lundi 8 juin 2020

Maman....



Maman , je pense à toi souvent .
Mais en ce jour de Fête des Mères , ce jour peut-être créé pour différentes raisons autres que notre amour ...je t'écris ...
Je t'écris pour te dire que ton épiphylle a encore joliment fleuri , moins que les deux années passées mais bien joliment quand même..


Et cette année je ne sais pourquoi,plus que d'autres , je pense à toi en essayant , hors photos pâlies de votre album, de t'imaginer jeune , semblable , mais en plus éclatante et rieuse que sur la photo, que  Payou aimait tant, et qu'il regardait parfois rêveusement et amoureusement..
Je t'imagine avec tendresse et admiration, avec tes superbes lourds et longs cheveux si bruns, roulés difficilement en chignon.
Je t'imagine entrant dans le lycée Camille Jullian , prenant place parmi tes condisciples issues de la bourgeoisie bordelaise, travaillant avec sérieux et application toute l'année, ne comptant pour te distraire que sur l'été landais où tu retrouverais ta cousine Amelia , pour aller à la fête de Dax,  aux manèges et au bal populaire, et danser... danser, toi qui aimait tant danser..
Je suis encore émue d'admiration,de penser que ce Bac, que si peu de filles de ta génération ont eu, tu l'as eu! et que tu es allée à la Fac, fille d'un cheminot et d'une mère analphabète mais pleine de détermination et de goûts culturels  ...
Tu y es allée , mais, si tu n'as pas obtenu mieux qu'un premier diplôme , tu y as rencontré "le petit frisé",ton amour pour la vie ...
Bonne nuit Maman ...


mercredi 18 mars 2020

CONFINEMENT




Confinement...




AU TEMPS DES DONJONS

As-tu déjà perdu le mot de passe ?
Le château se ferme et devient prison
La belle aux créneaux chante sa chanson
Et le prisonnier gémit dans l'in pace.

Une belle image de Robert DESNOS, une image poétique, qui comme toutes les belles images poétiques, garde le pouvoir par delà les années d'exprimer un état d'âme, une angoisse du présent et une appréhension de « l'à venir »

L'etat de siège, de Desnos 1942 , 
et notre désarroi aujourd'hui d'être confinés comme pestiférés !

Retrouveras-tu le chemin, la plaine,
La source et l'asile au cœur des forêts ,
Le détour du fleuve où l'aube apparaît,
L'étoile du soir et le lune pleine ?
Le serpent dardé vers l'homme s'élance ,
L'enlace , l'étreint entre ses anneaux,
La belle soupire au bord des créneaux,
Le soleil couchant brille sur les lances,
l'âge sans retour vers l'homme jaillit,
L'enlace, l'étreint entre ses années,
Amours!Ô saisons! Ô belles fanées !
Serpents lovés à l'ombre des taillis.

Ah que le jour vienne où le chemin nous mène ...
au détour du fleuve ...
...ou à la courbe sableuse de la plage !


mercredi 19 février 2020

Par un soir de solstice ...des Fées !


C’était un soir de décembre de l’Avant de  Noël .  Dans mon imaginaire,  longtemps ce temps de l’avant Noël  ruisselait pour moi de la chaleur des lumières foisonnant le soir dans les rues, ou parfois filtrant de fenêtres qui parlaient de soirées intimes et chaleureuses .
Mais en ce mois de décembre dernier, trop de soucis du Présent, de regrets des Noëls  passés,  me distillaient pendant que je marchais la mélancolie des soirs top tôt tombés.
Je me disais de ne pas renoncer à cette marche volontariste, entreprise contre vents et genou douloureux ,  mais il faisait un froid d’humidité qui poisse aux joues et aux mains …
Je peinai  à faire « un petit tour »et finalement rentrai  pour retrouver mon réconfort favori :
 me lover sous une grosse  couverture de bébé, bleue, moelleuse, avec un polar de Fred Vargas, lu et relu, et un disque écouté encore et encore, ce soir là …Mare Nostrum III
J’aime les trois musiciens de Mare Nostrum,  la trompette de Paolo , mélodieuse, puissante, belle et touchante, les notes de  l’accordéon  de Richard, gouttes délicieuses d’une mélodie qui émeut, et le beau piano chantant de Jan Lundgren comme airs de danse dans la  brume…
Le premier thème, c’est Blues sur Seine, nous l’écoutons depuis longtemps , et depuis longtemps, son rythme, l’accordéon de Richard , sa mélodie teintée de tristesse  ne laissent pas de contribuer à  la douceur de ma mélancolie actuelle , celle à laquelle je tentais ce soir d’échapper grâce à une marche « déterminée » dans la vivacité du froid , mais qui m’avait  à nouveau saisie  dans l’humidité assombrie du soir .
Tapie  dans ma couverture , dans la musique , et la prose parfaite de Fred Vargas … plaisirs  toujours renouvelables , je me laisse aller à la succession des thèmes ,de  Richard Galliano, de Jan Lundgren , et de Michel Legrand , et à l’entrelacs des trois sons qui se répondent, et s’enlacent…
Quand tout à coup un thème que je ne reconnais pas , plus vif ,comme plus joyeux ,plus éclatant, mais qu’ en fait on pourrait dire toujours mélancolique  quoique  joyeux, me surprend. Et, comme toujours pour moi,  addict des mots, je cherche le titre de ce  morceau qui me séduit et m’intrigue à la fois , Le jardin  des Fées, Richard Galliano ..
Connais pas ce thème!.. Qu’évoque ce jardin magique, Richard ? Qui sont ces fées ?
Accordéon, puis trompette et comme en fond, le piano, et  la  puissance d’un son riche et scandé, tous  trois, comme «  Verlainiens »,«  chantant sur le mode mineur  l’amour vainqueur  et la vie opportune »…
J’ai retrouvé avec ces fées, énigmatiques,  la chaleur d’un rêve d’autant plus délicieux qu’il demeure mystérieux et ouvre la porte à une rêverie ..indéfinie.
Je retrouve,bien accompagné , la puissance chaleureuse et mélodieuse de l’accordéon de Richard, ce  son qui redonne confiance et force à vivre !!! et qui résonne en nouslonguement, comme la dernière note de Paolo , tenue interminablement…
…Dans la fin du jour,
La fin de l’année,
La fin de la course du soleil
Qui enfin va s’arrêter de décliner
Minute par minute
Et s’arrêter
En son SOLSTICE !!!!

Il est six heures: le ciel gris uni du soir a pris sa teinte "bleu marine "lumineux et profond


Avec l'étoile du berger...?













         





Profond









   Lumineux.....






Puis, il est six heures et il fait nuit !










jeudi 12 décembre 2019

Molière au Panthéon




Francis Huster est venu au Parvis de Pau pour présenter son dernier livre:
Titre prometteur:"Moliere, Mon Dieu"(à lire )
Rencontre  spectaculaire : One Man's show savoureux (en suivre le récit à venir!)
Et  un projet à suivre  (et à signer : sa pétition demandant l'admission de Molière au Panthéon!!!)
 »
Je pense pour ma part que Molière tient une place fondamentale dans la culture française, dans la mienne, à coup sûr, et, je le crois, dans celle de nombre d’élèves avec lesquels j’ai eu le bonheur de partager la rencontre avec son œuvre : rires , émotions profondes, oui ! le monde de Molière a le pouvoir de nous faire rire autant qu’il nous émeut 
Les personnages auxquels il a donné un destin , et un langage, en cette langue magique de comédien sublime demeurent remarquablement présents en nous en dépit du temps, et continuent d’exprimer « les choses cruciales de la vie », drôles, pathétiques, voire parfois tragiques , mères, pères , épouses, amants et amantes se débattent et en débattent dans cette langue, la « langue de Molière », si frappante, que nous en avons retenu maintes répliques comme sentences familières… parmi eux, de beaux personnages de femmes que j’aime particulièrement : servantes insolentes et généreuses aux enfants , épouses et mères d’une sensibilité fine et d’une sagesse vibrante, habiles à dénouer les aléas de leur vie familiale ou sentimentale par la finesse d’une ruse subtile dont elles souhaiteraient exclure toute cruauté.
Grande est notre dette envers Molière pour nous avoir offert son monde en partage, et je lui rends grâce en particulier d’avoir rendu aussi par son talent ce partage possible –rire salvateur et émotion grave et profonde-avec tant de mes élèves. 
Merci au Grand Molière, Acteur, d’avoir été aussi le génial auteur des textes qu’il nous a légués, ses pièces magiques à écouter, à lire, à dire , à jouer, et parfois à vivre intensément , qui sont la clé de ce partage . 











dimanche 3 novembre 2019

Nouveau Sylvain Rifflet : Troubadours


Un nouvel opus, découvert depuis notre première et marquante rencontre avec la musique de Sylvain Rifflet , et c’est à nouveau la découverte d’un son, comme voilé, étrange, mais toujours harmonieux , aux composantes diverses étroitement entrelacées.
Une musique qui nous embarque dans  un univers mystérieux et captivant.
Bien sûr pour qui comme moi aime que les titres ouvrent des chemins d’écoute, le titre Troubadours aussitôt connote un univers éloigné dans le temps à la sonorité étrange, un peu décalée, quoique totalement mélodieuse.
Ma curiosité s’accroche un moment aux noms des troubadours éponymes des titres, mais j’interprète en lisant les noms sur la pochette (aux titres minuscules !!!) que si les troubadours évoqués ont une existence attestée, la musique que je découvre est (sauf exception :
I’vo bene, auteur cité Ghirardello da Firenze)  imaginée,  créée par Sylvain Rifflet ; ou recréée d’un opus de Jimmy Rowle. (pour ce dernier que je ne connais pas, je fais  connaissance avec celui-ci sur You tube !!!.)
 Mais peu m’importe c’est la démarche qui me séduit comme une création poétique (au sens plein du mot qui a le pouvoir  de faire existe), d’un univers fascinant , d’une beauté étrange et comme «  nouvelle »…un imaginaire de la musique des troubadours, sans doute non dépourvu de connaissances musicales mais assumé comme sien.
Le plus immédiatement prégnant, bien sûr, c’est le SON, le saxo ténor de Sylvain Rifflet est la source première de cette étrangeté, de « cette beauté intemporelle  à couper le souffle.. »J’emprunte ces mots et partage l’enthousiasme de Citizen Jazz…
Un saxo alternant  avec ses clarinettes , et les enlaçant avec la très belle sonorité de la trompette de Verneri Pohjola  . pour un son « quasi fusionnel  des vents » (Citizen J. encore )au point que pauvre oreille que je suis j’ai parfois  du mal à les démêler…Ils se « mêlent et se répondent » en « correspondances » avec les percussions de Benjamin Flamant et l’harmonium de Sandrine Merchetti dans une« ténébreuse et profonde unité »…Parfois les délices agiles de la clarinette ou de la trompette y inscrivent une histoire mélodieuse , touchante et lyrique, comme romanesque ( ex ; le n°10 de Jimmy Rowles )…
Mais la pulsation du rythme est non moins remarquable et participe de l’ostinato de certains morceaux : (1) Sordello da Goito ;
Le(8) de « Bertran de Born » en soulignant répétitions et accélarations des mélodies
Se créent ainsi  entre morceaux nuances et particularités qui séduisent et attirent ; mais leur succession est malgré tout remarqualement homogène.
Tous sans doute portent le sceau de la création de S.Rifflet ;  m^me si leurs titres les placent sous le signe d’auteurs différents ,  troubadours authentiques dont on ignore si les morceaux reflètent quelque chose de leur musique authentique..Sauf L’vo Bene,the Pecocks  « signés», et Le  Murmure signé aussi , que pour ma part j’adore pur sa variation sonore délicate : du filet de son fragile au départ au grondement harmonieux et profond ensuite, et qui me fait penser à la subtile remarque de Valéry sur la variation de sens du mot « murmure », du latin « mourmour » au français « murmure », merveilles de l’apparition  du « u », et de la création du « Murmure » de Sylvain Rifflet !!!

J’aime tous ces morceaux et ne choisirais  point entre eux ; ni entre leurs mélodies toutes fort belles , ni entre les jeux divers que s’y donnent les instruments !
Je me laisserai aller à leur fusion, et à leur quelque chose d « inanalysable »  dans cette musique !!! …
…Que de ce fait on pourrait dire « poétique » en somme !!!!

Merci aux Troubadours,
à Sylvain Rifflet ,
à l’accompagnement précieux de ses compagnons de musique .




samedi 5 octobre 2019

Le pouvoir de la littérature



L’hiver qui vient après un bel été – trop chaud pour certains, il est vrai, mais pas pour moi…- !!!-un été dont je n’ai pas vraiment profité, sauf par echappées lumineuses :
Des après-midi aux arènes
 Des bains remarquablement plus tièdes que nos bains d’Océan habituels .
 Bains paresseux , délicieux, suivant l’envie du moment, mer ou lac,  trop rares toujours, moments arrachés aux soucis quotidiens asphyxiants , et obligatoirement… altruistes !!!
Des temps de partage délicieux avec les Filles , La Grande et ses Petites, nos petites oserai-je dire ,
Et les livres !
Livres partagés  entre L’ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon , en français !pas la version espagnole, achetée au temps où j’avais fait l’entreprise téméraire d’apprendre l’Espagnol !!!, version française 627 pages, émerveillement des premières parties , trouvaille poétique captivant l’intérêt du « Cimetière des livres oubilés »  puis énergie bien nécessaire pour poursuivre l’aventure de lecture , pour se rendre capable de lire un livre « difficile »dont  tant de lecteurs vous on vanté l’Ecriture, puis lassitude du trop de personnages , du trop de rebondissements, du trop de pages enfin !!!
Heureusement le  soir, il ya Ellis Peters, les passionnantes aventures de Cadfaël le moine érudit à la Guillaume de Baskerville, le système de personnages  sympathiques et récurrents et l’évocation saisissante de présence des paysages anglais, les faits historiques denses et précis qui n’ont pour moi, comme d’ailleurs ceux du Nom de la Rose, que le rôle de contexte narratifs , tenson dramatique , effets de contraste avec la douceur  des scènes intimistes et chaleureuses qui provoquent notre empathie..
 Et c’est ainsi, comme presque chaque été, un partage de lecture : il y a eu L’été « Ionesco et les Chaises et autres pièces », Céline et « Le voyage au bout de la nuit », Modiano Et Agatha Christie ou Simenon, Rimbaud et Patrick Deville Et Fred Vargas…
Avec parfois, suivant mes échanges avec nos petites d’étranges va et vient : Montaigne , La Fontaine , La Bruyère, Molière etc ……ET… Thierry Bourcy !!!.Lequel d’ailleurs est en lui-même un intéressant croisement d’Histoire et d’histoires de destins fictionnels, de Célestin  Louise et ses comparses .Quand son personnage principal  n’est pas comme le double fictionnel de lui-même , écrivain d’histoires de l’Histoire , à son tour victime d’un engrenage  criminel… (La mort d’Anna).

Pouvoir de la Littérature, ou pouvoirs ? toujours elle nous arrache à notre réel, ou bien en nous créant un univers parallèle plus satisfaisant : systèmes de personnages esthétiques , valeurs positives des rapports humains et des destins.
«  La vraie vie , c’est la littérature !!! » disait un de mes professeurs des plus remarquables  à mes yeux, spécialiste de Balzac…Des moments de bovarysme heureux en somme.
…Ou bien en nous hissant à l’Abstraction de l’interprétation, de la signification au second degré , nous obligeant à un recul  tendu et plutôt difficile par rapport à ce réel.

Etrange notion que ce pouvoir.
Etrange notion que la Littérature ; car  pour moi et plus que jamais en ces temps de souci, je dirai comme  Baudelot et Establet parlant de la lecture, qu’il y a la littérature « ordinaire » , celle du quotidien  dont on use pour les besoins de sa vie, et la littérature « savante » , celle dont on est fier  de profiter, celle du « Tiers Instruit », la première que d’aucuns disent « de gare » , et que d’autres qualifient de populaire… et que moi j’appelle souvent  celle de « mes livres de chevet » : ceux qui accompagnent notre quotidien avec familiarité, qui  permettent de fuir les noires pensées du soir (ou du jour), de s’apaiser , de s’endormir parfois…
Des personnages à la présence familière qui tient aux trouvailles des détails qui nous les rendent réels et touchants : Adamsberg ou Cadfaël !
Des évocations descriptives de moments vécus dans la nature, forêts, rivage de la mer, l’averse de neige, ou l’intense chaleur. Présence incarnée d’un monde palpable et ressenti…
Des flics et détectives réparateurs des maux du monde : Adamsberg, Maigret, Misses  Marple et Silver…
Romans ou poèmes « ordinaires »nous donnent à vivre, à rire et à pleurer parfois,  souvent à partager l’espoir du monde…

Qu’on ne s’y trompe pas d’ailleurs : je pense que la littérature « savante » peut aussi jouer  la même fonction de donner un sens nouveau à la vie ordinaire :AuTemps des Donjons de R. Desnos , «  As-tu dèjà perdu le mot de passe ? », la Mouette du « Je ne sais pourquoi »de Verlaine, le personnage de Denise  Baudu, sa fascination du grand magasin magique, son choix obstiné de l’amour positif.. L’Expérience soudain partagée avec Montaigne et Rousseau qui nous aide à mieux jouir  du « sentiment de l’existence », avec Baudelaire du   Spleen de la « pluie étalant ses immenses traînées (qui) d’une vaste prison imite les barreaux ». Avec La Fontaine qui confirme à l’égal des graves réflexions politiques, Le Pouvoir des Fables  : « Si Peau d’Ane m’était contée ,j’y prendrais un plaisir extrême !!! »

 Il y a en somme les Aventures de Cadfaël , et Le Nom de la Rose

J’ai de tout temps pris le pli du partage….qu’elle soit savante ou ordinaire le pouvoir de la littérature existe, à condition de refuser l’exclusion de la littérature que l’on dit « facile » et celle  de la littérature que l’on dit «intello »…
… Si on arrive sans complexe à découvrir sa littérature…
C’est ce qu’une expérience d’un jour, que je me rappelle avec grande et douce émotion, m’a confirmée à jamais: à la caisse d’un supermarché, une jeune et jolie caissière surmenée, entre deux facturettes de produits : le sourire d’une ancienne élève : « ô Madame , vous vous rappelez, « Candide » comme nous étions heureux en le lisant » !