samedi 15 octobre 2016

Frederic VIALE les mots de sa musique.


Frédéric Viale  avec son quartet fidèle, Nelson Veras, guitare, Natallino Neto, basse, Zaza Desiderio, batterie   et son Pigini nouveau, vient d’enregistrer un quatrième CD…
J’aime,  nous aimons la musique de Frédéric...( en témoigne le post deMichel)
Le son de son accordéon, clair et chantant, chargé d’énergie parfois dansante  et parfois mélancolique, la qualité émotionnelle de ses mélodies, et la distribution harmonieuse des rôles dans son quartet, la guitare vive et subtile de Nelson Veras , la rythmique chaleureuse aux couleurs d’Amérique latine de Natallino Neto  et de Zaza Desiderio , composent un  style aussi caractéristique que varié, le style Frédéric Viale
J’aime ces contrastes marqués , de la songeuse méditation de Orméa aux valses « déstructurées » Indifférence, ou « restructurées »  en « nuisette !»,    et des balades .. sur les ballades d’Automne ou de Printemps…à   la « folie» ?divagatrice de l’Etre Timbré !
Mais ce que j’aime aussi , c’est le talent de Frédéric à inventer les mots de sa musique.
Car ses titres offrent   à la fois des références culturelles , un tremplin à l’évocation pour leur écoute , et un chemin, complètement ou presque divagateur, en tout cas personnel , pour suivre la voie suggérée…
 Il s’ensuit une grande liberté pour les évocations offertes, en somme une démarche quasi poétique, un rapprochement métaphorique entre les mots du titre et la musique offerte, rapprochement qui n’est jamais réellement identificatoire, mais permet  toujours un « écart »…
Les Racines du Ciel, pour moi c’était un livre , pour Frédéric c’est un –très beau- tableau où domine la notion de couleur…
Et ainsi ces Racines de Ciel évoquent  finalement pour moi l’enracinement dans la culture musicale et l’aspiration à s’en évader pour être soi….

Lou Pastre est plus figuratif dans l’évocation, solennité de la rythmique devant la violence d’une « calamité », attachement familial, nostalgie du passé…
Orméa, qui ne signifie rien pour moi a priori, me semble le plus dansant , le plus chargé d’allégresse et de glissement vers l’évocation de quelque chose de surréel…puis  l’idée que c’est un village (ce que je lis dans le livret ) m’incline tout à coup vers l’idée d’une sorte de lieu de nulle part , utopique et idéal…
Quant à l’être timbré , je m’en excuse, mais je le lis comme un grain de folie qui dévie de la norme des  gammes …
Quant au Roi Louiss, j’aime tant sa musique que je partage volontiers une allégeance à sa royauté en écoutant la joyeuse solennité de ce morceau …
Comme je suis touchée que Frédéric, vénère Goyone , dont j’aime tant , modeste écouteuse , le piano  qui chante la Mer …et je m’embarque dans le  Canto qui lui est dédié…

Voilà  mes écoutes connotées de ce très beau disque …
Je propose  à chacun …de connoter les siennes,  et remercie Frédéric  et ses complices  de nous offrir en même temps que leur très belle musique, ses mots poétiques ,  ce chemin d’accès aux délices de leur musique….






dimanche 2 octobre 2016

TULLE Une soirée avec William SABATIER

  Nous connaissions William Sabatier
Des rencontres marquantes déjà : une année, à Tulle, avec son « maitre » Olivier Manoury , il « accompagnait » un de leurs maîtres à tous Juan José Mosalini.

 Nous avions aussi acheté un de ses Cd Desde Gardel , remarquable , tant par le choix des compositeurs choisis , ceux que William Sabatier semble fréquenter intensément pour ce qu’ils lui enseignent  du Tango,  que par l’interprétation , la sienne , bonheur du bandonéon !, celle du baryton Diego Flores , voix puissante , caressante ,  très nuancée, et parfois la guitare de Ciro Perez


Petit bijou, culturellement, pour qui cherche à approfondir sa connaissance du tango et, émotionnellement, pour qui , comme moi, aime l’émotion transmise par le son du bandonéon , le rythme du tango , son  chant qui pleure l’amour ….
Mais l’omniprésence de la voix,  de la mélodie, des textes, constituait une sorte de filtre à travers lequel devait s’écouter le très beau  son du bandonéon de William Sabatier…

Ce soir à Tulle , dans cette salle quiète du Théâtre des Sept Collines, dans la proximité du premier rang,  qui donne toujours l’impression d’une proche présence , avec l’émotion du direct qui construit pour nous la musique en live, et  l’évidence bouleversante de certaines phrases , je profitai pleinement du bandonéon de W.Sabatier, dont  le Quatuor Terpsycordes semblait constituer l’écrin  précieux et remarquablement  accordé …
Il faut dire que le programme était aussi  très  remarquable.
Tout me semblait réuni pour participer à la perfection de cette soirée.
 -J’aime les Five tangos sensations, même si le fait qu’ils soient les dernières œuvres d’ Astor Piazzola n’implique pas forcément une préfiguration de l’imminence de la mort, ils évoquent particulièrement pour moi , comme en fait presque toujours ses œuvres,  par leur tempo et leur couleur sonore, la « Force du destin ». Il me semble que quel que soit le thème annoncé Asleep, Loving, Anxiety, Despertar , Fear , il y a en eux une reprise obsédante et sombre d’un leit-motiv  Tragique….

-Puis le dialogue de W.Sabatier avec Carlos Gardel, création évocatrice et remarquablement personnelle à la fois …

-Puis la suite « les hommes de Piaf » créée en collaboration avec le Quatuor, variations remarquables sur les thèmes de la musique  de Piaf, dont Sabatier souligne avec admiration l’extraordinaire complexité …Remarquables… parce que, à quel point ces variations sont écrites je l’ignore, mais l’impression d’improvisation concertée est frappante, donne une vie puissante aux thèmes connus et à l’échange entre les cinq musiciens…

Remarquable enfin le jeu de William Sabatier lui-même, la perfection d’un son à la fois mélodique , puissant et nuancé, et  une posture saisissante par son « expressionnisme », pour moi en parfait accord avec l’image que j’ai du lyrisme du Tango…

Il me semble, au centre des quatre musiciens, à la fois conduire  leur jeu et leur laisser une grande liberté d’expression.
Et en comparant ce moment instrumental magnifique et les interprétations chantées du « Desde Gardel » je pense alors à une phrase de Daniel Mille  exprimant ses affres pour construire avec Samuel Strouk les interprétations de son Piazzolla : 
« Je veux  faire la chanteuse. Celle qui est devant et qui a la belle mélodie à jouer »…Et ainsi égaler la charge émotionnelle transmise par le chant des chanteurs argentins


Je crois qu’en cette soirée de Tulle, si transparaissait dans les choix et les interprétations des œuvres  une grande richesse  culturelle,  la charge émotionnelle fut aussi au rendez-vous … !




….Comme aurait dit Michel se souvenant de Barthes … « Studium » certes, mais « Punctum » …merveille 1 !



1=Interêt intellectuel et charge émotionnelle








samedi 24 septembre 2016

Tulle 2016, quand s’ouvre le Festival ...


Soleil et fraîcheur sur Tulle .
Entre la canicule des jours précédents, et la pluie des années précédentes, et  malgré le contexte social difficile, patrouilles et  fouilles des sacs à main, et en dépit de notre  contexte familial pénible , nous voulons résolument considérer notre entrée dans le festival comme placée sous de favorables prémices …
Du coup c’est d’un œil favorable que nous regardons  les ingrédients habituels de l’ouverture : les discours des politiques nous semblent plus concis, même  nous en partageons parfois les affirmations : de l’importance de la Musique, de l’importance pour tous de la partager , de l’importance pour Tulle de faire vivre ce festival, qui en retour participe à sa vie , économique et sociale.
Au fond  le climat social actuel,  perturbé et angoissant, m’inclinait à penser  qu’il était convenable, voire presque …civique ! pour les amateurs de musique et les festivaliers « ravis de la crèche » que nous sommes, de participer sans ironie   à cette ouverture des politiques.



Et, même la foule qui assaille la scène comme chaque année d’assauts photographiques aux reflex bruyants, et de va –et- vient indiscrets, et de conversations à voix haute sans retenue, qui d’habitude nous agace au plus haut point, nous apparaît aujourd’hui comme une expression chaleureuse de convivialité…
Même si  toutefois bien sûr je ne peux m’empêcher de penser que le thème «L’accordéon tisse sa toile » avec l’Image , n’est que trop bien choisi, tant le désir de selfies et d’instantanés me semble largement primer sur l’écoute des musiciens…


Et pourtant cette écoute, elle en valait bien la peine en ce soir d’ouverture au Magic  Mirrors, où la chevelure argentée de Roland Romanelli semblait la somptueuse mise en scène de son très beau son à l’accordéon, qui dialoguait ce soir-là, plutôt qu’il ne l’accompagnait, avec Michel Korb  et son orchestre.
Très beau son nuancé et mélodique , que je ne connaissais pas jusqu’alors , et donc l’écoute méritait bien qu’on attende pour l’écouter …que se taisent les prosaïques  voix des discours… 


…Et nous semblait préluder à Trois jours de bonheurs musicaux !!!!



dimanche 11 septembre 2016

UN BAIN















C’est la plage d’après midi, il y a du monde.  Il fait très beau, un peu moins chaud peut-être, la petite brise de mer s’est levée. La mer est  juste un peu forte, l’eau est douce, juste un peu fraîche, ses vagues éclatent juste, en roulant en écumes longues …
J’hésite en arrivant  , il ferait bon rester au soleil, un peu à l’écart de la zone de baignade , à l’écart du bruit des voix enfantines , avec le seul bruit de la vague qui frappe le sable, avec Nadja et Charlotte qui lisent et discutent paresseusement .


-Mais où est Camille?

                                                                             --Elle prend les vagues, là-bas, au bord de la baignade …




Sempiternelle question de Mamouna inquiète, question de toujours, depuis que Nadja avait encore l’âge de Camille et beaucoup moins … et le regard qui cherche, et me voilà debout,  traçant sur le sable fin où vient mourir la vague, à la recherche de la petite tête dans l’écume, la petite tête qu’on connaît si bien,  mais qu’on a peine à reconnaître parmi les innombrables têtes du bain de l’après -midi…



Et c’est elle qui me voit, c’est elle qui me fait signe ,  et c’est en moi , comme toujours et naguère, un petit éclat de bonheur…
J’avance un peu , j’admire cette fusion intime avec  la mer ,la petite tête qui attend, qui attend la belle vague puis qui soudain se retourne, se fondant en elle et  se laissant porter jusqu’à mes pieds, et riant…   j’admire cette aisance « aquatique » qu’elle a  eu de tout temps, mais qui a acquis avec les années la technique,  le savoir faire  , la familiarité avec l’océan…

Elle m’appelle, et  c’est vrai que c’est le dernier bain de l’été !
Elle m’appelle,  et je m’avance, attirée… mais je me contenterai de prendre  les vagues les plus douces, de prendre à mi chemin les écumes,  et de me laisser emporter jusqu’au bord puisque  les vagues d’aujourd’hui  nous emportent volontiers , et je la vois me dépasser, heureuses …!


Je l’admire… et avec un petit pincement au cœur je pense  que c’est moi qui jadis, comme c’était la plus petite,  moi qui prenait avec elle ses premières vagues , l’encourageait, la rassurait , partait avec elle…






Ouah …ne pas y penser, admirer, se réjouir, de la voir si grande, et si habile !









Et voilà que notre désir de dernier bain a contaminé deux autres petites têtes charmantes …
Et que je reste là, à prendre une écume sur deux ou sur trois,  à regarder et surveiller les trois petites têtes, à rire de leur plaisir quand elles  réussissent à venir s’échouer à mes pieds, dans la douceur de l’eau fraîche de ce dernier bain….

 
Révérence gardée envers Georges Brassens
«  Révérence gardée envers Paul Valéry!!!!

« Les bons  maîtres me le pardonnent :
 « La vague lève, il faut tenter de vivre ! »



mardi 9 août 2016

LARS DANIELSSON, magnifique!


C’était à Oloron, soleil sur le Piémont, au tout début de juillet !





C’était un festival au joli nom, « Des Rives et des notes », vigoureux et solide en dépit des années…
Il y avait Martine Croce, une précieuse amie qui nous avait invités au concert de Lars Danielsson..
Il y avait Charlotte et Camille, nos petites filles,  ravies d’être là, imperméables aux soucis de la file d’attente et aux impatiences des aléas du placement…libre !!!

Et il y avait Lars Danielsson et son group
Sebastian Studnitzky émouvant à la trompette,
John Paricelli à la créative guitare,
Magnus Ostrom, dont  la batterie aérienne n’offre pas seulement un rythme subtil aux autres instruments mais  un éventail nuancé de colorations sonores…
Et il y avait au piano, Gregory Privat, un piano remarquable, et un jeu expressionniste, saisissant de présence…
Et il y avait, époustouflant,  le  maître du jeu : Lars Danielsson, embrassant sa contrebasse avec tendresse, la beauté de ses longs doigts agiles sur les cordes…

Et évidemment il y avait l’évidence des évidences, la beauté de la musique !
Le son de Danielsson, pureté et moelleux de la sonorité des instruments…
Mais aussi l’invention  de mélodies si belles que leur écoute engendre le désir de les réécouter indéfiniment et qu’on ne peut les empêcher de chanter durablement dans notre tête.
Et Lars Danielsson de surcroît  chef d’orchestre omniprésent et discret des instruments, réglant avec doigté la composition de chaque morceau..

Une musique qui  évoque  pour nous  de lointains horizons de mer et de ciels, et l’immensité de lieux enchantés…

Moment de délice et de perfection, un de ces concerts qui passent comme un rêve et dont les rappels généreusement offerts n’épuisent pas le désir du recommencement…


Après le concert, un moment de signature avec le chaleureux truchement de Martine,  bien plus qu’un moment de signature, au-delà des mots (qui nous manquent ) parce que la musique est à elle seule  langage, grâce à la chaleur humaine et la simplicité d’accueil de Lars Danielsson, un moment de partage du bonheur de ce soir , pour nous d’avoir écouté, et pour eux d’avoir si bellement  joué…

Une soirée qui marquera pour nous quatre un grand moment de musique.

Nous qui ne connaissions pas Danielsson, quel bonheur de l’avoir rencontré !
Depuis nous ne cessons de réécouter ses CD, Liberetto est devenu un de nos tubes, qui plus est partagé avec notre Charlotte… !




 Merci LARS !
Merci Martine !









samedi 30 juillet 2016

Insomnie et poésie..une mouette...

Mouette à l'essor mélancolique
Elle suit la vague ma pensée
A tous les vents du ciel balancée
Et biaisant quand la marée oblique...

Une nuit , une des ces nuits qui cessent de dormir vers 4 heures et agitent l’esprit de préoccupations et d’ angoisses , tourne manège dans ma tête…je décidai d’y échapper en détournant  mon esprit de cet angoissant manège en l‘occupant par  d’autres pensées plus anodines et salutaires, penser au passé , exercer ma mémoire à  me souvenir du passé heureux , de ceux de ma vie personnelle , que j’ai aimés, les moments partagés…ou pas, ceux de l’histoire que j’ai vécue ou du moins connus, leurs noms …
Peut-être est-ce un bon exercice de mémoire, mais par la tension d’esprit qu’il impose,  ce n’est guère excellent pour retrouver le sommeil….Rien d’une berceuse ….
De l’idée de berceuse à celle de litanies, de litanies à prières, de prières à poèmes, j’ai soudain pensé a une anecdote racontée par P Valéry, un de ces « Ravis de la Poésie » que j’ai tant aimés…Il racontait donc, à l’appui de sa théorie poétique (j’ai oublié  où !!!), qu’un de ses amis amateurs de vers contraint de subir une ( petite j’espère) intervention chirurgicale sans anesthésie, essaya d’endormir sa douleur par la  puissance incantatoire d’une   récitation de poèmes …
…Que j’imaginais en alexandrins , ces vers dont le rythme s’accorde si bien à la respiration et au bercement …
…et de rechercher dans ma mémoire des vers porteurs de musiques qui calment, et c’est à Baudelaire que je pensai d’abord
« Cheveux bleus pavillon de ténèbres tendus…… »
Baudelaire…bien sûr !
Quel alexandrin pourrait mieux convenir au bercement mélancolique d’une insomnie tourmentée… 
« La mer, la vaste mer console nos labeurs… »
« Quel démon a doté la mer, rauque  chanteuse »
« Qu’accompagne l’immense orgue  des vents grondeurs
«  De cette fonction sublime de berceuse … »

Quel rythme, quelle harmonie vocalique pourrait mieux adoucir le souci qui me tient éveillée..
Ainsi  je me grise de la musique des mots …

Mais la musque des mots n’est pas  musique pure les mots se pressent en moi et évoquent… évoquent…
« Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres
« Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres
« Qui dégagent leur aile et prennent leur essor… »

Plaintes , angoisses, regrets…

Pourtant des vers baudelairiens il y en a de plus colorés , dont  l’envol léger allège l’angoisse de la nuit…
Par exemple :
« Mon enfant, ma sœur
« Songe à la douceur,… »
Mais oui ! le vers imper,  comme une tendre  balancelle,  suspendu, donne à respirer comme le souffle du premier sommeil…
Et conjure le calme …et parle de lumière surréelle,  propice à l’endormissement …
« Les soleils couchants
Revêtent les champs, les canaux,  la ville entière
D’hyacinthe et d’or….
Le monde s’endort dans une chaude lumière… »

La douceur pleine et la chaleur  des sons vocaliques  achèvent l’alchimie …
Mais bien sûr, des vers isolés ne font pas un poème, et je me prends à les réordonner et à retrouver ceux qui manquent pour faire un tout , l’objet poétique dans toute sa présence.

Et le vers impair de Baudelaire ne dit pas tout du vers « impair »…

Et voilà que je je me prends au jeu de retrouver ailleurs la douceur de ce rythme suspendu , je me dis Verlaine bien sûr  ,et je pense à la mer encore,  et à cette mouette fascinante, que Jan  Lundgren a su faire s’envoler dans mon imaginaire…

« Je ne sais pourquoi
« Mon esprit amer
« D’une aile inquiète et folle
« Vole sur la mer

« Tout ce qui m’est cher
« D’une aile d’effroi
« On esprit le couve au ras des flots
« Pourquoi , pourquoi ?

Me revenaient des groupes de vers, des lambeaux de strophes, et aussi des manques que je tentais de combler en me servant du sens …
Et je redécouvre l’évidence , ce que j’ai toujours su intellectuellement que la place des mots n’est pas indifférente, bien évidemment …
Et je tâche de replacer en  un puzzle magique, les poignées de mots qui se pressaient dans ma mémoire…en essayant le son, le rythme …


Mais cette mouette, cette mouette qui s’associe à la Mer, cette mouette qui me rappelle celle de Jan Lundgren, m’échappe, tant le vers  impair semble de surcroit irrégulier , tant la reprise des vers en refrain n’est pas forcément identique…
Quelle merveille que cette variation construise une telle sensation d’harmonie…
« Parfois si tristement elle crie
« Qu’elle alarme au loin le pilote…
Normal ? mais surprise !
« Qu’elle alarme au lointain le pilote ! »

C’est mieux car c’est autre ! et surprenant …

Au fil du temps…
Au fil des insomnies…
Au fil des vérifications diurnes…
Le voilà retrouvé !
LE POEME !
Et avec lui, la conscience émerveillée qui doit être proche de celle du musicien que le choix , la place, la couleur des mots, est orfèvrerie du sens , des sons, des  couleurs
« Quel pur  travail…..

Bien sûr , je préfèrerais dormir …mais je suis passionnée par ce travail de reconstruction, poétique et musical ; qui peut­­­-être s’apparente à celui du poète , voire du musicien ….

Moi qui n’ai pas le pouvoir de créer des poèmes, mais qui aime tant manier,  changer, déplacer ,et replacer  LES MOTS…
pour ma prose imparfaite….




vendredi 24 juin 2016

Galliano, Looking for Richard !

Il y a des années fastes pour nous,  de grandes  années Galliano !   où , grâce à une programmation de concerts plus proches de chez nous,   ces concerts sont comme les marqueurs de nos Quatre Saisons !
Ce fut le cas de l’année passée ! notre saison Galliano, commencée à Eysines avec  Sylvain Luc, où nous vîmes la Vie en rose dans la froidure d’une fin d’hiver s’éternisant,   et  puis exceptionnellement au début du printemps, dans le pays de Notre Océan, à Biarritz, avec l’orchestre symphonique Confluences… puis à la fin de l’été, dans nos Landes,  à Seignosse, avec le Philip Catherine Quartet,  puis à l’automne, àTulle  pour un Solo de Nuit de Nacre  somptueux,    puis à Noël, dans notre ville- même de Pau ! (merci à Fayçal Karoui ) deux Concerts du Nouvel An, et enfin  au début du printemps, à Orthez , si près ! comme pour boucler la boucle ,  une nouvelle Vie en Rose !

Entre les concerts, leurs avants leurs après, les quelques mots échangés à la fin, des rencontres inattendues et précieuses, comme à Tulle, à l’hôtel où nous nous trouvions logés , ou à Pau dans la salle du Zénith avec Gisèle,  le timide rendez-vous pris pour une date prochaine, les CD signés , et qu’on va écouter à « Oreille que veux-tu »et qui appelleront en réseau  d’autres écoutes d’autres musiciens … nous en retirions une sorte de douce familiarité presque amicale.
Comme aurait pu l’appeler comme l’appelait  Ken Loach dans son film pour moi culte avec Canto !!! une familiarité de « Looking for… »


…Et puis ce printemps, voire cet été,  voilà que RG s’échappe vers des ailleurs lointains, La Russie , la Suède, la Norvège , l’Allemagne, la Suisse ou la Chine…ou en France.., dans quelques hauts lieux de la musique , ou tout simplement des lieux dont la distance croît en même temps que notre âge !!!!! Et l’espoir du rendez-vous suivant, «est-il  déjà plus loin que L’Inde et que la Chine ? »Gallianooutai ?
Nous laissant quelque peu frustrés !

Mais  voilà qu’en Mars , puis en Mai,  sa présence  vient se manifester, à nouveau familière et multiple :
Dans les bacs des disquaires : deux CD !
Le Mare Nostrum 2, la deuxième Création avec Jan Lundgren et Paolo Fresu, et que dire qui ne soit pas de l’ordre des « ravis de la crèche »devant la sortie de cette merveille ? Sinon l’écouter et l’écouter encore….


Et presque aussitôt ,  sa venue  d’avance annoncée, et si j’ose dire orchestrée de main de professionnel,   le « Mozart » de Galliano avec Bernard Cervera, Stéphane Hénoch, Jean Paul Minali-Bella, Raphaël  Perraud, Sylvain Le Provost.
Que dire  d’autre que du subjectif que j’assume, à l’écoute de cette interprétation Galliano,  dont la limpidité simplissime découle à l’évidence de la longue maturation, du subtil dépouillement d’un projet qui lui tenait au cœur ?
Je dirai simplement ici que j’aime le choix sans complexe des « tubes » qui ont marqué notre connaissance de Mozart, La marche turque , que j’ai jouée (mal) que ma Charlotte joue(bien),La petite musique de nuit que j’ai écoutée (beaucoup), Le quatuor pour flûte et cordes que je connaissais en fait sans le savoir et  que j’ai l’impression de découvrir, une œuvre que je ne connais pas, le laudate Dominum auquel le bandonéon contribue à conférer cette gravité tragique que Piazzolla m’inspire toujours…
Et puis, la merveille des merveilles ! l’adagio du concerto pour clarinette mais remarquablement et respectueusement inséré dans le contexte de l’œuvre intégrale…auquel l’accordéon permet de restituer un peu des graves de ce « cor de basset » originel !


 De quoi nous distraire un temps de la frustration d’absence d’écoutes en live .. ?

De laquelle frustration,  tâche aussi de nous distraire notre Feu- follet Musicien , qui nous dit presque quotidiennement, « Bonjour à tous ! »  et « Retrouvez-moi » et même «  Retrouvez-moi en direct ! »
« Retrouvez-moi »…à 13h, « retrouvez-moi » dans 10mn en direct, dans l’émission « la grande Table de France Culture , « retrouvez-moi »  ce soir en direct sur France Musique , ou à 22h 30-minuit ! Classic club, Vous avez dit classique ?, top de l’album classique !

Il court, il court  sur les ondes …

et à la Fnac il donne un showcase dont la vidéo, d’abord promise, ensuite donnée par extraits…  s’avère remarquable dans sa totalité et nous permet de connaître en direct  Bertrand Cervera !

et il obtient le n°1 du top de l’album classique !

et son trailer de Mozart nous raconte l’histoire de son Mozart !

En dépit de l’absence, trop de présences ?
Non Non Non !!! car autant dans son discours que dans ses variations, Galliano  a l’art de reprendre le récit tout en le transformant …
Nulle trace dans ces interviews, nul emploi de ces « éléments de langage », préfabriqués,  que l’on sort systématiquement et mécaniquement  de son répertoire pour la promotion d’une oeuvre…
 Chaque entretien est un peu différent de ton et de contenu.
 Et, on ne s’en lasse pas  car c’est histoire de son Mozart et en filigrane ,  c’est son histoire de musicien qui transparait par flashes avec naturel et simplicité..Une réflexion à bâtons rompus  à l’occasion de ses propres rencontres, sur la Musique et son écoute…

…Mozart,  le choix des « Tubes »,  assumé, car il dit choisir comme un simple mélomane et c’est pour mieux jouer pour eux  ,cette épithète de mélomanes qu’il reprend et revendique à plusieurs reprises  me conviendrait bien si j’osais, parce qu’elle parle de goût passionné pour la musique ,et s’oppose a celle de spécialiste, mais elle implique encore pour moi trop de savoirs,  suggère encore trop de connaissances ,et en gardant la passion, je lui préfèrerais le joli terme  d’ « écouteuse », au masculin impossible ! ou celui d’ « amateur » au féminin esthétiquement impossible !
… Des amitiés musicales, Toots Tielemans, Bill Evans, Eddie Louis, Nougaro , Barbara, et les goûts si divers , « divagateurs »,  mais toujours passionnés  et riches d’une subtile appréciation musicale …
…Les compagnons de musique, Paolo Fresu, Jan Lundgren, Henri Demarquette que nous avons appris à connaître grâce à lui.
…Le projet « classique » qui ne renie ni le jazz, ni la chanson, mais qui se réalise «  à 65 ans –il le redit souvent -», enfin réalisé, le rappel d’une sorte de timidité ou d’humilité à aborder Mozart « apparemment facile, mais délicat, »  trois ans de gestation pour cet album…
…Son amour physique pour son Victoria, sa sonorité , son ergonomie , sa familiarité « sensitive » ou « sensuelle »l…
Mais qu’on ne s’y trompe pas, sa culture musicale, son savoir raffiné  sont ceux d’un grand musicien..nous le ressentons avec évidence et timidité, non -musiciens que nous sommes … et au passage, nous  apprenons…
… La place dévolue à l’accordéon dans l’interprétation de la partition, comme il l’aime, une seule note à la fois,  comme un chanteur*
…Le refus de l’idée d’ « arrangement » le souci de jouer la partition, en se contentant de distribuer les parties instrumentales
 … Ou l’existence du cor de basset et pour lequel  la partition originale était écrite et que l’accordéon de Richard interprète si bien…

Mais il faut l’avouer de toutes ces émissions que nous avons écoutées, c’est celle d’Elsa Boublil que j’ai préférée…pour sa qualité certes, l’enthousiasme et la précision de sa présentation,  mais  peut-être aussi pour ces deux confidences de RG, qui nous touchent particulièrement :
L’épisode de l’enregistrement  de Gisèle  avec Toots Thielemans , « J’étais en retard on s’était accroché avec Gisèle, mon épouse, mon épouse  depuis presque quarante ans… avec laquelle d’ailleurs depuis quarante ans tous les jours on s’accroche » il le dit avec du sourire et de l’amour dans la voix..et la mention affectueuse de Lili, «  magnifique » et des enfants , « le plus important dans la vie avec la musique, c’est la même chose… » « Ce sont nos recours… »

Bon ! trêve de frustration, nous en avons profité avec Michel « mon époux depuis plus de 50 ans !»pour réécouter bien sûr Laurita et Gisèle !!!
Et pour refaire un tour dans le passé de Richard et redécouvrir une merveille, son duo avec Jean-Charles Capon….Blues sur Seine,














et en particulier un morceau que j’adore, et qu’on ne lui entend plus interpréter  Laura et Astor