samedi 25 juillet 2009

Richard Galliano à Montauban, contrastes


Les concerts, attentes inquiètes et jubilation
J’attends toujours les concerts de Galliano avec un mélange d’impatience et d’inquiétude.
Crainte que cette fois-ci ce soit un peu moins parfait. J’ai déjà décrit le petit malaise que me crée la photo de la pochette de son dernier DVD, un peu grave, sinon triste.
Love day est un bien bel album mais d’une tonalité intimiste , aérienne, un peu nostalgique, un peu bilan d’une vie, sans cette vitalité puissante qui caractérise pour moi sa musique…
Je n’en aurais toutefois pour autant pas manqué ce concert, dont j’attendais qu’il présente avec ce quartet le programme de Love Day avec des interprètes différents(Clarence Penn, Richard Bona, au lieu de Mino Cinelu et Charlie Haden)
En fait quel bonheur !C’était un autre concert : des pièces intimistes et rêveuses, comme dans le disque, Aurore,Love Day …mais enchaînant avec un minimum d’interruption des pièces pleines d’une intense force jubilatoire, New York Tango, la « vie violence » de Tango pour Claude. En somme un concert composé comme un concerto classique avec alternance d’andantes et d’allegros. Et en témoigne le final, la plénitude sereine de l’Aria de Bach enchaînant sans rupture avec Sertao ou Taraf (ma mémoire résiste…), époustouflant par ce quartet.

Non, si l’âge marque les traits de R.Galliano, il n’altère en rien sa musique. A sa vitalité coutumière il ajoute une sorte d’intensité puissante, une vie violente…Sa présence est toujours aussi saisissante, la rythmique de Clarence Pen à la fois vibrante et discrète, le son de R Bona a une chaude coloration des basses ; au merveilleux piano de Rubalcaba, la virtuosité et la précision ne donnent aucune sécheresse ,mais un mélange de netteté et de rondeur moelleuse du son.
OUAH !!!
Lire l’article de Michel, pour « l’émotion partagée » :
http://autrebistrotaccordion.blogspot.com/2009/07/mardi-14-juillet-jazz-montauban-le-6.html


Frustrations
Un très beau concert, à la différence d’un très beau tableau, provoque toujours ,en moi, une grande frustration, due à la conscience douloureuse qu’il va s’arrêter et laissera en nous un grand vide, un manque que ne comblera pas son enregistrement. On garde l’ illusion que le tableau sera là dans son inaltérable présence et pourra être revu,. Le concert est de l’ordre du temps et de l’éphémère et ne pourra être revécu…

Mais ces soirs- là à Montauban , d’autres frustrations se sont ajoutées à celle-là.
Le premier soir, un public que je ne trouvais pas assez enthousiaste ni vibrant , comme blasé ou gourmé, ou simplement attiré par la notoriété de Galliano plus que par sa musique.
Le deuxième soir l’interminable attente de notre guest star : sa chaise vide, sur le dossier de laquelle était posée une serviette immaculée semblait devoir rester désespérément vide. Et quand enfin, la présence de R. G donna au trio un effet magique, le plaisir en fut si bref qu’on ne parvint pas à être pleinement heureux.

Le jardin des plantes, un Eden friqué
Le jardin des plantes de Montauban offre un cadre enchanteur à la musique, c’est un merveilleux jardin où l’on s’achemine vers l’espace du concert par des allées sinueuses bordées d’ arbres magnifiques, où le fond de scène est constitué de cèdres bleus et autres splendides futaies
L’organisation est parfaite, le son excellent…

Mais on s’achemine aussi entre des allées bordées des casetas de sponsors. Vastes tables blanches, champagne et petits fours. Invités sapés façon notables. De part et d’autre des blocs de places louées, deux travées de chaises sont réservées aux invités des casetas…
Et quand nous trouvons nos places, réservées sur Internet dès la première demi heure de la location, nous découvrons avec une certaine déconvenue qu’elles sont précédées de dix rangs d’invités, qui vont s’avérer au fil du concert peu ponctuels, se déplaçant , voire s’appelant sans vergogne, …Bref venus là pour un autre projet qu’ « écouter » la musique de musiciens prodigieux…
Ajoutons des repas à 35 euros, des places à 45, : et disons simplement que ce n’est pas un festival « populaire » !!!

Ce qui demeure en dépit de tout, c’est le grand bonheur d’écouter encore une fois ce que l’on aime, magnifiquement offert…

Je me permets d’emprunter cette conclusion à M .Contat et à son article de Télérama, :
« …heureux d’avoir encore une fois connu ça. Connu quoi ? La joie d’aimer ce qu’on aime. »

Richard Galliano au zénith : http://www.telerama.fr/musique/richard-galliano-au-zenith,45513.php

lundi 13 juillet 2009

Djebel. Gilles Vincent, Timée Editions

Cela a commencé par une rencontre au centre culturel Leclerc avec un auteur en quête de ses lecteurs, Gilles Vincent. Je rôdais comme souvent à la recherche hasardeuse d’un polar nouveau. Il dédicaçait des livres, nous avons parlé polars, échangés nos idées sur Adamsberg , le personnage de Fred Vargas, nous le trouvions attachant et séduisant, je le trouvais féminin, (c’est aussi ce qui me plaît en lui), et que le film de R.Wargnier en la personne de José Garcia ne nous en donnait pas une incarnation fidèle à nos représentations, mais que Paris y était bien beau…et que nous aimions aussi Bruno Kremer et que Simenon était un monde …
Finalement, pour ces échanges, et parce que sentais chez son auteur un désir enfantin et fort d’être lu, j’ai acheté Djebel.
Il ne correspond pas aux types de polars à qui je me confie à l’heure difficile du sommeil pour leurs qualités propédeutiques à la nuit : une sorte de transposition du réel, sinon poétique du moins fantaisiste, des personnages « composés », plus vrais que des vrais, plus humains que les humains, des Maigret, des miss Marple, des Cadfaël, des Adamsberg , des Nicolas Le Floch, des C.Louise… Des morts en pagaille, mais en quelque sorte « abstraites ».
Non, les morts de Djebel sont tout sauf abstraites.
Djebel est en effet un récit bien noir, cruel par les scènes sanglantes qu’il décrit crûment, et par ce qu’il remue un passé douloureux que nous, Français ou Algériens, ne parvenons pas à enfouir dans notre mémoire collective.
Mais c’est aussi à mon sens un beau récit, d’une belle écriture, ramassée et précise, discrètement métaphorique, où au détour de la narration certaines formules frappantes viennent en quelques mots restituer la réalité des choses quotidiennes ou l’intimité de la pensée. Sa composition instaure tension dramatique, attentes, et surprises. J’aime bien son héros, puis son héroïne, mélange de réalisme et d’humanité idéalisée.
Il est vrai qu’on le lit d’affilée, avide de savoir la suite…
Bref, j’ai bien aimé ce roman…
Une petite restriction néanmoins : bien que les rebondissements, quoique classiques du genre, nous aient surpris et passionnés, je n’ai pas beaucoup aimé l’épilogue et l’utilisation du 11septembre qui y est faite…
En tout cas, Djebel mérite qu’on s’y attache…

dimanche 28 juin 2009

Le rayon vert

Nous sommes allés passer deux jours à Hossegor. Il faisait un temps idéal, ni trop chaud, ni trop froid, avec un petit vent frais mais pas trop que mon père disait de « noroît »…
Hossegor c’est mon pays : la forêt, le sable et la mer y forment un mélange pour moi incomparable. Même si je trouve qu’il y a des pays d’une beauté plus saisissante, celui là est le mien. Et je souffre encore quand nous traversons des parcelles dévastées par Klaus, parce que je sais que jamais je ne l
es reverrai boisées.
Nous y avons une maison qui au départ n’était qu’un « bungalow », gratté par mon père et ma mère sur leurs économies et leur part de la vente de la maison de mon grand père paternel, ( maison simple, sise dans le quartier bas d’Angoulême, et mal vendue)…







Quand sont arrivées nos petites filles, nous avons commis la petite folie de vouloir faire agrandir le « bungalow » pour y vivre nos vacances familiales, et ce projet a mis en péril notre revenu, notre sérénité, parfois même nos relations .



Successivement chacun de nous a repris le dessus et le relais quand les autres flanchaient, en prenant, suivant ses talents, le cahier de comptes pour gratter un peu de budget, le téléphone pour harceler les artisans ou l’architecte Didier[1], la truelle pour rebâtir la cuisine, la voiture pour se rendre sur place et constater les désastres et tâcher d’y remédier.






Aujourd’hui, si elle est aux yeux de nous tous très belle,
elle n’est pas tout à fait achevée : restent des travaux de peinture intérieurs, la cheminée à enduire et aménager,et une p…. d’infiltration dans la toiture terrasse que nous n’arrivons pas à résoudre…et ce caractère définitivement provisoire confère aux séjours familiaux que nous y faisons quelque chose d’ à la fois délicieux, un rien précaire et un peu angoissant…mélange que chacun de nous dose à sa guise[2] et selon ses données natives[3]….
Les voisins eux aussi ont fait agrandir, pour sans doute les mêmes raisons familiales que nous, et la progression de leur travaux a fait l’objet de notre part d’une constante comparaison, jaloux quand ils avançaient sans déboires apparents, soulagés ou même réjouis quand ils stagnaient ou posaient problèmes, et le résultat contraste totalement avec notre projet : pelouse, palmiers , lignes dépouillées, où nous avons murs de bois, balcons- passerelles,et végétation naturelle bien éclaircie, une maison dans un airial de forêt….













L’autre soir donc, dans cette soirée de solstice doucement chaude, j’ai flâné dans notre quartier. Je constatais avec un peu de regret combien il s’embourgeoise. Certes il demeure quelques petites maisons basses, des « Anne-Marie » et des « Kris Ber », construites pour leurs deux enfants et leurs enfants à venir, par des ouvriers, des petits commerçants, des fonctionnaires bien économes ; mais beaucoup sont à vendre, au grand désespoir des petits enfants incapables de les acquérir aux prix d’aujourd’hui, se surélèvent, se ceignent de hauts murs aux portails automatiques assez hideux.
J’ai pris le chemin menant à la plage, on grimpe sur la dune et la mer se découvre. Ces deux dernières années ces bordures sauvages de dunes ont été aménagées avec des passages de bois et des barrières à claie qui retiennent le sable. Cet aménagement, que les tempêtes d’hiver remettent annuellement en question, n’est pas sans charme ni sans agrément, propice aux promenades façon Biarritz et Eugénie de Montijo. Mais je ne peux m’empêcher de penser à la dune aux œillets de mon enfance où seuls couraient les enfants. Et je pense à ma grand-mère qui venait à travers la forêt de la métairie familiale, en « bros », pour voir la mer, car « vous savez alors il n’y avait pas de route ni de village. Seul existait le port de pêche voisin de Capbreton… »
Mais, quand je suis arrivée là-haut face à la mer, foin des regrets !!! : du monde, plein de monde flânait sur les promenades récemment aménagées, jouissant en toute quiétude du plaisir somptueux et gratuit du soleil tombant par degrés sur la ligne bleu vert de l’horizon. Il y avait des terminales des lycées alentours fêtant leur dernier jour de bac, des enfants jouant à courir et se poursuivre sur la plage et les passages de bois, des gens jeunes et d’autres moins, des groupes assis en rond sur le sable dont certains jouaient de la guitare, de l’harmonica, ou de la trompette. Et tous suivaient des yeux (ou de leurs numériques) la plongée du soleil « moribond »dans l’océan, pour une sorte de rituel primitif.
Ils attendaient « le rayon vert » !!!
Le « rayon vert », c’est selon ma culture enfantine, et la culture populaire du pays, l’ultime rayon du soleil tombant sous la ligne d’horizon, si fugitif, si ténu, si insaisissable que d’aucuns prétendent qu’il n’existent pas. D’autres affirment l’avoir vu- une fois !!! – Tous continuent de l’attendre…
Il y faut beaucoup de conditions réunies : un soleil d’été, de solstice de préférence, un ciel sans nébulosité, exceptionnel dans ce pays au temps variable et nuageux, une attention sans faille à la lente déclinaison de l’astre, et beaucoup de poétique espoir dans l’existence d’un « presque rien » fugitif…





[1] Que Didier A. soit ici remercié de ses relances inépuisables et de son intérêt désintéressé pour un projet partagé qui sans lui n’aurait pas abouti.
[2] J’ai beaucoup aimé la description que J.P. Kauffmann fait de cet état d’esprit dans son livre La maison du retour Nils Editions
[3] Tout le monde ne partage pas la sérénité que procurent à Rousseau ces états provisoires !!!: « L’idée que j’aurais le temps de m’y arranger tout à loisir fit que je commençais par n’y faire aucun arrangement …et j’eus le plaisir de ne rien déballer, vivant…comme dans une auberge dont j’aurais dû partir le lendemain » 5ème Promenade

lundi 22 juin 2009

Looking for Eric

Je suis allée il y a quelques jours voir le film de Ken Loach « Looking for Eric »[1],
Que de tendresse pour les deux Eric, que de « parti pris des choses » quand Ken Loach filme les objets et la vie de tous les jours …
J’aime ses cadrages, ses couleurs, ses personnages, le système de contrastes et de parallélismes de leurs rôles, Eric Bishop, ses collègues et le sacré Canto aux sentences à deux balles, pleines d’humanisme…Je l’ai vu en VF (la seule programmée dans ma cité), mais les maximes de Cantona en français consolent de n’avoir que la version française !
J’aime cet espoir qui frôle à chaque instant la tragédie, cet « optimisme désespéré », le dénouement «heureux» à la Molière !!!
Et j’aime ce rapport, vénération, intimité, confiance qu’entretient le personnage Eric avec son demi dieu homonyme …la force qu’il en reçoit.
Et je m’aperçois alors que chaque jour ou presque, je vais sur le site de RG,ou de deux ou trois autres musiciens favoris, je regarde où ils sont, ce qu’ils jouent ce soir,j’écoute leurs interviews, me situe par rapport à ce qu’ils disent de leur conception de la musique, me réjouis quand je trouve dans leur conceptions musicales un écho de mes conceptions personnelles de l’art et de la littérature,et si dans la journée j’ai écouté, grappillé, cherché à découvrir des œuvres inconnues, des sonorités diverses, souvent, avant d’aller dormir, je m’offre un petit concert de leurs disques. Et j’ai l’impression d’une intimité, une familiarité profonde avec eux (comme Eric avec Canto !)
Je m’interroge sur ce lien privilégié que les amateurs d’art nouent parfois avec un artiste.
Bien sûr, nous en discutons avec ma grande Charlotte, qui me dit, c’est comme moi pour Olivia Ruiz ! Bien sûr, s’agissant d’ados ou de jeunes adultes, on résout ou liquide le problème en les traitant de fans. Simple étiquette, qui ne résout rien pour les Eric Bishop comme moi.
Alors ?
Il y a d’abord le plaisir esthétique : une musique qu’on goûte, une émotion puissante, un son que l’on aime et reconnaît à coup sûr, des mélodies qui nous hantent, l’architecture délicate ou rigoureuse d’une composition, la qualité d’un rythme ou d’un phrasé, le besoin et l’envie de renouveler encore et encore l’émotion. La conscience que cette expérience représente un moment unique comme une faena, une passe, une action d’où sortira le but !
Il y a ensuite la fascination pour un talent dont on rêve et qui nous dépasse : un « ingenium » (et on se met à croire mal gré qu’on en ait aux dons et au génie) On mesure ce que coûte la culture de ce talent en efforts, en opiniâtreté, en dévotion exclusive, toutes choses dont on s’estime bien incapable.
Il y a parfois la chance de les rencontrer en vrai, de croiser un regard, un sourire, une anxiété, de communiquer un bref moment sur le plaisir qu’ils nous donnent, et de sentir avec étonnement qu’ils en sont contents.

Et de fans on deviendrait bien groupies de ville en ville si on en avait les moyens ou quinze ans…


Ensuite, le rapport bascule du plaisir esthétique vers un rapport plus complexe et intime de partage.
Partage d’une conception de la musique ou de l’art qu’ils expriment avec nous, pour nous, mieux que nous. Bruno M., que l’art est un cri de l’âme, chargé d’exprimer et de supporter la souffrance extrême et la joie absolue .

Richard G., qu’il refuse les frontières et les enfermements dans des classifications puristes, « classique » ou « jazz » « tango », « populaire » ou « savant »,que toujours il a cherché et cherchera à les franchir ; que l’accordéon est par essence voyageur , contrebandier de la musique classique, passeur de la linéa del sur, instrument des guinguettes ,des églises et des bordels, instrument de métissages.

Philippe de E qu’il joue Ravel , Berio et Piazzolla , mais ne se refuse pas le grand plaisir d’accompagner son ami B. pour une musique ni basque ,ni rock ,ni balloche,mais un peu les trois et beaucoup plus encore.
Il y a plus personnel encore, une affinité avec une conception de la vie, un partage de valeurs.


Je partage avec B.M. l’idée d’éducation et je le remercie de revendiquer, à la surprise de certains intervieweurs, son passé d’enseignant de collège comme vecteur d’enrichissement.
J’approuve et apprécie le projet engagé de Ph. De Ez., d’être par la force de sa musique, pour les enfants et ses publics un « passeur de culture », celle qu’on lui a « passée ».


Le rapport particulier, à la fois de partage et de dépendance, qu’ils entretiennent avec leurs compagnons de musique et avec leur public me rappelle modestement celui que j’ai tant cherché avec mes élèves et mes collègues de travail, un rapport d’enrichissement réciproque.
L’un des plus beaux compliments que j’ai reçus dans ma vie professionnelle fut : « Quand on travaille avec toi, on se sent intelligent. » Et en écoutant les musiciens que j’aime Richard Galliano, Titi Robin, Francis Varis, Renaud Garcia Fons, Bruno Maurice,Philippe de Ezcurra dans leurs formations, j’ai l’impression qu’ ils rendent les autres talentueux ou révèlent leurs talents .

Dans sa dernière interview (DVD), Galliano présente remarquablement ce que peut être l’accordéon dans ses différences et la permanence de son ÂME, le souffle, et explique sa recherche inlassable de partages toujours renouvelés avec des publics et des compagnons musiciens, parce que, dit-il, ce sont eux qui lui apportent l'ENERGIE(ce mot revient de manière récurrente) .
Et je me dis que c’est ce que j’aime dans sa musique, cette force vitale qu’elle transmet.
Il y a ainsi quelques musiques pour moi qui donnent vraiment du souffle et de l’allégresse, de la vitalité, du bonheur, et j’ai envie d’écrire :

Looking for RICHARD, for BRUNO, for PHILIPPE, for others…!!!

[1] J’ai bien aimé sur ce film la note Anglais de Maître Chronique Light, avec qui je fonderais bien volontiers un comité « Anti pisse-froid » !!!

samedi 20 juin 2009

Les poux sont de retour

Les poux sont de retour!!!
Tel était l’avis placardé sur la porte de la maternelle de Toulouse, d’où nous revenons après avoir assuré un petit intérim de gardiennage de quatre jours.
Naturellement, si j’ose dire, Camille, dotée dès son premier jour d’une épaisse et sauvage chevelure, a bénéficié d’emblée du retour susdit, partagé l’aubaine avec sa sœur Charlotte, et câliné ses Papou Mamou afin qu’ils emportent de leur séjour un souvenir tangible…

Ce qui m’inspire quelques remarques :
Philologie, et déperdition sémantique
Ce phénomène réapparaissant de manière récurrente, et s’étendant désormais à toutes les classes sociales, du fait de sa banalisation, le mot « pouilleux » a désormais perdu son sens !!!

Signe des temps
Dépourvue de poux dans mon enfance, et malgré les dires de ma coiffeuse, qui prétendait qu’ils n’aimaient pas les cheveux colorés, j’eus mes premiers poux sur le joli reflet acajou dont elle m’avait doté, lorsque j’étais jeune prof de collège, sans doute pour m’être penchée trop attentivement sur le travail des chères tête blondes. Les seconds, en suivant de manière trop assidue le travail de mes stagiaires « sur le terrain »,( ce que j’estimais fondamental ), c’est à dire dans des classes (pas spécialement pouilleuses d’ailleurs).
Et voilà la troisième invasion survenue par surprise alors que je croyais à l’abri prophylactique de la retraite, par la grâce des deux petits soleils de nos vies !!!

Jean Baptiste Poquelin dit Molière
Notre Camille déteste qu’on touche à ses cheveux, cela tire, patati, patata…Alors imaginez, passer le peigne fin à poux !!! Mais l’autre jour sa mère pour ce faire lui appuyait délicatement la tête sur son giron, tout en relevant doucement une mèche après l’autre, et plus de grogne, la douceur d’un moment…
Et toutes deux nous avons pensé, à cette scène délicieuse du film d’Ariane Mnouchkine, où le petit Molière, ayant troqué un pou contre une friandise auprès d’un de ses copains pouilleux, la tête posée sur ses genoux, se fait épouiller par sa mère, qui chante d’une étrange voix grave : « bonjour mon cœur, bonjour ma douce vie… »

Saga familiale
Mon père nous racontait souvent, mi vantard, mi confus comment il était entré de l’école un jour, au grand dam de sa grand mère qui l’élevait, entièrement rasé.
-enfant, qu’as-tu fait de tes longs cheveux bouclés ?
-c’est à cause des poux !
-mais tu n’en as pas, j’ai regardé hier soir !
-c’est en CAS ! , la maîtresse a promis cent bons points à qui se ferait tondre, cent bons points !!!
Cent bons points, nous écoutions, navrées, par l’institutrice, ou par mon père, capable d’un tel sacrifice pour cent bons points !!!

mardi 9 juin 2009

Une culture de « jardin de curé »

Quand il parle de notre jardin, Michel dit souvent « le jardin de curé de Françou", ce qui me plaît tout à fait. Je ne sais pas ce qu’on entend généralement par ce terme[1], et je me demande ce que l’expression signifie pour moi.
Comme il est d’usage de définir par opposition, je dirais d’abord que c’est le contraire d’un jardin de paysagiste, construit sur plans comme un ensemble préétabli…
Mon jardin s’est construit petit à petit, « pour l’enclore », pour faire de l’ombre à la terrasse ou la border d’un haie odorante, pour planter l’olivier que m’offrirent mes élèves, pour essayer d’avoir une glycine, parce que j’en rêvais, et des iris violets, parce que ce sont les vrais, et du lilas , parce que « la rose et le lilas », et des lauriers roses comme dans le jardin Albert 1er à Nice quand j’étais enfant…et des bégonias tubéreux parce qu’ils aiment l’ombre et que le roi de notre jardin c’est l’étrange prunier sauvage au tronc énorme fait de plusieurs troncs entrelacés, qui abrite la maison et la couvre de fleurs, de fruits , et d’ombre. Toute fleur qui pousse dans notre jardin doit pactiser avec ce géant protecteur.
C’est ensuite un jardin de patience et d’attente. Attente que la glycine « vienne » enfin, et que les iris et la pivoine finissent par « donner ». Attente que fleurissent les violettes , venues seules dans l’herbe, le prunier, les crocus qui se multiplient , les primevères qui viennent et reviennent, les deux lilas, les hortensias . Le rhododendron, les azalées, le chèvrefeuille et le jasmin. C’est une lutte odorante à qui couvrira le parfum de l‘autre : l’odeur de la violette est recouverte par celles des fleurs du prunier, le chèvrefeuille et le jasmin se disputent les soirées chaudes de juin. Les jacinthes, les pivoines, les roses, les abélias de la haie s’expriment par fugitives bouffées.
C’est un jardin d’essais : où se plaira l’ellébore dite « rose de noël ». ? Car les fleurs voyez-vous, pour pousser, il faut qu’elles se plaisent. Qui est-ce qui voudra pousser au pied du mur où il ne pleut que rarement ? Ce petit feuillage léger, attendons, on ne va pas l’arracher, essayons, qui est-il, on ne l’a pas planté, c’est du bleuet….
Pour le curé je suppose que son jardin chante le credo de la création divine, affirme une pleine confiance en ses dons , le bleuet ou l’ortie , Dieu dispose, mais pour moi c’est l’attente païenne, confiante, et encline à s’émerveiller, de ce que produira l’élan vital végétal .
Ce n’est pas non plus tout à fait un jardin d’autodidactes encore moins un jardin naturel : enfouie en nous par l’enfance, il y a une culture implicite : j’ai grandi dans des jardins, avec un grand père fils de paysan, un père qui « jardinait », une mère qui aimait les fleurs et lisait Colette…
On arrache peu, parce que voyez vous, c’est vivant ! On repousse un peu les oignons défleuris du bout du plantoir pour ajouter un pied muguet ou d’impatiens ou autres radicelles…
Et de ce désordre, naissent des ensembles attendus et inattendus, éphémères et récurrents, souvent aussi beaux que fugitifs.

Et je me dis que ma culture est aussi de « jardin de curé » :
Ma culture littéraire pas entièrement : l’école , le lycée, la fac, mes apprentissages puis mes expériences professionnels y ont construit des jardins à la française, et à l’antique, où purent se greffer solidement des foisonnements romantiques, des folies XVIIIe, des surréalismes et des cubismes .Hors des allées tracées je fis de délicieuses rencontres divagatrices, Simone, la lingère, notre voisine, qui lisait Nous Deux et Intimité, je m’asseyais à ses pieds sur son petit banquet de couturière et lisais, lisais ; Gabrielle, la petite cousine de mon père, sourde et chevrière de son état, qui possédait des piles énormes de Lisez-moi bleu, je les dévorais tard le soir dans la chambrette qui sentait la bique ; .Dumas que mon père adorait ; Pearl Buck et les sœurs Brontë et Jane Eyre qui vivaient familièrement avec ma mère . Des piles d’Historia étayaient les rangées de romans de la bibliothèque pourpre. Je vécus des délices de grippes et de bronchites où mon père pour apaiser l’agitation de la fièvre me lisait des heures durant Les lettres de mon moulin, Tartarin, et mon préféré entre tous Madame Thérèse. Il y eut aussi plus tard, à l'heure ingrate des vaisselles, Zazie dans le métro que me feuilletonnait Michel, pour adoucir l'ennui de la tâche fastidieuse. Toutes ces rencontres ont peuplé mon esprit et mon cœur d’un entrelacs culturel de jardin de curé !
Mais c’est en musique que j’ai vraiment une culture de jardin de curé :ni l’école, ni mes parents ne m’ont transmis de solides fondations à la le Nôtre . Mon père chantait faux et vouait une admiration amoureuse à ma mère qui chantait bien l’opérette, puis l’opéra et le temps des cerises, et les chansons de Rina Ketty.
Ma soeur alternait au piano les valses de Chopin et la complainte de la Butte. Et tentait de parer à leurs difficultés par un ressassement obstiné : on riait « montera, montera pas les escaliers de la butte » !!! Elle écoutait en boucle les symphonies de Mozart sur son Teppaz. On me mit au piano : élève médiocre et peu appliquée, j’y pris le goût toutefois des longues improvisations solitaires qui ne charmaient que moi, des exercices de Czerny qui me paraissaient admirables, mais aussi des inventions de Bach et des Sauvages de Rameau .Je n’ai jamais cessé de les aimer…
Le jazz vint avec Michel, puis le rock, puis la Pop.
Un temps, je hantai avec ma fille le grand théâtre de Bordeaux et le Capitole, « accros » D’Offenbach, de Rossini, de Verdi, de Madame Butterfly…
Et enfin comme deux vieux fans Michel et moi rencontrâmes l’accordéon, instrument de toutes les rencontres culturelles, tous les métissages musicaux.
Ma culture musicale c’est vraiment un jardin de curé !

Je pense souvent qu’ « entre les murs » de l’école, puisque finalement c’est le sens que l’on donne communément à l’expression jardin de curé
[2] ce serait bien que les enseignants sèment aussi, en supplément des solides « classiques » du programme dont je ne ferais certes pas fi, les graines de culture diverse dont ils disposent eux-mêmes, (selon ma phrase favorite lorsque j’étais formateur), « pour essayer !!! ». Parce que dans ce désordre, chacun reconnaîtra son bien, en fera peut–être son bonheur, et l’harmonie de son jardin secret …


[1] Robert : « se dit d’un jardin enclos de murs »
[2] « Se dit d’un jardin clos de mur » Robert

samedi 6 juin 2009

Bonne fête Mérotte !!!

Je le sais, tu disais cette « fête des mères » entachée de pétainisme et de valeurs qui n’étaient pas les tiennes, institutrice publique très républicaine, et féministe passionnée qui tenait entre tout à ce que ses filles soient indépendantes et gagnent leur vie, et qui toujours gagna la sienne et parfois la nôtre à coup de travail et d’énergie…
Mais je me souviens aussi que tu aimais sans vergogne et sans souci de la contradiction les cadeaux que nous te faisions ma sœur et moi à cette occasion et je t’envoie cette image, l’image de ta belle cactée, que j’ai gardée…


J’ai gardé ta belle cactée.
Durant tes longues années de maladie, elle avait subi la gourmandise des loches et des cagouilles. Ses longues feuilles lancéolées étaient dévorées, elle ne fleurissait plus …
Je l’ai adoptée, ramenée à la maison et depuis deux ans elle refleurit, cette année même, elle a atteint cette qualité de rose transparent et lumineux à la fois, et retrouvé cette luxuriance splendide malgré un petit coup de gel malencontreux cet hiver…

J’ai gardé l’image de ton visage, je me rappelle tes expressions, tes histoires, bien des scènes de notre vie, nos fous rires, tes colères passionnées, et je garde le souvenir très doux de ta vigilante présence.
Mais même si j’ai le prégnant souvenir de tes chansons, de tes mots, de tes phrases, j’ai un peu perdu le son de ta voix dont je sais qu’elle était belle et chaude.
J’aimerais tant qu’on ait gardé quelque trace enregistrée cette voix….
Heureusement ta belle cactée refleurit dans mon jardin en mémoire de toi