samedi 29 mars 2014

Bourg Saint Andéol, les jolies surprises du festival...


Quand Pascal et Marie- Christine nous ont  « conté » Chopin…


Après un agréable accueil où un accordéoniste au joli son jouait en toute simplicité, de belles  mélodies, nous attendions  le premier spectacle  de Pascal Contet et Marie Christine Barrault... 
Une évocation de la musique de Chopin, au nom  poétique : Chopin/Sand, Terres de danses…

Nous aimons beaucoup l’accordéon de Pascal Contet, la finesse et la précision de son jeu, la délicatesse de sa virtuosité, la qualité de sa sonorité…
Mais si nous avions bien envie de l’écouter live, je n’aime pas pour ma part la lecture des textes à haute voix. Lire un texte est pour moi une entreprise personnelle, intime, et silencieuse…
Mais la jolie surprise, ce fut la voix bellement timbrée , au phrasé parfait, de Marie Christine, et le beau texte  proposé …
La première partie de ce texte exprime  avec élégance le voyage musical de Chopin à travers les « terres de danse », la Pologne, puis le Berry, qui nourrirent sa musique de la vivacité des rythmes de danse alliés à  cette tristesse fondamentale des terroirs qui s’accordèrent  si remarquablement à son rythme propre et à la musicalité mélancolique de son âme…

Même si je l’avoue, j’ai réellement préféré la deuxième partie de ce texte, plus nettement empruntée à George Sand, et en fait moins « documentaire » que la première,  où s’exprime avec émotion  le regard  de George Sand sur  Chopin, et, avec  une remarquable pertinence, ses considérations  sur  ces rythmes de danse auxquels il a donné une vie si nouvelle et si personnelle  , la mazurka ou la bourrée en particulier, ou  le Mineur et le Majeur .
L’alchimie remarquable que Chopin  sut opérer entre les thèmes et les rythmes de ces musiques et sa propre créativité musicale,  sa propre mélancolie, aussi déchirante  que dansante,  s’exprime avec bonheur par le bel accordéon de Pascal, le rythme délicat de ses notes, ou la musicalité légère de ses mélodies … Qu’il joue, en écho du texte, de beaux fragments  des Mazurkas, ou ses propres  improvisations… qui  en restituent remarquablement l’esprit …Pour notre plus grand plaisir…

Même si j’aurais aimé pour ma part que le plaisir de l’entendre durât davantage !


Ce n’est que partie remise !



Et, en attendant, comme  toujours quand nous écoutons des  musiques qui nous touchent, leur séduction appelle le besoin d’autres musiques,et... j’ai  repris tous mes disques de Chopin, en particulier ses Mazurkas sous les doigts de Jean-Marc Luisada…et comme je le fis il y a quelques années, je les écoute, je les écoute…
Voulez-vous les écouter aussi?




mercredi 19 mars 2014

L’illusion de l’éternel retour


Tout un chacun depuis quelques jours,  après de la pluie, de la pluie, de la pluie !   se réjouit du moindre éclat de lumière sur les  fleurs , superbes en ces prémices de printemps .On se dit « finalement les fleurs aiment donc la pluie ! » Elles ont patiemment puisé leur sève et leur énergie dans ses trombes d’eau, qui dégageaient les cailloux, ravinaient les fossés, transformaient les pelouses en rizières, et avec obstination, sérénité , l’air de rien ...comme glissant leur floraison dans la moindre éclaircie, la plus fugitive embellie… et elles surgissent  un peu partout… !
« Mars qui rit, malgré les averses ,
Prépare en secret le printemps »
Théophile Gautier

Joint à la beauté foisonnante de l’explosion végétale,  l’  éternel retour des saisons nous rassure et nous grise Depuis l’enfance,nous avons été bercés de sa poésie …
Parce que,  depuis l’enfance de notre langue, les poètes l’ont chanté :



L’ancêtre Charles (d’Orléans) :
« Le temps a laissé son manteau,
De vent , de froidure et de pluie, et s’est vêtu de broderies,
De soleil riant, clair et beau…. »*

Ils ont puisé dans le retour de la lumière un symbole pour conjurer le malheur, espérer dans le recommencement…

L’ami  Paul (Eluard)

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
 Que  le pâle soleil recule…

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
 Et  tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison

Evidemment il y a toujours eu parmi eux de ces esprits  pessimistes  ou bassement réalistes pour ne pas s’en laisser conter et pour en tout cas ne pas nous en conter .
Pour nous chanter les roses qui fanent ,
« Et Rose elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin… » (Malherbe)

Ou nous rappeler que le temps cyclique végétal n’est pas le nôtre !
 Notre merveilleuse Colette:« Tout s’élance et je demeure… »

Mais , pour moi, j’avoue me laisser  prendre toujours à cette promesse de fleurs et de soleil , comme si tout devait recommencer , en un temps cyclique de l’éternel retour…



Pour peu que les premiers soleils m’entraînent à retrouver la mer, calmée après la folie des tempêtes d’equinoxe , le sable dévasté par le vent se dorant sous les rayons  moins obliques  du presque printemps …



Je ne demande qu’à  m’y laisser prendre, au mirage du recommencement …des projets à venir, des joies à partager….
C’est le printemps viens t’en Pâquette
Te promener au bois joli
Viens ma tendresse est la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans la forêt
Les grenouilles humides chantent 
....avec  Guillaume (Apollinaire)

 Des musiques à découvrir , des rencontres nouvelles ou renouvelées d’amis, des jeux avec nos enfants, des progrès sociaux….  
« Rien n’est passé la vie a des feuilles nouvelles
Les plus jeunes ruisseaux sortent dans l’herbe fraîche…. »

MAIS quoi, faut pas croire , si on continue à lire le poète, petit bémol, éclair de lucidité dans...
...la grande illusion poétique :


L'homme ne mûrit pas il vieillit ses enfants 
 Ont le temps de vieillir avant qu’il ne soit mort
 Et  les enfants de ses enfants il les fait rire »











ET VOILA QU’IL PLEUT.!!!!!!!!!!





samedi 8 mars 2014

La Belle et la Bête…


J’ai toujours aimé l’histoire de La Belle et la Bête...
Et pourtant, je n’aime guère les contes de fée !
Et pourtant, c’est  encore une affaire d’éternel  féminin !
Il  faut dire que même s’il s’agit bien d’ « éternel  féminin »  c’est plutôt son autre versant qui s’incarne dans la Belle. Belle toujours, affectueuse et tendre, fidèle a ses engagements, courageuse et intrépide. Bref ! rien de la petite gourde effrayée et gaffeuse qui se met dans des situations impossibles, et ne s’en sort à tout coup que grâce à la force d’ un héros masculin, que notre féministe Anna Maria Belotti décrit en Cendrillon ou Blanche Neige.
Belle, vivant contraste avec ses sœurs, qui, elles, sont bien des gourdes à  la Anna Maria Bellotti, est pleine d’initiative et d’esprit d’entreprise…
Néanmoins comme le Petit Chaperon Rouge, elle n’échappe pas à la fascination de la puissance du loup et à la séduction de la bête,  ni non plus à l’espoir de la conquérir et de la transformer…
C’est bien une héroïne qui ne détonerait pas dans les  romans à romance , les romans à l’eau de rose que nous aimions ados , et  que disons –le,  nous aimons encore souvent(mal dégagées sans doute de  l’éternel féminin dans lequel nous fûmes élevées) , pour peu que leur écriture soit un peu  subtile et raffinée…
La Belle et la Bête fut longtemps pour moi un souvenir très enfantin, d’un conte raconté ou lu sans autre fioriture que son récit évènementiel, dans une édition banale dont je ne garde aucun souvenir. Puis  le souvenir enchanté et vague , aux images en noir et blanc où les effets merveilleux résidaient dans ma mémoire dans une impression de flous et dégradés de gris, et des  voix assez étranges pour moi , théâtrales  et travaillées, celle de Cocteau, le conteur, et celle de Jean Marais, La Bête.


En fait la vraie séduction récente,  elle date de mon intérêt  professionnel pour la littérature de jeunesse, la découverte que mon adoration enfantine pour Walt Disney, ses paillettes et ses princesses en tulle rose,  méritait bien mon admiration…Et, devenue grand-mère, je partageai avec ma Charlotte de délicieuses séances de VHS-­projection , et j’ai adoré La Belle et la Bête selon Disney !
Les deux personnages, la Belle , pur ovale à la Walt Disney ,bouche en cœur et yeux en amande , n’est pas une petite dinde  .Si existent  dans sa composition de son personnage justement des traits traditionnels des héroïnes de contes et de roman, transgression des choses défendues , impulsions imprudentes et incontrôlées, délicatesse des gestes et des attentions…..elle est aussi une femme en marge par ses goûts, l’amour fou des livres,   l’envie de s’instruire , de lire et de rêver,  et son désir  ( féministe ?, en tout cas déterminé) de vivre SA vie,  voire  une vie passionnante . Fille chérie d’ailleurs d’un père  inventeur, un peu « toqué », et « original » de son village…
Quant à la bête, tout en elle est ambigu: dans sa face effrayante à la mâchoire terrifiante,  le bleu regard de ses yeux évoque  un horizon mystérieux de douceur possible. Ses pattes puissantes, poilues et griffues, et son dos massif peuvent se courber de tendresse et  devenir des bras qui embrassent.
Et   Perrault  peut bien  prévenir :
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Cause toujours Perrault …
La Belle se laisse irrésistiblement  emporter  par une invincible attirance, évidemment  réciproque. Le dessin animé joue avec humour, tendresse et délicatesse,  l’argument aussi ressassé qu’immanquablement efficace de « L’ours et la Poupée ».


A ce pas de deux  de la séduction,  participent avec allégresse et humour les objets « enchantés » du  château,  objets  quotidiens dont la métamorphose n’a pas effacé les qualité humaines originelles, tendresse, drôlerie, fidélité , susceptibilité parfois…Leur ballet, leurs espoirs, leurs doutes, sont comme un contrepoint aux espoirs , aux doutes de la Bête,  et leur ballet endiablé à la danse de séduction  dans laquelle il enlace Belle dans ses grosses pattes tendres.

Et le dénouement est remarquablement simple …sans que les interventions des méchants, utiles aux rebondissements nécessaires,  réussissent tant soit peu  à nous perturber, tant est soutenable la légèreté de l’histoire…

Aucun doute La Belle et la Bête de Christophe Gans est en rupture remarquable avec cet univers léger .
D’entrée, je suis saisie par  la violence et la force esthétique des effets spéciaux, violence de la musique et du son, violence de l’ampleur des décors et des paysages…En fait je les trouve  beaux , incontestablement modernes, et saisissants. Plus fantastiques que merveilleux …


Peut-être un peu écrasants, tout -puissants dans l’histoire qui disparaît  dans l’immensité inextricable de la forêt, le vertige des travellings, les surgissements fracassants de la bête énorme….
Violence qui fait pleurer la petite fille de six ans  à peu près assise à côté de moi et qui cherche refuge dans le giron de son père puis de sa mère…Mais violence qui peut rivaliser avec les effets spéciaux des gros budgets américains  et capter les ados qui ont aimé Le monde de Narnia, que je n’aime guère, et récemment Twilight que j’avoue aimer…
Si la belle Léa Seydoux est une Belle lumineuse dont le beau visage  capte la lumière, sa grâce est comme rigidifiée par ses superbes atours  baroques, sa jolie taille fine  enserrée de   lourds satins brillants chargés   de  pierreries, et  ses blonds cheveux de  diadèmes de perles tressés en réseaux compliqués …
Quant à la Bête, je le trouve plus envoûtant en bête assez remarquablement construite , avec la posture dominante  de sa grande taille , sa puissance  animale inquiétante, et son beau regard  énigmatiquement humain, qu’en prince …Un prince, peut-être à l’audace prométhéenne, comme je l’ai lu, défiant les dieux…mais pour moi surtout brutal, à la chasse comme en amour …
Ni la belle ni lui ne réussissent  à me transmettre d’ émotion véritable …
En en conséquence rien d’émouvant non plus  ne me semble passer entre eux…
Rien du long chemin sur la Carte du Tendre, dont on suit les touchantes  péripéties, chez Cocteau ou Walt Disney…
Seule , et d’ailleurs puissante,  émotion sentimentale, la scène pour moi remarquable, de leur danse ...
Quant au père de Belle, Ô André Dussolier !, si sa composition a du moins le mérite d‘être fidèle au texte de madame Leprince de Beaumont , en  faire un riche armateur n’a pour moi que l’intérêt   de nous offrir le plaisir d’un somptueux spectacle de tempête, et de remarquables effets de naufrage.
Mais  leurs liens affectifs ne transmettent guère plus d’émotion que ceux de Belle et de la Bête…Je crois que je regrette en fait le délicieux personnage de Disney, l’inventeur loufoque , si marginal et si tendre….
Comme je préférais  le monde des petits personnages envoûtés  du dessin animé aux étranges et certes fantastiques  compagnons dont Christophe Gans a doté la Belle sans qu'il en ressorte la moindre tendresse...

Quant au dénouement …je préfère de rien en dire !
Sinon que j’aurais aimé que le film finisse sur la scène de la danse qui me semble en être le véritable dénouement,  le sommet de la Romance…

Mais que voulez-vous, j’aime , je le reconnais, la Mélodie dans la musique, le Sentiment dans les poèmes , et les Histoires qui font pleurer Margot …d’émotion !


PS : Tout à coup, je me rends compte que j’avais éprouvé un peu le même sentiment (ou absence de…) devant l’adaptation de L’Ecume des jours…



lundi 17 février 2014

Du côté des petites filles ....

Quarante ans après….

Quelqu’un  (je crois bien que c’était Héraclite …) a dit qu’ « on ne se baigne jamais dans le même fleuve … »
Jusque là je l’interprétais ,et ne trouvais l’affirmation que « trop » vraie  en matière de bonheurs , que l’on ne peut en retrouver à l’identique dans le cours du temps qui coule…

Mais aujourd’hui je suis souvent frappée par la stagnation des conceptions qu’elles soient sociologiques, pédagogiques ou morales…
J’évite de penser, ça fait un peu « vieux cons » !, on l’avait déjà pensé, discuté... Ce combat on  l’avait déjà mené , il y a vingt ans ...Cette théorie, on en avait déjà débattu, y a un bout...Célestin Freinet avait déjà écrit et pratiqué cela en pédagogie, et d’ailleurs Rousseau avant lui…

Stagnation …passe encore que le fleuve se calme et s’égare dans de petits bassins stagnants où l’eau est plus tiède …
Mais maintenant nous voilà « A Rebours » !

On revient se baigner en amont …
Une certaine tristesse des ans m’avait déjà parfois effleurée, le sentiment qu’il n’y avait guère de progrès, à l’instar de l’émotion de ma mère quand les SDF, voire les mendiants, sont réapparus dans  nos villes : « Jamais, jamais, je n’aurais cru qu’on reverrait ça disait-elle ! » la voix navrée, sa foi dans les progrès de l’humanité battue  en brèche… 
Mais je raisonnais , je me disais : « Quand même la situation des femmes au moins, a progressé…je pensais aux jeunes pères qui changent leurs petits et les promènent dans leurs poussettes…même si la répartition des tâches et des rôles sociaux  n’est peut-être pas encore bien  satisfaisante,  je pensais surtout  à la contraception qui fut un combat difficile pour notre génération,  qui impliquait aussi la possibilité de poursuivre des études et mener une carrière, je pensais à l’avortement, et aux trafics que sa législation avait fait disparaître … »
Il y a des acquis, plus de crèches, plus de nounous qu’il y en eut pour nous…
Il y a des équipes de foot et de rugby féminines,  alors que nous dûmes courir notre ville pour que notre fille puisse trouver  un club de filles, ou au moins acceptant celles-ci. En vain , avant de trouver (nous, athées et laïcards !) une équipe de patronage fort sympa et dynamique dans un village alentour…
Il y a aujourd’hui  de belles équipes de filles qui gagnent !
Il est vrai qu’elles n’ont pas de spectateurs !

 Et puis voilà que l’Espagne,  la courageuse d’après Franco, et  voilà aussi qu’un nombre non négligeable de Français , mettent  en cause l’avortement !
Et voilà que, comme monstre du Lochness,  réapparaît la « théorie » des Genres …qu’on « enseignerait » ! Vrai épouvantail à moineaux que cette « théorie »,  dont la pompeuse étiquette a pour fonction de servir simplement d’étendard au rassemblement des réactionnaires de tous poils. Théorie, ça fait technique, ça fait philosophique, ça fait danger.. !
J’ai eu l’impression pénible d’un triste retour du passé avec un habillage moderne technique et savant de la querelle nature / culture …l’acquis / l’inné, du genre génétiquement déterminé, contre le  genre construit par  l’Histoire dans  la société, entre culture féminine socialement construite et Eternel Féminin !

Du côté des petites filles

Et pour lutter contre cette tristesse insidieuse et désabusée, j’ai eu envie de retrouver (ce que Michel a fait pour nous) un livre fort réjouissant de notre toute jeunesse…
Edité par les Editions des Femmes, écrit par Elena Gianini Belotti... A l’éternelle question de l’ Eternel Féminin, Elena répondait, entre autre réponses ,n relisant les contes de fées , et en esquissant d’un crayon ironique,  l’image des jeunes filles que ces contes si réputés éducatifs offraient à l’imaginaire de nos chers petits !  
Puisse ce texte réjouissant vous réjouir comme il a réussit à me réjouir et  à balayer pour un temps  , mon humeur chagrine et désabusée :
 «  Le petit chaperon est  l’histoire d’une fillette à la limite de la débilité mentale ,qui est envoyée par une mère irresponsable à travers des bois profonds infestée de loups pour apporter à sa grand-mère malade de petits paniers bourrés de galettes. Avec de telles déterminations , sa fin ne surprend  guère […]
Blanche Neige est une autre petite oie blanche qui accepte la première pomme venue, alors qu’on l’avait sévèrement mise en garde de ne se fier à personne. Lorsque les sept nains acceptent de lui donner l’hospitalité, les rôles se remettent en place : eux iront travailler, elle tiendra pour eux la maison, reprisera, balaiera, cuisinera en attendant leur retour […]
Elle réussit toujours à se mettre dans des situations impossibles, et pour l’en tirer, comme toujours, il faut l’intervention d’un homme, le Prince Charmant, qui l’épousera, fatalement. »
Analyses un poil caricaturales, analyses qui ignorent celles de Bettelheim ou en font fi, analyses triviales et  totalement « apoétiques », mais qui personnellement me réjouissent fort. Il  faut l’ avouer ,  je n’ai jamais aimé les contes de fée. Petite fille indigne, je leur préférais sans états d’âme  les versions de Walt Disney, et  prof indigne de littérature , puis, qui plus est, formatrice de maîtres de maternelle, je persistai dans cette préférence blasphématoire …


L’éternel féminin :

J’y ajouterais d’ailleurs à mon tour, une  petite note personnelle : les deux héroïnes que je détestais entre toutes :
La petite Sirène d’Andersen, son sacrifice terrible et tragiquement inutile…
Et quoique ce ne fût pas une fille , « mais… qu’elle était jolie ! la petite chèvre de Monsieur Seguin » ! Inconséquente certes, mais voulant la liberté, et sans doute l’amour du loup, désobéissante certes, mais si cruellement punie, abandonnée toute la nuit à son combat inutile par son Monsieur Seguin qui entendait  ses appels …
Quelle terrible image à donner aux fillettes pour leur édification !

MORALITÉ du petit chaperon rouge (PERRAULT)
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.


 Merci toutefois à Messieurs  Grimm, d’ avoir fabriqué à ce conte un happy end (grâce au mâle chasseur ,il est vrai !) et même un second, où la finesse du Chaperon la tire seule d’affaire , tant il est vrai que même une petite fille peut apprendre à se défendre elle-même... !!!

« Tous les trois étaient bien contents : le chasseur prit la peau du loup et rentra chez
lui ; la grand-mère mangea la galette et but le vin que le Petit Chaperon rouge lui
avait apportés, se retrouvant bientôt à son aise. Mais pour ce qui est du Petit
Chaperon elle se jura : “ Jamais plus de ta vie tu ne quitteras le chemin pour courir
dans les bois, quand ta mère te l’a défendu. ”

Mais les  Grimm  étaient issus d’un siècle de lumières, qui crut au pouvoir de l’éducation, et aux progrès…en particulier du statut des femmes …



Puisse notre siècle s’en souvenir et ne pas être, quarante après, plus rétrograde que les lectrices de Elena Gianini  Belotti !!!!




dimanche 2 février 2014

Peut-on y croire , à la Chandeleur?


Presque chaque année on y croit, à la Chandeleur!
Après la clarté  dans la nuit du sapin de Noël, on traverse le mois de janvier, les yeux fixés sur ces petites minutes de jour qui allongent, saut de puce après saut de puce, les chiches lumières du mois de Janus, on y croit, à  la flamme ténue, résistante aux bourrasques, et  que le vent ne réussit pas à souffler, de la  petite chandelle de la chandeleur…

J’ai retrouvé le texte que j’avais écrit sur ce que j’appellerai:
L’illusion de la Chandeleur selon mon père




Quand j’étais enfant, si une fête comptait dans l’imaginaire païen de mon père, autant que Noël, et plus que l’Epiphanie, c’était la Chandeleur.
Je ne sais pourquoi, cette fête marquait pour lui la fin de l’hiver, l’espoir superstitieux que si on l’atteignait, une fois dépassé, ce jour marquait le terme des dangers liés au froid, au déclin de la lumière, aux maladies associées, catarrhes, pneumonies, bronchites, dont il faut bien le dire, on mourrait fréquemment à l’époque de son enfance.


La fin de l'hiver, l'espoir superstitieux....
Chaque année donc on marquait scrupuleusement le 2 février. Ma mère tournait les crêpes dont la pâte avait reposé une demi-journée dans un grand saladier de verre jaune doré…
Ma grande mère même, en faisant sauter la première crêpe de la main droite, y jetait une piécette de sa main gauche et envoyait le tout sur le buffet de la cuisine pour une année.
Plus tard quand la fatigue des années rendit ma mère plus paresseuse, elle achetait la pâte chez le boulanger dans des bouteilles de verre vert à long col.
Puis plus tard encore vint le temps de la grosse crêpe unique dont la pâte simplement tournée à la main dans un petit saladier était versée sur des tranches de pomme coupées fin et caramélisées à la poêle. La difficulté était de la retourner proprement pour qu’elle dore des deux côtés ; le délice était la mince couche de sucre glace dont on la saupoudrait, et l’odeur de pommes cuites et de pâte associée qui fumait dans la cuisine
Puis vint le temps des amours mortes : ma mère disparue, les enfants partis, mon père achetait encore chez son boulanger des crêpes toutes faites au fort parfum de fleur d’oranger et les mettait à tiédir dans une assiette posée sur une casserolée d’eau bouillante… (au four elles se dessécheraient disait-il), jusqu’au jour de sa mort qui survint par surprise une froide fin de février, à « Chandeleur dépassée » .

..qui survint par surprise une froide fin de février...

Quelle que soit la signification véridique du mot, et le sens religieux de la fête, pour moi la Chandeleur restera indélébilement associée, à l’image prégnante d’une chandelle allumée résistant aux souffles de l’hiver et marquant le triomphe de la lumière qui revient , se mêlant dans mon âme au parfum de la pâte chaude qui brunit au bord de la poêle, des pommes caramélisées, de la fleur d’oranger,et des crêpes partagées dans la chaleur du soir.

Cette année encore , pluies, inondations, vagues déferlant sur notre côte landaise (et basque) pluies quotidiennes et si froides qu'on se dit la neige!, la neige est là! ...
ET voilà, cet après midi,  qu'un petit rayon de soleil s'est glissé entre de beaux nuages devenus et brillants clairs  ...

Alors on va encore y croire à la chandeleur!!!!



vendredi 31 janvier 2014

Un petit radotage pédagogique à propos de TEXTES


et d’orthographe!

« Cela ne me regarde pas »
Enfin cela ne me regarde plus ….

De l’école , j’ai franchi le portail…

Mais quand même, collègues mes amis, laissez-moi encore une fois radoter un peu …
Il s’agit toujours de mon affaire de TEXTE…

Je me promène comme l’oisive que je suis devenue sur les « chat » de Facebook ou les commentaires, je ferme les yeux sur les erreurs d’orthographe des petits copains de mes petites , j’essaie de relever, juste  au passage et l’air de rien  (LOL !) les erreurs d’icelles …
D’ailleurs dans l’ensemble je peux  avouer comme jadis je le pensais, mais ne pouvais le dire qu’il y a erreurs et erreurs et que beaucoup n’altèrent pas réellement la lisibilité et le sens  du texte …
Mais quand même parfois certaines orthographes sont  orthographes d’analphabètes …

Alors je demande :
« Mais qu’ est-ce qu’elle dit sa mère ?
Et à l’école mais qu’est-ce il dit le maître ? »
On glisse alors vers la philosophie existentielle :
« -Beh ! RIEN ! »
Ou
« - Sa mère ? elle ne s’en occupe pas ! »
Je me retiens de faire préciser : « … de ses SMS et de l’orthographe , ou du gamin lui-même ? »

Mais quand même parfois
je donne un coup de main pour les devoirs…je sais bien qu’on ne me le demande que parce que ça fait chaud au cœur d’avoir une compagnie dans ce temps volé à la télé, ou à la « trot’ », à l’écriture d’un « roman », l’enregistrement d’une vidéo, ou la répétition d’une « choré »…
Bref que je me dois d’être discrète quoiqu’ « efficace » !

Mais quand même…
Quand je vois la liste des mots invariables à apprendre …en liste…régulièrement, obstinément …
Et pire, les « fichus »  homonymes  à distinguer !  à l’endroit et à l’envers ! le sentiment de l’Absurde prend des dimensions à la Ionesco
Quand je rapporte ce travail au  temps consacré à l’ « orthographe en action » dans les textes
que l’on donne à rédiger et à écrire, qu’on les baptise « rédactions » ou « productions d’écrit » ou « essais », je me souviens des temps anciens …et je râle !

Ce serait tellement simple, ce serait tellement fonctionnel, d’apprendre à écrire les mots au jour le jour, avec l’aide du maître qui est là pour ça, les mots dans des textes, des textes de tous les jours ou des textes plus beaux, mais des textes qui ont un sens pour celui qui les écrit celui qui les reçoit,  celui qui les envoie…en écrivant des textes  donc !!!
Il est vrai que les mots du français écrit restent par leur orthographe trop chargés de significations historiques,( ô châteaux , ô temps désuets)…
Mais n’est-ce pas encore plus difficile de les mémoriser hors des contextes qui manifestent leur sens …
C’est/ ses /s’est/ sait ! ces trop ! Comment les confondrait-on si on n’y était incité par de fins exercices répétés sur leur homonymie !!! où les contextes sont si minces qu’ils n’éclairent pas suffisamment le sens de ces mots...
Figurez-vous qu’il y a un Monsieur Frédéric François, vous connaissez ? eh non non non ! c’est un linguiste distingué qui ne chante pas, quoique ses propos m’enchantent, surtout quand il se réfère à Michael A.K.Halliday qui à ma connaissance ni ne chante ni n’a jamais chanté non plus , donc un docte et grave personnage, que j’aimais à citer autrefois parce qu’il me semblait pertinent et aussi je dois l’avouer parce que l’ homonymie justement de son nom  m’amusait et me procurait un facile succès …
[ Dans son apprentissage de la langue,]« l’enfant est confronté non pas à des grammaires ou
à des dictionnaires, ni même à des mots ou des phrases émis au hasard, …ce qu’il rencontre, ce sont des textes, du langage en action, c’est-à- dire des séquences qui s’organisent entre elles comme avec leurs situations de productions »
(Conduites linguistiques chez le jeune enfant, puf, le linguiste)

J’aime  cette expression, langage en action=textes et l’affirmation que pour apprendre le langage ,il fait être confronté à des textes, et je pense qu’il en est de même pour le langage écrit. Pour apprendre l’orthographe , il faut écrire encore et encore …Car l’orthographe est un système  et la chaîne des autres mots éclaire et détermine l’écriture de chaque mot…
Le problème suivant sera  de déterminer les conditions dans lesquelles on est amené à  produire ces textes afin  qu’elles soient favorables à l’apprentissage de l’écriture et de l’orthographe, en particulier à  la relation entre celui qui écrit et son  « maître », stress ou confiance , attente d’une sanction ou d’une aide ?

J’aime cette idée de « langage en action » , j’aime l’idée de « textes » « tissés », toiles d’araignée ou fils dAriane multiples tendus entre phrases et mots ET entre celui qui écrit et celui qui lit …
Sur le rapport avec celui qui lit ou lira, sur son écoute ou l’accueil à réserver au texte, qu’il soit écrit ou oral, il me faudra écrire un jour un nouveau radotage pédagogique, mais en attendant, pour apprendre l’orthographe …

 ECRIVEZ- VOUS ! écrivez- nous, d’amitié, de plaisanterie , d’histoires, de recettes, de joies , de peines, de drôleries à votre guise….


Mais écrivez ! et faites écrire, maîtres d’école, mes collègues ! 

samedi 18 janvier 2014

Vincent Peirani a aussi le talent des duos

…Avec Emile Parisien


J’ai déjà raconté comment, grâce à Vincent Peirani , j’avais découvert qu’on pouvait se risquer dans l’aventure de l’improvisation et y trouver du plaisir …Je crois que cela tient pour moi au fait qu’au fur et à mesure de l’écoute, quelle que soit la liberté prise dans l’invention sonore des phrases, je ressens un chemin divagateur certes, une harmonie en ruptures  mutiples certes, …mais  qui malgré tout se construisent avec sûreté  et retrouveront inéluctablement  la ligne  mélodique fondamentale…chemin à suspense rempli d’attentes et de surprises…
Et en vivant les deux délicieux concerts à la Salle bleue Croix Baragnon avec Emile Parisien
…outre un plaisir total , beauté des deux sonorités, subtilité du jeu en duo , parfois une sorte de frénésie  inspirée et magique, et toujours en filigrane l’émotion et l’humour…
….outre un fin programme qui croisent leurs créations et circule sans complexes et pour notre bonheur  entre amitiés musicales présentes , passé jazzy réinventé,  ou classique revisité…

Egyptian Fantasy d’après Sidney Bechet
Tentation Rag (id)
Schubert Toaster (E.Parisien)
3 temps pour Michel.P (Vincent Peirani)
Isthme
Place 75 (Vincent P)
Song of medina (encore Sidney Bechet)
Schuman: Five pieces (first)
Dancers in love (Duke Ellington)
Balkanski Cocek (Alexander Sisic)



…En les écoutant jouer si familièrement ensemble   l’idée me frappe que décidément Vincent Peirani a aussi le génie des duos !
Il y a deux mois Michel Portal, une fois, François Salque , et aujourd’hui Emile Parisien, compagnons exceptionnels par leur talent musical et leur style personnel…
Michel Portal , maintes fois écouté en CD avec Galliano, jamais entendu en direct, François Salque et Emile Parisien, inconnus de nous …à  chaque fois  découverte précieuse…
Désormais ils feront partie comme Paolo Fresu ou Jan Lundgren et Renaud Garcia Fons de ceux que nous iront écouter « même  s’ils ne jouent pas d’accordéon !!! »
Et que dire de Thomas Gubitsch, sinon que l’on en rêve aussi…de l’entendre « live » !

Car outre l’audace de choisir de si talentueux compagnons , Vincent a aussi le talent de construire avec eux des duos où ils se réalisent remarquablement, en dialoguant  avec son superbe accordéon !.
Qu’il s’exprime en chorus,  ou construise pour eux l’écrin d’une rythmique profonde et comme « ostinato » , aux voix entrecroisées avec virtuosité sur de multiples registres …

Et comme les clarinettes de Michel Portal , ou le fascinant violoncelle de François Salque , désormais le saxo d’Emile Parisien fait partie de nos aventures musicales d’exception …







Merci à eux, et Merci à Vincent Peirani !