samedi 30 juillet 2016

Insomnie et poésie..une mouette...

Mouette à l'essor mélancolique
Elle suit la vague ma pensée
A tous les vents du ciel balancée
Et biaisant quand la marée oblique...

Une nuit , une des ces nuits qui cessent de dormir vers 4 heures et agitent l’esprit de préoccupations et d’ angoisses , tourne manège dans ma tête…je décidai d’y échapper en détournant  mon esprit de cet angoissant manège en l‘occupant par  d’autres pensées plus anodines et salutaires, penser au passé , exercer ma mémoire à  me souvenir du passé heureux , de ceux de ma vie personnelle , que j’ai aimés, les moments partagés…ou pas, ceux de l’histoire que j’ai vécue ou du moins connus, leurs noms …
Peut-être est-ce un bon exercice de mémoire, mais par la tension d’esprit qu’il impose,  ce n’est guère excellent pour retrouver le sommeil….Rien d’une berceuse ….
De l’idée de berceuse à celle de litanies, de litanies à prières, de prières à poèmes, j’ai soudain pensé a une anecdote racontée par P Valéry, un de ces « Ravis de la Poésie » que j’ai tant aimés…Il racontait donc, à l’appui de sa théorie poétique (j’ai oublié  où !!!), qu’un de ses amis amateurs de vers contraint de subir une ( petite j’espère) intervention chirurgicale sans anesthésie, essaya d’endormir sa douleur par la  puissance incantatoire d’une   récitation de poèmes …
…Que j’imaginais en alexandrins , ces vers dont le rythme s’accorde si bien à la respiration et au bercement …
…et de rechercher dans ma mémoire des vers porteurs de musiques qui calment, et c’est à Baudelaire que je pensai d’abord
« Cheveux bleus pavillon de ténèbres tendus…… »
Baudelaire…bien sûr !
Quel alexandrin pourrait mieux convenir au bercement mélancolique d’une insomnie tourmentée… 
« La mer, la vaste mer console nos labeurs… »
« Quel démon a doté la mer, rauque  chanteuse »
« Qu’accompagne l’immense orgue  des vents grondeurs
«  De cette fonction sublime de berceuse … »

Quel rythme, quelle harmonie vocalique pourrait mieux adoucir le souci qui me tient éveillée..
Ainsi  je me grise de la musique des mots …

Mais la musque des mots n’est pas  musique pure les mots se pressent en moi et évoquent… évoquent…
« Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres
« Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres
« Qui dégagent leur aile et prennent leur essor… »

Plaintes , angoisses, regrets…

Pourtant des vers baudelairiens il y en a de plus colorés , dont  l’envol léger allège l’angoisse de la nuit…
Par exemple :
« Mon enfant, ma sœur
« Songe à la douceur,… »
Mais oui ! le vers imper,  comme une tendre  balancelle,  suspendu, donne à respirer comme le souffle du premier sommeil…
Et conjure le calme …et parle de lumière surréelle,  propice à l’endormissement …
« Les soleils couchants
Revêtent les champs, les canaux,  la ville entière
D’hyacinthe et d’or….
Le monde s’endort dans une chaude lumière… »

La douceur pleine et la chaleur  des sons vocaliques  achèvent l’alchimie …
Mais bien sûr, des vers isolés ne font pas un poème, et je me prends à les réordonner et à retrouver ceux qui manquent pour faire un tout , l’objet poétique dans toute sa présence.

Et le vers impair de Baudelaire ne dit pas tout du vers « impair »…

Et voilà que je je me prends au jeu de retrouver ailleurs la douceur de ce rythme suspendu , je me dis Verlaine bien sûr  ,et je pense à la mer encore,  et à cette mouette fascinante, que Jan  Lundgren a su faire s’envoler dans mon imaginaire…

« Je ne sais pourquoi
« Mon esprit amer
« D’une aile inquiète et folle
« Vole sur la mer

« Tout ce qui m’est cher
« D’une aile d’effroi
« On esprit le couve au ras des flots
« Pourquoi , pourquoi ?

Me revenaient des groupes de vers, des lambeaux de strophes, et aussi des manques que je tentais de combler en me servant du sens …
Et je redécouvre l’évidence , ce que j’ai toujours su intellectuellement que la place des mots n’est pas indifférente, bien évidemment …
Et je tâche de replacer en  un puzzle magique, les poignées de mots qui se pressaient dans ma mémoire…en essayant le son, le rythme …


Mais cette mouette, cette mouette qui s’associe à la Mer, cette mouette qui me rappelle celle de Jan Lundgren, m’échappe, tant le vers  impair semble de surcroit irrégulier , tant la reprise des vers en refrain n’est pas forcément identique…
Quelle merveille que cette variation construise une telle sensation d’harmonie…
« Parfois si tristement elle crie
« Qu’elle alarme au loin le pilote…
Normal ? mais surprise !
« Qu’elle alarme au lointain le pilote ! »

C’est mieux car c’est autre ! et surprenant …

Au fil du temps…
Au fil des insomnies…
Au fil des vérifications diurnes…
Le voilà retrouvé !
LE POEME !
Et avec lui, la conscience émerveillée qui doit être proche de celle du musicien que le choix , la place, la couleur des mots, est orfèvrerie du sens , des sons, des  couleurs
« Quel pur  travail…..

Bien sûr , je préfèrerais dormir …mais je suis passionnée par ce travail de reconstruction, poétique et musical ; qui peut­­­-être s’apparente à celui du poète , voire du musicien ….

Moi qui n’ai pas le pouvoir de créer des poèmes, mais qui aime tant manier,  changer, déplacer ,et replacer  LES MOTS…
pour ma prose imparfaite….




vendredi 24 juin 2016

Galliano, Looking for Richard !

Il y a des années fastes pour nous,  de grandes  années Galliano !   où , grâce à une programmation de concerts plus proches de chez nous,   ces concerts sont comme les marqueurs de nos Quatre Saisons !
Ce fut le cas de l’année passée ! notre saison Galliano, commencée à Eysines avec  Sylvain Luc, où nous vîmes la Vie en rose dans la froidure d’une fin d’hiver s’éternisant,   et  puis exceptionnellement au début du printemps, dans le pays de Notre Océan, à Biarritz, avec l’orchestre symphonique Confluences… puis à la fin de l’été, dans nos Landes,  à Seignosse, avec le Philip Catherine Quartet,  puis à l’automne, àTulle  pour un Solo de Nuit de Nacre  somptueux,    puis à Noël, dans notre ville- même de Pau ! (merci à Fayçal Karoui ) deux Concerts du Nouvel An, et enfin  au début du printemps, à Orthez , si près ! comme pour boucler la boucle ,  une nouvelle Vie en Rose !

Entre les concerts, leurs avants leurs après, les quelques mots échangés à la fin, des rencontres inattendues et précieuses, comme à Tulle, à l’hôtel où nous nous trouvions logés , ou à Pau dans la salle du Zénith avec Gisèle,  le timide rendez-vous pris pour une date prochaine, les CD signés , et qu’on va écouter à « Oreille que veux-tu »et qui appelleront en réseau  d’autres écoutes d’autres musiciens … nous en retirions une sorte de douce familiarité presque amicale.
Comme aurait pu l’appeler comme l’appelait  Ken Loach dans son film pour moi culte avec Canto !!! une familiarité de « Looking for… »


…Et puis ce printemps, voire cet été,  voilà que RG s’échappe vers des ailleurs lointains, La Russie , la Suède, la Norvège , l’Allemagne, la Suisse ou la Chine…ou en France.., dans quelques hauts lieux de la musique , ou tout simplement des lieux dont la distance croît en même temps que notre âge !!!!! Et l’espoir du rendez-vous suivant, «est-il  déjà plus loin que L’Inde et que la Chine ? »Gallianooutai ?
Nous laissant quelque peu frustrés !

Mais  voilà qu’en Mars , puis en Mai,  sa présence  vient se manifester, à nouveau familière et multiple :
Dans les bacs des disquaires : deux CD !
Le Mare Nostrum 2, la deuxième Création avec Jan Lundgren et Paolo Fresu, et que dire qui ne soit pas de l’ordre des « ravis de la crèche »devant la sortie de cette merveille ? Sinon l’écouter et l’écouter encore….


Et presque aussitôt ,  sa venue  d’avance annoncée, et si j’ose dire orchestrée de main de professionnel,   le « Mozart » de Galliano avec Bernard Cervera, Stéphane Hénoch, Jean Paul Minali-Bella, Raphaël  Perraud, Sylvain Le Provost.
Que dire  d’autre que du subjectif que j’assume, à l’écoute de cette interprétation Galliano,  dont la limpidité simplissime découle à l’évidence de la longue maturation, du subtil dépouillement d’un projet qui lui tenait au cœur ?
Je dirai simplement ici que j’aime le choix sans complexe des « tubes » qui ont marqué notre connaissance de Mozart, La marche turque , que j’ai jouée (mal) que ma Charlotte joue(bien),La petite musique de nuit que j’ai écoutée (beaucoup), Le quatuor pour flûte et cordes que je connaissais en fait sans le savoir et  que j’ai l’impression de découvrir, une œuvre que je ne connais pas, le laudate Dominum auquel le bandonéon contribue à conférer cette gravité tragique que Piazzolla m’inspire toujours…
Et puis, la merveille des merveilles ! l’adagio du concerto pour clarinette mais remarquablement et respectueusement inséré dans le contexte de l’œuvre intégrale…auquel l’accordéon permet de restituer un peu des graves de ce « cor de basset » originel !


 De quoi nous distraire un temps de la frustration d’absence d’écoutes en live .. ?

De laquelle frustration,  tâche aussi de nous distraire notre Feu- follet Musicien , qui nous dit presque quotidiennement, « Bonjour à tous ! »  et « Retrouvez-moi » et même «  Retrouvez-moi en direct ! »
« Retrouvez-moi »…à 13h, « retrouvez-moi » dans 10mn en direct, dans l’émission « la grande Table de France Culture , « retrouvez-moi »  ce soir en direct sur France Musique , ou à 22h 30-minuit ! Classic club, Vous avez dit classique ?, top de l’album classique !

Il court, il court  sur les ondes …

et à la Fnac il donne un showcase dont la vidéo, d’abord promise, ensuite donnée par extraits…  s’avère remarquable dans sa totalité et nous permet de connaître en direct  Bertrand Cervera !

et il obtient le n°1 du top de l’album classique !

et son trailer de Mozart nous raconte l’histoire de son Mozart !

En dépit de l’absence, trop de présences ?
Non Non Non !!! car autant dans son discours que dans ses variations, Galliano  a l’art de reprendre le récit tout en le transformant …
Nulle trace dans ces interviews, nul emploi de ces « éléments de langage », préfabriqués,  que l’on sort systématiquement et mécaniquement  de son répertoire pour la promotion d’une oeuvre…
 Chaque entretien est un peu différent de ton et de contenu.
 Et, on ne s’en lasse pas  car c’est histoire de son Mozart et en filigrane ,  c’est son histoire de musicien qui transparait par flashes avec naturel et simplicité..Une réflexion à bâtons rompus  à l’occasion de ses propres rencontres, sur la Musique et son écoute…

…Mozart,  le choix des « Tubes »,  assumé, car il dit choisir comme un simple mélomane et c’est pour mieux jouer pour eux  ,cette épithète de mélomanes qu’il reprend et revendique à plusieurs reprises  me conviendrait bien si j’osais, parce qu’elle parle de goût passionné pour la musique ,et s’oppose a celle de spécialiste, mais elle implique encore pour moi trop de savoirs,  suggère encore trop de connaissances ,et en gardant la passion, je lui préfèrerais le joli terme  d’ « écouteuse », au masculin impossible ! ou celui d’ « amateur » au féminin esthétiquement impossible !
… Des amitiés musicales, Toots Tielemans, Bill Evans, Eddie Louis, Nougaro , Barbara, et les goûts si divers , « divagateurs »,  mais toujours passionnés  et riches d’une subtile appréciation musicale …
…Les compagnons de musique, Paolo Fresu, Jan Lundgren, Henri Demarquette que nous avons appris à connaître grâce à lui.
…Le projet « classique » qui ne renie ni le jazz, ni la chanson, mais qui se réalise «  à 65 ans –il le redit souvent -», enfin réalisé, le rappel d’une sorte de timidité ou d’humilité à aborder Mozart « apparemment facile, mais délicat, »  trois ans de gestation pour cet album…
…Son amour physique pour son Victoria, sa sonorité , son ergonomie , sa familiarité « sensitive » ou « sensuelle »l…
Mais qu’on ne s’y trompe pas, sa culture musicale, son savoir raffiné  sont ceux d’un grand musicien..nous le ressentons avec évidence et timidité, non -musiciens que nous sommes … et au passage, nous  apprenons…
… La place dévolue à l’accordéon dans l’interprétation de la partition, comme il l’aime, une seule note à la fois,  comme un chanteur*
…Le refus de l’idée d’ « arrangement » le souci de jouer la partition, en se contentant de distribuer les parties instrumentales
 … Ou l’existence du cor de basset et pour lequel  la partition originale était écrite et que l’accordéon de Richard interprète si bien…

Mais il faut l’avouer de toutes ces émissions que nous avons écoutées, c’est celle d’Elsa Boublil que j’ai préférée…pour sa qualité certes, l’enthousiasme et la précision de sa présentation,  mais  peut-être aussi pour ces deux confidences de RG, qui nous touchent particulièrement :
L’épisode de l’enregistrement  de Gisèle  avec Toots Thielemans , « J’étais en retard on s’était accroché avec Gisèle, mon épouse, mon épouse  depuis presque quarante ans… avec laquelle d’ailleurs depuis quarante ans tous les jours on s’accroche » il le dit avec du sourire et de l’amour dans la voix..et la mention affectueuse de Lili, «  magnifique » et des enfants , « le plus important dans la vie avec la musique, c’est la même chose… » « Ce sont nos recours… »

Bon ! trêve de frustration, nous en avons profité avec Michel « mon époux depuis plus de 50 ans !»pour réécouter bien sûr Laurita et Gisèle !!!
Et pour refaire un tour dans le passé de Richard et redécouvrir une merveille, son duo avec Jean-Charles Capon….Blues sur Seine,














et en particulier un morceau que j’adore, et qu’on ne lui entend plus interpréter  Laura et Astor




dimanche 29 mai 2016

Ma Mère ...les nourritures terrestres....et les autres!


Depuis tant de fois que ma soupe à la citrouille (faut dire que la citrouille, c’est un peu sucré et qu’il est bien de la faire revenir et fondre au départ avec  très peu d’eau..) que ma soupe à la citrouille donc  « a cramé [1]»... tant de fois aussi que la viande fut trop cuite…
…J’ai décidé d’adopter une autre stratégie ..

Car la  soupe à la citrouille (ou « Le velouté au potiron » !), j’aime bien !
J’ai donc mis en train les morceaux de la citrouille pour les faire « suer » avec seulement  très peu d’eau, et me suis installée à la table de la cuisine pour écrire , une table en cèdre très jolie quoique toute simple ,  ramenée du Maroc, et que j’aime …
Et j’écris au son de la citrouille qui fond, le nez en éveil…(car c’est l’un de mes atouts , le nez !, lorsque la vue a baissé , et peut-être l’ouïe !)

Et ce faisant , je pense à ma Mérotte, qui procédait ainsi, porte ouverte,  sur le coin de la table de la salle à manger proche de la cuisine ..
Car ,Elle, elle n’avait pas de bureau…
Le « bureau » , c’était l’espace de mon père très aimé !

Et que de cours elle écrivit  à la diable, dans l'enthousiasme, sur son cahier de préparations, que de copies  s’entassèrent corrigées une à  une , sur ce coin de table !

Ce qui n’empêcha pas,  un certain nombre de fois, que brûle le Pot !
Je revois ma Mérotte, une rieuse, passionnée, et coléreuse, jetant en râlant le contenu de la poêle à la poubelle, refusant  de trier le désastre, et d’écriant :
« Ah ! ma chérie !!! la cuisine , tu le vois ! Il FAUT S’Y TENIR ! »

Il faut croire qu’elle s’y tint souvent, car, en notre maison, on  mangeait bien, simple , savoureux … (et chaud le soir ! c’était son credo !)

Et ce, malgré tout le soin qu’elle mit toujours à s’occuper de ses chers élèves…





[1] « brûlé » en parler de chez nous !

De Mozart à Galliano , Coup de cœur pour le Chant d’une clarinette !


Ce chant, c’est celui de  la clarinette du concerto K 622 de Mozart, dont la découverte m’a durablement enchantée…
Mais pour être tout à fait honnête j’ignorais que ce chant fût inventé par Mozart, qu’il fût en la majeur op. K 622… !
Pour moi ce fut d’abord la musique bouleversante de l’Amour et du Désert, d’Out of Africa !
J’en restai saisie, je cherchai à l’identifier …
L’enregistrement de la musique du film n’existant pas encore, je cherchai le concerto de Mozart et trouvai un CD de l’orchestre Jean- François Paillard , qui me permit de l’écouter encore et encore à mon habitude ( et qui me permit de découvrir aussi un concerto pour flûte et harpe, dont les interprètes me semblaient connus…) .
 Je ne pouvais ni ne saurais dire aujourd’hui si les interprétations en étaient remarquables. Je ne puis qu’affirmer qu’elles comblaient mon attente, mon désir,  de réentendre cette mélodie pour moi sublime, comme me le permit aussi l’achat du CD enfin sorti de la bande originale du film, une très touchante musique de John Barry…

Il en est souvent ainsi dans ma quête buissonnière des musiques découvertes un jour au fil des rencontres , toujours d’autres musiques , d’autres instruments , d’autres voix …se découvrent….

Par la suite ma curiosité demeurait en alerte sur cet adagio, car c’était particulièrement  l’adagio …
Et, « en suivant » Galliano, puis un jour Vincent Peirani, il y eut Michel  Portal ! Certes ni dans Blow Up, ni  dans Musiques de Cinéma, ni dans Bailador, ni dans Thill Box, ni dans les deux concerts duos avec Vincent où nous eûmes la chance de l’entendre en live, l’Adagio  n’était de circonstance !!!…c’est sur You tube que je découvris son amour et son tourment , son obsession même, pour le concerto de Mozart !
Je regardai et écoutai les vidéos de travail et de réalisation, certes, mais le récit de ses tâtonnements pour moi resta lettre morte, car, totalement immergée dans la mélodie et l’œuvre, elle m’émeut à tel point que sa construction, sa mise au jour par les musiciens, je ne les perçois que peu…

Ainsi un jour où dans un très sérieux groupe de travail sur l’analyse de La mort aux trousses d’Hitchcock, en particulier de la remarquable construction de la fuite a travers le champ de maïs , je demandai , malgré moi  , étourdie, incongrue : «  Et après qu’est-ce qui se passe ? »
Faisant rire le distingué professeur, et les autres !!!
Relisant l’autre soir Les Animaux Malades de la Peste, je pensai : j’en détecte les somptueux agencements, le choix des mots, le rythme de l’enjambement , j’en déduis comme si je l’entendais la force de la voix dans le phrasé du vers …la menace policée du Lion, la douceur résignée de l’Ane …Mais tout parfois m’échappe dans la présence et l’évidence jubilatoire de ce texte …
Ainsi en est -il de l’ adagio de Mozart  dans la présence essentiellement prenante de la clarinette de Portal.




Alors quel bonheur de découvrir que Richard G l’aimait aussi ce concerto ,qu'il  l’avait choisi …
Quelle impatience de l’écouter, les présentations des teasers ne donnant à entendre que le Rondo à la Turque et la petite Musique de nuit…
Le CD acheté, J’ai écouté en premier le concerto, puis l’adagio !
Quel bonheur d’écoute !  je me suis dit :
 « Y a pas photo, c’est superbe ! »


Et puis ! : « Tu exagères, tu es complètement dépourvue de recul et de sens critique quand c’est Richard qui joue…. »
Pourtant la mélodie me paraissait  différente dans le chant de l’accordéon, plus profonde, plus ample, plus grave !



Et j’ai lu ce qu’écrit R.G...( je lis toujours les livrets, « amateuse » de  mots autant que de mélodie…)
J’ai lu le choix de la partition originale, écrite pour le Cor de Basset[1]… !
J’ai lu :…« le son de l’accordéon « Basson in cassotto[2] » se trouve sublimé !
C’est mon humble avis ; le partagerez -vous ? je l’espère … » R.Galliano

Ma réponse est OUI !

Merci  Mozart
Merci Richard !





[1] (j’ai cherché le sens dans le dictionnaire !

[2] (j’ai cherché le sens dans le dictionnaire !

samedi 14 mai 2016

Laurent DERACHE à Trentels, le pouvoir de sa musique....

Laurent Derache, nous avions  rencontré sa musique  il y a quelques années, en2012, avec un disque conseillé par un ami avec qui nous échangeons parfois nos trésors de musique…
Je me souviens de cette découverte comme si c’était hier !

« Mais j’ai d’abord écouté cette musique , je l’avoue,  quand Michel l’écoutait , -presque en boucle- avec un réel  désir de savoir,   comme font parfois nos élèves , attentive,  mais l’esprit ou surtout le cœur ailleurs …Sentant bien  l’intérêt de la composition du trio(accordéon, basse, et batterie) , du son de Laurent Derache , des lignes mélodiques …mais cela demeurait un plaisir simplement intellectuel, comme le Jazz parfois me donne …
Et puis l’autre jour , au soir d’une des ces journées que j’aime à appeler « calamiteuse », peut-être en souvenir de l’étymologie du mot , qui me suggère des « chaumes » mouillés et couchés par une  pluie  insistante et lourde. De ces journées à cumul de petits soucis, à petites déceptions en rafales, à horizon bouché de petites brumes…Ne trouvant pas le calme du soir , j’ai cherché mon recours habituel , la musique d’un CD…
Et j’ai rencontré Laurent Derache !
Et sa musique m’est tout d’un coup apparue d’une présence et d’une évidence saisissantes »


Et depuis cette musique m’accompagne , elle est devenue comme un certain nombre de musiques  , un disque « de chevet » …
Alors bien sûr quand on a la chance de l’écouter en direct , on essaie de ne pas manquer le rendez-vous…

ALORS, jugez de notre plaisir en découvrant qu’Anne-Marie avait programmé son Trio  à Trentels !

Et l’intimité de cette salle très peu éclairée, attentive à cette musique que nous attendions, j’ai retrouvée, intactes, mes impresssions premières, et plus encore, grâce la fréquentation familière que j’ai d’elle  ..

Retrouvant ce que j’avais écrit, je ne résiste pas au plaisir de me citer moi-même !

  «  J’ai pensé alors que j’avais jadis intitulé mon post sur Life of Venus : Laurent Derache Trio , « le pouvoir de la musique »…
 C’est effectivement une musique envoûtante, qui  capte  l’écoute et l’ émotion, qui joue sur  les nerfs ou la sensibilité.
  D’aucuns diront, ça me prend la tête, d’autres, -moi ! – sont captivés…
 Les thèmes que Laurent introduit sont superbes, très mélodiques, plutôt mélancoliques et  lancinants...Leur  structure est  une reprise « obstinée » d’un motif qui progresse par infimes  variations et décalages . Le rôle de la rythmique, la basses de Ouriel Eller et la batterie de  Martin Wangermee, scande remarquablement cette obsession, en en soulignant  les  variations…
 Il y a une sorte d’unité car tous les morceaux assez longs relèvent de cette même structure,  et  les thèmes se ressemblent tout en étant différents, mais toujours sur le même mode  mineur,  créateur du même climat, presque une incantation lancinante ou mélancolique.. »

Je ne résiste pas non plus au plaisir de citer « en impressions croisées » ce qu’écrit Michel du Style de Laurent
…(et d’emprunter ses photos comm'd'hab!) :







..."Ce n'est pas l'énergie ni l'inspiration qui font défaut. Tout au contraire. Mais cette inspiration est ici de type introverti. Un leader et deux compagnons qui le soutiennent sans faiblir. Un univers de recherche exigeante et incessante. Ici aussi un monde d'obsessions. Un univers fascinant. A chaque morceau, on a le désir de savoir où Laurent Derache va s'aventurer. et si l'on se réfère aux photos que j'ai publiées dans mon précédent article, on voit que sa posture est comme une signature. Chaque morceau est comme un face à face avec ses obsessions. C'est la marque, selon moi, de l'authenticité de son inspiration et de ses propositions. 



 Qu'ajouter ? 
Sinon : c'était à Trentels ...C'était Laurent Derache Trio...On était bien!!!




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samedi 23 avril 2016

MARE NOSTRUM II: les Variations Galliano

Une deuxième rencontre  Paolo Fresu, Richard Galliano, Jan Lundgren…et c’est un enregistrement magnifique …
Méditatif , un peu mélancolique,  couleur de rêve...
Une rêverie sur la mer…
Mare Nostrum , certes ce n’est pas ma mer , malgré ma fascination pour la culture latine.
 Mare meum, c’est l’Océan…
Et ce n’est pas sans doute non plus celle de Jan Lungren, mais c’est la Mer, l’Idée poétique de la mer, celle qui les réunit , qui nous réunit…
« J’avais la mer en moi, la mer éternellement autour de moi.
Quelle mer ? Voilà ce que serais bien empêché de préciser »
Henri Michaux
Cité par Daniel Goyone en exergue de Haute Mer

Ce que j’aime avant tout dans ce disque, ce que je trouve remarquable, c’est de retrouver si reconnaissables,  si inimitables , si beaux,
Le son de la trompette de P.Fresu,
Le piano de Lundgren ,
L’accordéon  de Richard G….

Prodigieux tous les trois,
Tous trois d’une présence égale ,
 Et tous trois si remarquablement accordés.

Pour moi, connotation subjective , c’est le piano de Jan Lundgren, qui installe  puis perpétue tout du long la merveilleuse , continue , éternelle,  présence de la mer …
« La mer , ma mer toujours recommencée ! »
Et sur cette présence la trompette et l’accordéon, en chorus successifs, ou  quasi enlacés presque à l’unisson, déroulent les lignes mélodiques belles à en pleurer…
 Sur  les rivages de cette Mer qui les unit, tous trois font chanter leur propre terre et leur culture peet leur vie intimes …
Jan Lundgren : son  «  Blue silence » ,  évoque pour moi « Man in the Fog »,et  l’homme de la photo du boîtier, enveloppé de brume et de mer poétiques .
 « Kristallen den fine » certes un trad. Mais dans une appropriation  marquée par le style et le piano de Jan lundgren…
Paolo Fresu  qui célèbre  la variation  les nuits,   son ami, et ouvre le livre d’un père Sarde…
Richard Galliano qui reprend , avec son talent particulier à réinventer , les thèmes qui ont accompagné et accompagnent, ,« Sentimentalement », sa vie : la lumineuse «  Aurore » de Love Day, la « Gnossienne 1 »(«Ô récompense après une « Pensée »… », « Gisèle », la petite Muse, déjà célébrée dès le New Musette, «  Lili » , la Petite Fille, dont le thème, mélodieux,  qui monte clair et triomphant, est aussi un peu déchirant.
La variation réinvente : par exemple La Gnossienne, ouverte avec une mélancolie aigue  de la tompette ,la Gnossienne  « Swingue » ! pour nous surprendre délicieusement.
Il en est de même pour  le rythme de Leklat , beaucoup plus enlevé  que celui des autres morceaux ,t qui donne champ libre à leur triple virtuosité…
Et je ne sais pas si l’admirable sérénité du final de Monteverdi « Si dolce é el tormento » relève du thème original, ou de l’Aria de Galliano ?
Dans tous les cas, les « commentaires » des autres instruments développent les thèmes , avec  la splendeur de leurs sonorités  remarquables : la mélancolie un peu déchirante de la trompette de Fresu, la piano rêveur  et aérien de Lundgren,  la ligne  pure, pleine , lumineuse de l’accordéon, tout en atteignant une sorte d’unité non moins remarquable.
Unité qui atteint une sorte d’accomplissement lorsqu’ ils interprètent magnifiquement , parfois à l’unisson du piano et de l’accordéon, «Si dolce é il tormento »  de Monteverdi, entendu à Toulouse la première fois et que nous désirions  toujours  réécouter…
     C’est fait , et c’est grand bonheur… !

« Si dolce é el tormento »,quel  titre final conviendrait mieux d’ailleurs à cette œuvre, où  toujours,  la perfection de l’accord entre les musiciens , la perfection mélodique, demeurent comme voilées d’une ombre : inquiétude , mélancolie douce, sentiment de fragilité ?
Pour moi cette tonalité connote de manière forte et spontanée, justement, les rivages de la Méditerranée …
Comme un écho de la Tragédie,de  la force tragique du soleil,
« Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume
Et quelle paix semble se concevoir »…

…Mais aussi  l’Océan infini, et finalement  La « vaste Mer »,   toutes les Mers… !

…Comme «  La mer, la vaste mer…
MARE NOSTRUM  console nos labeurs »
…….« Fonction sublime de berceuse » !



mardi 29 mars 2016

Richard Galliano et Sylvain Luc à Orthez, les délices de la variation



Tant il est vrai d’un concert :« qu’il n’est, chaque fois, ni tout à fait le même ni tout à fait un autre… »

Et qu’il nous paraît vain de dire : « ce concert je l’ai vu » comme l’assurance d’un savoir achevé, ou pire, épuisé ! comme on dit parfois « ce livre, oui, je l’ai lu… » « Marrakeh je l’ai vu, » ou pire, comme certains disent : «  j’ai fait l’Italie »… !!!

Tant pour moi le critère des livres, des poèmes, des lieux  fondamentaux de ma vie , est que leur lecture en appelle la relecture,  comme certains lieux le besoin du retour….Volver !
Donc pour être allés un soir à Marciac au concert  de Galliano « La vie en rose » avec Winton Marsalis  , pour avoir acheté et écouté en boucle le CD enregistré avec Sylvain Luc, et être allés un soir bien froid de mars à un de leurs concerts à Eysines , une banlieue de Bordeaux qui nous parut sans charme , et où malgré tout nous nous sommes précipités!


Orthez , c’est presque chez nous, à mi-chemin entre les Landes chères à mon cœur et les Pyrenées où nous habitons , c’est une petite ville qui tente des projets culturels, de jazz en particulier, et résiste de son mieux aux restrictions budgétaires, une ville sympa…
  Un beau concert, où  du « même » bien sûr il y eut :
«  Le plaisir sans mélange d’écouter le « Son  Galliano », pureté de la chanson mélodique développée dans sa ligne claire, nuances délicates des intensités,  jeu des variables subtiles ou virtuoses des improvisations, … une virtuosité qui semble n’avoir pour finalité que de se faire royale simplicité…
« La technique est importante à condition d’en avoir tellement qu’elle cesse complètement exister… »P. Picasso 
"Et c’est un  bonheur total  qu’on pourrait comparer à celui de certains solos si ne s’y ajoutait la superbe découverte pour moi de la très belle guitare de Sylvain Luc, acoustique, vibrante,  et le plaisir des ses notes  égrenées qui dialoguent avec les notes tenues de l‘accordéon, tantôt le soutenant, tantôt au premier plan assurant la ligne mélodique, tantôt s’associant étroitement avec lui…"
Profonde  émotion que celle des  amants d’un jour , chanson  épurée par l’absence de mots, et la toute puissance du chant des instruments …
Le plaisir du duo où chacun inspire à l’autre une réponse, une reprise, un développement  ou une pirouette en harmonie ou en surprise …Où chacun exprime à sa guise, avec expression , parfois expressionnisme,  son propre ressenti du thème, et nous en transmet l’émotion…"

 Mais le « même » dans un concert très sensiblement « autre »…

Le concert d’Eysines se déroulait dans une salle froide,




... même si le public en était visiblement conquis , une salle assez obscure , les deux interprètes assis , posture insolite pour Galliano,  face à face, peu éclairés .


 Il en résultait l’impression d’un concert étrange, presque intimiste, où les deux musiciens engagent un poétique duo, et se regardent plus qu’ils ne nous voient…





A Orthez, la salle est chaleureuse, comme un peu décontractée, un public bon enfant d’après midi, auquel se mêlent les élèves de l’école de musique, qui se sont produits avant le concert. Les  deux musiciens, tout en laissant paraître leur forte connivence, sont plutôt face à nous , et Galliano debout, nous communiquant, comme souvent, sa force d’énergie…











Si le concert commence comme le programme du disque par Douce Joie de Gus Viseur , puis me semble-t-il Les amants d’un jour, et  l’accordéoniste, son déroulement intègre aux incontournables mélodies d’Edith , de Gus, de Sauguet, de Marguerite Monnet,  des variations : il y aura Le tango pour Claude , la Flambée me semble enchaînée à Indifférence , il y a aussi l’invitation impromptue de Francis Lassus, batteur remarquable, qui annonce Les forains ! et entame avec Sylvain L’hymne à l’Amour !
Il en résulte une sensation un peu euphorisante de liberté, d’improvisation,  à laquelle s’ajoute par la proximité du premier rang, une impression de familiarité, d’un échange direct et immédiat  …




Surtout que chaque morceau, chaque thème d’Edith  Piaf rencontré, donne lieu, pour le magique effet de la surprise, à des improvisations où, de l’un à l’autre, le thème s’offre, s’échappe, de cache, et se retrouve…
Les musiciens semblent vivre et faire vivre des bonheurs multiples !
Bonheur  de jouer  et de jouer ensemble…
Bonheur de développer des chemins divagateurs éblouissants de virtuosité et de variation de ton et de mélodie, qui toujours finissent par se rejoindre...
Bonheur de s’écouter …
Bonheur  de partager, Richard et Sylvain,Richard Sylvain et Francis Lassus, Richard Sylvain et Nous … !

D’un concert l’autre, ce fut, ce soir-là, comme souvent, le délice de la Variation !

 Les « Variations Galliano » !





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