dimanche 22 avril 2018

David FOENKINOS , Vers la beauté


Un titre attirant , « Vers la beauté » et l’image de Jeanne Hébuterne…

Ce qu’il y faut de signification, ce qu’il y faut de mystère.
Ce qu’il y faut aussi pour nous attirer.
 Dans une période   où le monde alentour s’agite et s’assombrit des malheurs du monde (1) et des angoisses sociales,  dans un âge de la vie, le mien, le nôtre, où s’il y a de grands bonheurs privés les nuages de l’incertitude se pressent,  la beauté , actuellement pour moi celle de certaine musique  que nous aimons et que nous poursuivons sans relâche, nous sauve de la tristesse absolue…(  Glycines et lilas aussi mais peut-être seulement parce que une Colette ou autre poète nous en a désigné l’image..) 

J’ai donc acheté « Vers la beauté » ...

Une première partie surprenante et  prenante : j’ai adoré ce prof de « Beaux Arts » qui laisse tout pour se faire « gardien de musée »
(Personnages étranges que ces gardiens qui m’ont toujours intriguée voire fascinée, auxquels je dis bonjour avec naïveté et obstination, poiur leur manifester qu’ils ne sont pas pour moi des meubles se fondant dans le décor .
Nous  en avons parfois croisé de surprenants qui nous ont fait la présentation des lieux comme hôtes hospitaliers ou même une fois expliqué comme la perspective  d’une œuvre différait suivant les endroits où l’on se plaçait pour la regarder et de nous faire essayer différents points de vue…
Bref ce premier épisode  de l’ histoire , cet Antoine qui parlait le soir seul à seul à Jeanne Hébuterne m’a séduite d’entrée ...

 Au fil des pages, rencontres   de nombre d’autres facteurs de séduction :
-Le musée d’Orsay… « Une  ancienne gare…Entre les Manet et les Monet, on peut se laisser aller à imaginer les trains arrivant au milieu des tableaux »
-Des connivences fortes, par exemple, des  jugements que nous aurions pu aussi Michel et moi partager, « les propos calamiteux » des visiteurs du Musées  : « Certains ne disaient pas « j’ai visité le Musée d’Orsay »mais « j’ai fait Orsay », un verbe qui trahit une sorte de nécessité sociale ;pratiquement une liste de courses. Ces touristes n’hésitaient pas à employer la même expression pour les pays «  j’ai fait le Japon l’an dernier »
Comme si un pays, une œuvre d’art une fois « faits » n’étaient plus à revoir, épuisés, à juste portés au compte d’un CV de la culture…de l’ordre de « Faut avoir vu… »  
-Des manières d’écrire  qui m’apparaissent comme une  fantaisie formelle , petit jeu esthétique , comme une manière de signature : par exemple  l’usage comme en documentation d’un » pseudo apparat critique »,  notes de bas de page, censées éclairer un fait , de préciser une impression, gratuitement , presque poétiquement par exemple  sur « Antoine buvait  une bière avec un parfait inconnu…même le goût de la bière lui paraissait étrange »note : on aurait dit comme une autre boisson qui se faisait passer pour de la bière ; une sorte d’imposture liquide… »  (p23)
-Une « déconstruction » cubiste  de la chronologie : un récit chronologiquement construit avec une apparente rigueur,    comme une œuvre musicale, en « parties » bien marquées,( mais sans titre),  qui ont chacune leur coloration : mais cette chronologie brouille les pistes et il  faut la reconstituer « avant « ? « après » ? la conduite du récit me semble suivre un tracé esthétique, avec ce qu’il faut d’insolite ou de désordonné dans la chronologie pour qu’on ne sache pas à quel moment se situer , qui nous égare comme la conscience du temps, qui nous oblige  à refaire plusieurs fois le chemin pour décrypter le passage du temps, et en même temps excite à sa découverte .
-Des personnages  multiples au gré des rencontres d’Antoine, le fil sur qui se focalise l’intérêt.  Sans que pour autant celui-ci soit le seul point de vue auquel on accède.
Cette multiplicité participe  à ce foisonnement non linéaire de la Vie, qui n’est pas linéaire. Il y a d’ailleurs beaucoup de femmes dans l’histoire de cet Antoine, personnages affectivement émouvants, dans un « système de rôles » différents :
Esquisses efficaces, Mathilde la DRH du musée d’Orsay, mais pas que… Louise ,l’infidèle, Eléonore l’affectueuse sœur, Isabelle la mère, Sabine la maîtresse d’Antoine et la femme du violeur, elles sont pour Antoine le  labyrinthe des amours , des désirs,  des séductions.
Enfin lumineuse, et  fragile, et dévastée par le viol, Camille,  (souvenir de la Camille de « On ne badine pas avec l’Amour ?)
Les hommes sont plus transparents, des rôles sociaux, hormis le malsain et répugnant violeur.

-La personnalité pour nous attachante d’ Antoine : c’est un enseignant selon mon cœur ; son goût passionné pour ce qu’il enseigne, l’intérêt qu’il  porte à ses élèves,  sa sensibilité à leurs intérêts, leur comportement, la fascination qu’il exerce sur eux  et le souci qu’il en a…
Et c’est l’Art qu’il « enseigne » !

 MAIS…
 Malgré la séduction immédiate de la situation de départ, malgré  toutes les connivences ressenties en déroulant le texte, je n’échappe pas ensuite à une  sorte de déception.
 Je l’avoue , moi qui écrivais récemment que je déplorais    «La  Mort des histoires » aujourd’hui (au sens Hégélien), au profit de la toute puissance de la Réalité , tout à coup je me dis « Vers la beauté » n‘est finalement qu’ une histoire (de plus) ,une  histoire récurrente d’ amour trahi : bien raconté avec une certaine sobriété, conduit avec une vraie tension dramatique, dynamique, qui retient le lecteur, la souffrance de la défection, l’impossibilité à se résigner …
Même c’est une histoire dans L’air du temps ! par l’évènement central choisi : le viol, son effet dévastateur, la fragilité de sa victime, son dénouement irrémédiable,  tragique.

Et puis NON ! En fait en redéroulant le récit encore et encore :
Non! le thème fondamental, le ressort dramatique, ce ne sont ni les ruptures amoureuses, ni les évocations érotiques, ni la violence sexuelle,  c’est bien la quête de la beauté :
Bien sûr, l’originalité du roman, c’est la Beauté !  sa recherche est le ressort du récit.

Antoine et Camille,  Antoine et Mathilde …. Orsay, Modigliani, Jeanne Hébuterne, elle provoque leurs rencontres, leur partages intimes autant que forts de l’Emotion esthétique, elle leur apparait comme la ressource suprême à leurs souffrances : Orsay , Modigliani et Mathilde consolent Antoine de l’abandon de Louise , le dessin pour Camille, puis les cours d’Antoine qui s’y associent, semblent avoir, pour un temps,  raison de  son Malheur . Mais la Tragédie,  qui se détend toujours au 4ème acte , se réenclenche de plus belle au cinquième !  Camille, «  on ne badine pas avec l’Amour !!! »

C’est encore l’Art , les tableaux de Camille, son autoportrait, leur exposition, qui offrent à Antoine une possibilité de survie , comme aller travailler à Orsay l’avait sauvé du désespoir et le nom de Mathilde en avait été l’oracle !



Ps : A propos de connivences, j’ai lu une interview de D. Foenkinos concernant ses goûts de lecture, je n’en partage aucun !!! à preuve pour moi que la communication avec  un auteur ne passe que par ses livres…Conviction de toute ma vie

note (1)"Si Rambert voulait partager le malheur des hommes , il n’aurait plus jamais de temps pour le bonheur" Camus,"La peste"






jeudi 19 avril 2018

Ecriture et orthographe

samedi 5 mars 2011 (dans ORTOGRAFIQUEMENt vôtre)

Ecriture et orthographe, une liaison complexe qui peut être compliquée

L’écriture et l’orthographe, une liaison conflictuelle ou fusionnelle ?

1. Le premier principe affirmé est donc d’apprendre l’orthographe en écrivant …
Ecrire est premier , mais il faut chemin faisant pour l’élève construire sa compétence orthographique, chemin faisant il faut pour l’enseignant enseigner l’orthographe ou  tâcher de le faire :
-garder en en objectifs les trois niveaux de compétences : phonographique, lexicale, grammaticale
- y travailler  à partir d’activités qui les mettent toutes trois en jeu et en interaction : c'est-à-dire d’activités de mise à l’écrit de TEXTES.
Textes adaptés bien sûr au niveau des élèves, par leur longueur et leur diffculté : phrases au CP, listes de jeu, légendes de photos, de dessins ou d’images, phrases clé dites par le personnages d’une histoire, puis des textes plus longs ensuite mais toujours présentant du sens . un texte à mon sens ne doit jamais être choisi  pour les problèmes orthographiques qu’il recèle mais l’intérêt de ce qu’il exprime. Il s’agit d’un enjeu important : l’apprentissage de l’orthographe  ne se fera que s’il en vaut la chandelle, s’il permet au bout du compte d’écrire quelque chose, s’il contient la promesse d’un vrai pouvoir.
Ainsi le disant Rousseau pour l’apprentissage de la lecture, qui prétendait qu’il se ferait sans problème s’il comportait la promesse du pouvoir  écrire( à sa petite amoureuse, en particulier)
On pourrait proposer une démarche en deux ou trois temps : le temps de l’écriture où l’on dispose d’aides diverses, ou bien où l’on se  débrouille avec ce que l’on sait…
PUIS des temps de réflexion, récapitulation, structuration des savoirs orthographiques acquis : là se situeraient les activités spécifiquement orthographiques où la réflexion porterait seulement sur l’orthographe (par exemple la « dictée à la parlante », la réflexion sur la valeur d’une lettres dans les mots du texte, la mise en évidence de constantes d’accord)
Ces temps réflexifs pourraient donner lieu à des traces  écrites dans un cahier mémoire par exemple.
Ce serait agréable que ces outils –mémoires soient de jolis objets, comportant des traces établies collectivement et un part plus  personnelle, un titre choisi personnellement, le choix d’une phrase  que l’on aime, une illustration dessinée, une frise décorative, une photo : une sorte de blog en somme !!!!

2. L’écueil pourrait être, si ce fonctionnement (on écrit, on réfléchit et on en tire des enseignements) était exclusif,   qu’on pense finalement qu’on ne peut écrire que dans un but d’apprentissage.
De même qu’on a parfois pu penser chez nos élèves qu’on ne lit que pour « étudier » la littérature, ou pour répondre  à des questionnaires.
Il ne faudrait donc pas, 2ème principe , que ce fonctionnement soit exclusif mais il faudrait proposer des activités où en quelque sorte on éluderait la question orthographique , en la remettant à plus tard, ou en se donnant de l’aide celle d’un « écrivain public » par exemple, l’enseignant, une sorte de « correcteur à pattes », qui corrigerait votre texte en vous faisant grâce des commentaires orthographiques  …vous n’auriez alors qu’ à  recopier…et même, si vous étiez assez petit ou persuasif , on vous le recopierait ou vous l’éditerait !!!
3. …Car, 3ème principe, pas question de laisser définitivement sous le nom de texte un texte sans orthographe…Recopiage, ou édition, ou mise au propre  … sont indispensables pour qu’un texte ait statut de texte ..


Enfin indispensable !  presque toujours….
Comme disait l’adorable, beau et charmeur Gérard Philippe : « Dans la vie , on a d’abord des principes, et puis on a des enfants !!!!! »
J’ajouterais… des enfants pour élèves, et …des petits enfants !!!!


dimanche 15 avril 2018

HIVERNAGE ou HIBERNATION?


Je n’aime pas l’hiver
Je ne l’ai jamais aimé sauf quand les étoiles de Noël en étaient le sommet lumineux , l’attente de l’Avent impatiente, et délicieusement païenne, les rues enguirlandées , le hall du collège éclairé, et chaleureux le matin des voix et des visages des copines…
Puis la neige du ski survint un jour pour nous enchanter l’hiver…
Mais l’âge venant, ni ski, ni autant d’enchantement à Noël …
Et dès novembre, je supporte difficilement la plongée  du soleil dans l’ombre de la nuit, prise   comme par une angoisse préhistorique de sa disparition…
Et j’écoute volontiers les incantations
… de Jules Laforgue à L’hiver qui vient« Allez c’est bien fini jusqu’ à l’année prochaine , et tous les cors ont fait tonton ont fait tontaine… »…
… des spleens baudelairiens « Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres »….
…ou des humeurs métaphoriques de  Chateaubriand , la complainte de la correspondance de « cette saison qui a des rapports secrets avec nos destinées » :  notre vie qui s’étiole comme la chaleur de la lumière…

Cette année, même La Chandeleur a raté son coup, n’a pas allumé la lueur du jour qui rallonge, dans l’odeur caramélisée de la crêpe qui dore dans la soirée d’hiver !   
Cette année tant il a plu, même tant il a fait froid (justement dans ce cimetière où s’enterrait notre oncle) qu’on avait l’impression que cette humidité poisseuse ne sècherait jamais, en dépit de la brillance des  crêtes de nos Pyrénées dans le lointain,  splendidement enneigées, mais impuissantes  à réfléchir même  la pâle lumière de midi…
Par la fenêtre de notre chambre,  les branches des arbres finement  stylisées par l’hiver se dessinent noir sur gris, et  noir sur gris aussi les toits voisins, photo noir  et blanc  sans technicolor !
On à l’impression, enfermés dans nos maisons tièdes, d’un hivernage général, envie de lire des histoires faciles, d’écouter de la musique en boucle et reboucle, voire de dormir vers cinq heures, avec la tombée de ma nuit !

 Je m’interroge une fois encore sur la différence entre « hiverner » et « hiberner » et je ne suis pas loin de penser qu’à dormir le jour, manger des douceurs sucrées ou salées, nous ne sommes pas loin d’entrer en HIBERNATION !

Puis il y a même un jour de neige lumineuse, épaisse, et qui s’efface sans traces boueuses, une neige  qui n’est « pas sale », une neige éphémère,  qui  ne tient  qu’une journée er s’efface…

Et la  Nature s’obstine , sous la gelée et la neige. Sous le gel et sous la neige, les bourgeons résistent ..puis fleurissent  !
 Pas de violettes cette année, pas l’habituel et merveilleux tapis bleu du jardin !  Mais des primevères, des primevères, des  primevères,  dans l’herbe grasse, primevères de mon enfance !
Espoir  d’embellie ! Espoir de printemps ?
Il fait beau le 21 mars   !
 Mais repleut au soir en giboulées de grêle et de vent !!!
Primevères à nouveau  massacrées par la pluie,  puis résistent…
Le valeureux Camélia résiste…

Résistent l’azalée rose, les jacinthes , les perce neiges évidemment …
Un jour, par hasard, il fait beau, il fait même doux mais ce n’est qu’un seul jour….
Malgré les paysans de Colette :
« Les paysans hochent la tête : « Avril nous fera bien des surprises … » Ils penchent des fronts de sages sur cette folie, cette imprudence annuelle de la fleur et de la feuille. Ils vieillissent, accrochés à la course d’une terrible pupille que leur expérience n’instruit pas »…
Et nous, nous entendons leur millénaire sagesse  mais nous RESISTONS !  l’inconséquence avec effort, avec le  volontarisme du désespoir  l’emporte !
Et  nous attendons le soir que demain le soleil à son tour RESISTE, que « le soleil se lève aussi » !
A Pâques il a fait beau ! S’en vient Pâquette… ?
« C’est le printemps, viens t’en Pâquette
Te promener au bois joli…
Les poules dans la coure caquettent
L’aube au ciel fait de roses plis… »


Mais c’est fini, il PLEUT !



lundi 2 avril 2018

Au hasard de l'écoute ...Samuel Strouk encore!



 Je vais me baladant sur Facebook, sur youtube , cherchant ca et là à écouter de la musique, à trouver des concerts de ceux que nous aimons…En particulier je pense à Samuel Strouk que je désespère d’écouter un jour live du côté de chez nous ou enfin pas trop loin… et je tombe sur ces lignes de Citizen Jazz du 26/11 /17 à propos de Silent walk :

« Jeune compositeur reconnu pour le cinéma notamment, le guitariste Samuel Strouk navigue depuis des années entre musique écrite et fonctionnelle, relations épisodiques avec le jazz et attirance forte pour l’Europe Centrale, particulièrement les traditions yiddish. A ce titre, son nom n’est pas inconnu des lecteurs de Citizen Jazz, puisqu’on l’avait découvert dans le magnifique Estde François Salque et Vincent Peirani pour un titre de son cru, justement appelé « Yiddish » où on le retrouvait à la guitare, d’obédience classique, davantage harmonique que rythmique. »
par Franpi Barriaux.

Et...je découvre !
EST de Vincent Peirani et François Salque, nous l’avions découvert en suivant Vincent, et découvert aussi en direct François Salque…merveille !

Mais  nous n’avions pas noté la présence de Samuel Strouk , ni d’ailleurs celle de Jocelyn Menniel !
Depuis, Jocelyn Menniel, nous l’avons découvert en assistant par hasard  en seconde partie de Pulcinella, dans le Mechanics de Sylvain Rifflet !
Quant à Samuel Strouk, par  sa collaboration au Piazzolla de Daniel mille , je connaissais son nom ! Vincent d’ailleurs,  m’avait signalé quand j’ai fait un post sur Cierra tus ojos que j’avais négligé de le citer, pour ses arrangements et sa direction musicale ! Et ! Vincent Peirani, Daniel mille, pour nous ce sont des Grands, et des références incontestées …

Puis cet hiver est sorti Silent Walk ! Alors là il n’y a ni références ni participation aux arrangements qui comptent, c’est le choc de Sa musique, la guitare certes, mais les mélodies, la construction du projet de musique, l’orchestration ! Tout !
J’ai  adoré, connoté, divagué à son écoute !
Et toujours je cherche un live… (à moins de 400 km !)

 J’ai donc redécouvert, écouté, réécouté Yiddish !!!Les rencontres, ainsi je l’éprouve en littérature aussi,  c’est magique, et toujours hasardeux, comme les hasards de la vie !
 Voilà Yiddish :

mardi 27 mars 2018

Bérénice, Charlotte et Moi !


Britannicus me touche par sa « latinité », par sa mise en scène théâtrale, incarnée par Narcisse et Burrhus, de la lutte interne de l’homme  entre le bien et le mal …
Mais j’aime Phèdre inconditionnellement !
Je ne sais pourquoi …
A cause de Jean Louis Barrault et sa mise en scène ?
…parce qu’à cause de lui peut-être, cette histoire tragique  me  semble baignée de la réverbération impitoyable de la lumière de  Grèce sur les falaises crayeuses d’un pays soumis au sentiment de l’« étroitesse », sans échappatoire des îles et des péninsules où les dieux se jouent des humains…
…De Roland Barthes et ses commentaires ?
…De la  Grèce découverte à l’âge où je découvrais Racine ?  
 A cause de cette femme superbement tragique, qui non seulement subit la Passion, mais s’ingénie à l’aggraver par sa parole, avec l’aide de son ombre maléfique et nourricière, Oenone :
« Hippolyte ! Grands Dieux !
C’est TOI qui l’a nommé »
…Et son espoir de bonheur toujours trompé, dont toujours elle consent à être  abusée .
…Ou à cause de sa folie d’un amour jeune et « charmant »,   reflet  magique du regret déchirant de sa propre jeunesse perdue ?
Moi qui aime par dessus tout les héroïnes positives, celles qui pleurent, puis se mouchent, et repartent « ostinato » au combat du bonheur, comment puis je aimer Phèdre ?
A cause de la musique racinienne de  ses alexandrins ?
 Mais, si belle soit-elle, cette musique chante dans toutes les œuvres de Racine….

Charlotte
 Puis il y a eu  ma Charlotte, ma petite fille, une  ado incroyable, qui lisait Racine comme on lit des polars et des bluettes (et d’ailleurs concomitamment !!)

Elle me dit  un jour : « Moi,c’est Bérénice que j’aime!!! »
Cet échange, puis plus tard les heures passées aussi à travailler ensemble pour le bac de français  (pour lequel pourtant –paradoxe !- c’est Phèdre qui était au programme) m’ont donné à reconsidérer Bérénice…

Il y eut aussi, comme si souvent, un hasard objectif :
La fin d’un film, je ne sais plus lequel d’ailleurs, à la fin duquel je fus saisie d’émotion en entendant  les vers inégalables :
«  Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
 Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence, et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus … »

Nathalie Azoulay
Il  y eut surtout la sortie d’un livre couronné par le Prix Médicis, un livre que Charlotte tout de suite repéra….et que nous avons acheté : « Titus n’aimait pas Bérénice »


Nous l’avons acheté
Nous l’avons lu
Nous l’avons aimé
Et nous l’avons aimé
Parce que il sut nous parler, ni de Phèdre ni d’Hippolyte en fait
Mais de l’aventure de Racine, celle de la langue de Racine !!!
Et je l’ai écrit :
« Le Racine de Nathalie Azoulay est fait de la connaissance intime et érudite à la fois qu’elle a construite de lui. Son Racine exprime de manière remarquable le tourment de l’Ecriture , tourment obsessionnel  et exaltant de la traduction, de la traduction des œuvres latines à la traduction de la passion…Ce travail torturant et  plein de jouissance,  de reprises indéfinies du texte à écrire, son phrasé, sa musique , l’expression exacte d’une vérité qui se dérobe, qui coule entre les doigts comme de l’eau qui fuit….
On lit et on a peine à s’arracher à cette quête poétique et déchirante.
La connaissance biographique érudite de sa vie soutient mais ne brouille en rien la seule aventure,  la recherche de SA langue, la langue racinienne pure … »
Dénouement : (provisoire)
C’est ainsi qu’un soir, un soir froid de mars, sur l’invitation de ma Charlotte, aujourd’hui grande ,nous sommes allées toutes deux écouter « Bérénice » au TNT de Toulouse …
Je dis bien « écouter »
Car malgré celte merveille pour moi, la merveille d’une salle pleine de jeunes ado et adultes, la mise en scène sobre, dépouillée, assez minimaliste, sans fausse modernité… une utilisation poétique de l’espace scénique …
Nous avons été prises essentiellement par les très belles voix que permettait d’écouter la pureté de la mise en scène .
Ce sont ces voix que nous avons écoutées…comme un poème se dérouler…
Nous avons écouté avec bonheur dans ce climat lénifiant et délicieux qu’est souvent celui de l’écoute de la musique, la musique qu’on aime et que l’on attend…
Ce soir-là c’était la musique de Racine

Soirée magique, d’affection, de bonheur des mots, de mélodie de la langue si belle,  que la tragédie ne réussit pas à être déchirante, une sorte de « saudade » comme la créent certains musiciens que nous adorons ….
Merci de cette précieuse invitation …

Ps :Saudade est un mot portugais, du latin solitas, atis qui exprime une mélancolie empreinte de nostalgie, sans l'aspect maladif. Saudade est généralement considéré comme le mot portugais le plus difficile à traduire. Le dictionnaire français Larousse le définit comme « sentiment de délicieuse nostalgie, désir d'ailleurs» wikipédia




lundi 12 mars 2018

Le SFUMATO d'Emile PARISIEN !

Sfumato, un beau nom pour la musique de la nouvelle formation de jazz D’Emile Parisien.
Ce nom  un peu savant connote l’Italie , et la peinture, les fonds riches en nuances aux contours savamment estompés , sur lesquels se profilent des personnages au regard énigmatique …
Ce nom qualifie fort bien ce groupe à dimension variable, puisque parfois les rejoignent Michel Portal et Vincent Peirani, et  dont  les compositions le plus souvent d’Émile Parisien, ont aussi parfois de Joachim Kühn, ou de Parisien/ Kühn, ou d’un groupe des « quatre »,Emile Parisien, JulienTouéry, Ivan Gélugne, et Sylvain Darrifourcq . Parfois aussi jouées avec la participation de l’accordéon de Vincent Peirani. et la clarinette basse de Michel Portal…
Ainsi on perçoit bien dans ce groupe une grande richesse de « masses » sonores finement mêlées, aux frontières savamment estompées…
..Et des colorations diverses : mélodies au saxo déchirantes de beauté triste, comme le «Préambule », ou  les 2 « Balladibiza »
…Parfois, des ambiances de fêtes foraines pouvant tourner au thriller, des 3 prestations du « Clown Tueur de la fête foraine » auxquelles viennent participer notre ami de musique, Vincent Peirani, et la clarinette basse de notre grand Michel Portal !
…Parfois frénétiques « Umckaloabo » et « Brainmachine »,   plus énigmatiques dans leurs mélanges instrumentaux.
(PS : Excusez-moi de quelques difficultés sur les noms de morceaux !!! Moi qui aime les mots et que les titres entraînent à rêverie  divagatrice , j’ai du mal parfois à leur donner sens et même son…Moi qui ai fait profession de pédagogue de l’apprentissage de la lecture et préconisé de dépasser le déchiffrage au profit de la reconnaissance du mot dans son unité !!!HIHIHI, j’ai dû me remettre à déchiffrer pour vous parler de certains !!!)

Emile Parisien, nous adorons son saxo, et le voir jouer en concert, mais aussi écouter en boucle (et reboucles) ses CD, avec Vincent Peirani généralement.
« En boucle » car comme dit mon amie Francine , « on tombe sous le charme » et on en redemande !
Nos chemins de musique cheminent toujours  entre découverte et fidélité. Ayant commencé à suivre envoutés l’Accordéon,  et particulièrement celui de Richard Galliano , vous avons découvert en le poursuivant obstinément Paolo Fresu, Jan Lundgren, Sebastien Surel, Didier Lockwood, Michel Portal, Sylvain Luc, Ron Cartel, et bien d’autres …  de belles découvertes…  
Et puis nous avons aussi croisé un jour  le chemin de Vincent Peirani et son accordéon remarquable. Nous nous sommes attachés à ses pas et dans ses pas il y avait des duos magnifiques, François Salque, , Michel Portal,  que de disques à écouter  et de concerts à rêver, et un soir, puis 2 puis 3,puis 4…  Emile Parisien, un saxo merveilleux, et un jeune homme drôle et chaleureux …


..Et, nous avons commencé à suivre son chemin : pas d’accordéon ou peu,  nous avons acheté « Sfumato » !!!
..Et quand il s’est trouvé programmé à Orthez, même sans Vincent peut-être, nous avons aussitôt pris les places …
Et c’est bientôt !!!!

Dans ce Sfumato, je l’ai dit, tout est varié et nuancé…mais il y a bien sûr des moments que je préfère. C’est dans le concert « Belle Epoque » que nous avons je crois découvert  le « son » Emile Parisien, et son magnifique «Hysm ».
Depuis, je suis toujours aussi fascinée par ses thèmes où s’étire  la ligne pure de son saxo pour des mélodies prenantes et nostalgiques.
C’est pourquoi j’aime entre tous les morceaux de  Sfumato, Le Préambule,  où le chant du saxo  se détache sur le « sfumato » des graves puissants et scandés de la batterie, avec parfois des envols de notes aériennes et virtuoses,  et,  égrénées, celles  du piano de Joachim Khün, comme dans Le Poulp.

Et après la « fantasy » du Clown Tueur , et des autres thèmes , les deux Balladibiza referment l’opus sur cette  même coloration contrastée et touchante, presque déchirante .
J’aime donc aussi la composition de l’ensemble, cette alternance bien composée  de tons, tristesse déchirante, fantaisie parfois débridée, jeu de sons et de mots « Arome de l’air », émotion/sourire….



Merci Emile , merci Vincent grâce à qui nous l’avons découvert !