Devenue par ma retraite plus divagatrice que jamais, j’ai décidé de tenir à la manière de Rousseau !!! « un journal informel de mes rêveries » sur l’école, la musique, la littérature…au fil de mes divagations quotidiennes
Sur la crête du toit voisin côté soleil, tous les débuts d’hiver il y
a deux palombes…
Chaque jour
ou presque, perchées sur le toit face à face, ou dos à dos, ou côte à côte,
elles semblent converser, sautiller à la queue leu leu, ou s’ élancer l’une
vers l’autre et se becqueter à pleins bécots .
«Les
palombes, dit le Robert, ce sont des pigeons ramiers du Sud ouest de la France.. »
Et nous de
dire :
« Deux palombes s’aiment d’amour tendre
… »
Mais cette année début novembre l’une d’elle
est apparue, esseulée ,et me causant de ce fait, un peu ridiculement, une certaine tristesse :
Eh quoi !
La Fontaine , qui soit dit en médisant, connaissait je crois mieux les animaux des Fables que les
animaux réels, avait-il eu raison d’écrire pour la postérité :
« Deux pigeons s’aimaient d’amour
tendre :
« L’un d’eux, s’ennuyant au logis,
« Fut assez fou pour entreprendre
"Un voyage en lointain pays …
Et de penser ?eut
être une humeur volage ? ou peut être, hélas, ….le Chasseur ?
Tous les
derniers jours de l’Avent du solstice, je regardais souvent la cime du toit au moment de
tirer les volets sur le soir précoce de décembre, guettant la venue de l’Esseulée ou son départ !!!
Mais voilà
que vers la Noël je ne peux dire
exactement quel jour ouvrant ma fenêtre,
je le vis : Il ou Elle, était revenu!!!
Leur petit
ballet amoureux, amour, dépit , baisers à plein bec…a repris , nous ouvrant
toute la gamme d’ hypothèses poétiques…et même l’illusion que parfois , les
jours moins froids, les jours ensoleillés, deux autres plus jeunes , en tout cas plus petites, palombes, s’essayaient à sautiller, à la queue leu
leu à proximité , sur le toit, leur toit !!!!!
Comme m’a
dit une amie sans qu’on se soit concertées : vous avez vu les palombes ?
En ce jour de vote, c’était peut-être le beau temps délicieux qui avait
amené une affluence plus grande au bureau de vote que la semaine passée, d’un « froid
de loup » selon l’expression de ma maman.. .
Son caractère spécial, une primaire, donnait à ce vote une atmosphère
différente de nos habitudes civiques . Pas
d’école où l’organiser, un personnel organisateur sensiblement plus varié d’âge
et de comportement qu’il ne l’est, me semble-t-il, habituellement !
Je ne sais si c’est cette impression
d’étrangeté qui m’a poussée, une fois encore, à m’interroger sur mon attachement à voter !
Je m’apprêtais donc à en écrire
pour l’analyser, lorsque mon fichier de
textes a affiché VOTE dans la liste où je venais d’inscrire VOTER, j’ai pris
conscience que « Je deviens vieille ne persistant toujours » dans mes
motivations si anciennes, si bien ancrées en moi, qu’elles me paraissent même
au fond difficiles à analyser …
Je ne résiste pas à la tentation ,narcissique ?,
de reproduire ce texte !
« Récemment
(en 2013) le juge des affaires familiales a statué sur la demande de mise en
tutelle de mon beau-père. Et nous avons reçu la notification, et lu, glacés, les
termes des mesures arrêtées.
Mais
très bizarrement , ce qui accrocha mon
esprit et mon émotion fut lasuppression de son droit de vote.
En
prenant les choses à la légère, nous aurions pu nous dire que c’est tant mieux,
tant fut grande de tous temps notre mésentente concernant nos convictions
politiques et sociales, si grande qu’elle ne trouva jamais à s’exprimer…
Mais
j’ai pris conscience à cette occasion que le droit de vote est pour moi n’est
jamais quelque chose que je puisse prendre à la légère.
Ce
n’est pas que je sois hélas (?) une très grande militante politique…
Ce
n’est pas non plus l’empreinte profonde des engagements politiques militants de
mes deux grands pères, l’un « dégradé » pour avoir fait grève en 36, l’autre
frappé d’AVC brutal au moment de Vichy.
J’ai
plutôt hérité du tempérament « conciliateur» de mon père et du réformisme
militant et passionné de ma mère.
Non
! je crois que la marque profonde, parce qu’elle est affective et touche à la
conception de la personne humaine, plus qu’à la seule politique, c’est laremarque
réitérée de ma mère , à chaque élection
"Quand je pense disait-elle que j’ai passé tant
d’années de ma vie sans pouvoir voter, quand je voyais les hommes y aller ça me
rendait enragée…"
Et
pour une fois elles se trouvaient totalement d’accord ma grand mère et elle !!
En
relisant à cette occasion quelques articles sur l’histoire du vote des femmes,
je vois qu’il fut effectivement parfois écarté par des partis dits de gauche
pour se prévenir des influences néfastes que les femmes dans leur ignorance (
native ???) auraient pu subir , éternelles mineures, entravant ainsi la Marche
du char du Progrès !!!
Une
mesure de protection en somme ….une mesure « tutélaire », oui ! Mais pour qui ?
En
ces temps incertains où se débat ce droit, ne pourrait-on pas être tenté de
pendre de si salutaires mesures de bien public et de protéger (ou de se protéger)
de votants virtuellement dangereux…. ?
En
ces temps incertains où se débat ce droit, où certains le réclament, où
d’autres militent pour son exercice, où d’autres refusent de l’exercer….
Parfois
s’effrite mon optimisme désespéré, parfois je vacille, je suis « comme une
truie qui doute »* le doute destructeur s’infiltre sur les légitimités des uns
ou des autres à bénéficier de nos suffrages, leur capacité à assurer quelque
chose d’un peu mieux, à la responsabilité qu’il y a à voter pour eux….
Je
ne sais pas si je l’exercerai à bon droit ce droit si cher payé…MAIS, ce dont
je ne doute pas, c’est que je ne veux pas en être protégée, je veux dire exclue
!!!!! »
Le soleil brille sur le gel,
découpe les contours avec précision, mais, oblique, baissera très vite derrière le toit voisin.
L’augmentation de la durée de
jour n’est qu’une illusion conceptuelle…
Ce janvier est très froid, il me
semble que je rétrécis pour mieux résister…
Coups de vieux
Dire que j’ai adopté avec ravissement et étourderie les nouveautés
technologiques : les merveilles de Word ou de Blogger
, la compétence démultipliée de monsieur
Google , la convivialité de Facebook
aux amis si lointains mais parfois si proches et si réactifs à répondre. (Qui n’a rêvé des « Pneumatiques »
de « Baisers Volés », et adoré même la double distribution du
courrier à Bordeaux au temps où nous n’avions pas de portables ? mais rien
de comparable avec la présence parfois instantanée des copains de FB…. ! )
Les SMS et l’inventivité de la frappe
aléatoire du « texte intuitif »
Je me prenais (et m’y prends toujours ! ) à rêver de ses ressources magiques pour l’apprentissage de
la langue et de l’orthographe :
« Que veux- tu
écrire Apprenti, non ! Ce n’est pas ainsi ! » Mais aucune
feinte maïeutique dans ce dialogue intime: « Comment ça s’écrit ? je te propose : Ainsi ! »
Word le bien nommé, la Force du Mot, à trouver, à polir, à orthographier,
à agencer avec son, et ses, voisins.
Merveilleuse fonction, « copier/
coller … »
Brouillon sans brouillonner, sans ratures ni pâté d’encre…
Palinodies rendues possibles :
j’adore reprendre, couper et déplacer, couper sans
déplacer, pour alléger le phrasé ; coller pour allonger le rythme, faire
attendre le verbe, donner la préséance aux circonstanciels, pour renverser le
sens de la syntaxe, plus descendante ? Un peu plus montante ?
En fait j’en suis toujours émerveillée !
Mais voilà qu’au jour d' aujourd’hui
je suis dépassée par un réaménagement de
notre cuisine ! Il faut dire à ma décharge que ce
« chantier » a duré deux mois
au bas mot !
Mais, bref, je suis dépassée par les merveilles électroniques de nos
machines neuves, lire les notices, avant de cliquer à
« l’intuitive »sur les promesses des programmes !
Changer les poêles et les casseroles, pour L’Induction !!!
Astiquer la plaque de cuisson…
Bien sûr on pourrait se
féliciter de finalement « apprendre » en lisant simplement
les notices, de« devenir vieux en
apprenant toujours » !!! Mais je ne peux me déprendre de l’impression
de la vanité des savoirs acquis !
Pire, je ne peux m’empêcher de
mesurer le coût de ces acquis à l’aune
du temps utilisé à les acquérir…
Une fois retrouvés à peu près automatiquement,
vaisselles, couverts …à leur place nouvelle, je me dis, nous avons déménagé
sept ou huit fois dans notre vie, et aujourd’hui une simple cuisine perturbe mes savoir-faire !!!!
Capacité d’adaptation désormais réduites ? GRRR !
Coups de rage.
Mais, le pire coup de vieux, c’est de ne plus se sentir en phase avec le
monde tel qu’il va désormais ...
Certes nous nous attristions fréquemment que le Progrès, auquel nous
avions cru, ne se réalise pas …qu’il piétine.
Pire nous craignions parfois qu’il régresse : les ouvertures pédagogiques,
Sisyphe ! les guerres de religion, Sisyphe ! la condition des femmes,
Sysiphe !
Mais maintenant, c’est la mentalité ambiante de râle généralisée que j’ai
peine à supporter ! De râle et /ou de dérision , comme si chacun
pensait faire montre de son esprit critique en pratiquant le «OUi , MAIS, … on ne me la fait pas à moi ! »
Le monde des médias, spécialement !
Je comprends la vocation de ma petite Camille et en souris, pour la carrière d’humoriste…
Mais c’est tout le monde des
médias qui se veut humoriste, Champion en Dérision…personnages ricanants perpétuels
, qui se prennent tous pour Charlie !
C’est à vous, par
exemple, émission légère , consacrée la
diversité du quotidien ,et jadis sans façon, mérite pour moi de moins en
moins son titre …
Car, C’est à vous devrait
s’appeler de plus en plus C’est à Nous !
La majeure partie du temps en est consacrée à parler d’Eux ,certes en
se moquant d’eux mêmes avec un certain humour, toujours recommencé, sur les mêmes cibles, certains
d’eux en particulier …
Oui ! mais bon ! et Nous ?
Sommes -nous invités à ce dîner parisien quotidien , y reconnaissons quoique
ce soit de nos goûts de nos préoccupations , dans la soupe servie aux acteurs
politiques les plus porteurs de buzz ! dans la musique qui chante presque toujours en
Anglais …
Si c’est la culture du moment nous y sommes assez étrangers …Dépassés
héhé !
Et c’est finalement Claire Chazal que nous avions au départ accueillie
avec réticence qui nous parle le plus de ce que nous apprécions culturellement,
quoiqu ‘elle nous laisse ressentir de plus en plus que cette culture n’ a son
siège qu’a Paris !!!!
(Molière
toujours actuel ):
Madelon. — Hélas ! qu’en pourrions-nous dire ? Il faudrait
être l’antipode de la raison pour ne pas confesser que Paris est le grand
bureau des merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit et de la galanterie.
Mascarille. — Pour moi, je tiens que, hors Paris, il n’y a point de salut
pour les honnêtes gens.
Quand le monde des
médias ne ricane pas sur les sujets les plus divers, il deviennent des Zorros redresseurs de tort , des
Cassandres de l’ analyse de l’avenir politique , des spécialistes attitrés qui
débusquent en chaque interviewé sa vérité cachée …petitesses et manquements !
Quand ils ne se gaussent pas de leurs invités dès qu’ils
ont le dos tourné !
Alors que faire ?
Cultiver l’Embellie, la Bulle, L’Illusion sur les gens et
les choses ?
Lire des polars de Fred Vargas et quelques autres , regarder
Les petits meurtres d’Agatha, et des séries, des séries, des séries, qui ne
parlent du mal que pour mieux le conjurer, relire nos livres de chevets qui
parlent d’espoir et du sens de la vie ,
discuter littérature avec nos enfants , et discuter tout court, et pour partager la
musique que nous aimons, écouter, écouter toujours ce que nous aimons déjà et
ce que découvrons encore !Avec
Michel, courir les concerts, qu’il ne faut surtout pas penser de plus en plus lointains à mesure que nous vieillissons ?
Mais après tout imaginons, oui ! Imaginons Sysiphe heureux…parfois !
Car parfois, parvenu au haut de son rocher, Sisyphe PEUT être heureux !
…En haut de son rocher, en regardant la mer …Après la pluie ! ou Entre
chien et Loup !
Il faisait bien froid, du froid de Toulouse quand le vent
saisit, par rafales humides .C’était à la Halle aux grains, salle étrange dont
la circularité pourrait donner l’illusion d’une proximité chaleureuse, mais qui
parfois n’est qu’inconfortable par des places trop éloignées ou trop latérales
.
C’était un concert en « faveur de l’enfance …des deux
pays, la France et l’Arménie ».
C’était un concert dont Richard Galliano était leader.
C’est pourquoi nous
avions bravé tarifs et placement pour y
assister …
Pour être tout à fait
exacts, nous étions intéressés aussi
par la présence de Jean Marc Phillips, que nous avions souvent écouté dans le sextet
de RG pour son Piazzolla forever , et que
nous retrouvions ; et, quoique la
musique Arménienne nous soit assez peu
connue, nous abordions le 1ere partie du concert avec une certaine
curiosité !
Tant il est vrai que
actuellement ce sont nos interprètes favoris, pour ne pas dire exclusivement
nos accordéonistes, qui sont nos passeurs de musique et nous conduisent à aimer
sans cesse d’autres instrumentistes, qui nous entraînent vers d’autres
concerts, et d’autres CD !
Et le programme de cette première partie, découvert
à l’entrée de la salle, se trouva être à la fois découverte intellectuelle et douce émotion de retrouver, selon un terme que
j’emprunterai à Galliano, un de mes « Tubes» personnels, de ces œuvres que
j’ai écoutées et aimées avec obstination à certains moments de ma vie, le Trio op.100 en mi bémol de Schubert …
Bref du « studium » : le Trio n°2 de Chostakovitch , dont je ne connais quasiment rien , une œuvre remarquable que je trouvai presque inquiétante
par son aridité mélodique et son rythme intéressant, et un
trio de Babadjanian, dont j’ignorais
même le nom !
…Et pour le « punctum », j’étais comblée ,
une si belle interprétation de Schubert , grâce au trio, au piano de Vahan Mardisossian, au violoncelle de Xavier Phillips, et au très beau violon
de son frère Jean Marc Phillips, spécialiste de ce merveilleux trio dans le
quatuor Wanderer – que désormais du
coup, j’écoute et réécoute sur You tube …
Et
puis ce fut Galliano dans « son » quartet !
Dès l’entrée, sa
détermination transparaissait comme un désir, riche d’énergie, de prendre ce
concert à bras le corps, son Victoria à pleins bras , par un solo d’entrée époustouflant !
Surprise agréable
avec…Andalucia!,
retrouvaille non moins agréable avec… New york Tango
( je crois, du moins tant le morceau
était de ces morceaux de Richard si
intiment reconnus que parfois j’hésite à le nommer et à le distinguer parmi les autres) , les
deux en tout cas riches de cette énergie vitale , de ce son chaleureux et clair
, de cette virtuosité si accomplie qu’elle semble naturelle et évidente ….
Le retour du trio qui,
personnellement, avec la présence de Jean-Marc
Phillips, me replongeait dans l’univers
de Piazzolla for ever, et Otoño Porteño,
ma saison de Piazzolla préférée, le plutôt rarement entendu en concert, Habanerando, dont j’ai souvent dit
combien j’en aime la couleur et le rythme, et puis une autre saison, Verano Porteño…
A la fois enlevé et brillant,
très connu mais « re-donné », le programme instaure une sorte de
climat fusionnel entre les quatre musiciens et
convivial à notre égard ; l’atmosphère de la Halle aux Grains en
est chaleureusement transformée, comme
vibrante de leur musique et de l’enthousiasme du public, la distance abolie
par une sorte de communication intense et familière.
J'en
retiens l'énergie, la précision, la créativité de Richard, son enthousiasme.
Disons sa générosité, qui se manifeste notamment dans l'exécution de
rappels explosifs et pleins de fougue. La plupart des morceaux
choisis sont pour ainsi dire des standards…. Et c'est à chaque fois un plaisir
particulier de retrouver et de redécouvrir ces œuvres, pour ainsi dire
revisitées. (je cite Michel)
Un autre Piazzolla, Oblivion ,La valse à Margaux que Richard présente en disant- demi-sourire !- qu’il attend d’elle qu’elle détrône un jour Perles
de Cristal !!!Deux mouvements d’Opale
Concerto….
Inattendu , brillant
et frénétique :La danse du sabre
que je reconnais avec plaisir, mais dont
j’ignorais qu’elle fût de A.Khachatourian…
… et l’au revoir
traditionnel de La
Javanaise :
« Nous nous aimions
Le temps d’une chanson… »
Mais pas que… !!!!
Et je dois l’avouer,
malgré l’allégresse du concert, la fougue et le brio des rappels offerts sans
compter par Richard et ses musiciens, cette Javanaise se teinte pour moi d’une
ombre de nostalgie…
Car j’ai consulté la
veille l’agenda de Galliano enfin affiché sur son site : un «Tour du monde en 90 jours » !!! où peu de villes
françaises s’affichent, et, en tous cas
en ce qui nous concerne, assez lointaines !
Le temps où nous
faisions 600 kms pour aller l’écouter à St Martin de Crau, et où nous eûmes de
surcroît la chance d’écouter la veille Manu
Comté et Soledad, m’apparaît soudain
« Déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ! »
« Peut-on le
rappeler avec des cris plaintifs et l’animer encore » de toute notre énergie…
ce temps si heureux !!!
Oui ! je l’espère , rassérénée par le
texte de Michel :
En rentrant par le métro, en dépit du froid de
la nuit, tous les trois nous avancions sur un petit nuage... Nous en étions
bien d'accord : on avait rarement vu Richard Galliano aussi en forme,
en harmonie avec le public.
Lorenzo Naccarato trio en
concert, c’était à Oloron, Espace Jéliote, vendredi soir…
Une jolie salle , pas très grande
, aux sièges bleus. La proximité de la scène , donne une impression d’intimité,
que la relation établie d’emblée avec le trio Naccarato n’a pas démentie mais
affirmée , tant est grand le talent de Lorenzo à communiquer avec le
public, et tant est chaleureuse sa voix,
naturelle sa présentation du groupe et des œuvres jouées . Lorenzo et tout le
trio manifestent le goût de jouer, et
leur plaisir de nous jouer leur musique…toute leur musique …celle déjà
enregistrée dans leur CD, et en prime , celle qu’ils sont en train
d’enregistrer pour leur CD et concerts suivants, et en surprime, des créations
au piano de Lorenzo , s’attardant sur la scène pour notre plus grand plaisir
partagé !
Car pour moi le Naccarato Trio , c’est d’abord un très beau
piano !
Un style à la fois très « ostinato », avec un jeu rythmique
très insistant et répétitif, porteur d’une sorte d’interrogation « obstinée »,
voire un peu inquiétante, et sur lequel, merveille ! viennent s’inscrire des
thèmes variés dans leurs nuances…
Parfois un thème doux et mélodique au tempo lent, comme dans Brescia, parfois des pluies de notes
claires d’une très grande légèreté, toutes en précision et en finesse comme
dans Heavy Rotation ou Animal Locomotion
Si j’avais plus de culture musicale,
j’oserais avouer que cela me fait penser à des Jeux d'Eau du début du vingtième siècle !!!!
La reprise des phrases répétées
parfois jusqu’à ce que s éteigne en
douceur le son, participe aussi à une harmonie mélodique suggérant à ceux qui
écoutent sens et évocations , par exemple,
la fin de Mirko is Still dancing, fort énigmatique ….
Mais si le piano est leader, la
batterie de Benjamin Naud et la contrebasse d’Adrien Rodriguez partagent une place aussi importante que diverse, et
dans tous les cas, s’accordant et s’intégrant
remarquablement dans la composition d’ensemble.
La batterie de Benjamin
Naud , ne se contente pas d’assurer la rythmique, déjà fortement présente dans le jeu du piano de Lorenzo…le jeu de
Benjamin semble soutenir et encadrer , avec
une légèreté soyeuse le rythme impulsé
par le piano, apporter une profondeur d’échos , une respiration, un son bruissant et clair…
Quant à la contrebasse, puissamment sonorisée, elle offre des chorus très
marquants : sonorités de graves profonds, effet d’attente en suspenses.
Dans Animal Locomotion par exemple, le jeu
d’Adrien Rodriguez à la fois virtuose et
expressif instaure un climat d’étrangeté et d’attente un peu hypnotique qui permet
à la reprise du piano de détacher
en toute pureté la ligne claire de sa propre virtuosité.
En beaucoup de moments peuvent surgir au gré celui qui écoute, connotations imagées, impressions,
émotions, comme un film suggéré, même si les titres ont été peu annoncés ce soir de concert, et d’ailleurs souvent peu
figuratifs :
Animal locomotion par exemple au titre fort énigmatique a une composition mais si répétitive et obsédante que peuvent s’y dessiner des formes cubistes …
Heavy Rotation : manège
obsédant , notes claires et
détachées , fond sombre, arrêt suspendu …
Breccia, mélancolie d’un piano, sur une mer d’automne à la Julien Gracq ou un lac sous la brume…
Et donc Mirko , personnage
étrange , que la fin du morceau non clôturée
, invite, ou condamne ? à une danse sans fin !
Toutes évocations qui n’engagent
que les ressentis personnels…mais qui toutes accompagnent une écoute prenante
, d’un groupe très chaleureux, dont on a un grand plaisir à partager la musique !
En ce qui concerne la musique que l‘on dit classique, ma
« culture », toujours un peu buissonnière, est particulièrement hasardeuse,
dépourvue de connaissances générales susceptibles d’éclairer peut-être le contexte
des œuvres qui m‘enthousiasment…
Elle s’est construite au fil des rencontres et des émotions …
Si grand est le hasard de ces rencontres, si
tenace le lien que je garde avec ces œuvres
que je serais tenter de dire qu’il n’y a pas de hasard ou plutôt qu’il ya dans
ces rencontres du « Hasard Objectif ». Car je suis étonnée de retrouver
avec amour, une émotion intacte, des œuvres
qui furent des coups de cœur de ma toute jeunesse.
Ainsi la Pathétique de Tchaïkovski,
ainsi le concerto pour clarinette de
Mozart, et aujourd’hui le second concerto
de Rachmaninov…
Bien plus je suis étonnée,
quoique qu’intimement je sois sûre qu’il s’agit là de chefs d’œuvre , et que ma
science et mon discernement insuffisants ne font rien à l’affaire, je suis
incrédule que Richard Galliano dont nul n’ignore l’inconditionnelle admiration
que je lui porte, ait choisi justement le Concerto pour Clarinette de Mozart …Il
parle avec science et discernement de ce choix, de sa manière de l’interpréter
, de ce qu’apporte à l’œuvre, primitivement écrite pour le cor de Basset, les
possibilités sonores de l’accordéon.
Mais il en parle surtout avec une émotion et un
enthousiasme de simple mélomane, en expliquant le projet en termes de
« désir » tenace et de longue
date...
Incrédule, non parce que je
doutais de la beauté de ces œuvres, mais de ce que leur choix éclairé puisse
coïncider avec le mien , rencontre incroyable qui m’apparait naivement , pour
ainsi dire ,valider un des mes choix affectif et durable…
Bien sûr il m’est déjà arrivé
dans ma jeunesse d’élire dans mes favoris des musiciens, bien avant qu’ils ne deviennent
chanteurs à succès . Mais c’étaient des chanteurs, j’appréciais aussi la
qualité de leurs textes, le rythme de leur phrasé, et là au moins je pensais en
avoir une petite compétence…
Et voilà qu’aujourd’hui c’est
Alexandre Tharaud , que je n’admire pas moins , qui choisit Rachmaninov et… le Second Concerto , bien sûr !
Avant tout j’écoute, je me
délecte de la musique que j’aime, du son
magnifique de son piano –« la
musique avant toute chose ! » -et puis je lis !
Et puis je lis ! Quel
objet précieux est un CD où le livret
raconte, établit un lien avec son auditeur...
Je lis ce qu’il confie de lui –même,
de sa rencontre il y a une vingtaine d’années, avec le concerto de Rachmaninov :
« J’ai joué tôt le second concerto
.J’adorais cette musique-la virtuosité de Rachmaninov grise le jeunes pianistes –et déjà l’idée de
l’enregistrer me taraudait, une vingtaine d’années s’est écoulée, il faut
savoir attendre … »
Me touchent la mention personnelle
de ce long et tenace désir de le jouer, en même temps que le choix de son interprétation de l’œuvre qui
« se modifie considérablement au
cours de la vie », « un Rachmaninov sombre, désespéré, au bord du
gouffre »
« Une plongée dans les abîmes d’une profonde dépression […]Rachmaninov
en renaîtra aidé par la psychanalyse …et l’écriture de ce chef d’œuvre »
C’est dit, c’est dit par un si magnifique musicien: «chef d’oeuvre
absolu » et j’en suis naïvement émue..Je comprends que la jeune fille romantique
et romanesque que j’ai été, ait élu particulièrement ce concerto !
Ma sœur me l’offrit pour un de mes anniversaires par Aldo Ciccolini !
M’intéresse aussi le choix fait des morceaux enregistrés « autour »
de l’oeuvre.
En particulier ceux qui se rattachent spécialement au concerto :
La romance (ou la mélodie ???) qui « en reprend l’entière
introduction du second mouvement », puis ouvre à un autre thème, un chant
lyrique s’une simplicité bouleversante »
Et voilà mise à jour l’autre raison fondamentale pour moi d’avoir aimé
spontanément et d’aimer toujours cette œuvre…
Sa puissante, sa merveilleuse force mélodique, moi qui suis, comme
Margot, à jamais dépendante de la mélodie.
Cette mélodie qu’Alexandre Tharaud voulait encore offrir, dans Vocalise opus 34, « en
une voix lyrique, tel un retour aux sources, un clin d’œil au
pianiste compositeur qui a passé sa vie à s’inspirer jusqu’au mimétisme de la
voix humaine »
Je me rends compte que c’est d’abord à cette émotion- là, la puissance
mélodique, le sens profond que choisit
de donner à l’œuvre l’interprétation du
pianiste, la profondeur orchestrale du désespoir, tandis que le piano déroule
la pureté du chant, à laquelle j’ai été
sensible…Davantage qu’à l’extrême virtuosité du pianiste, qui s’avoue pourtant
« certes encore électrisé par la virtuosité » !
Et à force d’écoutes, (et peut-être en raison de cette remarque de Tharaud,)
je prends conscience de cette virtuosité, je l’entends…, je l’avais oubliée
parce qu’elle est si accomplie qu’elle se fait oublier, comme « naturelle »
…
Et le plaisir de la ressentir se mêle intimement à l’émotion bouleversante exprimée, plaisir
complexe, parfait, renouvelable indéfiniment …je crois !