mercredi 20 août 2014

Richard Galliano, Michel Portal, Enrique Ponce…le poids du talent…



Enrique Ponce
Une arène comble , sous un ciel incertain partagé entre soleil lumineux et cumulus boursouflés …
Incertain et partagé le public l’est aussi…Enrique Ponce est l’idole de cette arène et donc beaucoup d’aficionados avertis expriment mezzo voce quelques réserves, les taureaux choisis nobles, allègres , et plus braves que dangereux, la marque indélébile de la grave blessure qu’il a subie et après laquelle il ne fut plus jamais le même…
Pour nous, pour ma Nad , pour moi, de réticences point ! Nous l’avons tant aimé, tant vibré à ses faenas que nous lui gardons une foi  absolue, celle de pouvoir  «  changer le plomb en or », comme l’avait écrit un chroniqueur taurin , à l’issue de cette échappée magique et automnale où nous fîmes toutes les deux –souvenir si délicieux que presque douloureux- le voyage dans la journée pour aller le voir toréer dans les sublimes arènes de Nîmes…
Mais cette attente est mêlée d’une grande anxiété... Les aléas qui  composent une corrida, les blessures,  l’âge qui vient , le souvenir de quelques « rencontres » ternes, insinuent le doute , la crainte que toute cette ferveur , cette attente de  foule exaltée ne soit déçues, se tournent en déception des inconditionnels et  dérision des puristes…
C’est donc dans une certaine tension que je vis  la première faena d’Enrique Ponce, puis le début de la seconde , admirant  l’élégance dépouillée et la maîtrise remarquable de ses gestes, et  sa connaissance  de l’animal, d’une évidence telle qu’elle donne l’impression d’être plus intuitive que savante, mais m’ inquiétant en même temps de ne pas retrouver l’émotion profonde et fondamentale…C’est l’averse, , imprévisible ,  violente, serrée, libératrice, qui, augmentant les dangers et la nécessité d’agir dans la vigilance  pour cette situation extrême,  paradoxalement, d’un coup annule les tensions,  donne à l’action d' Enrique Ponce la simplicité lumineuse de l’évidence et de la beauté. Mon voisin dit « relâché » il est relâché!!!
Il est sublime !
ET je (et tous!)  retrouve l’émotion fondamentale où le temps s’abolit, où l’on en pleurerait de bonheur, de cette force à braver, et avec quelle grâce, le danger de la mort imminente et cent fois conjurée.
Et je me dis quelle chance d’être là encore, qu’elle chance qu’il soit encore là encore, investi de ce fabuleux pouvoir, malgré le passage du temps et des blessures de la vie
Et je me dis, de quel poids doit peser sur lui la possession de ce pouvoir, des honneurs qu’on lui fait, et de nos attentes inconditionnelles, le poids du talent...! 

Et je pense à Richard Galliano,
…aux premiers mots  que j’ai eu la chance d’échanger avec lui , il y a quelques années à Saint Martin du Crau :
-Vous êtes d’ici , demande-t-il ?
- Non de Pau…
 -C’est loin,il me semble
 -600km , on vient de loin pour vous écouter !
- Et lui !!! :" j’espère que vous ne serez pas déçus !"

Le solo est certes un exercice  singulier et saisissant …
 Plus qu’un chanteur que l’orchestre ou un instrumentiste accompagne, cet homme seul en scène avec son accordéon embrassé, semble nous inviter à un face à face intime et tendu…
 C’est un concert singulier sans doute pour lui, mais aussi pour nous, écouteurs passionnés qui  concentrons toutes nos attentes sur celui( ou celle) qui va jouer pour nous …
 Et chaque fois à notre impatiente attente,  se mêle comme une implication personnelle, un peu  d’angoisse ou d’anxiété, la peur que ce ne soit pas aussi bien qu’on l’attend, aussi bien que la  dernière fois, aussi bien que notre mémoire en garde le prégnant souvenir…
 Et c’est sans doute aussi un exercice singulier, périlleux et fragile,  pour l’artiste qui porte seul  tout  le poids de ces attentes …
Ainsi d’ailleurs l’avoua avec un peu d’ humour  et beaucoup de simplicité, l’ homme modeste au bel accordéon noir , vêtu de  noir , entré sur une scène noire et sombre …
Il ne l’avoua qu’après trois morceaux très beaux, enchaînés sans un mot …trois morceaux chargés de force magique, trois morceaux que nous aimons, Habanerando, Tango pour Claude, Fou rire…
« -J’étais un peu stressé comme à chaque fois, de ne pas y arriver…mais ça va, je suis en forme, je crois … »
Et en forme, oui, il l’était !
Tout, il y eut tout, tout, tout, dans ce Solo de Richard..
 La virtuosité extrême et son aboutissement suprême, l’évidence de la simplicité…
L’art des contrastes, la puissance et la légèreté, l’émotion et l’allégresse…
Le swing et la mélodie..
Et la créativité inspirée de l’ improvisation sur les thèmes familiers que l’on aime …
Et l’humanité d’un musicien qui avoue son stress à mener à bien mener son Solo...
Tout,  même son accueil simple et chaleureux à notre égard, les « adorateurs fidèles » et obstinés,  à l’issue du concert ! 
…Et pour nous, l’émotion profonde du « encore une fois »

Michel Portal
Parce que notre âge nous sensibilise plus  encore à ce défi émouvant et douloureusement tendu, pour  rester à la hauteur des talents que les hasards de la vie ont pu nous apporter , je pense aussi à l’extraordinaire trio avec lequel Michel Portal  entre ses amis, Bojan z , plus jeune et, Vincent Peirani, bien plus jeune, nous a offert à Marciac il y a quelques jours une magnifique carte blanche…
« Dans la corne d’abondance qui se réactive chaque été pendant trois semaines dans l’enceinte de sa bastide, Marciac sort toujours de son profus chapeau de ces inouïs bonheurs à charmer la nuit gersoise. Même un soir d’orage. Samedi soir, blotti dans le confort de la belle salle contemporaine de l’Astrada, dont l’acoustique fait merveille, on ne se rendit même pas compte de l’averse, pourtant assez copieuse pour disperser avant l’heure les couche-tard »
Ainsi l’écrit Dominique Queillé, envoyée spéciale de  «  Libé » à Marciac…
Je ressens encore la tension de l’ entrée en scène de Michel Portal, à son texte de présentation remarquable de leur trio , et sa perfection préparée,
 "L’idée est de réunir des amis pour partager nos musiques et échanger en toute confiance»,
 Une conception mobiliste où les rôles se complètent, s’inversent, jusqu’à chercher la provocation.  Celle que Michel Portal, Basque anxieux mais ô combien radieux, recherche dans ces  confrontations parfois mordantes mais toujours pacifiques.

 Tension de tout son être, que seules les premières notes de l’interprétation du Choral de Peirani commencent à relâcher, en même temps que s’échangent entre les complices  des regards de plus en plus souriants

 De leur complicité jaillissent des pics de grâce, des flamboyances ou une intensité méditative que  Portal porte à son comble dès l’ouverture sur Choral, aérienne composition de Vincent Peirani,  l’accordéoniste aux pieds nus… 
De ce temps exceptionnel , nous retirons un sentiment de bonheur absolu, qui relève du jeu remarquable de trois musiciens , leur complicité, leur présence, leur communication vraie avec le public, bref de cette alchimie qui produit des concerts inoubliables…
Mais y participe aussi pour moi; comme pour la faena d’Enrique Ponce, et le solo de Richard Galliano à Foix, la tension produite par le sentiment d’une  fragilité extrême, l’ intensité d’émotion du moment privilégié que nous donnent à vivre des talents exceptionnels …
Intensité que renforce, pour moi en tous cas, la conscience  de leur  propre anxiété à ne pas déchoir, que je ressens, et dont je partage avec empathie la tension …

Leur triomphe est pour moi le triomphe du génie sur l’effritement des ans, le refus de l’inéluctable dégradation…C’est aussi une victoire sur le poids du talent qui suscite tant d’attentes et de ferveur et les oblige à toujours réussir à y répondre !
...Et même peut-être,  en ce qui concerne Michel P. , grâce à la force de la génération de ceux qu’il a nourris de son talent et qui aujourd’hui l’accompagnent…


jeudi 7 août 2014

SPIRITANGO : Thomas Chedal, Fanny Azzuro, Fanny Gallois, Benoit Lévesque, Magique Quartet!

Il y a eu d’abord Thomas Chedal
Une rencontre Facebook d’un ami Facebook,   produite par la passion commune de l’accordéon : quand une auditrice divagatrice et simple amateure , découvre sur Facebook un accordéoniste passionné, qui  passe par intermittence sur FB….
Et puis il y a la sortie d’un album « enragé » de la pulsation du tango, et de la musique subtile et déchirante d’Astor Piazzola : «  Spiritango »
Et nous découvrons la sonorité précise , complexe, virtuose, et riche de l’accordéon de Thomas et en sommes « enchantés ».
Et avec lui, le piano de Fanny Azzuro, à la fois percutant  et délicatement nuancé , qu’Alain Cochard qualifie de « clair , poétique et lumineux »… azuré ! en somme…
Le violon tendre et déchirant de Fanny Gallois
La contrebasse de Benoît Lévesque appuie leur jeu d’une cadence remarquable , et d'un travail de graves ,  avec une virtuosité multiple des possibles de son instrument… «  Contrabajisimo » 
 Le choix des morceaux offre outre  le plaisir d’interprétations à la fois fidèles et renouvelées de nos favoris de toujours,  la Muerte del Angel , la  Primavera  y El Invierno Porteño, et le touchant et mélodieux Adios Nonino, dont l’introduction est superbe, la découverte des thèmes moins familiers pour nous Camorra, Mumuki , grande émotion , le sublime  Soledad,  et la construction subtile de Fugata
La séduction se poursuit et se renforce d’écoute en écoute...

Et nous rêvons d’un concert en direct...et quand Radio France Montpellier les programme à Castelnaudary…nous n’hésitons à nous arracher au chant  de la mer et à faire les 350 km qui nous en sépare pour aller les écouter…
En fait comme des gosses nous les attendons en nous promenant alentour presque tout l’après midi pour avoir la chance d’échanger avec eux…
Et nous ne sommes pas déçus !!!
Nous les rencontrons :
Thomas…
 Et Fanny, nos virtuels amis  Facebook, en vrai !
 Et les sonorités remarquables du quartet Spiritango, Thomas Fanny Azzuro, Fanny Gallois et Benoit Levesque.
Quelques mots… qui  confirment nos affinités , eux  musiciens et nous simples écouteurs amateurs :
Quelle émotion d’apprendre que Thomas a travaillé avec Bruno Maurice, notre ami, que nous aimons et admirons tellement, et auquel Thomas affirme avec émotion "devoir beaucoup". Quel plaisir de sourire ensemble de notre commune dévotion à Richard Galliano, auquel il doivent aussi une session de travail, et bien plus encore…

Et puis c’est le concert…Et le bonheur de voir confirmé que Thomas a un “son” très beau, et très personnel , bonheur du jeu des autres , de découvrir la collaboration chaleureuse et remarquablede leur ensemble,  l’économie bien composée de leurs  enchainements et de leurs chorus.
 De découvrir de surcroit  en  Thomas une grande   présence en scène , l’aisance avec laquelle il mène  une présentation concise mais très pertinente et documentée des oeuvres choisies.
Bien choisies ces oeuvres  de manière judicieuse et séduisante : oeuvres déjà présentes dans le CD mais avec ici le bonus  d’un mot de commentaire éclairant sur leur auteur, Piazzolla : Tangata, Contrabajisimo. Qui pour certaines  nous offrent aussi des découvertes: une interprétation autre d'un concerto de Piazzola , Chinchin, Kicho, Escualo et des oeuvres de nous inconnues, par exemple , El Sur, de Ramiro Gallo, Abandoneado de Luis Caruana…..
 Vous pourrez les réécouter sur la rediffusiondu concert de Montpellier jusqu’au 20/8/14 :







Et le délice du final à l’issue du 3ème rappel :  le  Tango  del diablo !  symbolise  pour moi la MAGIE de cette soirée, et les promesses  de la musique de ce quartet effectivement animé par la rage, celle de la ferveur musicale!






mardi 15 juillet 2014

Juanjo Mosalini et Leonardo Teruggi font chanter le tango par la voix de Sandra Rumolino

Nous avions découvert le son du bandonéon de Juanjo Mosalini par ses participations aux disques de Jerez Le Cam…
Nous aimons particulièrement leur tango Balkanico...
Et plus récemment la promesse de Tango Hoy avec Leonardo Teruggi nous avait semblé ouvrir un chemin nouveau à la continuité du Tango, et nous avions cherché à nous procurer ce disque avec l’idée qu’il allait nous offrir une entrée dans un tango instrumental innovant, qui ne se danse pas mais fait vibrer et met en branle l’âme, et  éveille les émotions  les plus profondes par son rythme fondamental…

Et voilà que la découverte par hasard d’un concert de son quatuor à Toulouse se manifeste comme  un de ces signes de « Hasard Objectif »auquel nous croyons .
En fait il ne s’agissait pas de son Quatuor de Tango Hoy auquel Sebastien Surel et  Romain Descharmes manquaient , remplacés d’ailleurs par Sébastien Courajou au violon,  et Diego Aubia au piano , brillants…
Il ne s’agissait pas non plus de Tango Hoy mais d’un remarquable hommage au Tango,  à « l’ambassadeur de la musique argentine », Astor Piazzolla, à  un de ses créateurs et  interprètes des plus remarquables,  Juan José Mosalini, le père de Juanjo (que nous avions découvert avec émerveillement en direct pour la première fois à Tulle)  
,
Un hommage à son rythme, à son envoûtante pulsation,  et à son chant « qui parle … d’un cœur que l’on brise », par la voix magnifique de Sandra Rumolino…


Et tout fut comme parfait.
La  présence en scène de Sandra qui n’a d’égale que la beauté de son chant, et l’équilibre parfait  de ses différents duos avec chacun des musiciens
La contrebasse de Leonardo…virtuose, chaude et aux sonorités chaudes et pleines
Le choix des morceaux, des découvertes que j’ignorais, et ceux  d’Astor parfois assortis d’un commentaire sensible ou érudit qui en élargissent le plaisir de l’écoute, par exemple Michelangelo 70..
Le bandonéon de Juanjo enfin, et je dirai surtout  , sonorité pleine, délicate et puissante à la fois, mais  aussi  sa présence centrale et organisatrice  qui présentait la succession des morceaux avec une juste mesure , et une poésie discrète et délicate, où s’exprimait l’admiration pour Piazzolla « l’ambassadeur » de leur musique, la vénération du père, auteur de deux très beaux morceaux du programme,  l’évocation d’un moment privilégié et crucial de son  vécu enfantin à Paris ,sa seconde ville,  « une certaine couleur de l’air , une certaine odeur de cage d’escalier des immeubles haussmanniens , et la musique de bandonéon dans laquelle il baignait », un de ces moments qui cristallisent ce passé ,et qui ont fait  qu’il est devenu musicien…
Musicien, mais poète aussi, d’une poésie à laquelle je suis personnellement sensible, tant je me souviens , et  suis encore troublée, au souvenir  del ‘odeur de la cage d’escalier en pierre bordelaise de l’appartement de ma grand-mère …
Soirée parfaite à laquelle n’a même pas manqué le plaisir rare de rencontrer un moment Léonardo Teruggi et Juanjo Mosalini ,et d’évoquer avec eux , outre le grand plaisir du concert de ce soir , le bonheur d’avoir découvert Tango Hoy, que Juanjo nous avait fait parvenir à ma demande , et cette recréation moderne  et fascinante d’une musique qui défie le temps…




mardi 24 juin 2014

Bruno Maurice, un concertiste admirable…

Bruno Maurice, un concertiste admirable…
Ainsi l’écrit Françoise Jallot dans l’article d’Accordéons Accordéonistes qu’elle lui consacre.

«D’emblée, j’ai beaucoup aimé son jeu brillant et très expressif. Comme on dit , « il joue avec ses tripes » …De plus, c’est un vrai passionné de toute la musique , avec une grande culture et une vraie gentillesse »
Ainsi s’exprime François-Henri  Houbart, orgnaniste qui accompagne Bruno Maurice depuis près de vingt-cinq ans…


Ainsi s’exprime Bruno :
« Je fais évoluer à volonté mes compostions et improvisations, au plus près de mes convictions musicales. Dans le son et l’émotion du moment. »

Que dire après eux ?
Sinon que nous suivons avec une grande admiration, une puissante émotion, et-privilège précieux dont nous sommes conscients-avec une amitié véritable, le chemin de sa musique.
Quelques merveilleux  moments ont jalonné  ce chemin de rencontres, plein de mélodies sensibles, de surprises ravies, de plénitude d’écoute…
La première rencontre, l’envoi de son premier disque …


Puis la découverte de Cris de Lames, une grande émotion renouvelée soir après soir à l’heure où le calme de la nuit apaise et inquiète,… et incline à écouter une voix qui parle à l’âme.
Ainsi en sera-t-il  bien plus tard de l’écoute du soir de Die Junge Nonne , rencontrée par hasard dans le film touchant  et drôle , La peau sur la table, au détour du portrait filmé de Bernard Cavanna, le chant magique de Isa Lagarde,  et l’accompagnement magique de l’accordéon  de Bruno…
Un concert avec Mieko Miyasaki dans un superbe lieu qui parle de sérénité et abrita pourtant l’inquiétude tragique « d’un adolescent d’autrefois » Mauriac , à Malagar.


Concert lumineux ,où l’Appassionata rencontre pour une création originale  le Koto de Mieko, le violon de Manuel Solans, émotions entrecroisées du chant de Mieko et de la voix de l’accordéon.. rencontre qui se renouvellera pour nous  plusieurs fois…



Un solo d’été dans la petite Eglise romane de Nogaro, où la simplicité du lieu et du public offrent un écrin aussi dépouillé que chaleureux,  au jeu concentré et inspiré de Bruno, entre improvisation et musique écrite.


La fantaisie et l’émotion d’une évocation de Barbara au Pont Tournant.


La joie et la créativité, l’improvisation sur des thèmes aux noms évocateurs et poétiques,  dans un duo aussi inspiré que complice avec le merveilleux Jacques di Donato, talent fou, humour et gentillesse !



Un soir à Marmande, l’entreprise audacieuse et réussie de leur double concerto aux Turbulences aussi harmonieusement concertées  que divagatrices. Avec  Les Concertistes d’Aquitaine où on a le plaisir d’entendre aussi le violoncelle de Pierre-François Dufour.


Un soir à Bordeaux l’invite à partager leur double fantaisie avec un magicien fou des mots André Minvielle…

Au festival de Trentels , dans la petite église de Ladignac, les lieder partagés de Schubert , adaptés par Cavanna :  plaisir rare et attendu, chance dégustée avec gourmandise  que de les entendre en live !


Et enfin dans les marbres imposants de l’Eglise baroque Saint Paul de Bordeaux,  seul avec son appassionata , Mitango , un « récital » de son œuvre dédié à toutes ses inspirations , le rythme et la « voix » de Piazzola, la douleur de la mort du père , l’amitié de Monsignore Agostino Da Costa Borges, le matin d’Hanoï, le soleil levant, le nuage d’orage,   la chanson française , le partage avec le public-nous ?-et…
la source de son chant, le « Petit Orgue » qui se fait si grand par la vertu de  sa virtuosité et de sa sensibilité,  son Appasionata aussi aimé que maîtrisé.

ET toujours ce son somptueux et délicat,  toujours pour l’accompagner  ces «  mots qui sonnent, aux sens énigmatiques et ambigus, qui laissent la porte ouverte à plusieurs interprétations possibles… » 




                                                               "MI…TANGO "

Bruno,  quel bonheur de suivre le chemin musical de ta vie… !

ET merci à Françoise Jallot pour ces propos si judicieusement recueillis, pour Accordéons Accordéonistes n° 142 Juin 2014



dimanche 22 juin 2014

Bipolaire….c’est tendance !!!


Ma mère disait (au féminin d’ailleurs, hum ???) : » Elle est journalière »
L’épithète pouvait  concerner  l’humeur,  mais aussi l’éclat du teint, le contour des yeux , la fraîcheur du visage…
Dans ce cas, elle s’associait à : « Elle serait jolie, mais … »
S’il s’agissait de l’humeur, elle ajoutait « Elle a ses jours ! »
 Plus tard j’ai adopté l’idée de « cyclothymie », l’image d’un cycle dont je n’étais pas  forcément maîtresse, convenait à ce que je ressentais …
Plus le temps a passé plus ma sensibilité aux météores s’est accentuée, le passage à  l’hiver le lent et inexorable déclin des jours, la chute des feuilles  donnant aux paysages un aspect pourrissant puis terne,  la pluviosité interminable du printemps qui occulte l’allongement des jours, tout cela cyclique, ou non, a commencé à me peser !
 Seul l’hiver finalement me convenait qui dégage magiquement la structure des arbres s’élevant vers le ciel, et qui parfois offre les métamorphoses de la neige…

Puis l’été… avec la mer, elle était retrouvée, quoi l’éternité ? « C’est la mer allée avec le soleil ! »





C’était classique, c’était païen, c’était Vertumne, le Dieu aux deux visages , c’était Démeter et Chorée…
Et puis voilà qu’au fil des ans, s’installe en moi une humeur « journalière »…
Devrais- je me réinstaller dans l’épithète maternelle ?
 Non ! non ! heureusement on a découvert… la bipolarité !!!!
Dans les conversations, les médias, les polars, les revues plus ou moins « psy »  court le …bipolaire !
Bipolaire suis-je  donc ? sensible aux météores, plus dynamique quand j’ouvre mes fenêtres au soleil du matin, ravie de contempler le ciel du soir de solstice…
A tous les vents des émotions balancée, un sms de Chacha ,  le partage d’une analyse littéraire , ou d’une émotion musicale , la danse de Camille , un coup de fil dialogue riche de cette philosophie qu’ont parfois les enfants, une blague complice avec ceux que j’aime, , un petit chat du soir avec Nadja,  une fugue à deux avec Michel vers un concert,  un concert parfait, une rencontre d’après concert, un message amical , une belle histoire lue ou relue , vue ou revue, un beau texte, un tableau saisissant…
….Et au vents contraires de l’angoisse du temps qui passe, de la peur de la maladie , de l’anxiété pour les autres et de l’autre, perçue et ressentie comme  ce petit vide au creux de l’estomac qu’on appelle inquiétude…
Et voilà que c’est une vraie maladie pandémique !
L’humeur sociale est bipolaire, les gens fêtent la musique, 

...et mangent mangent …sortent au soleil , se ruent dans les cafés et les restaurants et mangent mangent , filent  se balader dès le WE venu, et mangent mangent, sous l’ironie de Michel , «  c’est la crise ! »
Les infos politiques ramassent à la pelle les exactions, financières, les trahisons fratricides, les fermetures d’entreprises, les impuissances du pouvoir…
Et si les Bleus gagnent s’élève une allégresse,  candidement orchestrée par les medias qui avaient pourtant  du même élan analysé, pronostiqué le ratage, le sombre cynisme, le scandaleux, le pire…

 Et voilà que le climat lui-même, le climat de nos régions tempérées, se met à l’unisson, à son tour bipolaire ! pluies froides et serrées,  froids brusques de Saints de glaces à toutes  dates, soudain jours chauds, lumineux, presque caniculaires… on range les doudounes pour les ressortir, les filles sortent leurs jolies jambes pour les revêtir en hâte…
Vertumne est à  nouveau le Roi de la météo du temps et des humeurs…
Doit-on le honnir ? « Qu’il se casse ! » ou le vénérer pour  qu’il se nuance …. ?

Ou s’accommoder nous mêmes de l’Incertitude, qui, si elle marque nos jours du sentiment de la précarité du bonheur, peut nous promettre peut-être  en revanche la précarité du malheur ?


lundi 16 juin 2014

Les bonnes blagues de mon père


Mon père avait une sorte d’humour qui découlait d’une espèce  de détachement, de doux scepticisme à l’égard de la vie. Bien que  très impliqué dans son travail, très passionné par l’étude de l’histoire et la géographie de notre pays, très  convaincu des valeurs de la république, très soucieux de ses deux filles et de sa femme, il était toujours sensible au doute,  enclin  à ce détachement qui lui conférait une aimable indulgence à l’égard de chacun, et un pessimisme sans amertume, un agnosticisme général….
Mais s’il était ainsi animé d’un certain  humour, il était totalement nul en blagues ! On dit parfois : « Elle est nulle, ta blague ! » mais c’est après avoir rigolé, gêné qu’on est en fait d’avoir ri !
Tandis que les blagues de Payou, si elles nous émouvaient par son côté gamin à les faire, ne nous faisaient jamais, mais  jamais rire vraiment …
La quasi absurdité de l’affaire, c’est qu’alors que nous nous n’y pensions jamais, il était attaché  je ne sais pourquoi au rite du  Premier Avril et ne manquait jamais de nous  fabriquer une bonne blague à cette occasion!
A laquelle on ne croyait jamais !

Et pourtant il y en eut une qui fonctionna pour moi extrêmement bien, trop bien !!!!
C’était la blague, sans malice ni originalité, du LION D’OR !
C’était  à l’époque de la première enfance, j’étais remuante, adorais la fête, les sorties, en famille ou avec des amis, surtout celles du soir, surtout celles des superbes soirées, tièdes et rosées du solstice, quand par chance il fait beau et chaud…
Et alors qu’il rentrait du travail, et se disposait à se livrer à d’autres occupations passionnantes, lire, écrire par exemple, ou jardiner, je les harcelais, ma mère et lui :
 « On va promener ?, on va quelque part ? »
Ma mère, fermement et patiemment, expliquait qu’il était temps de se reposer, de se coucher de bonne heure, ….mon père éludait en général, courageusement !, courait se réfugier dans le site protégé de son « bureau », la plus belle pièce de la maison… !

Sauf un jour, un jour où il eut ce petit plissement des yeux dont il convient de se défier. Il finit par dire :
 «Eh bien Oui ! On va y aller !
­-Où ? ­
­ ­-Au Lion d’Or ! »
Et  je ne me défiai pas, et, plissement des yeux ou pas, je marchai ! 
Ce fut une aventure cruelle quand les préparatifs, l’attente excitée, me firent peu à peu comprendre la traitrise de la blague…Je crois bien que j’en pleurai !!!

Et qu’Au Lit, je ne Dormis pas tout de suite !
Nous en avons souvent parlé et ri ensuite, avec de ma part toujours une ombre  de rancune, et, de la sienne, un soupçon de confusion, de l’avoir trop bien réussi cette fois, sa BLAGUE !!!
Cette envie des soirs d’été, je l’ai toujours, je comprends mes « Petites » qui l’ont, et  je leur raconte parfois la traîtrise de mon Payou…. !


mardi 10 juin 2014

Richard GALLIANO à Foix, un époustouflant SOLO…


Le solo est certes un exercice  singulier et saisissant …
Plus qu’un chanteur que l’orchestre ou un instrumentiste accompagne, cet homme seul en scène avec son accordéon embrassé, semble nous inviter à un face à face intime et tendu…
C’est un concert singulier sans doute pour lui, mais aussi pour nous, écouteurs passionnés qui concentrons toutes nos attentes sur celui( ou celle) qui va jouer pour nous .
 Il se trouve, mais est-ce un hasard, que les solos  finalement assez  nombreux auxquels nous avons  assisté, l’étaient toujours  de musiciens qui nous sont particulièrement chers, Bruno Maurice, Philippe de Ezcurra, Renaud Garcia- Fons,  et bien sûr Richard Galliano.
 Et chaque fois à notre impatiente attente, se mêle comme une implication personnelle, un peu d’angoisse ou d’anxiété, la peur que ce ne soit pas aussi bien qu’on l’attend, aussi bien que la dernière fois, aussi bien que notre mémoire en garde le prégnant souvenir…
Et c’est sans doute aussi un exercice singulier, périlleux et fragile,  pour l’artiste qui porte seul  tout le poids de ces attentes …

Ainsi d’ailleurs l’avoua avec un peu d’ humour  et beaucoup de simplicité, l’ homme modeste au bel accordéon noir , vêtu de  noir , entré sur une scène noire et sombre …
Il ne l’avoua qu’après trois morceaux très beaux, enchaînés sans un mot …trois morceaux chargés de force magique, trois morceaux que nous aimons, Habanerando, Tango pour Claude, Fou rire…
« -J’étais un peu stressé comme à chaque fois, de ne pas y arriver…mais ça va, je suis en forme, je crois … »






Et en forme, oui, il l’était !
Tout, il y eut tout, tout, tout, dans ce Solo de Richard Galliano  a Foix…

La virtuosité extrême et son aboutissement suprême, l’évidence de la simplicité…
L’art des contrastes,  puissance et la légèreté, l’émotion et l’allégresse,
Le swing et la mélodie


Et la créativité inspirée de l’ improvisation sur les thèmes familiers que l’on aime et qui chantent dans nos têtes et que l’on aime retrouver, puis perdre sur des chemins qui divergent pleins  de découvertes et de délicieuses surprises avant de  revenir chanter familièrement …

ô Indifférence ! et Libertango , et Gelsomina selon Galliano ! mais aussi les Galliano de toujours, réinventés délicieusement, New York tango, Sertao ,la valse à Margaux, Barbara, et aussi cette Javanaise traditionnellement fredonnée avant  de se résoudre à se quitter…

Et l’humanité d’un musicien qui avoue son stress à mener à bien mener son Solo, qui affirme encore une fois sa fidélité à Nougaro et à Barbara, et le dit  en musique sur un Tango pour Claude ou en3 p’tites notes, sa  fidélité à ses racines « Musette », splendidement réinventées, sa fascination pour les  musiques d’Ailleurs , qu’il avoue avec modestie ne pas pouvoir   jouer aussi  bien que les musiciens d’Ailleurs…
Tout,  même son accueil simple et chaleureux à notre égard, les « adorateurs fidèles » et obstinés,  à l’issue du concert !
 « Epoustouflant », a dit notre vieil ami Pierre, musicien modeste et inspiré, remarquablement ouvert à toutes  les formes de musique.
ET il restait là ,assis, subjugué…

Tout, Tout...! jusqu’ à l’atmosphère de cette salle de « L’Estive » , relativement grande mais encore intime, pleine, chaleureuse…à l’acoustique remarquable… Une sorte de simplicité de l’accueil, de  la présentation du concert, de l’éclairage de scène justement dosé, du son justement ajusté…
Une sorte de simplicité du personnel, un empressement à accueillir avec gentillesse.
Une sorte de simplicité dans l’enthousiasme vibrant manifesté par le public…

Tout oui tout, … peut-être ajouterai-je les échanges avec Martine C , qui accompagnait RG et qu’une responsable de l’accueil m’a permis de rencontrer ce soir, qui ne furent  pas étrangers à cette impression de communication chaleureuse, éprouvée tout au long de cette soirée,  et dont je la remercie.

Tout un contexte qui contribua encore à l’intimité du solo, l’impression de face à face, l’impression que Richard Galliano jouait  pour nous, et percevait  chacune de nos vibrations…




 Et quand je resonge à cette soirée, outre le plaisir parfait du concert, partagé de surcroît avec nos amis aficionados de Richard,  je reprends  confiance en l’existence de moments  culturels  dans notre  Province…Existence dont  parfois je doute, tant Paris et sa couronne ( !!!) et les grands show-parisiens ! - du Sud Est, me semblent attirer et concentrer tout l’art du monde…
( Et ça, depuis Molière : « Car  Il faudrait être l'antipode de la raison, pour ne pas confesser que Paris est le grand bureau des merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit …") !!!!

Des solos, ceux de Richard Galliano en particulier, j’ aime l’attente un peu inquiète.



 Ces rendez-vous longtemps attendus, « Face to face » , sont des moments   de grands bonheurs  musicaux …

Bonheurs ambigus, parce que toujours trop courts ,et qu’on les quitte avec le seul désir qu’ils se renouvellent bientôt !!!!