mercredi 30 septembre 2015

Tulle ,pour un festival…



Prélude….
C’est le jeudi 17 septembre, on roule vers Tulle. Le temps est médiocre, incertain. Peu importe, on va  aux Nuits de Nacre.Voiture garée, on déjeune à la Taverne du Sommelier…On rejoint l’ hôtel, Quai de la République. Autrefois , on essayait divers restaurants, on tâtonnait pour trouver des hôtels…Maintenant, pour cette année en tous cas, ce sera le même hôtel que l’an passé, et peut-être la Taverne tous les midis, et le soir à la fortune du pot …la mie câline ou autre boutique à sandwiches…y a  la queue à faire pour les concerts !


Est-ce un effet de l’âge ?  On est bien dans cet hôtel au confort lumineux, de plein pied dans le festival, où parfois on a la chance de rencontrer ces musiciens qui nous font vibrer…on mange bien à la Taverne ? On y est presque connus !!!!on se sent un peu Tulliste- des nuits de nacre…ou bien avec le temps on se sécurise par les rituels… ?
Pour la queue aux concerts,  j’aurais aimé garder l’illusion, avec mes souvenirs de jeune groupie au Zénith (ou d’accompagnatrice de groupies), queue, sandwiches et longue attente…que nous étions restés  jeunes et fous…Mais non !, un regard sur nos compagnons d’attente révèle plus de têtes chenues que de têtes blondes, en somme gens de notre génération, avec qui sans doute nous partagerions les mêmes souvenirs de musique…
Bref, un peu reposés, d’un pied léger, et l’imper dans le sac à dos…nous allons à l’ouverture du festival…
Nous aimons, j’aime depuis  l’enfance ces prémices de fête, ce qui se prépare encore tout en étant déjà là…au fond peut-être plus délicieux encore à savourer parce que le temps est suspendu, préservé de la menace de la fin prochaine…Un Avant !

Je suis contente d’en goûter encore la saveur, car j’ai parfois redouté qu’avec le temps le poids anxiogène des préparatifs n’en rompe le charme….

C’est au Magic Mirrors et alentours que se tient le rendez-vous…
Devant l’entrée , des «  casetas »d’accueil des artistes et de services de presse et sur deux longues tables en nappes blanches, des alignements de verres multicolores que des bénévoles soigneux sont en rain de remplir…Pour qui ont ces boissons festives ?



Nous entrons dans le Magic déjà largement rempli, mais où la piste centrale est encore assez dégagée pour que les enfants comme chaque année soient invinciblement attirés pour y courir avec cris de joie , en cercles ou traversant les diamètres. Bruissement des foules attendant…Et pour attendre, on attend…
Vient le temps des discours !
Je ne saisis pas le grade de ceux qui parlent , je suppose qu’ils  interviennent en ordre hiérarchique croissant. Tous pratiquent le genre du discours politique, soulignent l’importance de l’évènement, et remercient les généreux sponsors ou donateurs qui le rendent possible. Je remarque des nuances dans les destinataires concernés mais sans en comprendre les arcanes. Les styles varient,  de la liste simple à la métaphore complexe et longuement filée .Tous nous paraissent longs, un peu creux, politiques ?. Mais on se dit, il faut qu’ils soient là, les sponsors qui paient, les politiques qui soutiennent …de Musique ils ne parlent point ! Heureusement tout à coup les claquettes frénétiques de la pluie musiquent sur le toit du Mirror. On en ferme les portes , je pense à tous les verres colorés servis dehors sur les longues tables blanches
C’est alors au  tour de Sébastien Farge, directeur artistique du festival de parler…Une voix chaleureuse, et la musique entre en scène !!! avec enthousiasme , avec conviction, avec passion ,il nous présente ce festival placé le signe de Gus Viseur dont c’est le Centenaire, confié aux soins de Marcel  Loeffler qui en tiendra le Fil Rouge, ainsi qu’ aux talents d’autres héritiers magnifiques , les deux Marcel , les Joe Baselli et Daniel Colin, les Venitucci et Contet, notre "grand"Richard Galliano,  et tous ces autres accordéonistes qui vont faire vibrer les rues de Tulle pendant ces journées…
Et Sébastien tout en nous conviant au pot de l’amitié remet à Marcel Loeffler la tâche symbolique d’Ouvrir !!!!

Et se forme alors, faisant fi de l’apéro offert,  autour de la lumière et la chaleur de la scène du Magic un cercle attentif, attiré au plus près par l’accordéon de Marcel entouré de son fils à la guitare rythmique ,et de Railo Helmstetter  à la guitare solo...

 Un cercle serré mais mais détendu, attentif à laisser place aux « photographieurs » amateurs , aux enfants  aspirés par la lumière et la musique.




Car des enfants, de jeunes parents de ces enfants, des ados il y en a…il n’y a pas seulement comme parfois aux concerts de jazz les têtes chenues des gens de notre âge…




Et  c’est, en quelques mesures, comme si se formait , dans cette salle circulaire assiégée de pluie, une petite bulle dorée et pétillante de beauté, autour de Marcel, (ainsi prénommé à cause du grand Marcel Azzolla), vêtu de sombre, au centre de la scène à côté de Cédric Loeffler à la guitare rythmique, et de la contrebasse de Gauthier Laurent , tandis que s’élève sa musique délicate et soyeuse, à la ligne mélodique claire mais d’un raffinement complexe…
Et  oubliée la pluie, oubliée la lourdeur des politiques…Pour la musique ! Pour un festival, pour CE festival… !!!!







samedi 26 septembre 2015

A Tulle , RICHARD GALLIANO raconte….

TULLE ,samedi 19 septembre 2015

C’était un concert très attendu…
Le final d’un très beau festival….
Un concert complet depuis des jours…
Une attente de plus d’une heure et demie pour être placé comme on aime….(pour nous au plus près si  possible !)
Une longue file et des rencontres où l’on échange de fines connivences avec des gens qu’on ne verra plus.
Et au fond de l’impatience, au cœur de l’impatiente attente, une pointe d’anxiété : que ce soit moins bien cette fois…
Et tandis que nous attendions, Richard Galliano qui passe, « les yeux fixés sur ses pensées »…
Pour lui aussi je pense que c’est le temps d’attente, le temps  où toutes ces attentes pèsent sur lui, plus encore que les 14 kg de son accordéon.
 Plus encore en ce lieu emblématique !

Nos attentes… mais plus encore celle de la «  grande famille »des accordéonistes qui sont là , la Famille Baselli, les Loeffler,  Azzolla et Colin , Lampidecchia, Venitucci, et tous ceux que je ne connais pas mais dont Richard Galliano ressent la présence…


Et c’est pourquoi dès son entrée sur scène, une scène d’un clair-obscur très contrasté (trop à mon sens !) violemment éclairé dans le noir ambiant, comme physiquement absorbé par son accordéon qui concentre toute la lumière et en réfléchit de brefs éclats, l’émotion est intense pour nous et à coup sûr pour lui, malgré la présence tutélaire dans la salle de Gisèle…
ET il l’avoue …. il avoue modestement la crainte de ne pas être à la hauteur de sa tâche qui pèse du poids de son accordéon et de son ambition : « honorer le passé »…



Et c’est pourquoi sur la chaise, unique décor de la scène, il a posé comme un recours son accordina, double recours, car moins lourd que son «  Victoria » bien sûr, et  parce que celui de Joe Baselli, offert par sa femme …
Et c’est aussi pourquoi, dit-il, comme une respiration dans son programme,  il parle et raconte…
Il suit le fil de Nacre de sa vie d’accordéon, une  vie de passion et d’émotions .
Tulle, c’est le lieu géométrique où viennent se croiser les fils du passé, de l’Accordéon et du sien …
Bien sûr ses premières nuits de Nacre, à la création desquelles il participa…
Mais avant même, des master classes où il se rappelle avoir conseillé des élèves aujourd’hui devenus grands.Il cite, et c’est pour nous un grand plaisir, Daniel  Mille, un de nos accordéonistes de prédilection .Il évoque le rire communicatif d’une de ces élèves, que nous ne connaissons pas…et de nous jouer  « Fou Rire », le deuxième morceau du concert, qu’elle lui inspira. Et chaque  morceau ou presque, est ainsi relié à  une histoire et donc une émotion.
 Tulle résonne  pour lui de la présence des accordéonistes- phares de son inspiration .
Gus , bien sûr  qu’on fête cette année ,et dont il joue Douce joie,  mais aussi Hamann, et Joe Baselli , dont les enfants sont là, Azzolla, toujours présent et talentueux, et qu’il remplaça un jour en tournée auprès de Gréco, tournée au cours de laquelle, pris de la nostalgie du pays, il composa la Valse à Margaux sa première valse musette.

 Et s’enchaînent ainsi  dans le programme des créations des différents moments de sa vie, des créations « Galliano » !
Habanerando, Chat pitre pour Valentine Petit, New york Tango , superbe deuxième mouvement de Opale concerto, Aria,…
…Sans que soient oubliées pour autant les références fondamentales de sa vie musicale,
My Funny Valentine évoque Chuck Baker, Tango pour Claude nous rappelle Vie violence, une superbe 
interprétation de  la Gnossienne 3  est le résultat d’un choix d’interprétation très  personnel, un « essai »nous dit-il !!!!
Et son très bel  Aria est  enchaîné avec libertango, le chef d’œuvre de Piazzolla, le maître et l’ami ,
Et c’est encore avec son Oblivion que nous nous quitterons…
Mais bien bien sûr c’est sur la Javanaise qu’il nous avait annoncé comme souvent ce moment des adieux fredonnant avec nous l’ au revoir : «  nous nous aimions, (nous VOUS aimions !) le temps d’une chanson »

Et avec toutes ses connotations personnelles, ces échos du passé,  la musique se charge d’une émotion intense,  qui  élargit le sens de l’engagement habituel qu’il met à la jouer.
 Il semble  se donner tout entier à sa musique avec son habituelle énergie, mais plus encore, comme s’il devait encore et  encore se prouver, et nous prouver, l’étendue de son talent .

Chaque morceau du programme survient comme par un chemin détourné,  puis se révèle en « épiphanie » , s’enrichit d’échappées multiples, comme improvisées,  recréées dans des variations virtuoses et inspirées, qui nous fascinent , car cette virtuosité époustouflante ne nuit jamais  à l’émotion de la ligne claire  de la mélodie .


Deux fois les rappels enthousiastes, chaleureux, conjurent le départ et la séparation ..
 Et puis le noir engloutit  la scène, et puis le vide, et puis c’est fini !!!

Sacrée soirée Monsieur Galliano !







jeudi 24 septembre 2015

ORTOGRAFIKEMENT VÔTRE !!!

Un jour j'ai écrit ce texte que je retrouve avec plaisir...!!!!

La Dictée, cette ringarde… ???



Elle a mauvaise réputation, elle véhicule des souvenirs à la Pagnol,  ou des images de maîtres sévères qui dictent en articulant trop bien,  en arpentant les allées de la classe, et en faisant craquer le cuir de leurs souliers bien cirés…
Elle peut être rude à ceux qui ont des problèmes ….et  accumulent  des décomptes de points qui dégringolent au-dessous de zéro…
Elle est l’outil détestable de leur stigmatisation.

Pourtant c’est bien en écrivant quantité de textes « normaux », de ceux qu’on rencontre en lecture, ou en « récitation »,  mais aussi de ceux qu’on produit, à force de rencontres multiples avec les mots , et les phrases qui les enchaînent les uns aux autres, qui les accordent en séquences , c’est bien à force d’écrire des textes, que l’on finit par orthographier à peu près correctement….
A force aussi d’y être aidé par un « feed back correctif » comme on disait en maternelle...[1].

En fait ce n’est pas la situation de dictée qui est mauvaise, ce sont les conditions de son déroulement, et son utilisation à des fins exclusives d’évaluation et de notation qui l’empêche de jouer son rôle d’outil d’apprentissage…

"Dictée à la parlante" 
Mais écrire sous la dictée un texte pourrait être une situation d’apprentissage intéressante
…a condition d’en changer  les règles du jeu :
-    choisir, ou faire choisir par les élèves un texte un vrai texte, d’une longueur modérée, un poème à apprendre, un petit passage de la lecture du jour, une phrase qu’on aime …
-     présenter la situation comme une situation problème : « Comment s’écrit ce texte, est-ce qu’on sait l’écrire ?"
-     y faire  jouer plutôt en petits groupes[2]
-     faire écrire le texte au brouillon d’abord. Comme un essai.
-     faire jouer « à la parlante » , en donnant  le droit de demander de l’aide pour les mots qu’on ne sait pas écrire, aux autres, puis à l’enseignant, qui doit toujours valider l’orthographe exacte du mot demandé, en l’écrivant au tableau le cas échéant.
     Il ne s’agit pas ici de dictée préparée à l’avance. Car comme le disait jadis une de mes collègues et amies de CM2, c’est quand on a le mot au bout du stylobille que la difficulté apparaît vraiment…
-     Eventuellement ménager un temps d’échange à l’intérieur du petit groupe. Ceci n’est pas obligatoire, on peut aussi se contenter d’un essai individuel de production .
-     Eventuellement aussi un temps où utiliser des outils d’aide (tableaux de conjugaison, ou dictionnaire, en particulier s’il y a discussion)…Mais ce n’est pas toujours nécessaire car ce temps alourdit la réalisation, et véhicule l’idée d’une tâche compliquée, alors que l’enseignant  et les autres sont là, et compétents pour faire avancer la tâche.
-    Puis procéder à la mise en commun pour établir la forme orthographiquement correcte du texte. Cette mise en commun doit être établie clairement au tableau, qui sert de référence,  et validée par l’enseignant.
-    Faire bien relire,  puis recopier le produit sur un cahier.
-     Ce cahier, qu’on pourrait appeler  « recueil de textes » pourrait  servir de mémoire, « un cahier- mémoire » et de référence possible lors de situations ultérieures.
Il pourrait être illustré, à la guise de chacun, ce serait un outil personnel. Une fois contrôlé, bien sur !!!

Il est très important à mon avis,
 -Que  les élèves aient l’impression que cette activité, loin d’être un simple exercice, contribue à donner au texte une existence –écrite-, une sorte de statut…c’est pourquoi le choix des textes par l’enseignant ou par l’élève est très important : il ne s’agit ni de choisir des textes artificiellement composés de difficultés  accumulées , ni des phrases aléatoires…L’essentiel , c’est le sens du texte, son intérêt…tout texte en effet présente suffisamment de difficultés orthographiques pour qu’il soit intéressant de chercher à l’écrire et l’orthographier.Ce n'est donc pas sa difficulté orthogaphique qui doit déterminer son choix. 
-Qu' elle donne lieu à un « produit »  soigné autant  qu’il se peut, qu’on aura plaisir à retrouver
-Que ce travail ne soit pas contaminé par un décompte comptable du nombre de« fautes » ni se solde par une estimation d’échec ou d’insurmontable difficulté.
On pourra faire par ailleurs des évaluations, mais ce travail devrait rester un  travail d’apprentissage de l’écriture d’un texte…
-Que  l’aide apportée soit constante et diligente, sans trop mégoter  avec des « tu le sais ! », «  tu devrais bien le savoir ! », « quoi ! tu ne le sais pas encore !!!! »

 Conclusion :

Même s’il s’agit là d’une activité très organisée et structurée dans son déroulement, le geste d’enseignement qu’elle met en œuvre  devrait je crois être généralisé à toutes les tâches d’écriture, à savoir :
-on va écrire tel ou tel texte
-est-ce qu’on sait ?
-qu’est-ce qu’on ne sait pas ? Voilà les aides nécessaires
-on essaie et je (ou d’autres , variables selon la compétence attendue pour cette tâche) vérifie, « parce que en principe j’en sais plus que vous sur la norme othographique »

Remarque:

Ces dictées à la parlante m’ont permis personnellement d’aider des proches de ma famille, je les ai ensuite utilisées avec des adultes réputés « illettrés », puis nos  enfants de l’école, et parfois du collège…

Rappel du matériel et des ingrédients nécessaires :
-   du texte, du vrai texte…
-         un stylo bille, ou éventuellement un crayon et une gomme
-         un bloc sténo
-         un cahier
-         le tableau ou un paper board…




[1] L’expression, empruntée à la théorie de la communication et utilisée par Laurence Lentin pour décrire le retour que fait l’adulte à ce que dit l’enfant. Simple retour de compréhension, «  Oui tu veux dire » « Oui, d’accord » ou d’incompréhension « ??? »…
Il peut aussi reprendre « dans la foulée » l’énoncé produit par l’enfant d’une manière plus explicite et correcte,. Il est alors dit feed back correctif…
[2] Le reste de la classe peut être occupée, de préférence  individuellement à d’autres travaux orthographiques autonomes, recopier la « récitation », la production d’écrit, des phrases qu’on aime, des titres de chansons ou de livres, dans son recueil de textes, rentrer un texte sur l’ordi  ….




dimanche 9 août 2015

Vivre


Rêverie sur un thème mélodique de Stéphane Délicq


Il y a eu ces deux journées « données » : pur ciel bleu ,vent d’Est , qui soulève sur chaque vague une chevelure  d’écume

Ce matin donc, sur la terrasse, le soleil,  les cigales, le  ciel clair  et l’humeur légère, la tête est à l’insignifiance des projets de sable et de mer …

Dans cette allégresse légère une pensée altruiste : téléphoner à ma grande « petite » sœur très aînée!
« Elle est seule dans sa maison trop grande, un peu fatiguée, on partagera cette humeur ensoleillée… »
Un petit effort….

Et c’est la cata !
Contente, elle l’est, sa voix exprime un soulagement disproportionné !
Son monde tourne vertigineusement depuis le matin, elle attend le médecin, qui ne viendra pas
en fait… !!!
Et c’est le creux à l’estomac : et la sensation déchirante que c’ est arrivé !!!
Ce que je  redoute depuis longtemps en  sourdine, ces  symptômes de fatigue  accumulés depuis des jours et des jours,  cette angoisse présente et inexprimée  sont sur le point de se concrétiser :
 …la rupture d’un lien né avec moi  … si étroitement, si  naturellement intégré, qu’on ne le sent plus que quand il angoisse , irrite, tiraille…ou manque se rompre !
Et c’est la  sourde douleur de la déchirure….

Et puis on accourt , ma Nadja m’accompagne, Michel viendra aussi , la tempête s’apaise en quelques jours …
Il y a des soins, on fait des provisions de réconfort  et de nourritures .

C’est un calme , un répit , un sursis, on veut y croire , croire qu’on  est revenu à l’ordre ancien…


On réapprend à vivre par moments intenses :

Une soirée au cinéma avec le Petit Prince !
Entre mes deux petites filles silencieuses, touchées  d’émotion profonde…
Révérence gardée envers Téléréma, un film qui bouleverse deux filles différentes , mais  capables d’une finesse exceptionnelle dans l’analyse des textes, des musiques , de la peinture,  ne peut pas être mauvais…

Une journée d’énergie vitale à refaire à vélo le joli parcours que je faisais jadis…

Un long parcours à la nage dans le courant entre le canal et la plage du Lac…

Un jour de splendeur de l’Océan …





Moments intenses à vivre pour oublier que la vie est toujours et de plus en plus menacée…et qu’on le sait…





dimanche 28 juin 2015

Lionel Suarez à Toulouse le 21 juin…à midi!



Un lieu emblématique …

Un quai de Garonne,le port de la Daurade ,  l’un des plus beaux, avec « sa platane » superbe,   et son architecture raffinée…
Toulouse et  son fleuve, le Rio…« LOCO ! » en cette saison… !

Car emblématique, la date ne l’est pas moins …
C’est le solstice, enfin ! après l’interminable hiver. Et si un vent frais agite les branchages, et rafraichit la température, il balaie aussi les nuages du ciel qui est bleu, très bleu, comme pour une fête , la fête de l’été, la fête de la musique. Ça se passe  de Midi  à deux heures, à l’heure où le soleil de solstice est  au Zénith …
Sous les platanes il fait bon, dans le bruissement si caractéristique d’un avant concert, où les essais de sono se mêlent au grondement sourd  des conversations

C’est «  Rio  Loco », la folie de musique qui rassemble chaque année au bord du fleuve, pour chanter d’une même voix, les peuples du monde, en particulier ceux « del Sur », mais pas seulement …
Et ce dimanche à midi ,  cette voix c’est celle de l’accordéon…
Et c’est Lionel ,le grand maestro de la rencontre, qui  a invité les accordéons de ses amis.
Pour les présenter   je cite Mchel , je ne pourrais dire mieux :

"Emile Grandjean, son sérieux, la finesse et la subtilité de son jeu sur son diatonique….







René Lacaille, monument indestructible. La gouaille, la joie de vivre, de l'énergie à revendre et le sens de l'animation. Avec le délicieux accent et les trouvailles linguistiques qu'il transporte avec lui dans ses périples







Régis Gizavo, je crois l'avoir déjà dit, me touche de plus en plus.





(Dixit Michel, mais je partage son émotion et ses mots pour la dire) Son chant est plus qu'émouvant. Son accordéon puissant a pour moi une force d'évocation exceptionnelle. Force et fragilité dans un même chant"

Et il y a là aussi ,avec Lionel,  les deux remarquables compagnons de Cocanha, Pierre -François Dufour, son beau violoncelle ,et ses percus opportunes,  Kevin Seddiki et sa fine guitare .




Et leurs trios, ou parfois leurs duos, s’intercalent avec bonheur( keep on swinging !!!) entre les chansons de leurs compagnons invités et leurs accents spécifiques : le blues breton de la misère du monde, le chant prenant de Régis, le rythme festif incoercible de René…

 Mais   Toulouse la méridionale , sur ses bords de Garonne , est aussi à jamais  habitée  par  une  autre voix, celle de Claude Nougaro
Et tous Gizavo , Lacaille, Grandjean,  mais aussi les complices du trio de Suarez, Sedikki et  Dufour, vont la ranimer tout à tour, la faire résonner dans les colorations diverses de leurs voix…
Quelques remarquables moments parmi d’autres tout aussi remarquables
Le « Toulouse "d’ouverture  par le trio, et « Les Voiliers »,   le « Tu verras tu verras » poignant, par Gizavo, « Bidonville » par Lacaille en Nougaraï, le saisissant « A bout de souffle »-je l’aime toujours ,le thème de Blue rondo à la Turk de Dave Brubeck, repris aussi si bellement par Richard Galliano, et que Nougaro mettait en scène en un thriller noir , et que tous nous redonnent remarquablement, «  Céline » , un superbe duo avec Pierre-François Dufour pour « Le jazz et la java »  ,




 et  « Je suis sous... », qu’on aurait aimé chanter tous ensemble sous le balcon de Claude…

Pour moi ,  ce que j’aime particulièrement en Lionel Suarez, ...





...c’est la puissance, superbe, de l’accordéon , et aussi la clarté du son, qui semble connoter la générosité et la plénitude …
C’est aussi la chaleur  du partage avec ses compagnons, et une sorte de simplicité ,d’évidente  présence  ..
C’est aussi en ce concert particulièrement, une autorité comme naturelle , une remarquable organisation, d’autant plus remarquable qu’on la croirait spontanée : alternance du jazz et de la java, du trio et de duos,  maîtrisés et improvisés, du Nougaro, du Suarez, et du Siddiki, du Murena étroitement emmêlés avec  « Passion »   dans la chaleur humaine de ce jour délicieux … un instant  de bonheur suspendu entre soleil et Garonne




 Un  instant  de bonheur suspendu au PAYS DE COCANHA !!!!!








dimanche 14 juin 2015

PAYOU.



Trois petits instantanés de mon Père…

Nous  habitons  déjà dans la maison de Dax…
La canapé est dans l’angle de la salle à manger . près du radiateur .
Mon père est assis , jambes enroulées, posées sur le radiateur : c’est sa posture favorite.
Il lit, à l’époque il n’y a pas encore  la télé chez nous …
Je suis assise à côté de lui et,… je suce mon pouce !…
Ce que j’aim, quand je suce mon pouce c’est de l’autre main, ne m^me temps, caresser mon oreille, même que j’ai fini par m’y  faire un petit cal…
Mais  lovée là, à côté de lui, c’est son oreille que je tiens …
Il me dit :
- pourquoi mon oreille et pas la tienne ?
-Parce qu’elle est plus fraîche !
Il rit…


C’est l’été, un été chaud , une fois n’est pas forcément coutume dans nos Landes!
Dans  ma chambre, où la porte fenêtre plein sud inonderait la pièce de soleil, le store –on appelait ça les roulent-doux ou « rouldous » ? est  baissé…
Je suis malade, j’ai chaud , la lumière dans  la chambre me semble vibrer…
Payou est assis au pied de mon lit, bien au pied, pour ne pas me faire trop chaud, et pour profiter de la lumière qui passe au bas du volet : il lit…
Il me lit des livres , de sa belle voix mélodieuse au joli phrasé , de sa voix de lecteur convaincu , de sa voix de lecture à voix haute, la lecture telle qu’il l’aime…
Hier il m’a lu Tartarin de Tarascon, j’ai aimé –assez (!)-ce texte, qui m’est complètement étranger,…sans doute pour cette étrangeté même, et je me suis endormie , engourdie dans la chaleur et la fièvre, mais détendue …
Aujourd’hui il me lit Madame Thérèse , et c’est une bien autre affaire…Madame Thérèse, que j’aime,et  aime encore aujourd’hui..dont  certaines phrases chantent encore dans ma mémoire, les mêmes qui faisaient surgir pour moi un paysage hivernal magique, et le mirage de jeux  enfantins  imaginaires: « Un matin, je vis que l’hiver était venu. Sa blanche lumière remplissait ma petite chambre… »
Je m’endors dans la fraîcheur d’un rêve de neige…


 C’est toujours dans la salle à manger à Dax…
Au-dessus du canapé il y a une grande glace … Mon père passe, sortant de son bureau, son cartable à la main. Il a mis son trench coart gris vert, bien ceinturé ,  il l’appelle son imperméable , c’est sa tenue de vélo . Il va partir travailler …
Il rajuste son chapeau…
Il se regarde, se redresse légèrement, rentre le menton…
Il y a dans ses yeux une certaine satisfaction et beaucoup de sérieux dans le demi-sourire qu’il adresse à son propre reflet…
Année après année, quand il se regarde, une ombre légère vient voiler ce demi-sourire, un peu d’inquiétude assombrit légèrement sa satisfaction, et trouble le sourire à son reflet…


lundi 8 juin 2015

L’école, une question d’acteurs ?



Les débats aussi passionnés que mal informés sur la réforme du  collège nous renvoient à nos petits démons familiers
Je suis allée lire les textes sur le site du « gouvernement », et j’ai pensé, pourquoi tant de hargne de tant de d’analystes divers, dont les derniers ne sont pas les enseignants eux-mêmes…
Ce qui est proposé, il me semble que  c’est déjà ce qui était proposé lorsque que nous étions encore formateurs, ou même encore enseignants. Et  avec quoi nous ne pouvions qu’être absolument en accord…Pire nous en avions été parfois les promoteurs convaincus , et pire encore nous avions l’illusion d’en avoir convaincu des collègues , et ne soyons pas trop défaitistes , des rencontres ultérieures, et même bien ultérieures ,et les discussions qui s’ensuivirent nous l’ont souvent confirmé et nous en avons été  profondément touchés….

 Alors quoi ? Qu'ont de si révolutionnaires ces propositions ?
S’il est bien normal ( et même indispensable à mes yeux ) que mes collègues latinistes s’émeuvent et se manifestent  pour obtenir discussion et amendement, s’il est normal et souhaitable qu’il y ait débat et compromis,  pourquoi cette hargne, ce catastrophisme orchestré, qui permet aux « politiques » de gauche d’affirmer leur indépendance d’esprit !   et  à ceux  de droite de frôler le consensus ? Pourquoi crier  à la mort de la culture, à la destruction de l’école ?
Je me rappelle avec tristesse la « fameuse » Réforme de l’orthographe !
Je pense personnellement que son défaut avait été de tenter de vouloir « décréter » en matière de langue , il eut été sans doute plus pragmatique de se contenter d’établir le constat des évolutions et de conseiller l’application de  «  Tolérances… »
Si modeste et prudente qu’elle fût, elle fut stigmatisée comme l’étendard avéré de la décadence  par les Défenseurs de  La langue française, les adorateurs de l’accent circonflexe, par ceux qui vénéraient l’orthographe comme apanage  des Lettrés. Son universitaire   promotrice subit dans la presse et à la radio des débats orduriers,  stigmatisée comme une redoutable agitatrice…
Bref cette réforme  sommeille tranquillement parmi  les textes de loi tombés  en désuétude et n’est jamais appliquée pas même dans les concours universitaires où l’on pourrait exiger qu’elle fasse loi…

Pourquoi ? pourquoi ?
« Parce que- on vous l’avait toujours dit !!!- les enseignants sont d’incurables conservateurs ! et l’école définitivement irréformable…l’Education Nationale un mammouth « indégraissable » !!! »

 Et nous étions là Michel et moi tout attristés, plaisantant , quoique le cœur n’y fût pas … :
 « Tu vois , nous étions déjà tellement en avance que les propositions qui ne nous apparaissent que banales,  ne pourront être appliquées  que dans …dix ans…au mieux !!! »

Et  Michel, alors de réaffirmer sa conviction fondamentale :
«  Ce n’est pas un problème de structure, c’est une question d’acteurs.. 
C’est d’eux que dépend la qualité du travail, de leur implication, de leur compréhension des rapports sociaux, de leur conception du progrès et des évolutions,  de la vie, de leur éthique !… »
-Oui mais quand même quelquefois, la structure ça peut les soutenir …Tu vois moi…
 Et je pense « aux dix pour cent »..Dix pour cent ça voulait dire qu’on pouvait consacrer si on le voulait 10/100 de son temps à aborder des thèmes et des projets  interdisciplinaires en équipe,  à condition qu’ils soient conformes aux programmes …
-J’ai aimé tellement  ce travail , nous avons fait tant de projets délicieux, et les élèves que je rencontre encore parfois , c’est de ça qu’ils se souviennent ! M…qui m’a écrit récemment, C…la petite libraire …. »
-Oui mais elle est libraire !
-Oui mais ce n’était pas quelqu ‘un de si facile que ça , originale, un peu rétive . Je crois bien un jour lui avoir dit ….passons…
-Oui mais..Et  qui était dans ton équipe ?
-Certes ,des collègues convaincus …
Oui , mais quand même, si on n’en avait pas eu la possibilité par défaut de structure….ça aurait été dommage , du bon travail a été fait , un peu différent  pour le rôle que les élèves y avaient ,(j’ajoute un  peu timidement)assez…culturel…

La question reste ouverte….
On essayera de transiger par un dépassement dialectique HIHIHI :
-C’est une question d’ acteurs ET de structures
Ou :
-Une question de structures ET d’acteurs !

Ne croyez pas, cen’est pas tous les jours ainsi qu’on débat si intelligemment !





Quand nous préparions tous les deux...

Un souvenir de deux  étudiants d'autrefois....

....notre DES( Diplome d'etudes supérieures, appellation ancienne des thèses de 3ème cycle )un des trois professeurs  qui m’encadraient, un redoutable hellénisant, qui maniait férocement l’ironie et l’humour, mais m’avait à la bonne pour  cause d’une certaine  insolence, m’a demandé :

-Vous, vous faites donc votre diplôme  sur Paul Valéry, et votre mari ?
­- Sur Hegel, l’Esthétique ,  le thème de la mort de l’art … 

Et il rit, il rit tant que, d’abord un peu vexée, je finis par rire aussi !


«  Eh bien , cela doit être gai chez vous aux  repas du soir !!! »