dimanche 22 juin 2014

Bipolaire….c’est tendance !!!


Ma mère disait (au féminin d’ailleurs, hum ???) : » Elle est journalière »
L’épithète pouvait  concerner  l’humeur,  mais aussi l’éclat du teint, le contour des yeux , la fraîcheur du visage…
Dans ce cas, elle s’associait à : « Elle serait jolie, mais … »
S’il s’agissait de l’humeur, elle ajoutait « Elle a ses jours ! »
 Plus tard j’ai adopté l’idée de « cyclothymie », l’image d’un cycle dont je n’étais pas  forcément maîtresse, convenait à ce que je ressentais …
Plus le temps a passé plus ma sensibilité aux météores s’est accentuée, le passage à  l’hiver le lent et inexorable déclin des jours, la chute des feuilles  donnant aux paysages un aspect pourrissant puis terne,  la pluviosité interminable du printemps qui occulte l’allongement des jours, tout cela cyclique, ou non, a commencé à me peser !
 Seul l’hiver finalement me convenait qui dégage magiquement la structure des arbres s’élevant vers le ciel, et qui parfois offre les métamorphoses de la neige…

Puis l’été… avec la mer, elle était retrouvée, quoi l’éternité ? « C’est la mer allée avec le soleil ! »





C’était classique, c’était païen, c’était Vertumne, le Dieu aux deux visages , c’était Démeter et Chorée…
Et puis voilà qu’au fil des ans, s’installe en moi une humeur « journalière »…
Devrais- je me réinstaller dans l’épithète maternelle ?
 Non ! non ! heureusement on a découvert… la bipolarité !!!!
Dans les conversations, les médias, les polars, les revues plus ou moins « psy »  court le …bipolaire !
Bipolaire suis-je  donc ? sensible aux météores, plus dynamique quand j’ouvre mes fenêtres au soleil du matin, ravie de contempler le ciel du soir de solstice…
A tous les vents des émotions balancée, un sms de Chacha ,  le partage d’une analyse littéraire , ou d’une émotion musicale , la danse de Camille , un coup de fil dialogue riche de cette philosophie qu’ont parfois les enfants, une blague complice avec ceux que j’aime, , un petit chat du soir avec Nadja,  une fugue à deux avec Michel vers un concert,  un concert parfait, une rencontre d’après concert, un message amical , une belle histoire lue ou relue , vue ou revue, un beau texte, un tableau saisissant…
….Et au vents contraires de l’angoisse du temps qui passe, de la peur de la maladie , de l’anxiété pour les autres et de l’autre, perçue et ressentie comme  ce petit vide au creux de l’estomac qu’on appelle inquiétude…
Et voilà que c’est une vraie maladie pandémique !
L’humeur sociale est bipolaire, les gens fêtent la musique, 

...et mangent mangent …sortent au soleil , se ruent dans les cafés et les restaurants et mangent mangent , filent  se balader dès le WE venu, et mangent mangent, sous l’ironie de Michel , «  c’est la crise ! »
Les infos politiques ramassent à la pelle les exactions, financières, les trahisons fratricides, les fermetures d’entreprises, les impuissances du pouvoir…
Et si les Bleus gagnent s’élève une allégresse,  candidement orchestrée par les medias qui avaient pourtant  du même élan analysé, pronostiqué le ratage, le sombre cynisme, le scandaleux, le pire…

 Et voilà que le climat lui-même, le climat de nos régions tempérées, se met à l’unisson, à son tour bipolaire ! pluies froides et serrées,  froids brusques de Saints de glaces à toutes  dates, soudain jours chauds, lumineux, presque caniculaires… on range les doudounes pour les ressortir, les filles sortent leurs jolies jambes pour les revêtir en hâte…
Vertumne est à  nouveau le Roi de la météo du temps et des humeurs…
Doit-on le honnir ? « Qu’il se casse ! » ou le vénérer pour  qu’il se nuance …. ?

Ou s’accommoder nous mêmes de l’Incertitude, qui, si elle marque nos jours du sentiment de la précarité du bonheur, peut nous promettre peut-être  en revanche la précarité du malheur ?


lundi 16 juin 2014

Les bonnes blagues de mon père


Mon père avait une sorte d’humour qui découlait d’une espèce  de détachement, de doux scepticisme à l’égard de la vie. Bien que  très impliqué dans son travail, très passionné par l’étude de l’histoire et la géographie de notre pays, très  convaincu des valeurs de la république, très soucieux de ses deux filles et de sa femme, il était toujours sensible au doute,  enclin  à ce détachement qui lui conférait une aimable indulgence à l’égard de chacun, et un pessimisme sans amertume, un agnosticisme général….
Mais s’il était ainsi animé d’un certain  humour, il était totalement nul en blagues ! On dit parfois : « Elle est nulle, ta blague ! » mais c’est après avoir rigolé, gêné qu’on est en fait d’avoir ri !
Tandis que les blagues de Payou, si elles nous émouvaient par son côté gamin à les faire, ne nous faisaient jamais, mais  jamais rire vraiment …
La quasi absurdité de l’affaire, c’est qu’alors que nous nous n’y pensions jamais, il était attaché  je ne sais pourquoi au rite du  Premier Avril et ne manquait jamais de nous  fabriquer une bonne blague à cette occasion!
A laquelle on ne croyait jamais !

Et pourtant il y en eut une qui fonctionna pour moi extrêmement bien, trop bien !!!!
C’était la blague, sans malice ni originalité, du LION D’OR !
C’était  à l’époque de la première enfance, j’étais remuante, adorais la fête, les sorties, en famille ou avec des amis, surtout celles du soir, surtout celles des superbes soirées, tièdes et rosées du solstice, quand par chance il fait beau et chaud…
Et alors qu’il rentrait du travail, et se disposait à se livrer à d’autres occupations passionnantes, lire, écrire par exemple, ou jardiner, je les harcelais, ma mère et lui :
 « On va promener ?, on va quelque part ? »
Ma mère, fermement et patiemment, expliquait qu’il était temps de se reposer, de se coucher de bonne heure, ….mon père éludait en général, courageusement !, courait se réfugier dans le site protégé de son « bureau », la plus belle pièce de la maison… !

Sauf un jour, un jour où il eut ce petit plissement des yeux dont il convient de se défier. Il finit par dire :
 «Eh bien Oui ! On va y aller !
­-Où ? ­
­ ­-Au Lion d’Or ! »
Et  je ne me défiai pas, et, plissement des yeux ou pas, je marchai ! 
Ce fut une aventure cruelle quand les préparatifs, l’attente excitée, me firent peu à peu comprendre la traitrise de la blague…Je crois bien que j’en pleurai !!!

Et qu’Au Lit, je ne Dormis pas tout de suite !
Nous en avons souvent parlé et ri ensuite, avec de ma part toujours une ombre  de rancune, et, de la sienne, un soupçon de confusion, de l’avoir trop bien réussi cette fois, sa BLAGUE !!!
Cette envie des soirs d’été, je l’ai toujours, je comprends mes « Petites » qui l’ont, et  je leur raconte parfois la traîtrise de mon Payou…. !


mardi 10 juin 2014

Richard GALLIANO à Foix, un époustouflant SOLO…


Le solo est certes un exercice  singulier et saisissant …
Plus qu’un chanteur que l’orchestre ou un instrumentiste accompagne, cet homme seul en scène avec son accordéon embrassé, semble nous inviter à un face à face intime et tendu…
C’est un concert singulier sans doute pour lui, mais aussi pour nous, écouteurs passionnés qui concentrons toutes nos attentes sur celui( ou celle) qui va jouer pour nous .
 Il se trouve, mais est-ce un hasard, que les solos  finalement assez  nombreux auxquels nous avons  assisté, l’étaient toujours  de musiciens qui nous sont particulièrement chers, Bruno Maurice, Philippe de Ezcurra, Renaud Garcia- Fons,  et bien sûr Richard Galliano.
 Et chaque fois à notre impatiente attente, se mêle comme une implication personnelle, un peu d’angoisse ou d’anxiété, la peur que ce ne soit pas aussi bien qu’on l’attend, aussi bien que la dernière fois, aussi bien que notre mémoire en garde le prégnant souvenir…
Et c’est sans doute aussi un exercice singulier, périlleux et fragile,  pour l’artiste qui porte seul  tout le poids de ces attentes …

Ainsi d’ailleurs l’avoua avec un peu d’ humour  et beaucoup de simplicité, l’ homme modeste au bel accordéon noir , vêtu de  noir , entré sur une scène noire et sombre …
Il ne l’avoua qu’après trois morceaux très beaux, enchaînés sans un mot …trois morceaux chargés de force magique, trois morceaux que nous aimons, Habanerando, Tango pour Claude, Fou rire…
« -J’étais un peu stressé comme à chaque fois, de ne pas y arriver…mais ça va, je suis en forme, je crois … »






Et en forme, oui, il l’était !
Tout, il y eut tout, tout, tout, dans ce Solo de Richard Galliano  a Foix…

La virtuosité extrême et son aboutissement suprême, l’évidence de la simplicité…
L’art des contrastes,  puissance et la légèreté, l’émotion et l’allégresse,
Le swing et la mélodie


Et la créativité inspirée de l’ improvisation sur les thèmes familiers que l’on aime et qui chantent dans nos têtes et que l’on aime retrouver, puis perdre sur des chemins qui divergent pleins  de découvertes et de délicieuses surprises avant de  revenir chanter familièrement …

ô Indifférence ! et Libertango , et Gelsomina selon Galliano ! mais aussi les Galliano de toujours, réinventés délicieusement, New York tango, Sertao ,la valse à Margaux, Barbara, et aussi cette Javanaise traditionnellement fredonnée avant  de se résoudre à se quitter…

Et l’humanité d’un musicien qui avoue son stress à mener à bien mener son Solo, qui affirme encore une fois sa fidélité à Nougaro et à Barbara, et le dit  en musique sur un Tango pour Claude ou en3 p’tites notes, sa  fidélité à ses racines « Musette », splendidement réinventées, sa fascination pour les  musiques d’Ailleurs , qu’il avoue avec modestie ne pas pouvoir   jouer aussi  bien que les musiciens d’Ailleurs…
Tout,  même son accueil simple et chaleureux à notre égard, les « adorateurs fidèles » et obstinés,  à l’issue du concert !
 « Epoustouflant », a dit notre vieil ami Pierre, musicien modeste et inspiré, remarquablement ouvert à toutes  les formes de musique.
ET il restait là ,assis, subjugué…

Tout, Tout...! jusqu’ à l’atmosphère de cette salle de « L’Estive » , relativement grande mais encore intime, pleine, chaleureuse…à l’acoustique remarquable… Une sorte de simplicité de l’accueil, de  la présentation du concert, de l’éclairage de scène justement dosé, du son justement ajusté…
Une sorte de simplicité du personnel, un empressement à accueillir avec gentillesse.
Une sorte de simplicité dans l’enthousiasme vibrant manifesté par le public…

Tout oui tout, … peut-être ajouterai-je les échanges avec Martine C , qui accompagnait RG et qu’une responsable de l’accueil m’a permis de rencontrer ce soir, qui ne furent  pas étrangers à cette impression de communication chaleureuse, éprouvée tout au long de cette soirée,  et dont je la remercie.

Tout un contexte qui contribua encore à l’intimité du solo, l’impression de face à face, l’impression que Richard Galliano jouait  pour nous, et percevait  chacune de nos vibrations…




 Et quand je resonge à cette soirée, outre le plaisir parfait du concert, partagé de surcroît avec nos amis aficionados de Richard,  je reprends  confiance en l’existence de moments  culturels  dans notre  Province…Existence dont  parfois je doute, tant Paris et sa couronne ( !!!) et les grands show-parisiens ! - du Sud Est, me semblent attirer et concentrer tout l’art du monde…
( Et ça, depuis Molière : « Car  Il faudrait être l'antipode de la raison, pour ne pas confesser que Paris est le grand bureau des merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit …") !!!!

Des solos, ceux de Richard Galliano en particulier, j’ aime l’attente un peu inquiète.



 Ces rendez-vous longtemps attendus, « Face to face » , sont des moments   de grands bonheurs  musicaux …

Bonheurs ambigus, parce que toujours trop courts ,et qu’on les quitte avec le seul désir qu’ils se renouvellent bientôt !!!!



dimanche 25 mai 2014

Ma mère tout ce que je sais d’elle…


Nous étions assis  tous deux en train de souper et je dis à Michel avec ce curieux pincement au  cœur qui jamais ne disparaîtra :
«  Tu te rappelles ces cuisines que faisait ma mère , pas exceptionnelles mais quand même un peu raffinées , un peu extra-ordinaires , le pâté de lapin, ou le cervelas , ou la poule désossée farcie…je ne sais pas le faire… 
Et je l’ai senti ce tout petit sanglot intérieur de l’irrémédiable, «  je ne pourrai plus le lui demander … »
Alors je me suis laissée glisser dans la pensée douce de tout ce que je sais d’elle , de tout ce qu’elle m’a appris…

Faire la cuisine tous les jours, pour elle , gourmande, et pour nous, « parce qu’il faut du chaud » De la cuisine au quotidien , simple et raffinée…Choisir  dans des livres de référence une recette projetée, puis en réajuster ingrédients, proportions à sa guise …et la réussir !
Réécrire à sa manière les recettes ...

Aimer les chats, les chiens, les oiseaux, s’intéresser à leur vie, observer leurs comportements, les caresser de la voix et de la main…

Rire parfois follement…

Chanter aussi bien Carmen que Rina Ketty et Joséphine Baker…ou Georges Van Parys…

Témoigner une authentique sympathie, assortie d’une sorte de respect, aux « gitanes nomades  qui venaient régulièrement quémander un peu d’argent, ou du linge et des vêtements, et qui lui « vendaient » en échange d’horribles torchons et serviettes dont nous nous servions ….

La passion d’enseigner, une sorte de créativité à inventer les manières de le faire , une fantaisie divagatrice  à changer de public si nécessaire ,et le plaisir d’y réussir….

Le goût des gens à qui on perle et qui sont si intéressants ….parfois !!!

Une propension à contempler les choses du monde, les fleurs, les ciels, et les paysages, les beaux monuments des hommes, et puiser dans ce regard la joie d’exister …

Le bonheur d’être femme et mère…   un féminisme déterminé pour elle inhérent au progrès qu’elle croyait historiquement en marche !

La fidélité au premier amour

L’engagement dans les valeurs de l’enseignement, de la république …
L’obstination à aller  voter  en dépit de tous les  doutes politiques ,pour la démocratie et  «  parce qu’en plus  les  femmes françaises ne l’ont pas toujours eu ce droit ! »

Le goût des histoires qui finissent bien
Et de l’Histoire qui nous a construit
De la géographie qui raconte la terre
L’amour des textes, des poèmes , des classiques, et des pas classiques,  pourvu qu’ils chantent à la voix , et nous émeuvent, ou nous fassent rire…

Le plaisir de se coucher tard pour profiter de la qualité du silence de la nuit

Grignoter le pain en faisant craquer sa croûte et éclater sa mie

Le sens  du projet, l’envie d’entreprendre des choses nouvelles, de rencontrer des gens nouveaux , d’aller voir…ailleurs !

ET ....Je sais aussi des choses pour moi fondamentales et  qu’elle ne m’a pas apprises :
Le  contact du sable sous les pieds, l’appel de l’Océan qui toujours console  nos labeurs, le plaisir de plonger dans l’écume  quand elle est aérée comme une chantilly mousseuse.
Car depuis l’enfance et à jamais, elle détestait la plage, le sable qui s’insinue et gratte, le bain qui noie et « hydrocute » … le soleil qui « crame »!!!

Je lui dois donc d’autant plus « merci »d’avoir acheté alors qu’ils n’étaient pas bien opulents  ce petit bout de terrain  et fait bâtir un petit pavillon…pour nous sans aucun doute et nos enfants…

Post scriptum :
Ce soir elle serait affectée comme moi de l’évolution du suffrage français, elle qui comme bien d’autres a vécu le fascisme, et croyait avec volontarisme aux vertus du rapprochement des peuples en Europe… et ailleurs !


Passion CD


Bien sûr j’ai écrit et le réaffirme le plaisir d’un concert, que nous avons découvert  et vécu avec intensité, et même  une certaine passion,   depuis seulement un certain nombre d’années , est pour moi le summum du plaisir musical…
.Ce  plaisir de l’écoute en direct comporte une émotion très forte , où se conjuguent l’attente du concert  , sa prévision, le déplacement même qu’il nécessite, l’effort de préparation même qu’il implique  et par-dessus tout la présence des musiciens, la rencontre avec  eux qu’elle soit distante ou parfois proche, la  communication dans l’instant à leur musique en train de se créer ou recréer,   le fait que l’œuvre se construit en live pour notre écoute et sous nos yeux, tout  fait de ce moment à par, un Evènement véritable.
Live, éphémère, tendu, et fragile, moment décisif vécu, et que rien ne nous rendra réellement , pas même un enregistrement …

Mais pour autant l’enregistrement est pour moi un outil magique et   je ne  renie en rien mon amour des disques.
Nous sommes d’une génération du disque, d’autant plus que mes parents n’étaient pas musiciens . Ma mère chantait et je crois très bellement (comme je regrette….) et nous avec, et ce sont là mes premiers émois musicaux...
Mes premiers 45 tours, mes premiers 33 tours, pourtant parfois de qualité médiocre,  furent l’occasion de découvertes extraordinaires dont je me souviens encore, en grande partie, la source de ma culture musicale , autodidacte, aléatoire et « divagatrice ».
Je n’avais aucun a priori de catégorie, n’ayant pas connaissance  de catégories. Alors comme encore aujourd’hui cette culture de jardin de curé s’est jadis constituée  au fil des rencontres et des influences, aux hasards du goût,  le mien, ou  celui de ceux que j’aimais et  dont j’adoptais plus au moins durablement les passions…

Mes disques, ceux qui sont encore là,  sont comme la bibliothèque de mes amours musicales.

Et c’est ainsi d’ailleurs que je retrouve dans le CD d’aujourd’hui l’impression d’ « œuvre » que je trouve dans mes livres.
 Une sorte d’objet d’art avec une couverture qui promet , puis qui s’ouvre se déplie et offre des entrées multiples, les disques eux-mêmes bien sûr qui accrochent par leur brillance , la liste des opus, la marque des instruments qu’ on y joue, des photos qui expriment elles -mêmes une esthétique .

Et parfois,  trésor supplémentaire et précieux , des textes, des textes de leurs musiciens , des textes qui, pour les meilleurs, complémentaires sans redondances , connotent plus qu’ils ne décrivent ,évoquent plus qu’ils n’expliquent , les variables de l’aventure musicale de leur auteurs, donnent à rêver mais parfois aussi à comprendre( à « prendre-avec »)l’écoute qu’on vivra, revivra à loisir….
Et parfois plus précieux encore, une signature , un "crobar", un mot…un petit signe amical…

Tout y signifie , comme dans un recueil écrit , les titres , l’ordonnance des morceaux , subtile composition des allègres et des andantes , toutes  parties qui  composent un tout…
Cette petite œuvre concentre un moment de l’œuvre musicale des musiciens , un petit caillou sur son chemin d’aventure musicale , une étape de sa vie …ce que Sartre appelait pour les livres dont la vue le fascinait sur l’étagère de son grand père , des « pierres levées »…
Et c’est ainsi qu’il m’apparaissent, nos CD sur nos étagères, un trésor d’œuvres à consulter à revivre...

 Il y a d’abord les CD de nos musiciens amis

De ceux qu’on connait depuis le début de notre chemin d’accordéon et aussi, souvent, du début du leur. Nous pouvons en feuilleter les étapes, et mesurer le chemin parcouru, réactiver les débuts, revivre les émotions des premières rencontres.
Philippe, son  trajet personnel,puis des collaborations inspirées…avec  Maitane Sébastián, notre amie





Bruno, avec Mieko Miyasaki ou Jacques Di Donato puis une aventure personnelle comme un concentré de musique...


Les Pulcinella ,Christian Toucas,Sonia Rekis,Lionel Suarez, Vincent peirani...


Didier Ithursarry


Il y a ensuite toutes les rencontres : on est « accroché » , séduit, intrigué, on aime, on écoute, puis on écoute ailleurs, puis la mémoire reste enfouie un moment, puis on retrouve et savoure, il arrive  parfois même on n’ait pas su aimer du premier coup …



David Venitucci ,Spasiuk , Barboza, Gizavo, Laurent Derache , New Meeting Quartet, Manu Comté et Soledad, Frédéric Viale…et…et…et…
Mais ils sont là,  les CD, sentinelles fidèles …

Il y a les rencontres des rencontres. Ceux que nos amis nous on fait découvrir et aimer : Paolo Fresu, Jan Lundgren Daniel Goyone, parce que « amis avec Richard G », comme dirait FB,   Emile parisien, Michel Portal, Youn Sun Nah, François Salque, Ulf Wakenius, parce que Vincent Peirani, Jacques Di Donato, Mieko Myazaki,  parce que Bruno , André Minvielle, Pierre- François Dufour, parce que Lionel Suarez, Renaud  Garcia -Fons, parce que Jean Louis Matinier et David Venitucci…Jerez Le Cam ,Tomas Gubitsch parce que Manu Comté….ET…ET….
Et  voilà que pour eux on déroge à l’exclusivité des choix initiaux et l’on repart à la course au Bonheur des Concerts et en tout cas des CD…
Irons –nous aussi entendre Omar Sosa et A Filetta ? Et Jan  Lungren Solo…Et A Minvielle, c’est si près, et Renaud -Garcia –Fons même !!!Solo…et…et….

Il y a ceux qui ont le pouvoir de ranimer "les voix chères qui se sont tues..."
Claude...
Stéphane , dont on regrette tant le talent...


Et puis il y a les CD que je qualifierai de CD de chevet :
Comme pour les livres, je dirais que ce sont ceux qui demeurent à notre chevet, viatiques du chemin de la vie, qu’on trouve tellement beaux et tellement roboratifs de notre force vitale, qu’on y puise dans les jours de joie aussi bien que de  spleen, CD de chevet auxquels on recourt parfois le soir, comme à certains livres,  pour conjurer l’angoisse du sommeil impossible , du souci vainqueur, de l’angoisse importune…
A l’instar de nos livres de chevet, ce  sont souvent nos CD « fondateurs », ceux qui témoignent de la rencontre décisive , de  celle qui a tout déterminé de notre goût musical.

Richard Galliano

Auquel je reviens toujours avec obstination quand on a besoin de cette beauté là, avec un rien de crainte  que ce ne soit plus aussi beau, mais aussi la certitude que ce le sera toujours
Et Piazzolla, qu’on aurait peut-être pas si bien rencontré sans lui….

Et ainsi demeure  demeurent à mon chevet et dans un certain désordre de mes étagères personnelles, Richard et Piazzolla, empilés avec Schubert, la Pathétique de  Tchaikowski , le Requiem de Mozart, le Stabat Mater de Pergolèse, les Mazurkas de Chopin,  , les extraits des  Noces de Figaro , la Note Bleue de Nougaro, Peer Gynt, Rameau et Lulli et …. Et….Et….

Quel bazar, au Bazar la chance !

NB:
Et en fouillant je retrouve un CD offert,  un CD oublié ! Une belle chose pour ma soirée…..


« Volver » par Estrella Morente !!!!



vendredi 9 mai 2014

Maitane Sébastián et Philippe de Ezcurra à Urrugne le 26 avril




Pour exprimer l’émotion ressentie lors de ce concert de dimanche dans la superbe et surprenante église st Vincent d’’Urrugne, je ne sais quelles composantes évoquer en premier :
Le plaisir d’entendre en direct l’accordéon de Philippe avec Maitane au violoncelle ? de l’écouter du surcroît  avec notre « grande » Charlotte ?
Les plaisirs de l’amitié, la rencontre,  les échanges , la fierté d’être leurs amis ? 
La convivialité de ce pays où Philippe nous accueille en quelque sorte chez lui ?
Le public chaleureux et réactif ?
Le son acoustique superbe sous la vaste  voûte de cette curieuse église ?

La sortie d’un nouveau CD-DVD qui nous permettra de les  réentendre encore et encore, et même, le fait d’avoir contribué au livret pour quelques lignes de texte ?

Par-dessus tout, en fait,  ce concert riche et beau, qui marque à nos yeux une avancée de plus dans le talent de Philippe dont  nous suivons depuis des années  la réalisation …
http://vimeo.com/90942398




  

La première impression à l’écoute de cette musique est sa variété. Comme Philippe le souligne de quelques mots discrets de présentation, il s’agit bien d’un voyage, sans frontières , dans le temps certes,  de Bach à Dave Brubeck, dans les genres évidemment , dans l’espace,  du Danemark , l’Allemagne , la France,  à l’Espagne,.. et le Pays Basque,  mais c’est surtout un parcours dans  « la Musique qu’ils aiment », et qu’ils nous donnent à aimer…



Piazzolla, Philippe et Maitane, nous l’ont souvent joué. Bach,  Ravel, Philippe a souvent aimé nous les jouer,  mais aujourd’hui il y aura aussi Grieg, avec Peer Gynt, Dave Brubeck
D’abord Sonate en sol majeur de Bach,pour nous un inédit ( sur le CD c’est la sonate en sol mineur)
…Et le concert débute avec la sérénité du contrepoint de Jean Sébastien  Bach que le dialogue accordéon, violoncelle souligne remarquablement …
Puis Ma mère l’Oye de Ravel,..
et la référence aux contes de fée ouvre un univers poétique, léger, un vert paradis « des amours enfantines ».
Je me suis prise à aimer peu à peu cette musique du début du 20ème siècle et la sonorité particulière de Ravel.
 Musique figurative certes dont les titres orientent la rêverie…les pas du Petit Poucet, le dialogue de la Belle avec la Bête…Figurative certes, mais comme un peu décalée, si légère ,et si peu narrative qu’on pense à l’art abstrait de son temps , s’ouvrant sur d’autres univers musicaux ou  poétiques …le dialogue instauré par les adaptations de Philippe y est remarquable

Bien plus figuratives en fait m’apparaissent les pièces  de  la suite n°1 de Peer Gynt qui m’enchantent personnellement : j’aime Peer Gynt .
J’en aime les mélodies si justement  célèbres. «  Romanesques »… elles me semblent romanesques,  racontant les sentiments et en  transmettant l’émotion puissante, ouvrant sur  un monde dramatique.

La Jota de Pablo de Sarasate, c’est dans le concert un moment léger et dansant. Philippe et Maitane sont comme chez, eux, plus détendus et souriants…la mélodie a la teinte de leur pays. Mais aussi une  complexité raffinée et orchestrée…

Rondo à la Türk de Dave Brubeck marque un intéressant changement de style et de rythme :sa mélodie nous rappelle Capon et Galliano, son swing nous ramène au dramatique du thriller parce que toujours on pense à Nougaro,

Et c’est bien de finir par  Piazzolla…
Pour moi, Piazzolla est un génie. Sa musique chante le tragique du monde, la scansion du destin et le tempo envoûtant de la danse, avec des  mélodies si prégnantes qu’on en est saisi définitivement.
 Virtuosité remarquable et subtilité des deux sonorités pour la douceur de la Milonga et la scansion tragique de la Muerte del Angel...

Et comme un jazz man, Piazzolla  ouvre un espace libre  à l’ interprétation , et le  Libertango offert en rappel par Philippe et Maitane est bien choisi comme emblème  de cette  liberté …Leur interprétation en témoigne magnifiquement . Deux  chorus  nous permettent de goûter le son superbe et personnel de l’accordéon, puis du violoncelle…

Et puis c’est fini !
Et…malgré l’apéro délicieux, tortillas et charcuteries basques, la convivialité des proches des deux musiciens, les échanges amicaux avec Philippe et notre amie Maitane….
( de ces échanges toujours nous retirons une grande douceur d’amitié et un peu plus encore, par les remarques ponctuelles, exprimées en toute simplicité par nos musiciens amis, un supplément de savoir et de compréhension de leur musique )
…Et malgré tout cela, comme après tous les concerts marquants auxquels nous assistons, nous éprouvons une impression de vide, la frustration certaine d’un grand plaisir éphémère et désormais achevé…

Heureusement nous emporterons le disque,  cadeau d’amitié, promesse d’une insatiable écoute, beauté d’un bel objet, petits disques brillants accompagnés de texte, enfermés dans un précieux boîtier aux photos remarquables…

EUPHONIA, le bien nommé