Dimanche soir, c’était à la Halle aux grains, belle
salle, du monde, mais pas la foule serrée qu’on a pu y connaître pour Richard.
Une foule qui venait aussi célébrer
Claude Nougaro, et soutenir une association d’accueil des handicapés.
Nous, nous venions écouter trois
musiciens que nous adorons, Galliano et Paolo Fresu, et aussi Jan Lundgren,
qu’en fait nous ne connaissons que dans cette formation, mais dont le son nous
enchante, particulièrement quand, comme Goyone,
il chante la Mer ,
avec un accordéon, celui de Richard .
L’éclairage de scène était
une lumière parcimonieuse qui éclairait
en clair obscur les trois interprètes et
évoquait une atmosphère nocturne…
« Une nuit qu’on entendait
la mer sans la voir… » !!!!
Mare Nostrum, comme Love Day, et
Parlez-moi d’amour, appartient pour moi
aux œuvres rêveuses de Galliano…
Contrairement à Luz Negra, où
nonobstant le titre, la lumière l’emporte sur l’ombre , et l’alegria de vivre
sur la méditation, dans ces trois opus la
mélodie se fait grave …
« Et leur chanson se mêle au
clair de lune
« Au calme clair de lune
triste et beau,
« Qui fait rêver les oiseaux
dans les arbres
« Et sangloter d’extase les
jets d’eau… »
Nous retrouvons avec délices la
trompette soyeuse de Paolo Fresu, tantôt voilée, tantôt éclatante, toujours
mélodique et touchante, voire déchirante, ses postures remarquables, cherchant
le son au plus profond de son souffle.
L’accordéon au son unique de Richard, allègre,
nuancé, se jouant de la multiplicité des plans et des registres sonores…
Avec lesquels le piano de
Lundgren, qui connote pour moi le plan infini de la mer, se mêle en nappes
sonores et « marines ».
Cette mer , particulièrement ce
soir dans cette lumière en clair obscur, n’est pas celle, prosaïque , des plages
d’été- « composée de feux » avec bains joyeux, bruits de voix et de cris
multiples, d’éclaboussures et de plongeons, ce n’est pas non plus la mer
grondeuse et rauque des tempêtes, c’est une mer calme et rêveuse, presque
mystérieuse, un peu onirique, (Sonia’s Nightmare),
qui ouvre l’esprit à la méditation (Open your mind).
C’est la Méditerranée de Paolo
Fresu, qui se souvient d’Ulysse et de la « nostalgie » du retour, (« Valzer
del Ritorno » pour l’épouse qui attend), des voyages aventureux d’Enée, et
de la Lyre
d’Orphée…
C’est une mer à mouette (Seagull)
qui…
« Parfois si tristement …crie, qu’ elle
alarme au lointain le pilote »…
C’est aussi la mer aux confins brumeux des mers du pays de Jan.

C’est une mer à la Soulages aux nuances
profondes de dégradés de bleus foncés où
surgissent parfois des notes lumineuses intenses.
Telles les notes argentines d’une superbe interprétation
d’un morceau de Monteverdi dont je ne sais pas le nom.
Si parfois y circulent des accents d’Amérique Latine à la Jobim (Eu Nao, Existo Sem
Voce, Para Jobim…) ceux-ci sont voilés de mélancolie…
La puissante vitalité de Richard Galliano, si elle s’y manifeste avec le merveilleux et enlevé Chat
Pitre, la tendresse de Principessa, (« Pour ma fille, car toutes les
filles sont des princesses ! ») c’est comme retenue, en sourdine,
avec seulement la perfection d’un rythme et d’un phrasé allègre et délié (Liberty
Waltz).
Des échos du passé l’habitent, contes
mélancoliques de l’enfance (Ma mère l’Oye)
amours perdues des musiciens disparus (Que reste-t-il de nos amours ?) et
surtout l’ombre magnifiquement fêtée de l’ami et du maître disparu, Claude, ses
chansons superbement revisitées, (Cécile
et Toulouse), et la musique composée
pour lui « Tango pour Claude » qui chante la « Violence de
la vie »…
Soirée magique, sorte de rêve dont
on peine à s’éveiller.
Heureusement les copains sont là,
à la sortie…On partage les impressions et l’envoûtement, on plaisante, du Victoria
de Jean-Marc le même (LOL) que celui de Richard, du shetland de Michel le même(LOL)
que celui de Pascal Contet, on
projette de futures rencontres, et l’on se sépare sous l’emprise d’un souvenir prenant
et durable…
On se hâte, c’est le dernier
métro !

