dimanche 31 mai 2015

Le « voyager » selon ma Mère…


« Le voyager me semble un exercice profitable » Montaigne, Essais III,2 De la Vanité



Ma mère aimait sa maison de Dax, elle aimait y rester, elle aimait y régner !
D’autant plus peut-être, que comme tant d’autres de leur génération, mon père et elle avaient souffert après  la guerre, de ne pas trouver  de maison , ni même de logement assez grand  pour notre famille pourtant pas très nombreuse...

Elle avait donc pensé « grand » lorsqu’ils eurent assez d’ économies pour « faire construire ». Ils  consentirent  bien des sacrifices ( pour eux , et pour nous, ce qu’ils regrettèrent parfois !) pour  la bâtir, cette maison.
Elle en était l’Âme. Elle l’animait de son rire, de son chant , de son enthousiasme passionné et ses colères, de sa cuisine odorante et savoureuse, de ses fleurs et de ses animaux, des amis accueillis sans réticences…Bref, de son énergie à vivre, de sa force à entreprendre et à espérer, de son talent à aimer…
Mais pour autant qu’elle l’aimât, elle avait la passion de voyager, attirée sans cesse vers des désirs d’ailleurs …
Quand nous étions enfants , dans la Celta 4 de Payou, quand il eut une voiture, nous allions par la France, visitions les paysages et les monuments. Je n’aimais guère ces voyages où sur les belles plages crissantes de coquillages, on ne s’arrêtait jamais  pour se baigner,  et l’on  visitait  des églises ce qui me terrorisait (ma grand-mère m’avait conté Oradour avec force détails !)
Moi j’aurais aimé « séjourner »! Je fus comblée par le séjour de 15 jours qu’on fit à Paris chez  leur amie , fantaisiste, charmante, et rieuse quoique la vie ne l’ait guère épargnée…où je pus dévorer châteaux et musées…
Mais dès que nous fûmes assez grandes pour nous « garder »nous-mêmes, sous la responsabilité de nos grands parents, ils nous offrirent des séjours , à Nice, pour la convalescence de ma sœur, à la montagne (pour ma faible santé !), ou même à la maison, ce qui me comblait (piscine, copains et copines )…
.... et ils s’envolèrent (littéralement) pour les lointains pays que leurs livres d’histoire et de géographie leur avaient donnés à rêver…
La Russie, la Hongrie, l’Autriche, la Thailande ,l’Egypte , l’Angleterre , l’Irlande l’Ecosse…Que sais-je encore !!!!
C’est Mérotte qui « désirait »,  organisait, préparait, documentation , bagages, et même la liste du boucher pour ceux qu’elle laissait sur place….Mérotte qui se débrouillait à merveille dans ces pays avec son anglais scolaire et son « sens de l’orientation » !!!
Payou consentait , acceptait , lisait pour se documenter, partagé entre le désir de voir en vrai les monuments et les lieux de ses cours d’histoire et de Géographie , et l’angoisse de partir, de quitter son pays, sa langue ,et  même, quoique pour une moindre  part… sa maison …
Payou prenait les photos, et faisait au retour des montages avec musique de fond et un beau récit enregistré du voyage, bien construit et joliment écrit, qu’il lisait  de sa belle voix  de lecteur épris de lecture orale…
Mérotte s’y essaya une fois, mais sa belle voix de chanteuse s’avéra moins «  magnétogénique » et elle renonça désormais …

Dans ces périples en car, avion, bateau, elle contracta maintes fois angine,néphrite,  bronchite et pneumonie , dut être hospitalisée à Moscou…mais elle revint toujours prête à repartir sans appréhension ,( du moins à ce qu’elle nous en laissa voir !!!!) et ils repartaient !

En Grèce, l’année de mon bac, je fus invitée, et j’en garde un souvenir ébloui …je le fus aussi un an plus tard en Hollande et Belgique (je soupçonne aujourd’hui qu’ils choisirent d’aller moins loin, parce que nous étions trois ….)Je n’en ai gardé qu’une certaine déception de ne pas avoir vu les musées de peinture qui pour moi incarnaient la magie  des Pays Bas. J’avais aussi le cœur ailleurs,avouons-le ! j’avais déjà rencontré Michel et le laissai à Bordeaux…!

Quand je pense à elle, à eux aujourd’hui, je me dis qu’outre le grand bonheur de constuire  un fabuleux livre d’images vraies, légendé d’émotions et de souvenirs, c’était aussi pour elle le bonheur d’échapper au quotidien de la vie qu’elle gérait si bien, aux cuisines biquotidiennes, aux lessives , aux comptes…
C’était surtout  le bonheur des fugues à deux , des voyages de noce multiples qui  compensaient celui qu’il n’avaient pas eu les moyens de s’offrir…
Dans les derniers voyages entra sans doute en compte un sentiment qui se cristallise avec l’âge qui vient, le sentiment du « tant que c’est possible », le sentiment doux et déchirant du « encore une fois !»

Bonne fête Mérotte!!!

Je suis heureuse en pensant à vous aujourd’hui  qu’il y ait eu pour vous deux  tant de « Encore !!! »














                           





Bonne Fête Mérotte 

vendredi 1 mai 2015

En suivant Richard Galliano à Biarritz …et ailleurs si possibilités…!!!!


C’était donc à Biarritz, le soir du 26 Avril …



Pluie battante, quoique douce…

Ton gris de la mer , qui « levait » à peine…




Casino « Art déco » …


Richard Galliano avec l’ensemble à cordes de l’orchestre symphonique Confluences , sous la direction de Philippe Fournier

Une entrée Piazzolla dans la perfection de la simplicité…

Le concerto en la mineur de Bach, transcrit pour accordéon et orchestre, et la ligne pure de l’accordéon…

La Simple Symphony de Britten par l’orchestre seul, une totale découverte pour nous, bien présentée par Philippe Fournier…

La Valse à Margaux, sa création  « expliquée » avec une chaleureuse spontanéité par Richard Galliano…et la montée de l’allégresse Galliano…. !

Et la merveille d’Opale Concerto…que Galliano nous présente sans façon avec un rien d’humour, "bien connue"  par son 3ème mouvement , devenu New york tango  et… ! générique de P.J. !!!


Œuvre de commande pour un festival sur la côte d’Opale: ainsi Richard nous explicite-t-il le sens du titre…
Presque dommage , ce nom m’a toujours fait rêver par son mystère et le halo de couleur opalescente qu’il connotait….
Car j’aime tout de ce concerto :
Son premier mouvement vif, ample, et frénétique,  la douceur poignante du second , son thème mélodieux qui s’étire , se perd et revient…
Le 3ème , qu’il soit PJ ou New York Tango, « ce tango ostinato, obsédant,  comme une machine » (R.G) m’apparait dans son contexte comme une  remarquable conclusion , alliant la force du 1 et quelque chose de la tristesse du 2…

Et puis c’est la frustration des au revoir, la Javanaise partagée avec le public, traditionnelle connivence d’adieu, leTango pour Claude,  et le bis de La Valse à Margaux…

Quelque mots échangés, -chance !- avec Richard Galliano, banalité des propos, pudeur et timidité de part et d’autre et…
...Une promesse de se retrouver à Pau ! en Janvier…

Monsieur Galliano, nous avons rendez-vous avec Vous !

Et une fois de plus, je constate combien il est important pour nous de le suivre, comme de suivre quelques musiciens que nous aimons particulièrement…
Pourquoi ?

Pour revivre encore et encore le plaisir émotionnel  de cette musique , où entrent la tension du direct, éphémère et fragile, et l’anxiété légère que ce ne soit pas cette fois si réussi …et  le sentiment de la finitude de l’instant…
Comme chantait Claude Nougaro :
« Bonheur tu nous fais souffrir
De peur qu’tu te barres. » 

Il y a le plaisir de la variation, que l’on suit avec une intense curiosité au gré des formations différentes et des œuvres nouvellement crées ou interprétées ,le plaisir de la découverte d’une évolution…

Dans cette aventure où  nous entrainent nos musiciens d’élection, se produisent d’ailleurs d’autres rencontres et la découverte d’autres musiciens, d’autres instruments, d’autres musiques qu’ils ont su choisir, ce qui leur donne le pouvoir d’être des passeurs …

Ces variations tissent d’une manière complexe et raffinée une ŒUVRE, et c’est elle que nous suivons dans sa composition progressive : entre surprises de la nouveauté et des  différences, et sentiment d’une permanence, nous assistons à  la manifestation de l’évidence d’un style

Et au fond je me rends compte que si nous aimons autant à les suivre c’est, qu’au plaisir immédiat de revivre   la musique que nous aimons, se mêle aussi l’émotion esthétique d’assister, concert après concert, chemin après chemin(1), à la complexe construction de cette ŒUVRE…
Ainsi suit-on  de la même manière de livre en livre, de poème en poème, de tableau en tableau, les auteurs et les peintres dont on sent profondément qu’il détiennent l’évidence de la beauté qui nous prend au cœur .


De livre en livre, de concert en concert, de rencontre en rencontre, de variation en variation, ce que  nous aimons, c’est  cette permanence formidable que l’on attend avec anxiété, que l’on reconnait avec jubilation et dont on souhaite le recommencement…



(1): Je me souviens avoir suivi avec obstination la trace des Fables of Tuba!


mardi 14 avril 2015

Chango Spasiuk , un chamamé inspiré…



Nous l’avions l’avions découvert par son disque Pynandi

Nous avions rencontré sa musique en live à Trentels en 2010 et nous en étions restés fascinés

Et encore en 2011 à Tulle,prodigieux fil rouge , avec de prodigieux compagnons , Jean Luc  Amestoy, Lionel Suarez , Didier Ithurssary, Vincent Peirani.


Et quelque soit le plaisir d’écoute de tous ses disques, écoutés dans l’attente du concert,  le revoir  en direct, entendre sa voix et son chant , cette rencontre à elle seule, aurait mérité nos 600km de voiture jusqu’au festival de Bourg Saint Andéol …quelque remarquables qu’aient été les autres rencontres que ce festival nous a offertes!

 Je cite Michel :
  « Quitte à paraitre ridicule, on n'hésite pas à venir attendre l'ouverture des portes du concert une heure avant. Et quand il s'agit du Chango Spasiuk Quartet, forcément, pas question de déroger à nos habitudes. Chango Spasiuk, c'est le chamamé pur jus. Un alcool plutôt corsé. Tellement inscrit dans une tradition musicale qu'il nous en donne la quintessence.
Son quartet, c'est guitare et percussions, violon, guitare et voix, et bien sûr son accordéon-piano. Sans omettre de mentionner ce que l'on pourrait appeler une gueule qu'on n 'oublie pas. Il y a dans son comportement quelque chose du vates, le poète inspiré des Latins. Un intercesseur qui nous introduit dans un autre monde. Ailleurs !  Pendant une heure et demie…. »

« Yo soy de aqui ! » ainsi le proclamait-il en tête de son CD la Ponzona en 1995…
Et de sa terre on y entend le chamamé , sur sa terre comme des bruits de sabots, sur sa terre les pas des pieds nus des Pynandis, et  le vent, et le souffle des indiens guaranis, dans la respiration du soufflet…

Sa tierra colorada, rouge, vibre dans sa mélodie…son chant évoque son « infancia », « su pueblo, sa casa, sa soledad », sa musique chemine sur un camino a la fois  allègre et dansant parfois jusqu’à la transe, mais qui ne se départit jamais d’une sorte de mélancolie dans l’acidité en mineur de son accordéon et le son déchirant du violon…
 Mais s’il est inspiré de la couleur et des bruits de sa terre, de l’âme de ses Pynandis, et des cueilleurs d’herbe à maté, plus encore que les fois précédentes, nous sommes frappés et enchantés que s’affirme son style personnel. Les années lui ont  encore donné force,  une  présence remarquable …
Son quartet , la guitare et les percussions de Marcos Villalba, la voix profonde et la guitare de Diego Arolfo, et le violon superbe de Pablo Farhat offrent un nouveau relief saisissant à son jeu personnel, frénésie joyeuse  jusqu’à la transe , rythme « chamamé » toujours mais subtilement varié, effréné « terra colarada », dansant et allègre « Ivanco »,  ou chemin ralenti du « Camino » , ou scandé …

Et des  mélodies puisées à la tradition ou personnelles, des mélodies belles à pleurer, qui saisissent et enchantent
Et sous la transe et l’alegria une sauvage mélancolie… « La alegria que hace llorar »









Un style aussi personnel qu’inspiré !








Quand j’ai publié ses photos  Daniel Mille y a noté : j’ai joué avec lui  récemment !
Une rencontre à faire rêver : la soie de l’accordéon de Daniel et  la clarté un peu acide et déchirante de Chango, pour les deux la Mélodie souveraine , et pour tous deux la Nostalgie, qui toujours résonne dans le chant de « l’amour vainqueur et la vie opportune » !


dimanche 29 mars 2015

CHIN CHIN , le nouveau CD du Spiritango Quartet




 C’est un bel objet que ce CHIN CHIN,  où le disque comme dans les CD que j’aime, s’environne de photos   astucieuses qui suggèrent jeunesse, vitalité débridée, et complicité, et d’un super livret qui peut en accompagner l’écoute…

Un   CD qui  nous offre deux chemins pour l’écouter…
Un petit chemin nonchalant, où l’on s’abandonne au plaisir d’entendre les différents sons que l’on retrouve, l’accordéon de Thomas Chedal , le violon de Fanny Gallois, le piano de Fanny Azzuro, et la contrebasse de Benoît Lévesque.
Avec les surprises de l’nterprétation, de la variété des nuances, de la subtilité des intensités…
Le choix des œuvres, qui mêle des thèmes très connus (de nous) et des œuvres que nous ne connaissons  pas ou peu, permet à la fois de découvrir et de retrouver :




Il y a du Piazzolla aux thèmes familiers : Concierto, Escualo, Tangata..et Libertango ! et du Piazzolla plus inconnu : Chin  Chin ou même Kicho (entendu  lors d’un concert par le même quartet !)


 Des œuvres de compositeurs contemporains, inconnus, ou dont nous ne connaissions que les noms, trois  originaires de la patrie du Tango : Luis Caruana, Ramiro Gallo , Andres Linetsky ; et un compositeur Belge Fredéric Devreese,  que joue par exemple Manu comté avec son groupe Soledad…

Choix divers, qui permettent  de balancer entre  le plaisir de retrouver, Escualo, Kicho, Concierto , plaisirs délicieux, et celui  de la découverte  Chin chin ,stupéfiant de force et d’émotion,  presque jamais entendu…
 De toute manière , découverte  il y a toujours , car même pour les plus familières des œuvres choisies, il y a toujours  le plaisir et la surprise  d’en découvrir   une interprétation …
Car l’interprétation voyage entre fidélité et recréation personnelle…
Libertango ,  si familier si aimé, on en connaît si bien le thème… qu’on le sent bien sûr cheminer « masqué »dans la combinatoire subtile des variations, …mais c’est l’explosion de la re-création !

Kicho, «  on connaît  ! »c’est un hommage de Piazzolla à Kicho Dia.., mais « Benoît Levesque a réécrit la cadence initiale »..
Concierto para Quinteto, avec les solos des instruments… « Thomas Chedal a réécrit le sien, Fanny Gallois ornemente et Fanny Azzuro s’inspire de la partie de guitare ! »Mathieu Picard in the livret !
Tangata, « c’est le texte écrit »…. !

Mais cela, c’est le livret qui me le dit…Mais qui est donc Mathieu Picard ?

Car le deuxième chemin que nous offre le CD pour le régal d’écoute , c’est de lire le texte du livret comme un guide ,tout  en écoutant,…
Un guide pour mon oreille imparfaite et ma culture aléatoire…
Chemin plus ardu, où le texte donne à entendre…
Chemin où le plaisir est moins immédiat, mais survient quand se mettent en place, au fur et à mesure de l’écoute ( hum ! des écoutes !!!) , les découvertes successives. Comme une sorte de « composition d‘écoutes… »

 Pour érudits et raffinés que soient les arrangements et les compositions…
 Quelqu’ époustouflante que soit la virtuosité des interprétations de chacun des musiciens  du quartet…
Jamais on ne les vit comme gratuits, jamais ils ne font obstacle au plaisir de musique …au contraire !
La musique du quartet transmet toujours une puissante émotion spontanément ressentie, ainsi qu’une force vitale débordante,  à l’instar du « forte » saisissant  de Benoît Lévesque dans Abandoneando… 
Auxquelles vient se mêler  parfois, sans les entraver en rien, en particulier grâce au livret,  le plaisir intellectuel de percevoir sinon de comprendre   la complexité,  la variété des entrelacs instrumentaux, des emprunts culturels recréés, des alchimies d’interprétation…

Eh bien donc Fanny Y Fanny,  Mathieu, Benoît  …  CHIN CHIN  !

















mercredi 18 mars 2015

Galliano et S.Luc à Eysines, Une embellie entre des nuages…


Richard Galliano, ou l’audace tranquille..! car de l’audace, il lui en a fallu pour consacrer une œuvre au musette de sa jeunesse , un hommage à Gus viseur et à Edith Piaf, à la chanson française dans ce qu’elle a de populaire et de plus mélodique, en même temps qu’il consacrait un disque « sentimental » à des enregistrements de thèmes de jazz dans un studio américain avec une formation jazzy...(avec  un livret en Anglais ! Grrr !)

De l’audace, un magnifique talent , et une énergie magique…
Artiste de la pluralité, des « contrastes » ,  ou plutôt de La Musique dans son unité …et des défis personnels sans doute !
Et c’est sans doute pour goûter en live au plaisir de ce défi-là, que nous sommes allés l’écouter  à Eyzines en ce vendredi 13….de mars.
En duo avec  Sylvain Luc,  dont  nous avions découvert la guitare  par le disque et par sa participation à la musique de Vincent Peirani et de Daniel Mille, et que nous attendions de rencontrer…

Bien sûr, Eysines n’est qu’à 250 kilomêtres de chez nous, mais ce court voyage nous a coûté plus qu’à l’accoutumée…
L’ hiver c’est l’hiver... après un printemps mensonger et délicieux de quelques jours, la pluie froide et tenace est revenue,  de celle qui colle au pare-brise et  brouille la visibilité, sous un ciel bas et lourd qui pèse…..
D’énergie, voilà que nous avons failli en manquer , avec le temps , celui des météores, celui du temps qui passe,  avec les pesanteurs de la vie,  fût-elle pour le moment préservée du regard suspicieux des dieux jaloux …
Et nous nous sommes retrouvés à Eysines , une banlieue propre, ni défavorisée, ni hostile ou inquiétante, mais inhospitalière et comme sans âme, dans l’humidité et le froid pénétrant. Nous avons fait une longue queue…comme nous en  avons l’habitude pour être bien placés …mais celle-là , peu abritée  devant les portes de la salle, grands vitrages et hall carrelé,  nous a coûté aussi…
Une salle année 60, peu chaleureuse malgré le faux espoir d’un bar ou s’alignaient quantité de verres en cristal, qui  furent enlevés sans avoir servi…
Une salle froide au double sens du terme, bien que le public soit visiblement du genre averti, à l’instar de mon voisin,  le premier arrivé, un peu âgé, qui connaissant tout des morceaux , tout de leurs auteurs, et reconnaissait des phrases de Sati et l’œuvre de Jean Sauguet…
Une salle sombre qui ne s’éclaira que pauvrement à l’entrée des musiciens …


Et ce fut le concert !




Concert étrange, presque intimiste où les deux musiciens engagent un poétique duo, et qui se regardent plus qu’ils ne nous voient…

Un poétique duo où chacun inspire à l’autre une réponse, une reprise, un développement  ou une pirouette en harmonie ou en surprise …Où chacun exprime à sa guise, avec expression , parfois expressionnisme,  son propre ressenti du thème, et nous en transmet l’émotion…
 Profonde  émotion que celle des  amants d’un jour , chanson  épurée par l’absence de mots, et la toute puissance du chant des instruments …
Je l’avais écrit à l’écoute du disque :
 "C’est le plaisir sans mélange d’écouter le « Son  Galliano », pureté de la chanson mélodique développée dans sa ligne claire, nuances délicates des intensités,  jeu des variables subtiles ou virtuoses des improvisations, … une virtuosité qui semble n’avoir pour finalité que de se faire royale simplicité…
« La technique est importante à condition d’en avoir tellement qu’elle cesse complètement exister… »P. Picasso
Et c’est un  bonheur total  qu’on pourrait comparer à celui de certains solos si ne s’y ajoutait la superbe découverte pour moi de la très belle guitare de Sylvain Luc, acoustique, vibrante,  et le plaisir des ses notes  égrenées qui dialoguent avec les notes tenues de l‘accordéon,tantôt le soutenant, tantôt au premier plan assurant la ligne mélodique, tantôt s’associant étroitement avec lui…"













Et bien sûr, la présence en direct des deux musiciens , qui créent, ou peut-être improvisent ou semblent improviser, en tout cas réinventent  une version somptueuse de la vie en rose, est un plus grand plaisir, l’impression de partager leur musique .  
Constrastes entre graves puissamment amplifiés par le soufflet, et la ligne claire pure des aigus de la mélodie déroulée par la main droite avec une simplicité virtuose...
Le choix  des œuvres, la composition du concert, ouvert avec  Paris où «  ils montèrent pour leur musique » et se refermant avec Sous le ciel de Paris  sont proches de ceux du CD .
Mention spéciale peut-être au choix de Marguerite Monnot (Paris), et des Forains de Henri Sauguet...Aux introductions raffinées et pleines de surprises, des Amants d'un jour ou de La vie en Rose, et d'autres....

Mais avec en prime le cadeau précieux  des deux solos, la modernité et l’audace du son virtuose de Sylvain Luc pour son solo, et, une petite merveille que j’aime particulièrement,  le très beau Mélodicelli de Galliano,  si rare ! , je ne l’ai écouté que dans le CD Passatori avec l’orchestre de Toscane, ou celui du Libertango à Tokyo avec l’orchestra Camerata Ducale..

Son interprétation en solo par Richard ce soir  est un moment de bonheur absolu !

Et puis après deux rappels c’est trop vite la fin, la salle se vide trop vite,  le hall est froid, trop vite vidé lui aussi…Et, comme souvent, je m’obstine et nous retournons dans la salle. Et surprise, elle est maintenant un ilôt chaleureux où bruissent encore les échos des enthousiasmes et  du son de l’accordéon et de la guitare, laissés là sur la scène, attendant leurs "maîtres" qui sont là eux aussi, détendus , après la tension du concert , s’attardant auprès des fidèles…
Sylvain Luc …puis Richard ! nous font le plaisir de quelques moments d’échange dont la dédicace des CD ne sont que le prétexte , le témoignage qu’on regardera souvent d’un signe d’amitié précieux. J’échange aussi avec Gisèle Galliano, qui est là discrète, souriante et silencieuse, regard de connivence puis poignée de main chaleureuse…
Quelques mots… beaucoup de non-dits…Difficile d’exprimer tant d’admiration, l’écrire sur ce blog, c’est tout ce que  nous  pourrons  …

Et nous voilà repartis sous les nuages, dans le froid et la nuit….

Heureusement, on peut écouter encore et encore le CD, et beaucoup d’autres que celui-là appelle …

Et « en » écrire pour essayer de capter quelque chose de la magie éphémère… !





lundi 16 mars 2015

La vie et la fiction


Je ne parlerais pas de ce professeur remarquable dont les cours m’enchantèrent jusqu’à me faire aimer Balzac, dont il était  spécialiste, et  ce roman de Balzac, dont il se peut qu’il ne soit pas si balzacien que ça, Le Lys dans la Vallée
Ce passionné de littérature,  bon vivant par ailleurs , agréable et sans prétention, affirmait souvent , au détour d’une analyse qui donnait au texte ce caractère d’évidence à quoi l’on reconnait la beauté…il disait : « La vraie vie c’est la littérature ! »
Emus, nous souriions…

Je ne reviendrais pas sur une conviction que j’ai souvent en me passionnant pour telle ou telle fiction, qu’elle nous instruit sur la vie … A l’instar de mon père,  passionné d’Histoire et qui affirmait que Les Trois mousquetaires nous en apprenaient bien plus sur le règne de Louis XIII que ses cours d’histoire…
...Qu’elle nous instruit sur la vie telle qu’elle est,  et aussi telle que nous aimerions qu’elle soit, avec des flics justiciers, des  compagnons solidaires et loyaux , et des dénouements heureux …

Non, je pense simplement à ces personnages fictifs, qui nous paraissent si présents qu’ils nous semblent capables de nous apporter appuis et solutions…
Hier soir, une de mes amies , sur Facebook mais pas seulement, confrontée à une angoisse et un problème qu’elle ne résolvait pas,m’écrivait :
«  Il nous faudrait Rétancourt »…
Rétancourt , ce personnage créé par Fred Vargas, une force de la nature, capable de dormir debout appuyée contre un mur, de résoudre tant de problèmes par la force de son calme raisonnement , sans renoncer ou s’affoler… « Un arbre , une déesse nourricière … »

Et je pensais alors à l’époque où attendant une opération des yeux , bénigne en fait, mais que je redoutais terriblement, je lisais tous les romans dont  le héros était Cadfaël, ce moine anglais du 12eme siècle , grand lecteur d’indices à l’instar de Guillaume de Baskerville, le héros du Nom de la Rose , et de surcroit apothicaire et herboriste, qui me semblait capable de résoudre tous les maux avec sa sagacité et les simples de son « herbarium »  .
La lecture des aventures m’apporta alors  un vrai réconfort …

Et ainsi ,  de manière plus surprenante ,  car dans un registre évidemment plus grave , en fut-­il aussi du Docteur Rieux auquel Camus avait donné « l’air renseigné » et le pouvoir d’adoucir par une sorte de sagesse sans illusions l’angoisse de la vie …


Oui ! Les êtres de la FICTION parce qu’ils sont créés par ces démiurges humains  que sont les vrais créateurs de fiction, qu’ils soient classés « grands auteurs » ou « auteurs mineurs »,  EXISTENT pour nous,  et pour nous aider à envisager la VIE !!!


jeudi 12 mars 2015

Mais où est donc passée la Mérotte?

C’était ce matin , nous nous étions en train de nous éveiller , dans un  tiède demi -sommeil délicieux, dans cet entre-deux  incertain entre la nuit, et le jour qui perce sa ligne de lumière au ras du volet.
 Une image m’est apparue si nette qu’on l’aurait crue réelle : c’était l’image d’une paire d’espadrilles rouges sur une serpillère grise gaufrée bordée de deux bandes rouges, abandonnées devant une porte grande ouverte sur un jardin de printemps …

C’était la porte  de la cuisine de notre ancienne maison, notre maison familiale de Dax.
Et c’étaient les espadrilles « d’intérieur » de ma mère. Elles étaient quasi neuves un peu déformées déjà, portées en « groule » pour les « faire » !!!
Ma mère les avait laissées là pour ne pas les mouiller, appelée au jardin par une urgence, suivre la trace d’un chat ou de la chienne Choupette, repérer un oiseau qui chantait , surveiller l’éclosion d’un dahlia, d’une rose ou d’une fleur de bougainvillée, où un fruit juste mûri…
Elle avait dû mettre ses sabots garés au sec de la petite logette de bois construite par mon père, des sabots de bois avec à l’intérieur  une paire -vieille !-d’espadrilles, qui avaient oublié leur couleur…
..Et laissé en plan sur la table de la salle à manger ses copies en chantier, ou ses pluches sur la table de la cuisine, parfois même un plat à mijoter sur la cuisinière …

Et elle allait rentrer  le visage éveillé par l’air du jardin, animée des nouvelles domestiques passionnantes recueillies , en mangeant une pomme ou une pèche rencontrées , les meilleures qui soient …

Dans un look incertain, son tablier sans manches enfilé sur une vieille robe de « dedans », ou sur sa robe de chambre, avec sa mise en plis impeccable et ses cheveux soignés …
Elle allait rentrer et s’encadrer à  la porte de la cuisine dans la lumière du soleil de l’est….


Elle allait rentrer….