jeudi 28 mars 2019

Thomas LELEU et le "soleil" du tuba,



Une écoute très subjective

Bajo el sol de la tuba
Pasa la feria
Federico Garcia Lorca

Je ne sais pourquoi j’ai toujours aimé le son du Tuba
…Toujours le son du piano, mais comme un rêve par moi inaccessible (j’en jouai… mal !)
…Un jour l’accordéon , découvert avec Michel, pour des chemins buissonniers heureux à deux , vers des sons et des œuvres inventifs ..
…Mais toujours  au fil de rencontres musicales,  j’ai été surprise et fascinée par le tuba .
Peut-être un goût profondément ancré en moi par l’enfance lointaine, la Fête qui enchantait mes étés d’alors,  et ses bandas… parfois nos bandas…

Un petit groupe modeste et inspiré, rencontré lors de nos explorations des musiciens  d’accordéon, au joli nom de Troublamours , et d’ailleurs perdu de vue à notre grand regret , me rappela ce goût , par le talent de son tubiste, aussi discret que de nous apprécié …

Et puis je lus par hasard, à la recherche d’une langue très peu connue de moi, mais que je rêvais d’approcher, Ferias de Federico Garcia Lorca, et l’image de « la » tuba illuminant la feria de son « soleil » m’a frappée par l’évidence de sa métaphore …
Surtout que- hasard objectif !- nous venions de rencontrer le talent et le  son de Thomas Leleu !
Les rencontres naissent presque toujours du croisement  d’autres rencontres : Galliano, notre musicien d’élection, toujours curieux des sons et des talents, composait  pour le tuba d’un certain Thomas Leleu. Victoires doubles de la Musique ! –j’ai écouté jusqu’au bout la longue cérémonie de remises,  et surtout, acheté le disque de Thomas .
Puis,  un concert de poche près de chez nous avec justement ce Thomas Leleu !
Et rencontre timide er enthousiaste de notre part, et simple  chaleureuse de la part.de Thomas …

Et Stories …. !


Et L’émission fauteuils d’orchestre du 25 janvier :fauteuils d'orchestre

Et…l’album sorti cette année , des « histoires » de rencontres , histoires de mélodies , histoire de notre rencontre avec un son, histoire d’une  rencontre avec un passionné convaincu…

Ce que j’en aime, c’est d’abord la composition de ce trio particulier : Tuba, piano de Kim Barbier, xylophone de Kai Strobel ; la simplicité limpide de leur orchestration permet d’apprécier à la fois pleinement chacun des trois instruments et la conception raffinée  de leur rencontre (Laurent Elbaz) ?:
 Le son « continu » du tuba est le lien  d’une mélodie à l’autre : aussi suave et mélodieux que puissant. Brillant  en solo de notes  virtuoses , il assure la ligne mélodique d’ensemble dans la diversité des morceaux et des timbres ; j’aime  ses graves profonds avec parfois comme une touche  humour festif,  et la richesse extraordinaire de ses nuances : son  agilité légère et superbe dans l’aigu, sa profondeur émouvante et sa rondeur mélodique dans les graves …
Bien loin des stridences du tuba des bandas !!!mais tout aussi « solaire » !
 Les notes pures,  égrenées, du vibraphone ressortent sur sa continuité et la font ressortir.
Le piano, très présent, rythme et inscrit une sorte de profondeur à l’arrière plan des autres.

 Quant aux morceaux, on pense en en  lisant l’annonce,  à une ballade dans des thèmes divers choisis par Thomas, où puisse se jouer son tuba, des thèmes qu’il aime, que leurs compositeurs soient du Brésil ou d’Argentine (Tom Jobim) , ou inspirés par ces pays de rythmes et de mélodies (Gardel), de son pays d’adoption (Kurt Weill, Johannes Brahms) ou de son propre pays (Erik Satie, Kosma , Georges Moustaki, Michel Legrand) ou qu’il s’agisse de créations personnelles que leur titre inscrit dans un imaginaire personnel et/ou cosmopolite, rues de Londres, bar de Rio, Latinité  :  réunissant des créations de son pays d’adoption,  de son Pays et d’autres encore, parce qu’il les aime ; et dont ’ailleurs nous partageons le choix avec bonheur  : Tom jobim , Kurt Weill nous  les avons  rencontrés avec émotion sur nos routes de musique, Kosma , Moustaki et Barbara appellent pour notre émotion des échos multiples et poétiques : voix de Barbara , mots de Prévert , partages avec des musiciens, ou même des élèves d’autrefois…Délices choisis de Michel Legrand où les trois lignes sonores s’entremêlent avec une subtilité remarquable ..je pense en particulier au duo du piano et du tuba dans "You must believe in spring"….

Mais  en fait  on peut penser fort subjectivement à l’écoute que cette flânerie de thème en thème est aussi joliment organisée comme une «  histoire » ! 
Une entrée introductive  présente le beau thème de Stories de Thomas, le final  de Stories le reprend avec l’ensemble  les trois instruments et une  coloration différente !
Le second morceau, de Tom Jobim, annonce l’humeur d’ensemble,  le refus de la mélancolie ou plutôt de sa forme subtile  qu’est, je crois, la Saudade qui mêle plaisir et jouissance à la tristesse et la nostalgie…
…Mais elle demeure en filigrane Triste de Jobim, Por una Cabeza…La complainte de Mackie, Les feuilles mortes , Les parapluies de Cherbourg
…Avant de se dissoudre dans la « lumière de Berlin », dans la foi du printemps « You must believe in Spring » dans la voix chaleureuse qui le long d’ Halton Road chante l’amour …

Le nouveau thème de l’histoire a de vives couleurs : Stories clôture l’œuvre en jouant  en chœur  le final !!!

 Puisse l’écoute réitérée des Stories de Thomas nous donner encore et encore, et  nonobstant  la mélancolie, fût-elle mélodieuse comme un tango ! ,  la foi en l’arrivée du Printemps !!!!





lundi 4 mars 2019

Des choses de la vie...


Je suis allée la voir …
Il faisait beau comme un matin de printemps , déjà !
Mars ainsi nous réserve des embellies d’hiver , l’illusion du retour précoce de la lumière et de la tièdeur, qu’on savoure pleinement en sachant leur précarité…
La route est sinueuse quand on franchit le coteau,elle domine les collines de Chalosse et au lointain, la forêt . Mais bien sûr, si je sentais la présence de ce paysage je ne le regardais guère,concentrée  que j’étais sur la conduite dans les tournants , et par l’angoisse de ce que j’allais trouver…

Elle n’a pas ouvert, je suis entrée avec ma clé , elle m’a accueillie , les yeux un peu vagues d’abord , puis un air de surprise intense , et de contentement , et une formule d’accueil très polie,  presque un peu incongrue dans le contexte…

Plus tard dans l’après midi, je suis repartie pour arriver chez nous avant la nuit, le soleil dorait le paysage.. 
Toute la route,j’ai écouté Thomas Leleu , son tuba puissant et subtilement mélodieux .

 Je me disais :
« Ah  Kurt Weill , quel bonheur !on l’a tant écouté avec le duo Coscia Trovesi,  mais comme le tuba lui apporte encore une couleur  nouvelle…
Les feuilles mortes ?perplexité : encore ! mais oui !encore encore…un son nouveau une émotion  nouvelle, par la gravité du son continu et mélodieux…
Il y a aussi les créations de Thomas à écouter particulièrement …

Quand je suis arrivée chez nous , le prunier avait sous la journée de soleil ,épanoui sa blancheur…



Michel m’attendait …

Et le  regard du chien…


Et le Molière de Mnouchkine qui était arrivé …




Choses de la vie , petits bonheurs



Une journée particulière …Ou ordinaire ?...


vendredi 1 mars 2019

PIAZZOLLA-PIAF : William Sabatier et Quatuor Terpsycordes



Impressions et connotations personnelles



J’ai déjà dit notre admiration pour William Sabatier, notre rencontre à Tulle en live  avec sa musique,  rencontre riche à la fois d’une émotion musicale  puissante et d’un   intérêt  culturel passionnant…,

Aussi à l’annonce de son CD qui comporte les mêmes interprètes, et   le même  programme, en particulier, Piazzolla « Five tango sensations » et  Piaf, «  les Hommes de Piaf », nous avons tout de suite décidé de le commander.
J’aime Piazzolla et  le Five Tango Sensations. Nous l’avons écouté encore et encore par différents interprètes , dont le mythique Kronos Quartet…
je suis fascinée par les titres des cinq mouvements, par la tristesse tragique de tous ces moments



Mais c’est  la création «  les «  homme de piaf »qui a mobilisé plus particulièrement
 mon attention, par une impression saisissante, parce que complexe / ambigüe d’une familiarité véritable, ancienne et personnelle avec cette musique ,  à laquelle se mêle un sentiment non moins évident d’étrangeté…
Et c’est cette impression première qui m’a entrainée  à une réécoute réitérée–  qui m’est certes coutumière !!!- mais qui  cette fois est encore plus « ostinata »que d’habitude !
Des titres à demi énigmatiques ou simplement allusifs : citations quasi exactes« Allez dansez Milord ! »ou retravaillés «  dans les pas du légionnaire » ,et « depuis  le coin de la rue là-bas » ou seulement suggestifs : « L’homme qu’elle aimait » laissant un espace  à ceux qui écoutent »Amateurs in Musica » , pour retrouver la chanson, ou les chansons ,  reconnaître le thème musical…et profiter de son interprétation de sa différence…
En écoutant on reconnait des phrases musicales  réinterprétées,  en même temps que  surgissent comme des flashes dans la mémoire des fragments de paroles  « il portait des culottes  … « la fille de joie est belle  »… « son accordéoniste, il ne reviendra pas » , «q quand …il me prend dans ses bras », « Mais vous pleurez Milord, ça, je ne l’aurais jamais cru »
Les phrases s’enlacent à d’autres ; on entend la musique qui se reconstruit dans notre tête d’un air  l’autre, différente, « pas tout à fait la même, pas tout à fait une autre », des instruments qui s’accordent et se répondent et le bandonéon  de W.Sabatier, la perfection d’un son à la fois mélodique , puissant et nuancé…
Des histoires, qui, au fil de la musique, renaissent en nous  en se  reconstruisant …
Car il s’agit bien de reconstruction « dramatique » aux deux sens du mot «  une tension d’histoire »  avec une situation initiale et un dénouement , que semble suggérer la composition et l’orchestration musicales des morceaux .
De la situation initiale, la rencontre de l’amour-passion, le visage de l’amour, multiple, au dénouement, tragique, toujours ..
Des exemples  remarquables comme « Au coin de la rue Là-bas » : mélodie harmonieuse sentimentale en début, tension progressive , accélération croissante , tristesse, destin : Il ne reviendra pas
Ou « mon  légionnaire »atmosphère initiale,  mélodie, tendre et lyrique, écrasante tristesse in fine..

 Donc  « dramatiques » aussi, au sens second du mot, ces dénouements, qui  sont toujours perçus comme tragiques, par des tonalités sombres et une scansion tragique de destin qui frappe l’amour  et le bonheur.
Et en cela la parenté de ton avec Piazzolla m’apparaît tout à coup flagrante, s’impose comme une évidence…les thèmes si  remarquablement marqués du style Piazzolla, infiniment mélodiques,  du chant triste et rythmé du tango ,et la gravité tragique qui me semble toujours les sous tendre de sa résonnance …

L’hymne à l’amour de Piaf et le Tango Porteno selon Piazzolla peuvent avoir parfois les mêmes couleurs…

Merci à William de les avoir pour nous si magnifiquement rapprochés pour les faire chanter …

lundi 10 décembre 2018

MA CHÈRE AUTO



En ces temps de crise où une taxe nouvelle vient frapper le diesel et touche toutes voitures, y compris la dernière, celle achetée en un temps où les voitures « à essence » se trouvaient si bannies qu’on se refusa presque à reprendre la nôtre , ce «  petit camion rouge » cher à mon cœur, recherché avec ma Nad la veille-caniculaire-  de son accouchement, et  acheté le jour même de la naissance  de notre Camille …
…En ces temps de crise, des voix s’élèvent pour manifester que de voiture et donc d’essence, on en a besoin pour travailler et se déplacer en territoire rural ou seulement  provincial .

 Remarques  justes et qui rejoignent le sentiment croissant   que j’exprimai un jour dans un post « Paris et le désert français »,  et ré exprimai récemment sous le titre « En étrange pays dans mon pays même », le sentiment d’une fracture entre notre mode de vie, accès à la culture inclus, et le mode de vie des grandes villes du pays, dont Paris est l’éclatante vitrine …
J’ai d’ailleurs, petit souvenir triste, récemment rencontrée une jeune femme sans voiture et sans permis qui ne réussissait pas à faire -à vélo !-son travail d’auxiliaire de vie…
Mais remarques qui pour moi ne suffisent pas à exprimer la totalité des aspects de mon (et je dirai sans doute notre) attachement à la voiture …

Attachement ancien, attachement partagé par ma génération, et même celle nos parents …
Attachement affectif profondément symbolique …
Je me rappelle la première auto que j’ai vu acheter par mon Père. Pour, lui c’était la première qu’il pouvait acheter après la guerre , ayant dû vendre la précédente pour une bouchée de pain (au sens propre) !
Sa joie, son impatience à nous emmener promener…, à la mer, ou dans presque  toutes les régions de France, pourvu qu’on puisse faire étape en quelque lieu peu onéreux.
Travailler, il y allait à vélo et cela, jusqu’au dernier jour de sa carrière …même si le vélo ne se résumait pas à cet usage…
Non,  l’auto c’était un plaisir d’enfant , partagée avec les enfants …


Quand j’ai rencontré Michel nos premières échappées belles se firent dans la 2Cv prêtée par son père.
De « son père », bien sûr, ma belle mère ne conduisait pas, elle dépendait pour ses trajets de travail de son voisin, mais vivant à Bordeaux, elle usait avec habileté du tramway, et des taxis payés par son Ministère des Anciens Combattants
Ce n’était pas le cas de ma mère, qui faisait autant de vélo qu’elle pouvait, et prenait le train ou « l’autorail »volontiers. Mais qui s’essaya désespérément à apprendre à conduire, et finit par  réussir, à avoir son permis « à l’usure » disait-elle .Elle conduisit toujours mal, et c’était preuve de mon profond attachement filial, et déjà peut être de solidarité féminine,  que de l’accompagner… Nous en éprouvâmes des joies partagées de sorties le soir au concert toutes deux,  même si le retour qui incluait manœuvre pour rentrer au garage, assombrissait quelque peu les derniers rappels de la festivité…
Pour moi donc, conduire fut d’entrée,  mères et belles-mères en étant exclues  comme la plupart des femmes de leur génération,  symbole d’émancipation féminine. Soutenue il faut le dire par mon Michel.  Outre un de nos premiers achats, « notre » Dauphine, à qui nous devons nos premières échappées belles à deux, nous payâmes sur nos très modestes premiers salaires, les leçons de conduite nécessaires pour l’obtention de mon permis.
Que j’obtins sans peine à vrai dire, tant j’aimais cette activité et m’y appliquais . Félicitations du jury ..à une restriction près : mes créneaux … « d’avant guerre » sic !

Conduire était d’ores et déjà un plaisir mêlé de tension appliquée et d’appréhension…
Si au fil des ans, la tension à diminué presque jusqu’à disparaître,  conduire reste pour moi symbole d’autonomie, voire de liberté. Plaisir de la liberté d’aller à son gré, que j’éprouve encore chaque fois que « je m’en vais »…plaisir de l’accélération répondant à l’invite, du bruit du moteur « qui grimpe »  en puissance…
Et ce fut l’achat de « ma » voiture, ma petite R4 blanche « très d’occasion », quand la petite Nadja fut là, qu’ m’on dut la conduire à « la nounou » et à l’école …voire au lycée ! Et bien plus tard,  aller à Toulouse pour l’accompagner ou, seule, pour m’échapper et  la rejoindre et partager un peu de présence et de complicité

 Autonomie dans la vie, projets rendus possibles …
 Et travail certes ! Si au départ mon Lycée était assez proche pour m’y rendre en vélo, avec cartable et duffle coat, klaxonnée gentiment au passage par les routiers, j’ai vite apprécié le gain de confort de temps de ma petite R4, et un voisin collègue en profita aussi,  largement … !
Et  plus tard,  ayant changé de travail,  j’ai dû « courir » la région pour animer stages,  visites d’écoles et de jeunes apprentis- maîtres. J’ai beaucoup aimé ces moments d’itinérance et de rencontres. Notre Chien Youp exigea,  à force d’aboyer dans notre immeuble en ameutant les voisins, de ne pas être laissé pour compte. Il vint avec moi et je crois les aima aussi, ces trajets.

Mon auto changea un peu de standing devint in produit plus raffiné, presque luxueux …Autobianchi Abarth rouge, très aimée !

A l’heure des petites filles on passa pour moi au « camion » (rouge encore, mais modeste, juste un « break »  au nom d’artiste : Picasso !) Un grand ami collègue s’étonna un peu moqueur de cette mutation de look : Mais j’ai choisi et bien aimé ce camion pour sa conduite haut perchée, et surtout, pour les couffins, les sièges- autos de bébé, les trajets écoles et nounous …  et quelques déménagements que leurs arrivées avaient rendu nécessaires !

Bref je suis comme attachée sentimentalement et symboliquement  à cet objet de la vie, mon auto, même si j’ai aimé et aime encore le train et le métro.

Et j’aurais (ou j’aurai grrrr) peine à m’en séparer !!!
Et même si elle devient ma « chère » voiture, voiture chérie, attachement couteux, attachement coupable !

Et j’espère que le progrès technique et les scrupules écologiques  me permettront d’en jouir le plus longtemps « possible »...




« Possible »  comme disait Candide du meilleur des mondes !







lundi 12 novembre 2018

La Grande Guerre : Des histoires de l'Histoire...



Curieusement, la guerre de  1914-18 pour des gens de notre âge, et pour nos parents, et peut être à cause d’eux, a toujours été  présente dans notre culture historique et familiale. Pourtant nos parents avaient subi la  guerre de 1940, et nous mêmes avons vécu l’appréhension de la guerre d’Algérie . Mais la Grande Guerre, c’était celle de 14-18 , et ses images très présentes faisaient partie intégrante de  notre histoire de France telle que nous nous la représentions .
 Nos deux grand pères ,  dont nous imaginions difficilement qu’ils aient pu être de fringants jeunes hommes,  paysans ou étudiants, amoureux, danseurs endiablés ou romantiques lecteurs, furent de ces poilus mobilisés . 
Mon grand père, dernier enfant d’une très modeste métairie, devenu de ce fait   cheminot de fraîche date, déjà trop vieux pour être de la classe 14, n’échappa néanmoins pas à la mobilisation générale , destination Salonique… ! et « Parrain », le grand-père de Michel, petit coiffeur de la rive droite de la Garonne, participa à l’interminable campagne de Verdun…
Tous deux demeurèrent toujours pudiques et discrets et se racontaient peu .
De mon grand père « Lexou », j’ai entendu plutôt ses récits de garde républicain, des souffrances occasionnés par la selle du cheval, de son travail d’ordonnance pour nettoyer les jupes de la colonelle ou pour cirer les bottes du colonel , ou pour faire la soupe, fines pelures de pomme de terre obligées, ce dont il garda toujours un savoir faire domestique , sans doute mi ordonnance/ mi paysan  !!!

Mais nous ne pouvions ignorer les sagas familiales, parfois spectaculaires, que nous racontèrent leurs femmes et nos parents,  pour l’un le long trajet pour le front de Salonique, la « Grippe » qui affecte durablement les oreilles... 
Et pour l’autre l’aventure de Verdun,  vécue de bout en bout , où il fut enseveli par un bombardement lors d’une attaque, et dégagé  in extremis par les camarades grâce à la pointe de sa baïonnette qui affleurait  ,  les gaz redoutés, et parfois respirés, et qui lui laissèrent une atteinte pulmonaire durable, et puis, toute sa vie, l’attente de la légion d’honneur promise , qui n’arrivait jamais, et qui ne lui fut remise que peu de temps avant sa mort….

Pour moi, à ces récits familiaux marquants viennent se joindre des histoires de personnages fictifs ou célèbres, dont romans ou  biographies romancées retracent le vécu dans la «  grande » guerre !
J’aime les récits, je ne peux me déprendre de l’idée que la fiction peut révéler certains aspects fondamentaux de la réalité,  comme d’ailleurs la Poésie peut en « donner à voir » des beautés  voire un sens caché…
Sans doute  ai-je hérité cette conviction de mon père, historien riche de savoirs et de sagacité, et prof, qui toujours prétendait que Victor Hugo et Alexandre Dumas avaient fait plus que lui pour la connaissance de l’histoire par ses élèves et le public en général...
Bref , j’aime  l’Histoire, j aime les histoires, et… les histoires de l’Histoire.
En ces temps de « commémoration » de la Grande guerre, et du centenaire de l’Armistice, j’ ai retrouvé avec un plaisir romanesque des « petits » livres, découverts au hasard de mes furetages dans des librairies,  « Petits » livres n’étant certes pas un terme dépréciatif, mais exprimant au contraire toute l’affection,que je porte à ces œuvres qui sans prétention émeuvent et nous parlent, tout en étant de surcroit  souvent remarquablement bien écrites.
Deux auteurs de moi inconnus…
Deux récits, de deux personnages touchants :







Le premier est le héros d’une série publiée en 2005 que nous avions découverte et partagée avec ma fille Nadja , de Thierry Bourcy, et son héros , « flic et soldat » dans la guerre de14-18, Celestin Louise .









Le deuxième personnage, est le héros du roman  « Les forêts de Ravel » qui a pour auteur Michel Bernard,  n’est donc ni un anonyme, ni un personnage de fiction , c’est un grand personnage, un musicien célèbre , Maurice Ravel .
Tous deux ont pour caractéristique leur obstination à participer à la guerre : Célestin Louise en tant que policier pourrait être cantonné à un service de police sur place à Paris même. Quant à Maurice Ravel, déjà écarté du service militaire par son état de santé, se trouve à nouveau refusé lorsqu’il se porte volontaire pour être enrôlé dans l’armée…  Avec une énergie désespérée, il  refuse de «poursuivre son existence comme avant alors que des millions d’hommes, riches ou humbles, humbles surtout, avaient été mobilisés pour défendre le pays. »
 C'est aussi ce que refuse Célestin Louise …

Le récit du combat de Célestin Louise , c’est vivre la guerre du 22ème de ligne dans la tranchée
Le récit du combat de Ravel , « ostinato », c’est le combat pour se faire incorporer dans les services auxiliaires.
Le récit de chacun de ces combats est mené dans une tension dramatique bien organisée , Célestin Louise reste policier même sur le front et la résolution d’un meurtre, donne à l’intrigue un surplus de tension.
Pour le combat de Ravel ce sont les obstacles rencontrés pour réussir à participer au combat général qui créent le ressort de l’action…

  Personnages complexes qui intéressent par leur choix , peut-être historiquement situé, mais qui nous interroge, nous qui avons tant aimé « Le Déserteur » de Boris Vian, et qui l’aimons toujours !

Le réalisme  des contextes évoqués autour d’eux est remarquable, le  talent d’écriture descriptive et documentaire, et sans aucun doute documenté,  nous « donne à voir »les lieux , les tranchées…
Qui donc êtes vous Thierry Bourcy ?
Le neveu d’un Joachim tué à Verdun en 1915 , un mois après être arrivé au front… ?
Qui êtes-vous Michel Bertrand ? Un natif de Bar-le –Duc ? Une terre que vous connaissez intimement  et où la guerre est incorporée à jamais ?

Je convie à ma commémoration personnelle un troisième auteur pour « Un long dimanche de fiançailles » : Sébastien Japrisot , dont le roman a été remarquablement mis en images et porté au cinéma par Jean -Pierre Jeunet .        Le héros en est une héroïne , Mathilde : son combat , refuser d’accepter que « Manech » son fiancé  soit mort sur le front de la Somme…et   gagner ce combat!
Ce film dont se souvient peut-être   Duponcel  en créant  « Au revoir Là-haut » , est, comme Au revoir là-haut, lourd de représentations des combats de tranchées fictives mais plus vraies que le vrai , remarquables,  auxquelles on ne pourrait  reprocher que leur splendide beauté : « Dieu que la guerre est jolie » !
Bouleversant le roman, bouleversant le film,  par la tendresse qui émane de multiples personnages à la présence évidente,  et plus encore par l’extraordinaire- et enthousiasmant- refus du malheur par l’héroïne !!




Merci à ces trois auteurs pour nous avoir offert dans l’horreur de la guerre ces visages lumineux !





vendredi 12 octobre 2018


LORENZO NACCARATO TRIO , impressions croisées de Michel et Françoise


 Je ne redirai pas ce que raconte si bienMichel, la fascination exercée sur nous par la musique du trio !
Et ce, depuis les premières rencontres déjà racontées, à Oloron, puis à Toulouse…
Je me conterais de  dire ce que j’en aime particulièrement :
En premier lieu le piano  de Lorenzo !
Une grande présence d’un  son remarquable dans son évidente virtuosité.
En concert, la présence  tout aussi remarquable, très expressive,du pianiste lui-même,   qui nous semble nous regarder individuellement et jouer pour nous !
 Une virtuosité diverse :  notes ciselées dans la légèreté précise d’aigus aériens ,  graves profonds isolés ou enchaînés avec brio, accords vibrants. Cette variété de tons fait q’on s’attache à la surprise de leurs déroulements : ligne claire développant un thème mélodieux ou reprise obsédante , ostinato, allant s’élargissant en puissance et s’ éloignant ensuite en se fondant « dans des lointains bleuâtres »
La contrebasse d’Adrien Rodriguez et les drums de Benjamin Naud tout aussi remarquables,  bien plus qu’un simple arrière -plan dressent une sorte de décor fantastique pour cette musique qui nous construit un étrange univers :
Au premier plan, le piano, pureté, ligne claire, ostinati inquiétants , parfois puissants…
En arrière plan, sons insolites , « bruits » parfois sublimés en « sons »,transes de batterie, souffles étranges, contrastes énigmatiques  …
J’aime le caractère « cosmique » de cette musique.

Michel:
 il y a la notion de "musique cinématique". Le mouvement, geste ou émotion est au cœur de l'album. Sous cette notion, ce choix musical, il y a une véritable vision du monde, une véritable philosophie. Pour ainsi dire, l'inspiration de cet album est quasiment mystique. Quelque chose comme une vision panthéiste du monde. La nature, qui est essentiellement mouvement, est perçue comme une réalité quasi divine. La musique en est l'expression de sa quintessence.

C’est encore en  cela  que j’aime le travail de Lorenzo Naccarato.
 Car  qu’il explique son projet ou crée les titres de ses compositions , il aime les mots comme un poète !Il joue avec leur étymologie latine : «  mouvement  et  émotion , « deux termes qui étymologiquement se rejoignent »écrit-il, termes  qui pour moi sont l’essence de la musique.. et c’est pourquoi j’ajouterais, puisque pour Lorenzo « tout est souffle »le mot « anima », le souffle de la vie et aussi l’âme !
Il aime pour ses titres des mots qui suggèrent des connotations « nova rupta », « shapes and shadows » « medicea sidera » «  osmosis ».
Si « le musicien soliste peut y construire son paysage musical » , l’amateur de mots et l’amateur naïf de musique que je suis,  le peut bien aussi !
Nova Rupta parle d’un volcan, mais aussi pour  le latiniste d’ « éruption nouvelle »
Pour moi , cette éruption est celle de l’émotion musicale, du dépaysement sonore, du jaillissement des formes et des couleurs de l’imagination !
…Le train d’Himalaya, l’osmose des couleurs le soir sur la mer, les silhouettes des coureurs olympiques  dans le clair obscur, et le blanc étincelant de la Sibérie qui vibre interminablement !!!

Nova Rupta comme les musiques qu’ on aime va vibrer en nous interminablement