samedi 16 mars 2013

André Minvielle ..."Histoires « d’accents »"




Nous sommes allés samedi  9 mars, jour de fête pour les Françoise, écouter A Minvielle et sa Vocalchimie
De ce spectacle follement poétique, je ne dirais que le plaisir  de se laisser entraîner  au bonheur des mots et au jeu de sa voix.
Car Michel a si bien évoqué  ce moment que je vous invite plutôt à lire son texte

Nous avions déjà commencé à connaître A Minvielle depuis quelques temps, grâce  à notre fil  d’Ariane favori, l’accordéon, celui de Marc Perrone d’abord, puis celui de  Lionel Suarez, puis récemment l’appassionata de Bruno Maurice et la clarinette de Jacques di Donato
Et nous avions alors apprécié son amour fou des mots et son talent jazzy, qu’il fasse swinguer la musique de Gus et de Tony, ou bien la sienne, sur des onomatopées et paroles de sa facture,  ou qu’il « scat »  Beth ceu de Pau  ou autres trouvailles persos sur des standards connus ou des mélodies de son cru……
Bref nous étions séduits par son Alchimie.

 Mais le spectacle abcd’erre nous a révélé un aspect de sa philosophie « linguistique » qui m’a touchée, avec laquelle je me suis sentie en totale empathie. D’abord je n’ai plus à souligner mon penchant pour les divagations, en particulier concernant le langage , la musique et l’art…
Par ailleurs j’imaginais , non sans quelque réticence , qu’il était peut-être un de ces occitannistes militants et intransigeants…( ?Quoiqu’ un ami de Marc Perrone ,de Lubat, de Nougaro… ????)  que j’ai parfois rencontrés dans mon travail et ma région…

Et nous l’avons découvert amoureux de la langue,  occitane certes mais pas exclusivement, de la langue dans tous ses états , comme on la vit, comme on la pratique , comme on la savoure,  sans purisme ou excommunication…
Suivez l’accent  exprime avec talent, avec poésie, avec drôlerie,  ce que j’ai toujours modestement pensé..

L’accent … ! 
Moi aussi j’en ai vécu des histoires d’accent

J’étais une jeune stagiaire professeur de lettres,  dans la classe d’un « tuteur  confirmé » (= moins jeune ), charmant , chaleureux, paternel…
La classe… des cinquièmes, je crois…j’aimais déjà ce travail …nous nous régalions de Villon et de Rabelais …
Premier couac !
- LUI : Rabelais , on ne dit pas Ra- be –lés quand on est professeur de littérature , on dit Rab’lès
- MOI : non ! (je le prends avec le sourire),  « rablé » c’est pas ça pour moi !!! c’est pour les lapins … !
- LUI (sans humour) il faut vous débarrasser de votre accent ! Vous imaginez, en dictée !!!
-MOI (in petto) mais la dictée, c’est pas l’essentiel en cours de français …et puis moi, je l’aime, mon accent…c’est ma manière de parler le français…Chez moi on « flambe » les porte, on laisse « cramer » la sauce …etc…
 -LUI : (fièrement) moi j’étais de Morcenx …et vous voyez bien, j’ai réussi à m’en débarrasser de l’accent !

Entre nous, ce ne fut plus jamais comme avant, je me mis même à m’avouer, ce que je ne m’étais jamais avoué  à ce jour, que ses cours de français n’étaient pas bien excitants !…
Je dois reconnaître que jamais par ailleurs il ne s‘est trouvé personne dans la hiérarchie, inspecteurs ou autres gradés, pour me le reprocher, cet accent …

Plus tard professeur de français à l’Ecole normale, passionnée d’apprentissage de la lecture, j’eus à affronter la méthode Au fil des mots, bible préconisée dans les écoles, la  leçon sur le [e]…les graphies de [é] et de [è] !!! et le « ain » qu’on prononce paraît-il comme « um » ,mais qu’on n’écrit pas pareil…. !
Adorables enfants  qui récitaient du "lait" ouvert, du conditionnel (aimerais) ouvert !  et du futur (aimerai) fermé… ! et « un »(un)  « pum » (pain)…
Heureusement ils n’y arrivaient pas, de toutes manières, ça ne les renseignaient pas beaucoup sur la graphie, mais  ils  reconnaissaient et  comprenaient les mots et c’était l’essentiel ! certains aimaient même à se souvenir des graphies particulières des mots, leur physionomie  en somme !!!

Et j’ai eu aussi des collègues de collège, deux en particulier, qui ont fait depuis de grandes carrières dans l’université et la politique!
Le premier, un émule de Démosthène,  qui préconisait avant tout autre enseignement, de débarrasser nos élèves de leur accent…Notre accent !
Et l’autre à l’opposé, qui me trouvait « infirme » de ne pas parler l’Occitan !!! J’avais beau lui dire que je parlais mon français à la guise occitane…cela ne le convainquait pas !!!
Entre les deux !



Alors, oui, André Minvielle ! je dis moi aussi : « Suivez l’ACCENT ! »

Oui, je refuse par souci « d’appartenance » de parler mon français d’une autre couleur que celle qu’a donnée à mon parler  mon enfance avec mon papa d’Angoulême, ma mère et mon grand père des Landes de Chalosse ,  ma grand mère Souletine,  langues Oil et Oc mêlées, et un chouya de basque en plus , mes copains de Dax, nos  années à Bordeaux, notre petite excursion à Marrakech, le retour à Pau…je sais bien que Bourdieu, un gars de chez nous, en a bavé pour mériter d’être promu au statut d’ Universitaire sans Accent mais moi par chance j’ai pas l’étoffe, je ne serai pas professeur émérite !!!
Oui, j’adore quand André M. proclame « Nul n’est censé ignorer la Loire ! »
Je déclare  mon amour des langues romanes, leurs mots, leur musique et leurs parentés... J’avoue avoir aimé le latin énormément, même s’il m’a empêchée au lycée d’apprendre aussi l’espagnol, dont l’écho traverse nos vallées et m’attire tellement que j’en essaie un apprentissage tardif…

Mais je refuse aussi de m’inscrire  au conservatoire militant et puriste du trad, qu’il soit linguistique ou musical… !
Car je suis aussi fille d’une petite instit suppléante qui courut les postes déshérités de la campagne bordelaise et croyait  au pouvoir unificateur de la langue française, qu’elle tâchait d’enseigner et de faire aimer  à ses « certificats d’étude » et qui adorait réciter souvent (trop souvent pour ses filles moqueuses !) du  la Fontaine, du Boileau, du Corneille, du Francis Jammes , du Alphonse Daudet,  à pleines tirades …. qu’elle n’hésitait pas à faire alterner avec les Sombreros et les Mantilles  de Rina Ketty et la Complainte de la Butte de  Van Parys !
Je suis la fille d’un petit garçon  qui apprit à lire avec le Tour de France par deux enfants et qui me fit partager les délices de Madame Thérèse…

Alors merci André Minvielle de nous dire : Suivez les accents, leur variation, leurs couleurs, leurs saveurs …
Et je dirai : « suivons notre langue dans  tous ses accents.. »

!!! Tiens ! finalement, on y revient à l’accordéon, ses divagations, ses voies royales et ses chemins de traverse, et le plaisir de ses variations… !!!!




4 commentaires:

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