samedi 26 avril 2014

Le sentiment de l’existence ou la joie d’exister


Convergences
Pierre Rabhi :
L’autre jour, j’ai écouté une interview de Pierre Rabhi qui présentait son nouveau livre, et qui m’a fort intéressée.
 Mais ce qui a finalement le plus accroché mon attention, ce ne sont pas ses vues remarquables sur la manière de reconsidérer la manière de vivre sur notre planète, l’expression modeste d’un idéal de vie merveilleusement ambitieux vers la sobriété heureuse…
C’est une expression belle et énigmatique pour dire la finalité de la vie la joie d’exister…
-Vous voulez dire « Bonheur » d’exister ?
- Non !,  Pierre Rabhi  insiste : « la joie.. » ! Plus juste expression sans doute d’une sorte de plénitude ressentie à exister dans le monde…

Un après midi au jardin :
Dans le temps incertain, irrégulier, si obstinément pluvieux de cette année, où alternent de rares mais superbes périodes de beau avec des tunnels de pluies diluviennes , un hiver  pas forcément mauvais pas vraiment beau, le sentiment l’autre jour, de vivre  une après midi à part , un moment « rare », dans le jardin clos de verdure , température douce,  ciel clair et lumineux , il y  a des fleurs justes épanouies, pas de bruit dans le jardin clos ,mais des oiseaux qui sifflent et se répondent à intervalles réguliers, une odeur d’herbe encore humide et qui chauffe au soleil, de fleurs de glycines encore en fleurs
et de lilas qui s’ouvre ,il y a des chats promeneurs qui traversent la pelouse le blanc aux yeux bleus,  le  tout noir aux yeux verts,  juste pour occuper la pensée un instant et la divertir de soucis immanents et tenaces…

Rousseau et le "sentiment de l’existence" :
Vous allez dire que je me retourne ces jours-ci  un peu beaucoup vers le 18ème siècle, un siècle agité d’angoisses autant que d’idées de Bonheur et de Lumières…
Rousseau , je respecte le contrat Social , je comprends en contexte de l’esthétique de son temps, et de ses mirages personnels de bonheur,( !!!! )La nouvelle Héloïse , j’admire la réflexion pédagogique  audacieuse et moderne d’Emile, mais mon plaisir de lecture de Jean Jacques, ce sont  exclusivement Les Rêveries ..
Et ce texte énigmatique écrit par un homme  pour qui sa Société, son angoisse personnelle récurrente, un âge déjà avancé, composent  un mal être dans le monde complexe et douloureux, dont l’écriture des   Rêveries sont le plus beau  remède à mes yeux, m’a toujours fascinée.
J’y aime particulièrement dans  la Cinquième Promenade la description et l’analyse de la forme de bonheur, pourrai-je dire de joie , qu’il lui est possible d’atteindre en dépit de tout :
« Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l’île, et j’allais volontiers  m’asseoir au bord du lac, sur la grève […]là , le bruit des vagues et l’agitation de l’eau, fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, la plongeait dans une rêverie délicieuse[…]Le flux et reflux de cette eau , son bruit continu , mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux , suppléaient  aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence , sans prendre a peine de penser…
De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d’extèrieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propres existence ; tant que cet état dure, ou se suffit à soi-même, comme Dieu. ( !!!!) »

La remarque finale est qualifiée « d’orgueilleuse et ingénue » par un  manuel , mais j’y trouve l’expression naïve du sentiment de plénitude que parfois peut procurer la joie d’exister , indépendamment des biens matériels …






 Mais bien sûr « tant que cet état dure… »

Transitoire, résultant de la conjonction magique d’éléments favorables, la qualité de l’air, un certain degré de luminosité,  le parfum des fleurs, la subtilité de bruits musicaux, sans doute même la conscience de sa précarité …
 Comme un moment au jardin, un bain de sable sur la plage déserte au bord de l’Océan…

Comme le temps fragile d’un de ces concerts où tout semble réuni pour ressentir  la beauté, un de ces concerts dont on souhaite qu’il ne finisse pas, en sachant qu’il va s’achever…

Comme des moments de communication intenses, délicieux et éphémères, avec ceux que l’on aime…


mardi 22 avril 2014

Le hideux sourire de Voltaire

Dans la série: Hexagonale

Voltaire , est un de mes auteurs à penser. Il me convient bien, un peu marginal, bon vivant, rieur, courageux, quoique soumis aux peurs existentielles fondamentales, et rusé à la fois …
J’aime son écriture, le rythme de ses phrases,  j’aime sa pensée, son optimisme désespéré …
J’aime qu’il ait su intéresser, et parfois réellement marquer, mes élèves…
Bref je n’ai jamais réellement adhéré au reproche de Musset, « le hideux sourire de Voltaire », au soupçon que ce sourire décharné incarnait  une certaine et déplorable  mentalité française, qui se rit de tout, ne se passionne pour aucune cause, ni ne s’engage dans aucune passion vraie…
Reproche romantique pensai-je…
Oui ! oui !  « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux… » !!!

Et voilà que, parfois, par les temps qui courent, je me prends à haïr l’esprit de dérision permanent  qui constitue le fond de commerce de multiples émissions télévisées.
Par exemple, pour ne pas les nommer, C à vous,  ou le Grand Journal…et ses Guignols.
Cet esprit me semble quand je suis d’humeur légère, relever des dîners en ville parisiens , esprit caustique et copain- copain, car d’ailleurs les invités sont tous du microcosme du showbiz  ou de la politique, de l’analyse éditoriale, de la critique culturelle, d’un petit monde intramuros, ou, comme disaient les Précieuses de Molière,  « le  centre du bon goût, le grand bureau des merveilles ».
Je m’en sens exclue et étrangère, agacée de l’être, mais sans plus…

Mais parfois quand je suis d’humeur chagrine, préoccupée par l’état social du monde et de mon pays, cet esprit me paraît un avatar pénible de l’Esprit Critique auquel je suis évidemment attachée , une forme dérisoire d’un « on ne me la fait pas à moi », une manière de toujours rire ou douter des décisions, de tourner en négatif les prises de position ou les directions d’action qu’essaient cahin-­­caha de mettre en œuvre les acteurs de la politique , de l’économie, voire de l’éducation, …

Et naïvement je me dis, pour Voltaire (comme pour Molière d’ailleurs, ou pour Beaumarchais) ce rire relevait du désespoir, il était une manière d’engagement, parfois la seule possible ,  un moyen d’agir, qu’ ils payèrent souvent de désagréments, de disgrâces, voire de condamnations…
Tandis que pour nos amuseurs , c’est parfaitement gratuit, puisqu’ils ne semblent guère engagés dans l’action, en général spectateurs du monde, au mieux observateurs, mièvres redresseurs de tort, leveurs de lièvres, pourvoyeurs en ragots, à qui souvent rien n’en coûte…

Alors, effet du Temps de l’histoire ou du Temps personnel (que je ne veux pas traduire par « coup de vieux » !) je suis en passe de me prendre un sérieux Esprit de …Sérieux.
Je zappe les émissions qui ont pour visée  « de tenir au courant de l’état du monde » ou pire « de décrypter la réalité actuelle , de l’analyser ou l’interpréter », je me réfugie dans la Fiction , romans , films, et même séries, où ne manquent ni les principes , ni les idéaux, les passions ou les grands sentiments !
Je me replie dans mes amours et amitiés privées…

Et je me nourris de musique, de musique…

De photos,
Et de façon plus futile, de fleurs
De paysages… et d’air du temps !!!

« Mais voilà qu’il flotte
La lune se trotte
La princesse aussi…
Sous le ciel sans lune
Je pleure à la brune
Mon rêve évanoui… »

J Renoir, La complainte de la Butte

dimanche 13 avril 2014

Jean-Louis Matinier à Bourg Saint Andéol, quelle rencontre !!!!



Nous désirions depuis longtemps écouter Jean -Louis Matinier en live.

La découverte de Fuera fut pour moi, à l’époque où Michel,s’était lancé dans la découverte de l’accordéon et l’exploration de ses interprètes « à aimer », une superbe rencontre : la beauté et la puissance émotionnelle des thèmes,  le son aérien , agile, pur et sans stridences dans la virtuosité des aigus, de Jean-Marie Matinier, allié aux cordes magiques de Renaud Garcia-Fons , inconnu de moi lui aussi, contribuèrent décidèrent de ma conversion à ces musiques pas classiques et néanmoins riches d’élaboration…
Suivit Alboréa, puis Confluences


Toujours ce voyage aérien dans des sonorités qui connotent un Sud abstrait, mythique , à la fois évocateur, et plus poétique que réel .
Puis l’alliance de Matinier avec l’oud de  Anouar Brahem ,Sur les pas du chat noir, titre poétique, photo d’hiver dépouillé et de noir et blanc d’ André Kertész ..




Nous avons pensé :  «  Que merveille ! et…Que  décidément le dialogue avec les cordes inspire Jean-Louis Matinier ! »
Alors quand dans le cadre de « Jazz sur son 31 », Jean-Louis Matinier avec François Couturier rencontraient le violoncelle d’Anja Lechner, bien sûr nous nous y sommes précipités !
Mais en écoutant  cette musique si subtilement et conceptuellement élaborée , nous restions comme étrangers, comme s’ils les musiciens y construisaient un monde à eux ,dans une sphère  au fonctionnement mystérieux qui nous échappait. Nous avions l’impression de ne pas « entendre « Jean –Louis Matinier » comme si ce son que nous aimons ne nous parvenait ni ne nous touchait cette fois…

Expérience dont  on était impatient de se remettre en retrouvant sa musique à Bourg saint Andéol !
Et dans ce village de belle pierre, de ruelles et de vent du Rhône, c’est l’homme lui-même que nous avons rencontré d’abord . Une bien agréable rencontre , car cet homme discret se révèle remarquablement disponible ,ouvert, et chaleureux.
 Je dois être au fond « people » car je suis très touchée de rencontrer les musiciens que nous admirons ou aimons , et aussi qu’ils nous  connaissent . Peut-être dans ma naïveté, ai-je l’impression que la communication de la musique en sera plus intense, qu’ils jouent un peu pour nous, perdus dans la foule du public en écoute. Dans ma naïveté je me plaît à penser, que,  quoiqu’il en coûte à ma timidité, ils sont peut-être contents que je leur dise combien j’ai aimé, et ce que j’ai aimé… Comme je l’étais quand je faisais pour mon travail des interventions particulièrement  difficiles et redoutées qu’élèves ou stagiaires viennent me dire qu’ils avaient apprécié …
Les rencontres avec Jean Louis Matinier, pour rapides et occasionnelles qu’elles furent, n’étaient  pas insignifiantes, tant s’y esquissèrent de vraies  connivences sur la peinture ou le photo, l’Orangerie et La Grand palais  , la montagne ou la mer de notre pays , l’ importance du lieu où l’on aime partager la musique, des salles banales mais  vouées à l’écoute , des CD où se cristallise un moment d’une œuvre , organisé et mis en page, parfois éclairé d’un texte précieux…
Et puis ce fut le concert , « Duo Inventio », le bien nommé…
« Le concert a lieu dans une salle monumentale du Palais des Evêques, le grenier d'abondance. Impressionnant par ses dimensions, parfait quant à son acoustique. Les deux musiciens sont installés sur une estrade étroite et de faible hauteur…Le son du nyckelharpa est d'abord surprenant, mais tout de suite son accord avec l'accordéon est des plus harmonieux. Une musique venue d'ailleurs. » Michel , autre  bistrot des accordéons


…Avec Marco Ambrosini, et son Nyckelharpa, de belles cordes encore pour l’ accordéon magique de Jean-Louis Matinier.Tantôt d’une légèreté aérienne, tantôt chantant avec ampleur et souplesse, mélodique et , ce qui me frappe dans toutes ses œuvres, remarquablement rythmé...








En écoutant leur duo remarquablement accordé, des impressions  naïves se bousculent dans ma tête : allégresse ,  jazz,  danses italiennes , chants voyageurs des campagnes italiennes à Bach,  allègres ou mélancoliques, mais qui toujours dansent ou swinguent…

https://myspace.com/duoambrosinimatinier/music/song/inventio-4-j.s.bach-47255341-50657279

Et c’est pour moi  le plus beau moment de ces beaux moments de Bourg Saint Andéol…

vendredi 4 avril 2014

Alain Pennec à Bourg Saint Andéol , les jolies surprises du festival …


 Quand Alain Pennec  raconte…les bistrots imaginaires …
Comme je l’ai déjà dit, mes curiosités actuelles de direct  me portent davantage vers les instrumentaux ,  que vers des textes mis en spectacle... Les textes , sauf peut-être la poésie, demeurant pour moi essentiellement de l’ordre d’une lecture intimement silencieuse…
De surcroît, je ne suis pas spécialement attirée par la musique «  traditionnelle », même si  l’entreprise de recréation de ces musiques de pays , m’intéresse parfois quand elle en fait une « new » musique, enracinée dans la tradition culturelle, mais novatrice...
  Et s’il est vrai que nous aimons beaucoup de musiciens d’accordéon diatonique, le grand Marc Perrone dans ses petites chansons urbaines, qui chantent la vie de la banlieue avec des airs d’Italie emportés par le vent jusqu’à la Courneuve...
..François Heim et Bruno le Tron pour des musiques issues de la tradition balkanique mais si fondamentalement  personnelles dans l’expression de la déprime ou l’amour,

...Didier Laloy enlaçant  la belle tonalité de son diato au superbe son du chromatique de Tuur Florizoone 

..et Stéphane Délicq dont on pleure à jamais les mélodies dansantes aussi complexes qu’ harmonieuses…

...il est vrai aussi que l’acidité des certaines musiques « trad » et leur chant répétitif ne nous séduisent guère…

Nous attendions donc Alain Pennec avec une certaine curiosité, d’autant que  son spectacle promettait une  mise en scène spectaculaire, masque et marottes en papier mâché (Ouest France !!!), et du texte raconté…

Ce sont bien sans doute des histoires qui couraient dans le temps  en ce pays breton, des personnages hauts en couleur comme on en rencontre (ou pas !) dans les « cafés de pays » Julie la Rousse, Mado de Madagascar … de ce fantastique populaire qui fait intervenir au détour  de la vie quotidienne un soir de tristesse, de compagnonnage ou d’ivresse, le Diable et ses Diablotins.
Je pense à une auteur de romans policiers dont je raffole, Fred Vargas, et à  l’utilisation poétique et dramatique qu’elle fait dans ses romans de ces récits fantastiques du fonds populaire : « Dans les bois éternels » 
Dans  le cas d’Alain Pennec aussi, ces récits sont en grande partie, si je peux en juger,  le produit d’une  vraie invention personnelle. Un surréalisme bon enfant, mêlé d’humour, de tendresse pour ses personnages créés ou réinventés, recrée  ce pays à la fois réel et imaginaire, un joli monde » d’art naïf »…
Accordéon et flûte relèvent pour moi de ces mêmes filiations de la musique populaire « de pays », des rythmes  de danse aux pas sautillants plus que glissés, et  des mélodies souriantes et  entraînantes en majeur, alternant avec des airs qui chantent en mineur ce chant de l’homme « toujours triste même quand il exprime le bonheur » (Chateaubriand)
 Parfois  issus du collectage d’airs de la tradition, parfois  créés par Alain Pennec tous portent la marque de sa fantaisie  et de sa créativité …

 Comme d’ailleurs le beau son de son  diato, parfois acide, sautillant, rustique  et simple, comme souvent pour « ces airs de Pays » et de danse , parfois plus plein, plus chaud, d’une rondeur  mélodique  et presque déchirante de mélancolie jolie…





Sur la sombre et vaste  scène de la Cascade,  ces 
marottes  en papier mâché« Ouest France », violemment colorées, vivent,  par le récit et la musique de leur créateur cornu, une vie saisissante, poétique et drôle…


On peut l'écouter sur youtube:

http://youtu.be/Cjk9kgxEesc


samedi 29 mars 2014

Bourg Saint Andéol, les jolies surprises du festival...


Quand Pascal et Marie- Christine nous ont  « conté » Chopin…


Après un agréable accueil où un accordéoniste au joli son jouait en toute simplicité, de belles  mélodies, nous attendions  le premier spectacle  de Pascal Contet et Marie Christine Barrault... 
Une évocation de la musique de Chopin, au nom  poétique : Chopin/Sand, Terres de danses…

Nous aimons beaucoup l’accordéon de Pascal Contet, la finesse et la précision de son jeu, la délicatesse de sa virtuosité, la qualité de sa sonorité…
Mais si nous avions bien envie de l’écouter live, je n’aime pas pour ma part la lecture des textes à haute voix. Lire un texte est pour moi une entreprise personnelle, intime, et silencieuse…
Mais la jolie surprise, ce fut la voix bellement timbrée , au phrasé parfait, de Marie Christine, et le beau texte  proposé …
La première partie de ce texte exprime  avec élégance le voyage musical de Chopin à travers les « terres de danse », la Pologne, puis le Berry, qui nourrirent sa musique de la vivacité des rythmes de danse alliés à  cette tristesse fondamentale des terroirs qui s’accordèrent  si remarquablement à son rythme propre et à la musicalité mélancolique de son âme…

Même si je l’avoue, j’ai réellement préféré la deuxième partie de ce texte, plus nettement empruntée à George Sand, et en fait moins « documentaire » que la première,  où s’exprime avec émotion  le regard  de George Sand sur  Chopin, et, avec  une remarquable pertinence, ses considérations  sur  ces rythmes de danse auxquels il a donné une vie si nouvelle et si personnelle  , la mazurka ou la bourrée en particulier, ou  le Mineur et le Majeur .
L’alchimie remarquable que Chopin  sut opérer entre les thèmes et les rythmes de ces musiques et sa propre créativité musicale,  sa propre mélancolie, aussi déchirante  que dansante,  s’exprime avec bonheur par le bel accordéon de Pascal, le rythme délicat de ses notes, ou la musicalité légère de ses mélodies … Qu’il joue, en écho du texte, de beaux fragments  des Mazurkas, ou ses propres  improvisations… qui  en restituent remarquablement l’esprit …Pour notre plus grand plaisir…

Même si j’aurais aimé pour ma part que le plaisir de l’entendre durât davantage !


Ce n’est que partie remise !



Et, en attendant, comme  toujours quand nous écoutons des  musiques qui nous touchent, leur séduction appelle le besoin d’autres musiques,et... j’ai  repris tous mes disques de Chopin, en particulier ses Mazurkas sous les doigts de Jean-Marc Luisada…et comme je le fis il y a quelques années, je les écoute, je les écoute…
Voulez-vous les écouter aussi?




mercredi 19 mars 2014

L’illusion de l’éternel retour


Tout un chacun depuis quelques jours,  après de la pluie, de la pluie, de la pluie !   se réjouit du moindre éclat de lumière sur les  fleurs , superbes en ces prémices de printemps .On se dit « finalement les fleurs aiment donc la pluie ! » Elles ont patiemment puisé leur sève et leur énergie dans ses trombes d’eau, qui dégageaient les cailloux, ravinaient les fossés, transformaient les pelouses en rizières, et avec obstination, sérénité , l’air de rien ...comme glissant leur floraison dans la moindre éclaircie, la plus fugitive embellie… et elles surgissent  un peu partout… !
« Mars qui rit, malgré les averses ,
Prépare en secret le printemps »
Théophile Gautier

Joint à la beauté foisonnante de l’explosion végétale,  l’  éternel retour des saisons nous rassure et nous grise Depuis l’enfance,nous avons été bercés de sa poésie …
Parce que,  depuis l’enfance de notre langue, les poètes l’ont chanté :



L’ancêtre Charles (d’Orléans) :
« Le temps a laissé son manteau,
De vent , de froidure et de pluie, et s’est vêtu de broderies,
De soleil riant, clair et beau…. »*

Ils ont puisé dans le retour de la lumière un symbole pour conjurer le malheur, espérer dans le recommencement…

L’ami  Paul (Eluard)

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
 Que  le pâle soleil recule…

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
 Et  tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison

Evidemment il y a toujours eu parmi eux de ces esprits  pessimistes  ou bassement réalistes pour ne pas s’en laisser conter et pour en tout cas ne pas nous en conter .
Pour nous chanter les roses qui fanent ,
« Et Rose elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin… » (Malherbe)

Ou nous rappeler que le temps cyclique végétal n’est pas le nôtre !
 Notre merveilleuse Colette:« Tout s’élance et je demeure… »

Mais , pour moi, j’avoue me laisser  prendre toujours à cette promesse de fleurs et de soleil , comme si tout devait recommencer , en un temps cyclique de l’éternel retour…



Pour peu que les premiers soleils m’entraînent à retrouver la mer, calmée après la folie des tempêtes d’equinoxe , le sable dévasté par le vent se dorant sous les rayons  moins obliques  du presque printemps …



Je ne demande qu’à  m’y laisser prendre, au mirage du recommencement …des projets à venir, des joies à partager….
C’est le printemps viens t’en Pâquette
Te promener au bois joli
Viens ma tendresse est la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans la forêt
Les grenouilles humides chantent 
....avec  Guillaume (Apollinaire)

 Des musiques à découvrir , des rencontres nouvelles ou renouvelées d’amis, des jeux avec nos enfants, des progrès sociaux….  
« Rien n’est passé la vie a des feuilles nouvelles
Les plus jeunes ruisseaux sortent dans l’herbe fraîche…. »

MAIS quoi, faut pas croire , si on continue à lire le poète, petit bémol, éclair de lucidité dans...
...la grande illusion poétique :


L'homme ne mûrit pas il vieillit ses enfants 
 Ont le temps de vieillir avant qu’il ne soit mort
 Et  les enfants de ses enfants il les fait rire »











ET VOILA QU’IL PLEUT.!!!!!!!!!!





samedi 8 mars 2014

La Belle et la Bête…


J’ai toujours aimé l’histoire de La Belle et la Bête...
Et pourtant, je n’aime guère les contes de fée !
Et pourtant, c’est  encore une affaire d’éternel  féminin !
Il  faut dire que même s’il s’agit bien d’ « éternel  féminin »  c’est plutôt son autre versant qui s’incarne dans la Belle. Belle toujours, affectueuse et tendre, fidèle a ses engagements, courageuse et intrépide. Bref ! rien de la petite gourde effrayée et gaffeuse qui se met dans des situations impossibles, et ne s’en sort à tout coup que grâce à la force d’ un héros masculin, que notre féministe Anna Maria Belotti décrit en Cendrillon ou Blanche Neige.
Belle, vivant contraste avec ses sœurs, qui, elles, sont bien des gourdes à  la Anna Maria Bellotti, est pleine d’initiative et d’esprit d’entreprise…
Néanmoins comme le Petit Chaperon Rouge, elle n’échappe pas à la fascination de la puissance du loup et à la séduction de la bête,  ni non plus à l’espoir de la conquérir et de la transformer…
C’est bien une héroïne qui ne détonerait pas dans les  romans à romance , les romans à l’eau de rose que nous aimions ados , et  que disons –le,  nous aimons encore souvent(mal dégagées sans doute de  l’éternel féminin dans lequel nous fûmes élevées) , pour peu que leur écriture soit un peu  subtile et raffinée…
La Belle et la Bête fut longtemps pour moi un souvenir très enfantin, d’un conte raconté ou lu sans autre fioriture que son récit évènementiel, dans une édition banale dont je ne garde aucun souvenir. Puis  le souvenir enchanté et vague , aux images en noir et blanc où les effets merveilleux résidaient dans ma mémoire dans une impression de flous et dégradés de gris, et des  voix assez étranges pour moi , théâtrales  et travaillées, celle de Cocteau, le conteur, et celle de Jean Marais, La Bête.


En fait la vraie séduction récente,  elle date de mon intérêt  professionnel pour la littérature de jeunesse, la découverte que mon adoration enfantine pour Walt Disney, ses paillettes et ses princesses en tulle rose,  méritait bien mon admiration…Et, devenue grand-mère, je partageai avec ma Charlotte de délicieuses séances de VHS-­projection , et j’ai adoré La Belle et la Bête selon Disney !
Les deux personnages, la Belle , pur ovale à la Walt Disney ,bouche en cœur et yeux en amande , n’est pas une petite dinde  .Si existent  dans sa composition de son personnage justement des traits traditionnels des héroïnes de contes et de roman, transgression des choses défendues , impulsions imprudentes et incontrôlées, délicatesse des gestes et des attentions…..elle est aussi une femme en marge par ses goûts, l’amour fou des livres,   l’envie de s’instruire , de lire et de rêver,  et son désir  ( féministe ?, en tout cas déterminé) de vivre SA vie,  voire  une vie passionnante . Fille chérie d’ailleurs d’un père  inventeur, un peu « toqué », et « original » de son village…
Quant à la bête, tout en elle est ambigu: dans sa face effrayante à la mâchoire terrifiante,  le bleu regard de ses yeux évoque  un horizon mystérieux de douceur possible. Ses pattes puissantes, poilues et griffues, et son dos massif peuvent se courber de tendresse et  devenir des bras qui embrassent.
Et   Perrault  peut bien  prévenir :
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Cause toujours Perrault …
La Belle se laisse irrésistiblement  emporter  par une invincible attirance, évidemment  réciproque. Le dessin animé joue avec humour, tendresse et délicatesse,  l’argument aussi ressassé qu’immanquablement efficace de « L’ours et la Poupée ».


A ce pas de deux  de la séduction,  participent avec allégresse et humour les objets « enchantés » du  château,  objets  quotidiens dont la métamorphose n’a pas effacé les qualité humaines originelles, tendresse, drôlerie, fidélité , susceptibilité parfois…Leur ballet, leurs espoirs, leurs doutes, sont comme un contrepoint aux espoirs , aux doutes de la Bête,  et leur ballet endiablé à la danse de séduction  dans laquelle il enlace Belle dans ses grosses pattes tendres.

Et le dénouement est remarquablement simple …sans que les interventions des méchants, utiles aux rebondissements nécessaires,  réussissent tant soit peu  à nous perturber, tant est soutenable la légèreté de l’histoire…

Aucun doute La Belle et la Bête de Christophe Gans est en rupture remarquable avec cet univers léger .
D’entrée, je suis saisie par  la violence et la force esthétique des effets spéciaux, violence de la musique et du son, violence de l’ampleur des décors et des paysages…En fait je les trouve  beaux , incontestablement modernes, et saisissants. Plus fantastiques que merveilleux …


Peut-être un peu écrasants, tout -puissants dans l’histoire qui disparaît  dans l’immensité inextricable de la forêt, le vertige des travellings, les surgissements fracassants de la bête énorme….
Violence qui fait pleurer la petite fille de six ans  à peu près assise à côté de moi et qui cherche refuge dans le giron de son père puis de sa mère…Mais violence qui peut rivaliser avec les effets spéciaux des gros budgets américains  et capter les ados qui ont aimé Le monde de Narnia, que je n’aime guère, et récemment Twilight que j’avoue aimer…
Si la belle Léa Seydoux est une Belle lumineuse dont le beau visage  capte la lumière, sa grâce est comme rigidifiée par ses superbes atours  baroques, sa jolie taille fine  enserrée de   lourds satins brillants chargés   de  pierreries, et  ses blonds cheveux de  diadèmes de perles tressés en réseaux compliqués …
Quant à la Bête, je le trouve plus envoûtant en bête assez remarquablement construite , avec la posture dominante  de sa grande taille , sa puissance  animale inquiétante, et son beau regard  énigmatiquement humain, qu’en prince …Un prince, peut-être à l’audace prométhéenne, comme je l’ai lu, défiant les dieux…mais pour moi surtout brutal, à la chasse comme en amour …
Ni la belle ni lui ne réussissent  à me transmettre d’ émotion véritable …
En en conséquence rien d’émouvant non plus  ne me semble passer entre eux…
Rien du long chemin sur la Carte du Tendre, dont on suit les touchantes  péripéties, chez Cocteau ou Walt Disney…
Seule , et d’ailleurs puissante,  émotion sentimentale, la scène pour moi remarquable, de leur danse ...
Quant au père de Belle, Ô André Dussolier !, si sa composition a du moins le mérite d‘être fidèle au texte de madame Leprince de Beaumont , en  faire un riche armateur n’a pour moi que l’intérêt   de nous offrir le plaisir d’un somptueux spectacle de tempête, et de remarquables effets de naufrage.
Mais  leurs liens affectifs ne transmettent guère plus d’émotion que ceux de Belle et de la Bête…Je crois que je regrette en fait le délicieux personnage de Disney, l’inventeur loufoque , si marginal et si tendre….
Comme je préférais  le monde des petits personnages envoûtés  du dessin animé aux étranges et certes fantastiques  compagnons dont Christophe Gans a doté la Belle sans qu'il en ressorte la moindre tendresse...

Quant au dénouement …je préfère de rien en dire !
Sinon que j’aurais aimé que le film finisse sur la scène de la danse qui me semble en être le véritable dénouement,  le sommet de la Romance…

Mais que voulez-vous, j’aime , je le reconnais, la Mélodie dans la musique, le Sentiment dans les poèmes , et les Histoires qui font pleurer Margot …d’émotion !


PS : Tout à coup, je me rends compte que j’avais éprouvé un peu le même sentiment (ou absence de…) devant l’adaptation de L’Ecume des jours…