d’hier, des saltimbanques magiciens  ou  des comédiens de l’Illustre Théâtre… « Faire de la  route pour la musique » !
« Vous aussi voyagez pour la musique ! » m’a dit un jour Renaud Garcia Fons.















Parfois des lieux prestigieux de grandes villes,



Parfois des lieux plus incertains nous offrent des plaisirs de musique, bizarres et intimes,  et eux aussi délicieux .

















Parfois un souper raffiné, mais plus souvent  un sandwich de Mie Câline , ou un petit « picachou » au bord  d’une route ou sur une aire d’autoroute.


Souvent une échappée belle au détour du chemin.

 
Parfois quelques délices picturaux .


Car comme nous devons aller à la Musique parce que notre pays est avare de celle que nous aimons , nous devons aussi aller chercher ailleurs la peinture et la photo que nous aimons …



A la fois choisi et hasardeux, de l’ordre du cabotage plus que du périple intercontinental, ce vagabondage,  nous l’aimons !

Notre vœu est de poursuivre encore et encore ces tribulations  hasardeuses, et de suivre  encore et encore ces chemins de musique …








mardi 31 décembre 2013

BONNE ANNÉE 2014

BONNE ANNÉE 2014


Cette année, j’ai abandonné mon jardin à l’Automne…



 Mais  ce Noël le  houx sauvage qui y pousse depuis deux ans a décidé de fleurir …


Et dans les feuilles tombées brunies par la pluie obstinée, une première rose de Noël s’est ouverte…

Pour me rappeler que le Solstice est passé et que l’An Neuf se pointe…


Et qu’il est temps que je vous souhaite, Amis,  une Très Belle Année …


Et que je vous dise : 

« A tous les partages à venir en 2014

Qu'ils éclairent cette année nouvelle»…!


Amitiés

lundi 30 décembre 2013

Grammaire : La disparition du complément d’objet…



Socio grammatical phénomène…

 Du temps que j’étais prof de littérature, je me rappelle avoir été frappée par une remarquable et « docte » analyse ,  ce qui est dommage c’est que je ne sais plus si c’était de Jean-Louis Barrault (Mise en scène de Phèdre, coll. Points)  ou de Roland Barthes ( Sur Racine)…mais la remarque m’a beaucoup  influencée alors dans ma lecture de Phèdre
 Elle concernait l’usage du verbe AIMER chez Racine, et sa construction « absolue » dans beaucoup de vers, c’est-à-dire sans complément…comme s’il s’agissait d’un verbe intransitif, je respire , je vole, je marche , je ris, je vis….
J’aime…
Pour les héroïnes de Racine, disait la remarque, l’essentiel (la malédiction d’ailleurs), c’est l’amour et non l’objet de cet amour. Et cet emploi absolu du verbe renforçe sa force…
Et je trouvai cette idée saisissante, particulièrement quand le rythme des vers mettait en relief sa puissance :
Ainsi dans « la scène de l’Aveu » de Phèdre :
« -Aimez-vous ?
demande Oenone,
-J’aime …à ce nom fatal, je tremble, je frissonne,
J’aime… »
ET c’est Oenone qui dira l’objet … !


Juste ou pas, cette interprétation donnait aux mots un poids émotionnel très fort…

Et voilà que récemment comme je m’amusais sur Facebook, à écouter les propositions You Tube de mes « amis », à regarder leurs photos, à lire leurs commentaires, cliquant de-ci de-là , sur « J’aime », renchérissant même parfois par un « je n’aime pas, j’adore… »…j’ai été frappée par le fait que moi aussi, avec eux tous, et sans même y penser, j’utilisais désormais le verbe j’aime « absolument »...

Et puis comme une prise de conscience n’arrive jamais seule, en écoutant mes petites filles et leurs parents d’ailleurs, je remarquai que  :
-Je gère ,disait l’un
-J’assume disait l’autre
-En tout cas Elle, elle assure !
-et l’autre : Mais Lui, Il ne communique[1] pas … !

L’important en somme c’est de communiquer …peu importe l’objet, l’important c’est le comment…

J’ai entrepris d’allonger la liste persuadée qu’elle se complèterait…pour l’instant je n’ai pas de théorie sociologique d’interprétation de ce fait grammatical…Peut-être y réfléchirai-je !

Intransitivement vôtre !






[1] Un jour il me faudra  d’ailleurs réfléchir sur le devenir du verbe « communiquer »

lundi 23 décembre 2013

La MORT de L’ART



Effets de l’âge ? Voilà que nous nous  retournons  parfois vers nos rencontres culturelles de jeunesse en  disant : « mais c’est tout à fait vrai ça, encore aujourd’hui ! »
Pour l’instant, nous ne disons pas encore : « c’était  bien plus juste que ce qui se dit aujourd’hui ! »

Bref, une notion revient avec récurrence entre nous ces derniers temps pour ne pas dire avec obstination : celle de la mort de l’Art, celle, ou du moins inspirée, d’une théorie d’Hegel, que Michel, travaillant pour un mémoire l’Esthétique de HEGEL, avait été amené à analyser.
L’idée bien approximative que je m’en étais faite et que j’en ai gardée, c’est que l’art se développant dans l’histoire, est comme toute chose soumis à des évolutions, et ses formes successives amenées à disparaître.
Bon !!! pas de quoi ressasser !
Ce qui nous titille en revanche, c’est ce que signifie pour Hegel, et suivant notre interprétation, la mort de l’art.  
« Sa thèse est qu’elle se manifestera par une surabondance d’œuvres accompagnée de leurs commentaires, critiques et autres gloses, au point que bientôt  il n’y aura plus de création sans son explicitation discursive ni sans analyse et analyses d’analyses… et ainsi de suite… »

Déjà le nouveau roman, je n’osais l’avouer,  avait tué pour moi les histoires. Il se voulait  l’histoire de son écriture, le roman de sa création et  ça ne m’intéressait pas beaucoup ou ça m’intéressait intellectuellement,  comme phénomène littéraire,  tout en me laissant de glace…
Bon ! il y avait bien la Modification , oui ! une histoire d’amour se désagrégeant , avec un train de nuit entre Paris et Rome , et un vrai dénouement,  ou le suspense mystérieux des   Gommes, une histoire dans un  polar …mais souvent je m’appliquais en vain à chercher des émotions sentimentales et mêmes esthétiques dans cet univers conceptuel.
Quelquefois,  dans l’univers décalé des surréalistes, même sans récit, s’offraient des émotions profondes , j’adorai Nadja..
Et heureusement, à l’époque, en passant rue de Cursol je découvris une librairie de polars d’occasion et la divine Agatha Christie . Pour un peu (ou pour beaucoup de petits tomes jaunes du Masque) , j’en aurais presque failli rater mon certificat de Grec…
La suite des temps développa en moi une sorte de schizophrénie littéraire entre Littérature et Romans. que je réussis à assumer  fort bien ….
On finit par ne plus trop y penser, à la mort de l’Art !

Et voilà que depuis quelques temps, effet de l’âge ou perception objective du contexte culturel actuel, suivant le degré d’humeur chagrine ou de dérision du jour, ressurgissent entre nous la théorie d’ Hegel (ou notre idée de cette théorie !)
Quand nous nous obstinons à hanter le musée des Abattoirs( !!!) à Toulouse, ou le CAPC à Bordeaux aux Entrepôts Laîné,  parce que nous avons  peine à résister aux sirènes de l’art en marche, aux  promesses d’assister à l’émergence de l’  art contemporain nouveau, chaque fois nous en sourions de dépit .. Entre présentations lapidaires ou  prolixes mais toujours absconses du CONCEPT, on cherche l’œuvre !!!

Regrettant parfois le coût des billets d’entrée, mais nous consolant toujours de la splendeur du lieu qui lui, , n’a rien perdu de sa grandeur, qu’il s’agisse des entrepôts Laîné, avec leurs voûtes dépouillées de cathédrale viticole, 







ou du Musée des Abattoirs, dont la rénovation a mis en évidence la pureté géométrique...
Ah c’est bien ça, la Mort de la peinture !

Et voilà que petit à petit la rengaine devient envahissante:

Ah bien oui, il y a aussi la mort du sport !
Devant  télé-foot et consorts : analyse , prévision , debriefing, re-analyse ….et le match ? 
En sandwich entre gloses et commentaires !…A moins qu’on l’ait déplacé à 14 heures dimanche, résultats des autres connus , enjeux disparus, mais programmés pour attirer dans ce créneau d’autres spectateurs …Affaire de Showbiz, bien sûr !

Et aussi la  mort de la cuisine !
Quand à l’heure des repas justement, pullulent des joutes culinaires  de plus en plus sophistiquées, Vive master chef , Vive un Dîner presque parfait, Vive « Cauchemar en cuisine »qui vire au thriller, et Le Meilleur Pâtissier devient  un combat d’obstacles à la Rastignac …où finalement l’enjeu est le jeu plus que la cuisine, on l’aime «  Show » !!!!
Morte la cuisine réelle, quotidienne et pas seulement, pour les gens qu’on aime et même pour soi, au fil des jours, des saisons, au gré des convives et des rencontres ?

Et la mort de la TELE .
Voilà  Cà vous !!!ou La TELE parle à LA TELE ! Joyeuse petite bande qui s’amuse des extraits choisis de ses propres émissions, et « chambre » les erreurs ou les lapsus des collègues. Bref télévise ses coulisses et nous les donne en spectacle . Saine prise de recul ? Ou dîner parisien  auquel  le public lambda  ne se sent guère invité ? C à vous oui, mais à qui ?
La télé se mourra-t-elle d’émissions consanguines ?

Pour ne rien dire de la mort de la politique…et de ses « éléments de langage »…

Mais  voilà que, hasard objectif, je trouve, en feuilletant  Paroles, un poème qui  j’aimais,
L’Orgue de Barbarie….

Moi je joue du piano
disait l’un
moi je joue du violon
disait l’autre moi de la harpe moi du banjo
moi du violoncelle
moi du biniou…moi de la flûte
et moi de la crécelle.

Et les uns et les autres parlaient parlaient
Parlaient de ce qu’il jouaient .
On n’entendait pas la musique
tout le monde parlait
parlait parlait
personne ne jouait…

Et voilà qu’elle ressurgit , à pas de loup,  l’Idée de mort de L’art

Non ! Pas la Musique , Pas La musique que j’aime !

D’ailleurs Michel lui-même dit bien :
«  Ce serait vrai aussi de la musique où il n’est pas rare de voir des compositeurs tenir discours sur leur œuvre et l’étayer de tout un appareil conceptuel avant qu’on ait pu en écouter une seule note. Nonobstant cette observation, il me semble que la mort de l’art, au sens où l’on veut dire qu’il n’y a plus d’œuvre signifiante sans son appoint de concepts, que cette mort de l’art est moins vraie en musique que dans d’autres domaines.
Sans doute parce que la musique se crée essentiellement en direct, dans l’instant, alors qu’une peinture par exemple se donne toujours comme déjà achevée.
Si la musique, en dépit de la prophétie hégélienne, est encore pour nous une création vivante, c’est que la vie de l’art musical tient à ce qu’il n’existe que par l’action et même la création qu’en perpétuent ses interprètes »

D’ailleurs Prévert anime pour nous l’orgue de Barbarie que joue l’homme qui se  tait :
« Moi je joue de l’orgue de l’orgue de Barbarie
et je joue du couteau aussi. »
dit l’homme qui jusqu’ici
n’avait absolument rien dit
et puis il s’avança un couteau à la main
et il tua tous les musiciens
et il joua de l’orgue de Barbarie
et sa musique était si vraie
et si vivante et si jolie
que la petite fille du maître de la maison
sortit de dessous le piano
où elle était couchée endormie par ennui...


Un peu radicale la solution, un peu énigmatique aussi,  mais si belle, qui fait renaître  sa « musique si vraie si vivante et si jolie »
Merci Jacques !
Mais  il faut vite arrêter  le poème,  sur la réalisation magique de cette musique… si vraie si vivante et si jolie !
Parce que le poème ne finit pas bien
Parce que …

(Que ceux qui n’aiment pas les histoires qui finissent bien, aillent lire la fin et tant pis pour eux… !)

Arrêter le poème…
Ecouter la mélodie de  l’orgue de barbarie ? 
Moi j’aime tellement  l’accordéon …
 La clarinette et la trompette
ou aussi le violoncelle ,
Et le piano
Et le saxo…

Arrêter de parler de la musique pour écouter, écouter, écouter encore …,
Arrêter d’écrire ?

Je ne sais si je le pourrai !!!





Ceci est bien une CHAISE!

Comme je l'ai raconté précédemment nous nous inquiétons parfois en visitant quelques hauts lieux de la réflexion esthétique, que la Mort de l'ART, si remarquablement prévue par le philosophe allemand HEGEL se soit effectivement produite !
Tant , comme il l'avait si justement prévu,  dans la prolifération des commentaires , analyses, mises en images et sons,du phénomène artistique ....






 ....on peine à reconnaître l'OEUVRE!





Est-elle ICI ????







Est-elle LA????



 OU bien encore LA???








Jusqu'à ce que , certitude rassurante , on se rende compte que bien sûr aucune étiquette , aucun sous-titre, aucune profession de foi accolée à l'objet , ne nous prévienne qu'il s'agit bien là d'une oeuvre d'art!!!











CECI EST BIEN UNE CHAISE!