Devenue par ma retraite plus divagatrice que jamais, j’ai décidé de tenir à la manière de Rousseau !!! « un journal informel de mes rêveries » sur l’école, la musique, la littérature…au fil de mes divagations quotidiennes
C’est la plage d’après midi, il
y a du monde. Il fait très beau, un peu
moins chaud peut-être, la petite brise de mer s’est levée. La mer est juste un peu forte, l’eau est douce, juste un
peu fraîche, ses vagues éclatent juste, en roulant en écumes longues …
J’hésite en arrivant , il ferait bon rester au soleil, un peu à
l’écart de la zone de baignade , à l’écart du bruit des voix enfantines , avec
le seul bruit de la vague qui frappe le sable, avec Nadja et Charlotte qui
lisent et discutent paresseusement .
-Mais où est Camille?
--Elle prend les vagues, là-bas, au bord de la baignade …
Sempiternelle question de Mamouna inquiète, question de toujours,
depuis que Nadja avait encore l’âge de Camille et beaucoup moins … et le regard
qui cherche, et me voilà debout, traçant
sur le sable fin où vient mourir la vague, à la recherche de la petite tête
dans l’écume, la petite tête qu’on connaît si bien, mais qu’on a peine à reconnaître parmi les
innombrables têtes du bain de l’après -midi…
Et c’est elle qui me voit, c’est elle qui me fait signe , et c’est en moi , comme toujours et naguère,
un petit éclat de bonheur…
J’avance un peu , j’admire cette fusion intime avec la mer ,la petite tête qui attend, qui attend
la belle vague puis qui soudain se retourne, se fondant en elle et se laissant porter jusqu’à mes pieds, et riant… j’admire cette aisance « aquatique »
qu’elle a eu de tout temps, mais qui a acquis
avec les années la technique, le savoir
faire , la familiarité avec l’océan…
Elle m’appelle, et c’est vrai
que c’est le dernier bain de l’été !
Elle m’appelle, et je m’avance,
attirée… mais je me contenterai de prendre les vagues les plus douces, de prendre à mi
chemin les écumes, et de me laisser emporter
jusqu’au bord puisque les vagues d’aujourd’hui
nous emportent volontiers , et je la
vois me dépasser, heureuses …!
Je l’admire… et avec un petit pincement au cœur je pense que c’est moi qui jadis, comme c’était la plus
petite, moi qui prenait avec elle ses
premières vagues , l’encourageait, la rassurait , partait avec elle…
Ouah …ne pas y penser, admirer, se réjouir, de la voir si grande, et
si habile !
Et voilà que notre désir de dernier bain a contaminé deux autres
petites têtes charmantes …
Et que je reste là, à prendre une écume sur deux ou sur trois, à regarder et surveiller les trois petites têtes,
à rire de leur plaisir quand elles réussissent à venir s’échouer à mes pieds,
dans la douceur de l’eau fraîche de ce dernier bain….
C’était à Oloron, soleil sur le Piémont, au tout début de
juillet !
C’était un festival au joli nom, « Des Rives et des notes »,
vigoureux et solide en dépit des années…
Il y avait Martine Croce, une précieuse amie qui nous avait invités au
concert de Lars Danielsson..
Il y avait Charlotte et Camille, nos petites filles, ravies d’être là, imperméables aux soucis de
la file d’attente et aux impatiences des aléas du placement…libre !!!
Et il y avait Lars Danielsson et son group
Sebastian Studnitzky émouvant à la trompette,
John Paricelli à la créative guitare,
Magnus Ostrom, dont la batterie
aérienne n’offre pas seulement un rythme subtil aux autres instruments mais un éventail nuancé de colorations sonores…
Et il y avait au piano, Gregory Privat, un piano remarquable, et un
jeu expressionniste, saisissant de présence…
Et il y avait, époustouflant,
le maître du jeu : Lars
Danielsson, embrassant sa contrebasse avec tendresse, la beauté de ses longs
doigts agiles sur les cordes…
Et évidemment il y avait l’évidence des évidences, la beauté de la musique !
Le son de Danielsson, pureté et moelleux de la sonorité des
instruments…
Mais aussi l’invention de
mélodies si belles que leur écoute engendre le désir de les réécouter
indéfiniment et qu’on ne peut les empêcher de chanter durablement dans notre tête.
Et Lars Danielsson de surcroît chef d’orchestre omniprésent et discret des
instruments, réglant avec doigté la composition de chaque morceau..
Une musique qui évoque pour nous de lointains horizons de mer et de ciels, et l’immensité
de lieux enchantés…
Moment de délice et de perfection, un de ces concerts qui passent comme
un rêve et dont les rappels généreusement offerts n’épuisent pas le désir du
recommencement…
Après le concert, un moment de signature avec le chaleureux truchement
de Martine, bien plus qu’un moment de
signature, au-delà des mots (qui nous manquent ) parce que la musique est à
elle seule langage, grâce à la chaleur
humaine et la simplicité d’accueil de Lars Danielsson, un moment de partage du
bonheur de ce soir , pour nous d’avoir écouté, et pour eux d’avoir si bellement
joué…
Une soirée qui marquera pour nous quatre un grand moment de musique.
Nous qui ne connaissions pas Danielsson, quel bonheur de l’avoir
rencontré !
Depuis nous ne cessons de réécouter ses CD, Liberetto est devenu un de
nos tubes, qui plus est partagé avec notre Charlotte… !
Une nuit , une des ces nuits qui
cessent de dormir vers 4 heures et agitent l’esprit de préoccupations et d’
angoisses , tourne manège dans ma tête…je décidai d’y échapper en
détournant mon esprit de cet angoissant
manège en l‘occupant par d’autres pensées
plus anodines et salutaires, penser au passé , exercer ma mémoire à me souvenir du passé heureux , de ceux de ma
vie personnelle , que j’ai aimés, les moments partagés…ou pas, ceux de
l’histoire que j’ai vécue ou du moins connus, leurs noms …
Peut-être est-ce un bon exercice
de mémoire, mais par la tension d’esprit qu’il impose, ce n’est guère excellent pour retrouver le
sommeil….Rien d’une berceuse ….
De l’idée de berceuse à celle de
litanies, de litanies à prières, de prières à poèmes, j’ai soudain pensé a une
anecdote racontée par P Valéry, un de ces « Ravis de la Poésie »
que j’ai tant aimés…Il racontait donc, à l’appui de sa théorie poétique (j’ai
oublié où !!!), qu’un de ses amis amateurs de vers contraint de subir
une ( petite j’espère) intervention chirurgicale sans anesthésie, essaya
d’endormir sa douleur par la puissance
incantatoire d’une récitation de poèmes
…
…Que j’imaginais en alexandrins , ces vers dont le rythme s’accorde si
bien à la respiration et au bercement …
…et de rechercher dans ma mémoire des vers porteurs de musiques qui
calment, et c’est à Baudelaire que je pensai d’abord
« Cheveux bleus pavillon de ténèbres tendus…… »
Baudelaire…bien sûr !
Quel alexandrin pourrait mieux convenir au bercement mélancolique
d’une insomnie tourmentée…
« La mer, la vaste mer console nos labeurs… »
« Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse »
« Qu’accompagne l’immense orgue des vents grondeurs
« De cette fonction sublime de berceuse … »
Quel rythme, quelle harmonie vocalique pourrait mieux adoucir le souci
qui me tient éveillée..
Ainsi je me grise de la musique
des mots …
Mais la musque des mots n’est pas
musique pure les mots se pressent en moi et évoquent… évoquent…
« Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres
« Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres
« Qui dégagent leur aile et prennent leur essor… »
Plaintes , angoisses, regrets…
Pourtant des vers baudelairiens il y en a de plus colorés , dont l’envol léger allège l’angoisse de la nuit…
Par exemple :
« Mon enfant, ma sœur
« Songe à la douceur,… »
Mais oui ! le vers imper,
comme une tendre balancelle, suspendu, donne à respirer comme le souffle
du premier sommeil…
Et conjure le calme …et parle de lumière surréelle, propice à l’endormissement …
« Les soleils couchants
Revêtent les champs, les canaux,
la ville entière
D’hyacinthe et d’or….
Le monde s’endort dans une chaude lumière… »
La douceur pleine et la chaleur
des sons vocaliques achèvent
l’alchimie …
Mais bien sûr, des vers isolés ne font pas un poème, et je me prends à
les réordonner et à retrouver ceux qui manquent pour faire un tout , l’objet poétique
dans toute sa présence.
Et le vers impair de Baudelaire ne dit pas tout du vers
« impair »…
Et voilà que je je me prends au jeu de retrouver ailleurs la douceur
de ce rythme suspendu , je me dis Verlaine bien sûr ,et je pense à la mer encore, et à cette mouette fascinante, que Jan Lundgren a su faire s’envoler dans mon imaginaire…
« Je ne sais pourquoi
« Mon esprit amer
« D’une aile inquiète et folle
« Vole sur la mer
« Tout ce qui m’est cher
« D’une aile d’effroi
« On esprit le couve au ras des flots
« Pourquoi , pourquoi ?
Me revenaient des groupes de vers, des lambeaux de strophes, et aussi
des manques que je tentais de combler en me servant du sens …
Et je redécouvre l’évidence , ce que j’ai toujours su intellectuellement
que la place des mots n’est pas indifférente, bien évidemment …
Et je tâche de replacer en un
puzzle magique, les poignées de mots qui se pressaient dans ma mémoire…en
essayant le son, le rythme …
Mais cette mouette, cette mouette qui s’associe à la Mer, cette
mouette qui me rappelle celle de Jan Lundgren, m’échappe, tant le
vers impair semble de surcroit
irrégulier , tant la reprise des vers en refrain n’est pas forcément identique…
Quelle merveille que cette variation construise une telle sensation
d’harmonie…
« Parfois si tristement elle crie
« Qu’elle alarme au loin
le pilote…
Normal ? mais surprise !
« Qu’elle alarme au
lointain le pilote ! »
C’est mieux car c’est autre ! et surprenant …
Au fil du temps…
Au fil des insomnies…
Au fil des vérifications diurnes…
Le voilà retrouvé !
LE POEME !
Et avec lui, la conscience émerveillée qui doit être proche de celle
du musicien que le choix , la place, la couleur des mots, est orfèvrerie
du sens , des sons, des couleurs
« Quel pur travail…..
Bien sûr , je préfèrerais dormir …mais je suis passionnée par ce travail
de reconstruction, poétique et musical ; qui peut-être s’apparente à
celui du poète , voire du musicien ….
Moi qui n’ai pas le pouvoir de créer des poèmes, mais qui aime tant
manier, changer, déplacer ,et replacer LES MOTS…
Il y a des années fastes pour
nous, de grandes années Galliano ! où , grâce à une programmation de concerts plus
proches de chez nous, ces concerts
sont comme les marqueurs de nos Quatre Saisons !
Ce fut le cas de l’année passée ! notre saison
Galliano, commencée à Eysines avec Sylvain
Luc, où nous vîmes la Vie en rose dans la froidure d’une fin d’hiver
s’éternisant, et puis exceptionnellement au début du
printemps, dans le pays de Notre Océan, à Biarritz, avec l’orchestre symphonique
Confluences… puis à la fin de
l’été, dans nos Landes, à Seignosse,
avec le Philip Catherine Quartet,
puis à l’automne, àTulle pour un Solo de Nuit de Nacre somptueux,
puis à Noël, dans notre ville- même
de Pau ! (merci à Fayçal Karoui ) deux Concerts du Nouvel An, et
enfin au début du printemps, à Orthez ,
si près ! comme pour boucler la boucle , une nouvelle Vie en Rose !
Entre les concerts, leurs avants leurs après, les
quelques mots échangés à la fin, des rencontres inattendues et précieuses, comme
à Tulle, à l’hôtel où nous nous trouvions logés , ou à Pau dans la salle du
Zénith avec Gisèle, le timide
rendez-vous pris pour une date prochaine, les CD signés , et qu’on va écouter à
« Oreille que veux-tu »et qui appelleront en réseau d’autres écoutes d’autres musiciens … nous en
retirions une sorte de douce familiarité presque amicale.
Comme aurait pu l’appeler comme l’appelait Ken Loach dans son film pour moi culte avec
Canto !!! une familiarité de « Looking
for… »
…Et puis ce printemps, voire cet été, voilà que RG s’échappe vers des ailleurs lointains,
La Russie , la Suède, la Norvège , l’Allemagne, la Suisse ou la Chine…ou en France..,
dans quelques hauts lieux de la musique , ou tout simplement des lieux dont la
distance croît en même temps que notre âge !!!!! Et l’espoir du
rendez-vous suivant, «est-il déjà plus loin que L’Inde et que la
Chine ? »Gallianooutai ?
Nous laissant quelque peu frustrés !
Mais voilà
qu’en Mars , puis en Mai, sa
présence vient se manifester, à nouveau familière
et multiple :
Dans les bacs des disquaires : deux CD !
Le Mare Nostrum 2, la deuxième Création
avec Jan Lundgren et Paolo Fresu, et que dire qui ne soit pas de l’ordre des
« ravis de la crèche »devant la sortie de cette merveille ?
Sinon l’écouter et l’écouter encore….
Et presque aussitôt , sa venue d’avance annoncée, et si j’ose dire orchestrée
de main de professionnel, le « Mozart » de Galliano
avec Bernard Cervera, Stéphane Hénoch, Jean Paul Minali-Bella, Raphaël Perraud, Sylvain Le Provost.
Que dire
d’autre que du subjectif que j’assume, à l’écoute de cette
interprétation Galliano, dont la
limpidité simplissime découle à l’évidence de la longue maturation, du subtil
dépouillement d’un projet qui lui tenait au cœur ?
Je dirai simplement ici que j’aime le choix sans
complexe des « tubes » qui ont marqué notre connaissance de Mozart, La marche turque , que j’ai jouée (mal)
que ma Charlotte joue(bien),La petite
musique de nuit que j’ai écoutée (beaucoup), Le quatuor pour flûte et cordes que je connaissais en fait sans le
savoir et que j’ai l’impression de
découvrir, une œuvre que je ne connais pas, le
laudate Dominum auquel le bandonéon contribue à conférer cette gravité
tragique que Piazzolla m’inspire toujours…
Et puis, la merveille des merveilles ! l’adagio du concerto pour clarinette
mais remarquablement et respectueusement inséré dans le contexte de l’œuvre
intégrale…auquel l’accordéon permet de restituer un peu des graves de ce
« cor de basset » originel !
De quoi nous
distraire un temps de la frustration d’absence d’écoutes en live .. ?
De laquelle frustration, tâche aussi de nous distraire notre Feu-
follet Musicien , qui nous dit presque quotidiennement, « Bonjour à
tous ! » et « Retrouvez-moi »
et même « Retrouvez-moi en direct ! »
« Retrouvez-moi »…à 13h, « retrouvez-moi »
dans 10mn en direct, dans l’émission « la grande Table de France Culture ,
« retrouvez-moi » ce soir en direct sur France Musique , ou à
22h 30-minuit ! Classic club, Vous avez dit classique ?, top de
l’album classique !
Il court, il court
sur les ondes …
et à la Fnac il donne un showcase dont la vidéo,
d’abord promise, ensuite donnée par extraits…
s’avère remarquable dans sa totalité et nous permet de connaître en
direct Bertrand Cervera !
et il obtient le n°1 du top de l’album
classique !
et son trailer de Mozart nous raconte l’histoire de
son Mozart !
En dépit de l’absence, trop de présences ?
Non Non Non !!! car autant dans son discours que
dans ses variations, Galliano a
l’art de reprendre le récit tout en le transformant …
Nulle trace dans ces interviews, nul emploi de ces « éléments
de langage », préfabriqués, que l’on
sort systématiquement et mécaniquement
de son répertoire pour la promotion d’une oeuvre…
Chaque
entretien est un peu différent de ton et de contenu.
Et, on ne
s’en lasse pas car c’est histoire de son
Mozart et en filigrane , c’est son
histoire de musicien qui transparait par flashes avec naturel et simplicité..Une
réflexion à bâtons rompus à l’occasion
de ses propres rencontres, sur la Musique et son écoute…
…Mozart, le
choix des « Tubes », assumé, car il dit choisir comme un simple mélomane et c’est pour mieux jouer pour
eux ,cette épithète de mélomanes qu’il
reprend et revendique à plusieurs reprises me conviendrait bien si j’osais, parce qu’elle
parle de goût passionné pour la musique ,et s’oppose a celle de spécialiste, mais
elle implique encore pour moi trop de savoirs, suggère encore trop de connaissances ,et en
gardant la passion, je lui préfèrerais le joli terme d’ « écouteuse »,
au masculin impossible ! ou celui d’ « amateur » au féminin esthétiquement impossible !
… Des amitiés musicales, Toots Tielemans, Bill
Evans, Eddie Louis, Nougaro , Barbara, et les goûts si divers , « divagateurs »,
mais toujours passionnés et riches d’une subtile appréciation musicale
…
…Les compagnons de musique, Paolo Fresu, Jan
Lundgren, Henri Demarquette que nous avons appris à connaître grâce à lui.
…Le projet « classique » qui ne renie ni
le jazz, ni la chanson, mais qui se réalise « à 65 ans –il le redit souvent -»,
enfin réalisé, le rappel d’une sorte de timidité ou d’humilité à aborder Mozart
« apparemment facile, mais délicat, » trois ans de gestation pour cet album…
…Son amour physique pour son Victoria, sa sonorité
, son ergonomie , sa familiarité « sensitive » ou « sensuelle »l…
Mais qu’on ne s’y trompe pas, sa culture musicale,
son savoir raffiné sont ceux d’un grand
musicien..nous le ressentons avec évidence et timidité, non -musiciens que nous
sommes … et au passage, nous apprenons…
… La place dévolue à l’accordéon dans
l’interprétation de la partition, comme il l’aime, une seule note à la fois, comme un chanteur*
…Le refus de l’idée d’ « arrangement »
le souci de jouer la partition, en se contentant de distribuer les parties
instrumentales
… Ou
l’existence du cor de basset et pour lequel
la partition originale était écrite et que l’accordéon de Richard
interprète si bien…
Mais il faut l’avouer de toutes ces émissions que
nous avons écoutées, c’est celle d’Elsa Boublil que j’ai préférée…pour sa
qualité certes, l’enthousiasme et la précision de sa présentation, mais peut-être aussi pour ces deux confidences de
RG, qui nous touchent particulièrement :
L’épisode de l’enregistrement de Gisèle
avec Toots Thielemans , « J’étais en retard on s’était
accroché avec Gisèle, mon épouse, mon épouse depuis presque quarante ans… avec laquelle d’ailleurs
depuis quarante ans tous les jours on s’accroche » il le dit avec du
sourire et de l’amour dans la voix..et la mention affectueuse de Lili, «
magnifique » et des enfants , « le plus important dans la vie avec la
musique, c’est la même chose… » « Ce sont nos recours… »
Bon ! trêve de frustration, nous en avons profité avec Michel « mon
époux depuis plus de 50 ans !»pour réécouter bien sûr Laurita et Gisèle
!!!
Et pour refaire un tour dans le passé de Richard et redécouvrir une
merveille, son duo avec Jean-Charles Capon….Blues
sur Seine,
et en particulier un morceau que j’adore, et qu’on ne lui entend
plus interpréter Laura et Astor …
Depuis tant de fois que ma soupe
à la citrouille (faut dire que la citrouille, c’est un peu sucré et qu’il est
bien de la faire revenir et fondre au départ avec très peu d’eau..) que ma soupe à la citrouille
donc « a cramé [1]»... tant de fois aussi que la viande fut trop cuite…
…J’ai décidé d’adopter une autre
stratégie ..
Car la soupe à la citrouille (ou « Le velouté au
potiron » !), j’aime bien !
J’ai donc mis en train les morceaux de la citrouille pour les faire
« suer » avec seulement très
peu d’eau, et me suis installée à la table de la cuisine pour écrire , une table
en cèdre très jolie quoique toute simple ,
ramenée du Maroc, et que j’aime …
Et j’écris au son de la
citrouille qui fond, le nez en éveil…(car c’est l’un de mes atouts , le
nez !, lorsque la vue a baissé , et peut-être l’ouïe !)
Et ce faisant , je pense à ma Mérotte, qui procédait ainsi, porte
ouverte, sur le coin de la table de la
salle à manger proche de la cuisine ..
Car ,Elle, elle n’avait pas de bureau…
Le « bureau » , c’était
l’espace de mon père très aimé !
Et que de cours elle écrivit à la diable, dans l'enthousiasme, sur son cahier de préparations, que de copies s’entassèrent corrigées une à une , sur ce coin de table !
Ce qui n’empêcha pas, un certain nombre de fois, que brûle le
Pot !
Je revois ma Mérotte, une rieuse, passionnée, et coléreuse, jetant en
râlant le contenu de la poêle à la poubelle, refusant de trier le désastre, et d’écriant :
« Ah ! ma chérie !!! la cuisine , tu le vois ! Il
FAUT S’Y TENIR ! »
Il faut croire qu’elle s’y tint souvent, car, en notre maison, on mangeait bien, simple , savoureux … (et chaud le soir ! c’était son
credo !)
Et ce, malgré tout le soin qu’elle mit
toujours à s’occuper de ses chers élèves…
Ce chant, c’est celui de la clarinette
du concerto K 622 de Mozart, dont la découverte m’a durablement enchantée…
Mais pour être tout à fait honnête j’ignorais que ce chant fût inventé
par Mozart, qu’il fût en la majeur op. K 622… !
Pour moi ce fut d’abord la musique bouleversante de l’Amour et du Désert,
d’Out of Africa !
J’en restai saisie, je cherchai à l’identifier …
L’enregistrement de la musique du film n’existant pas encore, je
cherchai le concerto de Mozart et trouvai un CD de l’orchestre Jean- François Paillard
, qui me permit de l’écouter encore et encore à mon habitude ( et qui me permit
de découvrir aussi un concerto pour flûte et harpe, dont les interprètes me
semblaient connus…) .
Je ne pouvais ni ne saurais dire aujourd’hui si les
interprétations en étaient remarquables. Je ne puis qu’affirmer qu’elles
comblaient mon attente, mon désir, de
réentendre cette mélodie pour moi sublime, comme me le permit aussi l’achat du
CD enfin sorti de la bande originale du film, une très touchante musique de
John Barry…
Il en est souvent ainsi dans ma quête buissonnière des musiques découvertes
un jour au fil des rencontres , toujours d’autres musiques , d’autres
instruments , d’autres voix …se découvrent….
Par la suite ma curiosité demeurait en alerte sur cet adagio, car c’était
particulièrement l’adagio …
Et, « en suivant » Galliano, puis un jour Vincent Peirani, il
y eut Michel Portal ! Certes ni
dans Blow Up, ni dans Musiques de
Cinéma, ni dans Bailador, ni dans Thill Box, ni dans les deux concerts duos avec
Vincent où nous eûmes la chance de l’entendre en live, l’Adagio n’était de circonstance !!!…c’est sur You tube
que je découvris son amour et son tourment , son obsession même, pour le
concerto de Mozart !
Je regardai et écoutai les vidéos de travail et de réalisation, certes,
mais le récit de ses tâtonnements pour moi resta lettre morte, car, totalement immergée
dans la mélodie et l’œuvre, elle m’émeut à tel point que sa construction, sa
mise au jour par les musiciens, je ne les perçois que peu…
Ainsi un jour où dans un très sérieux groupe de travail sur l’analyse
de La mort aux trousses d’Hitchcock,
en particulier de la remarquable construction de la fuite a travers le champ de
maïs , je demandai , malgré moi , étourdie,
incongrue : « Et après qu’est-ce qui se passe ? »
Faisant rire le distingué professeur, et les autres !!!
Relisant l’autre soir Les Animaux Malades de la Peste, je pensai :
j’en détecte les somptueux agencements, le choix des mots, le rythme de l’enjambement
, j’en déduis comme si je l’entendais la force de la voix dans le phrasé du
vers …la menace policée du Lion, la douceur résignée de l’Ane …Mais tout
parfois m’échappe dans la présence et l’évidence jubilatoire de ce texte …
Ainsi en est -il de l’ adagio de Mozart dans la présence
essentiellement prenante de la clarinette de Portal.
Alors quel bonheur de découvrir que Richard G l’aimait aussi ce
concerto ,qu'il l’avait choisi …
Quelle impatience de l’écouter, les présentations des teasers ne donnant
à entendre que le Rondo à la Turque et la petite Musique de nuit…
Le CD acheté, J’ai écouté en premier le concerto, puis l’adagio !
Quel bonheur d’écoute ! je
me suis dit :
« Y a pas photo, c’est superbe ! »
Et puis ! : « Tu exagères, tu es complètement
dépourvue de recul et de sens critique quand c’est Richard qui joue…. »
Pourtant la mélodie me paraissait différente dans le chant de l’accordéon, plus profonde,
plus ample, plus grave !
Et j’ai lu ce qu’écrit R.G...( je lis toujours les livrets, « amateuse »
de mots autant que de mélodie…)
J’ai lu le choix de la partition originale, écrite pour le Cor de
Basset[1]… !
J’ai lu :…« le son de
l’accordéon « Basson in cassotto[2] »
se trouve sublimé !
C’est mon humble avis ; le
partagerez -vous ? je l’espère … »R.Galliano
Laurent Derache, nous avions rencontré sa musique il y a quelques années, en2012, avec un disque
conseillé par un ami avec qui nous échangeons parfois nos trésors de musique…
Je me souviens de cette découverte comme si c’était
hier !
« Mais j’ai d’abord écouté cette musique , je l’avoue, quand Michel
l’écoutait , -presque en boucle- avec un réel désir de
savoir, comme font parfois nos élèves , attentive, mais
l’esprit ou surtout le cœur ailleurs …Sentant bien l’intérêt de la composition
du trio(accordéon, basse, et batterie) , du son de Laurent Derache , des lignes
mélodiques …mais cela demeurait un plaisir simplement intellectuel, comme le
Jazz parfois me donne …
Et puis l’autre jour , au soir d’une des
ces journées que j’aime à appeler « calamiteuse »,
peut-être en souvenir de l’étymologie du mot , qui me suggère des « chaumes »
mouillés et couchés par une pluie insistante et lourde. De ces
journées à cumul de petits soucis, à petites déceptions en rafales, à horizon
bouché de petites brumes…Ne trouvant pas le calme du soir , j’ai cherché mon
recours habituel , la musique d’un CD…
Et j’ai rencontré Laurent Derache !
Et sa musique m’est tout d’un coup apparue
d’une présence
et d’une évidence saisissantes »
Et depuis cette musique m’accompagne ,
elle est devenue comme un certain nombre de musiques , un disque « de
chevet » …
Alors bien sûr quand on a la chance de l’écouter
en direct , on essaie de ne pas manquer le rendez-vous…
ALORS, jugez de notre plaisir en
découvrant qu’Anne-Marie avait programmé son Trioà Trentels !
Et l’intimité de cette salle très peu
éclairée, attentive à cette musique que nous attendions, j’ai retrouvée,
intactes, mes impresssions premières, et plus encore, grâce la fréquentation
familière que j’ai d’elle ..
Retrouvant ce que j’avais écrit, je ne
résiste pas au plaisir de me citer moi-même !
« J’ai pensé alors que j’avais jadis
intitulé mon post sur Life of Venus : Laurent
Derache Trio , « le pouvoir de la musique »…
C’est effectivement une musique
envoûtante, qui capte l’écoute et l’ émotion, qui joue sur les
nerfs ou la sensibilité.
D’aucuns diront, ça me prend
la tête, d’autres, -moi ! – sont captivés…
Les thèmes que Laurent introduit
sont superbes, très mélodiques, plutôt mélancoliques et lancinants...Leur
structure est une reprise « obstinée » d’un motif qui
progresse par infimes variations et décalages . Le rôle de la rythmique,
la basses de Ouriel Eller et la batterie de Martin Wangermee, scande
remarquablement cette obsession, en en soulignant les variations…
Il y a une sorte d’unité car tous
les morceaux assez longs relèvent de cette même structure, et les
thèmes se ressemblent tout en étant différents, mais toujours sur le même mode mineur,
créateur du même climat, presque une incantation lancinante ou
mélancolique.. »
Je ne résiste pas non plus au plaisir de
citer « en impressions croisées » ce qu’écrit Michel du Style de
Laurent
…(et d’emprunter ses photos comm'd'hab!) :
..."Ce n'est pas l'énergie ni l'inspiration
qui font défaut. Tout au contraire. Mais cette inspiration est ici de type
introverti. Un leader et deux compagnons qui le soutiennent sans faiblir. Un
univers de recherche exigeante et incessante. Ici aussi un monde d'obsessions.
Un univers fascinant. A chaque morceau, on a le désir de savoir où Laurent
Derache va s'aventurer. et si l'on se réfère aux photos que j'ai publiées dans
mon précédent article, on voit que sa posture est comme une signature. Chaque
morceau est comme un face à face avec ses obsessions. C'est la marque, selon
moi, de l'authenticité de son inspiration et de ses propositions.
Qu'ajouter ?
Sinon : c'était à Trentels ...C'était Laurent Derache Trio...On était bien!!!