lundi 17 février 2014

Du côté des petites filles ....

Quarante ans après….

Quelqu’un  (je crois bien que c’était Héraclite …) a dit qu’ « on ne se baigne jamais dans le même fleuve … »
Jusque là je l’interprétais ,et ne trouvais l’affirmation que « trop » vraie  en matière de bonheurs , que l’on ne peut en retrouver à l’identique dans le cours du temps qui coule…

Mais aujourd’hui je suis souvent frappée par la stagnation des conceptions qu’elles soient sociologiques, pédagogiques ou morales…
J’évite de penser, ça fait un peu « vieux cons » !, on l’avait déjà pensé, discuté... Ce combat on  l’avait déjà mené , il y a vingt ans ...Cette théorie, on en avait déjà débattu, y a un bout...Célestin Freinet avait déjà écrit et pratiqué cela en pédagogie, et d’ailleurs Rousseau avant lui…

Stagnation …passe encore que le fleuve se calme et s’égare dans de petits bassins stagnants où l’eau est plus tiède …
Mais maintenant nous voilà « A Rebours » !

On revient se baigner en amont …
Une certaine tristesse des ans m’avait déjà parfois effleurée, le sentiment qu’il n’y avait guère de progrès, à l’instar de l’émotion de ma mère quand les SDF, voire les mendiants, sont réapparus dans  nos villes : « Jamais, jamais, je n’aurais cru qu’on reverrait ça disait-elle ! » la voix navrée, sa foi dans les progrès de l’humanité battue  en brèche… 
Mais je raisonnais , je me disais : « Quand même la situation des femmes au moins, a progressé…je pensais aux jeunes pères qui changent leurs petits et les promènent dans leurs poussettes…même si la répartition des tâches et des rôles sociaux  n’est peut-être pas encore bien  satisfaisante,  je pensais surtout  à la contraception qui fut un combat difficile pour notre génération,  qui impliquait aussi la possibilité de poursuivre des études et mener une carrière, je pensais à l’avortement, et aux trafics que sa législation avait fait disparaître … »
Il y a des acquis, plus de crèches, plus de nounous qu’il y en eut pour nous…
Il y a des équipes de foot et de rugby féminines,  alors que nous dûmes courir notre ville pour que notre fille puisse trouver  un club de filles, ou au moins acceptant celles-ci. En vain , avant de trouver (nous, athées et laïcards !) une équipe de patronage fort sympa et dynamique dans un village alentour…
Il y a aujourd’hui  de belles équipes de filles qui gagnent !
Il est vrai qu’elles n’ont pas de spectateurs !

 Et puis voilà que l’Espagne,  la courageuse d’après Franco, et  voilà aussi qu’un nombre non négligeable de Français , mettent  en cause l’avortement !
Et voilà que, comme monstre du Lochness,  réapparaît la « théorie » des Genres …qu’on « enseignerait » ! Vrai épouvantail à moineaux que cette « théorie »,  dont la pompeuse étiquette a pour fonction de servir simplement d’étendard au rassemblement des réactionnaires de tous poils. Théorie, ça fait technique, ça fait philosophique, ça fait danger.. !
J’ai eu l’impression pénible d’un triste retour du passé avec un habillage moderne technique et savant de la querelle nature / culture …l’acquis / l’inné, du genre génétiquement déterminé, contre le  genre construit par  l’Histoire dans  la société, entre culture féminine socialement construite et Eternel Féminin !

Du côté des petites filles

Et pour lutter contre cette tristesse insidieuse et désabusée, j’ai eu envie de retrouver (ce que Michel a fait pour nous) un livre fort réjouissant de notre toute jeunesse…
Edité par les Editions des Femmes, écrit par Elena Gianini Belotti... A l’éternelle question de l’ Eternel Féminin, Elena répondait, entre autre réponses ,n relisant les contes de fées , et en esquissant d’un crayon ironique,  l’image des jeunes filles que ces contes si réputés éducatifs offraient à l’imaginaire de nos chers petits !  
Puisse ce texte réjouissant vous réjouir comme il a réussit à me réjouir et  à balayer pour un temps  , mon humeur chagrine et désabusée :
 «  Le petit chaperon est  l’histoire d’une fillette à la limite de la débilité mentale ,qui est envoyée par une mère irresponsable à travers des bois profonds infestée de loups pour apporter à sa grand-mère malade de petits paniers bourrés de galettes. Avec de telles déterminations , sa fin ne surprend  guère […]
Blanche Neige est une autre petite oie blanche qui accepte la première pomme venue, alors qu’on l’avait sévèrement mise en garde de ne se fier à personne. Lorsque les sept nains acceptent de lui donner l’hospitalité, les rôles se remettent en place : eux iront travailler, elle tiendra pour eux la maison, reprisera, balaiera, cuisinera en attendant leur retour […]
Elle réussit toujours à se mettre dans des situations impossibles, et pour l’en tirer, comme toujours, il faut l’intervention d’un homme, le Prince Charmant, qui l’épousera, fatalement. »
Analyses un poil caricaturales, analyses qui ignorent celles de Bettelheim ou en font fi, analyses triviales et  totalement « apoétiques », mais qui personnellement me réjouissent fort. Il  faut l’ avouer ,  je n’ai jamais aimé les contes de fée. Petite fille indigne, je leur préférais sans états d’âme  les versions de Walt Disney, et  prof indigne de littérature , puis, qui plus est, formatrice de maîtres de maternelle, je persistai dans cette préférence blasphématoire …


L’éternel féminin :

J’y ajouterais d’ailleurs à mon tour, une  petite note personnelle : les deux héroïnes que je détestais entre toutes :
La petite Sirène d’Andersen, son sacrifice terrible et tragiquement inutile…
Et quoique ce ne fût pas une fille , « mais… qu’elle était jolie ! la petite chèvre de Monsieur Seguin » ! Inconséquente certes, mais voulant la liberté, et sans doute l’amour du loup, désobéissante certes, mais si cruellement punie, abandonnée toute la nuit à son combat inutile par son Monsieur Seguin qui entendait  ses appels …
Quelle terrible image à donner aux fillettes pour leur édification !

MORALITÉ du petit chaperon rouge (PERRAULT)
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.


 Merci toutefois à Messieurs  Grimm, d’ avoir fabriqué à ce conte un happy end (grâce au mâle chasseur ,il est vrai !) et même un second, où la finesse du Chaperon la tire seule d’affaire , tant il est vrai que même une petite fille peut apprendre à se défendre elle-même... !!!

« Tous les trois étaient bien contents : le chasseur prit la peau du loup et rentra chez
lui ; la grand-mère mangea la galette et but le vin que le Petit Chaperon rouge lui
avait apportés, se retrouvant bientôt à son aise. Mais pour ce qui est du Petit
Chaperon elle se jura : “ Jamais plus de ta vie tu ne quitteras le chemin pour courir
dans les bois, quand ta mère te l’a défendu. ”

Mais les  Grimm  étaient issus d’un siècle de lumières, qui crut au pouvoir de l’éducation, et aux progrès…en particulier du statut des femmes …



Puisse notre siècle s’en souvenir et ne pas être, quarante après, plus rétrograde que les lectrices de Elena Gianini  Belotti !!!!




dimanche 2 février 2014

Peut-on y croire , à la Chandeleur?


Presque chaque année on y croit, à la Chandeleur!
Après la clarté  dans la nuit du sapin de Noël, on traverse le mois de janvier, les yeux fixés sur ces petites minutes de jour qui allongent, saut de puce après saut de puce, les chiches lumières du mois de Janus, on y croit, à  la flamme ténue, résistante aux bourrasques, et  que le vent ne réussit pas à souffler, de la  petite chandelle de la chandeleur…

J’ai retrouvé le texte que j’avais écrit sur ce que j’appellerai:
L’illusion de la Chandeleur selon mon père




Quand j’étais enfant, si une fête comptait dans l’imaginaire païen de mon père, autant que Noël, et plus que l’Epiphanie, c’était la Chandeleur.
Je ne sais pourquoi, cette fête marquait pour lui la fin de l’hiver, l’espoir superstitieux que si on l’atteignait, une fois dépassé, ce jour marquait le terme des dangers liés au froid, au déclin de la lumière, aux maladies associées, catarrhes, pneumonies, bronchites, dont il faut bien le dire, on mourrait fréquemment à l’époque de son enfance.


La fin de l'hiver, l'espoir superstitieux....
Chaque année donc on marquait scrupuleusement le 2 février. Ma mère tournait les crêpes dont la pâte avait reposé une demi-journée dans un grand saladier de verre jaune doré…
Ma grande mère même, en faisant sauter la première crêpe de la main droite, y jetait une piécette de sa main gauche et envoyait le tout sur le buffet de la cuisine pour une année.
Plus tard quand la fatigue des années rendit ma mère plus paresseuse, elle achetait la pâte chez le boulanger dans des bouteilles de verre vert à long col.
Puis plus tard encore vint le temps de la grosse crêpe unique dont la pâte simplement tournée à la main dans un petit saladier était versée sur des tranches de pomme coupées fin et caramélisées à la poêle. La difficulté était de la retourner proprement pour qu’elle dore des deux côtés ; le délice était la mince couche de sucre glace dont on la saupoudrait, et l’odeur de pommes cuites et de pâte associée qui fumait dans la cuisine
Puis vint le temps des amours mortes : ma mère disparue, les enfants partis, mon père achetait encore chez son boulanger des crêpes toutes faites au fort parfum de fleur d’oranger et les mettait à tiédir dans une assiette posée sur une casserolée d’eau bouillante… (au four elles se dessécheraient disait-il), jusqu’au jour de sa mort qui survint par surprise une froide fin de février, à « Chandeleur dépassée » .

..qui survint par surprise une froide fin de février...

Quelle que soit la signification véridique du mot, et le sens religieux de la fête, pour moi la Chandeleur restera indélébilement associée, à l’image prégnante d’une chandelle allumée résistant aux souffles de l’hiver et marquant le triomphe de la lumière qui revient , se mêlant dans mon âme au parfum de la pâte chaude qui brunit au bord de la poêle, des pommes caramélisées, de la fleur d’oranger,et des crêpes partagées dans la chaleur du soir.

Cette année encore , pluies, inondations, vagues déferlant sur notre côte landaise (et basque) pluies quotidiennes et si froides qu'on se dit la neige!, la neige est là! ...
ET voilà, cet après midi,  qu'un petit rayon de soleil s'est glissé entre de beaux nuages devenus et brillants clairs  ...

Alors on va encore y croire à la chandeleur!!!!



vendredi 31 janvier 2014

Un petit radotage pédagogique à propos de TEXTES


et d’orthographe!

« Cela ne me regarde pas »
Enfin cela ne me regarde plus ….

De l’école , j’ai franchi le portail…

Mais quand même, collègues mes amis, laissez-moi encore une fois radoter un peu …
Il s’agit toujours de mon affaire de TEXTE…

Je me promène comme l’oisive que je suis devenue sur les « chat » de Facebook ou les commentaires, je ferme les yeux sur les erreurs d’orthographe des petits copains de mes petites , j’essaie de relever, juste  au passage et l’air de rien  (LOL !) les erreurs d’icelles …
D’ailleurs dans l’ensemble je peux  avouer comme jadis je le pensais, mais ne pouvais le dire qu’il y a erreurs et erreurs et que beaucoup n’altèrent pas réellement la lisibilité et le sens  du texte …
Mais quand même parfois certaines orthographes sont  orthographes d’analphabètes …

Alors je demande :
« Mais qu’ est-ce qu’elle dit sa mère ?
Et à l’école mais qu’est-ce il dit le maître ? »
On glisse alors vers la philosophie existentielle :
« -Beh ! RIEN ! »
Ou
« - Sa mère ? elle ne s’en occupe pas ! »
Je me retiens de faire préciser : « … de ses SMS et de l’orthographe , ou du gamin lui-même ? »

Mais quand même parfois
je donne un coup de main pour les devoirs…je sais bien qu’on ne me le demande que parce que ça fait chaud au cœur d’avoir une compagnie dans ce temps volé à la télé, ou à la « trot’ », à l’écriture d’un « roman », l’enregistrement d’une vidéo, ou la répétition d’une « choré »…
Bref que je me dois d’être discrète quoiqu’ « efficace » !

Mais quand même…
Quand je vois la liste des mots invariables à apprendre …en liste…régulièrement, obstinément …
Et pire, les « fichus »  homonymes  à distinguer !  à l’endroit et à l’envers ! le sentiment de l’Absurde prend des dimensions à la Ionesco
Quand je rapporte ce travail au  temps consacré à l’ « orthographe en action » dans les textes
que l’on donne à rédiger et à écrire, qu’on les baptise « rédactions » ou « productions d’écrit » ou « essais », je me souviens des temps anciens …et je râle !

Ce serait tellement simple, ce serait tellement fonctionnel, d’apprendre à écrire les mots au jour le jour, avec l’aide du maître qui est là pour ça, les mots dans des textes, des textes de tous les jours ou des textes plus beaux, mais des textes qui ont un sens pour celui qui les écrit celui qui les reçoit,  celui qui les envoie…en écrivant des textes  donc !!!
Il est vrai que les mots du français écrit restent par leur orthographe trop chargés de significations historiques,( ô châteaux , ô temps désuets)…
Mais n’est-ce pas encore plus difficile de les mémoriser hors des contextes qui manifestent leur sens …
C’est/ ses /s’est/ sait ! ces trop ! Comment les confondrait-on si on n’y était incité par de fins exercices répétés sur leur homonymie !!! où les contextes sont si minces qu’ils n’éclairent pas suffisamment le sens de ces mots...
Figurez-vous qu’il y a un Monsieur Frédéric François, vous connaissez ? eh non non non ! c’est un linguiste distingué qui ne chante pas, quoique ses propos m’enchantent, surtout quand il se réfère à Michael A.K.Halliday qui à ma connaissance ni ne chante ni n’a jamais chanté non plus , donc un docte et grave personnage, que j’aimais à citer autrefois parce qu’il me semblait pertinent et aussi je dois l’avouer parce que l’ homonymie justement de son nom  m’amusait et me procurait un facile succès …
[ Dans son apprentissage de la langue,]« l’enfant est confronté non pas à des grammaires ou
à des dictionnaires, ni même à des mots ou des phrases émis au hasard, …ce qu’il rencontre, ce sont des textes, du langage en action, c’est-à- dire des séquences qui s’organisent entre elles comme avec leurs situations de productions »
(Conduites linguistiques chez le jeune enfant, puf, le linguiste)

J’aime  cette expression, langage en action=textes et l’affirmation que pour apprendre le langage ,il fait être confronté à des textes, et je pense qu’il en est de même pour le langage écrit. Pour apprendre l’orthographe , il faut écrire encore et encore …Car l’orthographe est un système  et la chaîne des autres mots éclaire et détermine l’écriture de chaque mot…
Le problème suivant sera  de déterminer les conditions dans lesquelles on est amené à  produire ces textes afin  qu’elles soient favorables à l’apprentissage de l’écriture et de l’orthographe, en particulier à  la relation entre celui qui écrit et son  « maître », stress ou confiance , attente d’une sanction ou d’une aide ?

J’aime cette idée de « langage en action » , j’aime l’idée de « textes » « tissés », toiles d’araignée ou fils dAriane multiples tendus entre phrases et mots ET entre celui qui écrit et celui qui lit …
Sur le rapport avec celui qui lit ou lira, sur son écoute ou l’accueil à réserver au texte, qu’il soit écrit ou oral, il me faudra écrire un jour un nouveau radotage pédagogique, mais en attendant, pour apprendre l’orthographe …

 ECRIVEZ- VOUS ! écrivez- nous, d’amitié, de plaisanterie , d’histoires, de recettes, de joies , de peines, de drôleries à votre guise….


Mais écrivez ! et faites écrire, maîtres d’école, mes collègues ! 

samedi 18 janvier 2014

Vincent Peirani a aussi le talent des duos

…Avec Emile Parisien


J’ai déjà raconté comment, grâce à Vincent Peirani , j’avais découvert qu’on pouvait se risquer dans l’aventure de l’improvisation et y trouver du plaisir …Je crois que cela tient pour moi au fait qu’au fur et à mesure de l’écoute, quelle que soit la liberté prise dans l’invention sonore des phrases, je ressens un chemin divagateur certes, une harmonie en ruptures  mutiples certes, …mais  qui malgré tout se construisent avec sûreté  et retrouveront inéluctablement  la ligne  mélodique fondamentale…chemin à suspense rempli d’attentes et de surprises…
Et en vivant les deux délicieux concerts à la Salle bleue Croix Baragnon avec Emile Parisien
…outre un plaisir total , beauté des deux sonorités, subtilité du jeu en duo , parfois une sorte de frénésie  inspirée et magique, et toujours en filigrane l’émotion et l’humour…
….outre un fin programme qui croisent leurs créations et circule sans complexes et pour notre bonheur  entre amitiés musicales présentes , passé jazzy réinventé,  ou classique revisité…

Egyptian Fantasy d’après Sidney Bechet
Tentation Rag (id)
Schubert Toaster (E.Parisien)
3 temps pour Michel.P (Vincent Peirani)
Isthme
Place 75 (Vincent P)
Song of medina (encore Sidney Bechet)
Schuman: Five pieces (first)
Dancers in love (Duke Ellington)
Balkanski Cocek (Alexander Sisic)



…En les écoutant jouer si familièrement ensemble   l’idée me frappe que décidément Vincent Peirani a aussi le génie des duos !
Il y a deux mois Michel Portal, une fois, François Salque , et aujourd’hui Emile Parisien, compagnons exceptionnels par leur talent musical et leur style personnel…
Michel Portal , maintes fois écouté en CD avec Galliano, jamais entendu en direct, François Salque et Emile Parisien, inconnus de nous …à  chaque fois  découverte précieuse…
Désormais ils feront partie comme Paolo Fresu ou Jan Lundgren et Renaud Garcia Fons de ceux que nous iront écouter « même  s’ils ne jouent pas d’accordéon !!! »
Et que dire de Thomas Gubitsch, sinon que l’on en rêve aussi…de l’entendre « live » !

Car outre l’audace de choisir de si talentueux compagnons , Vincent a aussi le talent de construire avec eux des duos où ils se réalisent remarquablement, en dialoguant  avec son superbe accordéon !.
Qu’il s’exprime en chorus,  ou construise pour eux l’écrin d’une rythmique profonde et comme « ostinato » , aux voix entrecroisées avec virtuosité sur de multiples registres …

Et comme les clarinettes de Michel Portal , ou le fascinant violoncelle de François Salque , désormais le saxo d’Emile Parisien fait partie de nos aventures musicales d’exception …







Merci à eux, et Merci à Vincent Peirani !

mercredi 8 janvier 2014

Les divagations de deux coureurs de concerts

Depuis que nous avons cessé le boulot, restent  toujours à l’arrière plan de nos préoccupations, l’évolution  de l’école, notre  foi dans l’éducation, les problèmes d’apprentissage , le devenir de notre langue, de  son écriture , le tout bien sûr largement alimenté, par  les échanges animés entre les filles, (et parfois nous !!!) Au retour de l’école !
Bien sûr, je continue d’être hantée, comme d’autres par les chansons, par des pans entiers de textes que j’ai aimés, et peut-être surtout enseignés, comme si leur partage n’avait pas peu contribué à les faire vivre  dans ma tête..Mais mes curiosités actuelles se complaisent davantage à découvrir dans les textes d’autrefois ceux que je n’avais pas assez lus, à lire "dans les coins" les œuvres favorites, bref davantage, à redécouvrir qu’à trouver du nouveau dans ce qui paraît …Exception faite  (rassurez-vous, je ne veux pas vieillir ignare), des polars que j’explore consciencieusement et méthodiquement !
En fait ce qui excite ma papillonne curiosité, c’est un domaine pour moi relativement nouveau, et dont je partage l’exploration avec Michel, c’est la musique, une certaine musique où nous conduit notre humeur vagabonde !
J’ai  toujours écouté beaucoup  de musique,  comme un fond sonore omniprésent, qui se constituait au gré de rencontres aléatoires, mais actuellement ma curiosité s’aiguise,  de ce domaine nouveau. L’envie d’explorer, de connaître, de comprendre, et de sentir des œuvres nouvelles, de découvrir, de proche en proche, d’autres œuvres et d’autres auteurs, de les  rapprocher, de les comparer, jusqu’à reconnaître en eux l’incomparable, comme autrefois je le faisais des œuvres littéraires, avec peut-être l’ambition inavouée de mieux entendre leur son et de mieux goûter leur saveur. J’ai conscience de l’imperfection de mon oreille, mais je traque   la mélodie qui chante dans ma tête et l’impression émotionnelle, parfois le bouleversement , qu’elle produit en moi, je me livre à la poésie connotative qu’elle suscite . Pleine d’espoir, je cultive les transferts qui peuvent s’opérer entre l’œuvre musicale dont je ne connais guère les arcanes, et les œuvres de la littérature, voire de la peinture, dont je connaissais un peu mieux certains fonctionnements. Ce qui me passionne en particulier, c’est de comprendre ou de sentir la composition d’un morceau, la ligne d’une improvisation, comme je démêlais jadis les fils entrecroisés d’un poème ou  d’un récit, ressentais les systèmes de contrastes ou d’harmonie, de parallélismes ou de divergences, entre les thèmes d’une œuvre ou les personnages d’un roman…
 A cela s’ajoute le plaisir du partage, en  discuter avec Michel…


 Parfois même avons-nous la chance d’en parler avec certains musiciens, ou bien  notre approche des œuvres s’éclaire de ce que ils en écrivent ou en disent, avec simplicité et poésie ,  loin de toute glose mortelle pour leur  beauté (ô merveille de certains  petits livrets de CD !) . Je citerai Bruno Maurice dans le livret de Mitango,




...Jean-François Salques  et Vincent Peirani à propos du CD EST...



 Renaud Garcia Fons parlant de sa rencontre « coup de foudre », avec la contrebasse,

...Raul Barboza en concert racontant  ses morceaux...
...les phrases poétiques de Richard Galliano dans le petit encart du CD New York Tango, et les extraordinaires trailer où il présente son Bach, puis son Nino Rota, puis son Vivaldi…je dis bien "présente", car il ne s’agit certes pas de « concept » ni même d’explication, il s’agit, dans une langue lumineuse d’intelligence,d’évoquer  l’esprit de son projet .

 Car, comme Bruno Maurice, s’il donne au passage quelques indications techniques, c’est toujours au service de l’expression, de l’émotion donnée à partager…comme  encore  François Salques et Vincent Peirani, explicitant leur idée du lien entre leur création et la musique traditionnelle dans laquelle elle s’est inscrite pour la recréer.


Mais  le plus important de tout, le plus « fun » comme diraient nos petites filles, cette quête curieuse des œuvres ET des musiciens, nous a fait découvrir le LIVE, le PARTAGE par excellence, la présence puissante d’une œuvre qui  créent  pour nous, dans l’instant,  des musiciens d’élection,  et que nous partageons  en direct, c’est ce live qu’on poursuit encore et encore …

Voilà ce qui nous pousse sur les routes, sur les chemins des concerts de ceux que nous aimons.
 Et, comme notre ville ne nous offre que rarement ce que nous aimons, c’est ce désir qui nous pousse  aussi loin et aussi souvent que nos forces, nos ressources,  et nos obligations personnelles, nous le permettent.
Quelquefois ce sont chemins de soleil, quelquefois de pluie ou de froidure

…exceptionnellement,  même d’une tempête …

Notre métier jadis nous avait  souvent mis sur les routes  d’écoles de villes ou de villages perdus de notre région, mais je me plais à penser que nos chemins d’aujourd’hui s’apparentent plutôt à la manière de vivre  des musiciens eux-mêmes dont les tournées s’inscrivent dans la tradition des troubadours d’hier, des saltimbanques magiciens  ou  des comédiens de l’Illustre Théâtre… « Faire de la  route pour la musique » !
« Vous aussi voyagez pour la musique ! » m’a dit un jour Renaud Garcia Fons.















Parfois des lieux prestigieux de grandes villes,



Parfois des lieux plus incertains nous offrent des plaisirs de musique, bizarres et intimes,  et eux aussi délicieux .

















Parfois un souper raffiné, mais plus souvent  un sandwich de Mie Câline , ou un petit « picachou » au bord  d’une route ou sur une aire d’autoroute.


Souvent une échappée belle au détour du chemin.

 
Parfois quelques délices picturaux .


Car comme nous devons aller à la Musique parce que notre pays est avare de celle que nous aimons , nous devons aussi aller chercher ailleurs la peinture et la photo que nous aimons …



A la fois choisi et hasardeux, de l’ordre du cabotage plus que du périple intercontinental, ce vagabondage,  nous l’aimons !

Notre vœu est de poursuivre encore et encore ces tribulations  hasardeuses, et de suivre  encore et encore ces chemins de musique …








mardi 31 décembre 2013

BONNE ANNÉE 2014

BONNE ANNÉE 2014


Cette année, j’ai abandonné mon jardin à l’Automne…



 Mais  ce Noël le  houx sauvage qui y pousse depuis deux ans a décidé de fleurir …


Et dans les feuilles tombées brunies par la pluie obstinée, une première rose de Noël s’est ouverte…

Pour me rappeler que le Solstice est passé et que l’An Neuf se pointe…


Et qu’il est temps que je vous souhaite, Amis,  une Très Belle Année …


Et que je vous dise : 

« A tous les partages à venir en 2014

Qu'ils éclairent cette année nouvelle»…!


Amitiés

lundi 30 décembre 2013

Grammaire : La disparition du complément d’objet…



Socio grammatical phénomène…

 Du temps que j’étais prof de littérature, je me rappelle avoir été frappée par une remarquable et « docte » analyse ,  ce qui est dommage c’est que je ne sais plus si c’était de Jean-Louis Barrault (Mise en scène de Phèdre, coll. Points)  ou de Roland Barthes ( Sur Racine)…mais la remarque m’a beaucoup  influencée alors dans ma lecture de Phèdre
 Elle concernait l’usage du verbe AIMER chez Racine, et sa construction « absolue » dans beaucoup de vers, c’est-à-dire sans complément…comme s’il s’agissait d’un verbe intransitif, je respire , je vole, je marche , je ris, je vis….
J’aime…
Pour les héroïnes de Racine, disait la remarque, l’essentiel (la malédiction d’ailleurs), c’est l’amour et non l’objet de cet amour. Et cet emploi absolu du verbe renforçe sa force…
Et je trouvai cette idée saisissante, particulièrement quand le rythme des vers mettait en relief sa puissance :
Ainsi dans « la scène de l’Aveu » de Phèdre :
« -Aimez-vous ?
demande Oenone,
-J’aime …à ce nom fatal, je tremble, je frissonne,
J’aime… »
ET c’est Oenone qui dira l’objet … !


Juste ou pas, cette interprétation donnait aux mots un poids émotionnel très fort…

Et voilà que récemment comme je m’amusais sur Facebook, à écouter les propositions You Tube de mes « amis », à regarder leurs photos, à lire leurs commentaires, cliquant de-ci de-là , sur « J’aime », renchérissant même parfois par un « je n’aime pas, j’adore… »…j’ai été frappée par le fait que moi aussi, avec eux tous, et sans même y penser, j’utilisais désormais le verbe j’aime « absolument »...

Et puis comme une prise de conscience n’arrive jamais seule, en écoutant mes petites filles et leurs parents d’ailleurs, je remarquai que  :
-Je gère ,disait l’un
-J’assume disait l’autre
-En tout cas Elle, elle assure !
-et l’autre : Mais Lui, Il ne communique[1] pas … !

L’important en somme c’est de communiquer …peu importe l’objet, l’important c’est le comment…

J’ai entrepris d’allonger la liste persuadée qu’elle se complèterait…pour l’instant je n’ai pas de théorie sociologique d’interprétation de ce fait grammatical…Peut-être y réfléchirai-je !

Intransitivement vôtre !






[1] Un jour il me faudra  d’ailleurs réfléchir sur le devenir du verbe « communiquer »